CB.MHora
Je reçut dors une lettre de tma {iftoin^ mèie, en réponse à la nouvelle qoe je ki domais d« mon engagement soÉennel «tûis la Compagnie de Jésus. L'amonr est intapîsgablet.daas le cœur des mères. Je vis )à daîrement qu'êUe voûtait oublier mon ingratitude, pour que j'eusse meins de remords de risolement où je Tavais laissée; et elle me disait que Dieu lui donnait une fille adoptÎTe dans la jeune comtesse de Flaviac. Ma mère me donnait de grands détails sur cette intimité. Je ne connaissais alors madame de Flaviac que de nom.
Selon nos Constitutions, j*avais deux années s consacrer à Fétude de la rhétorique et de la litté rature.. Âpres la vie ascétique et rigoureusemen cloîtrée du noviciat, c'est un repos donné à Tes prit, une déviation aux pensées trop exaltées di^ . mysticisme, que de prendre le jeune religieux, en^ chaîné maintenant par des vœux éternels, et de 1^ mettre quelque temps sous les brises rafraîchis^ santés de la vie littéraire. Si notre Père sainj Ignace a vu cela, c'était un éclair de génie. J^ voudrais lui faire honneur de cette grande peni sée. Seulement l'habile instituteur de l'Ordre avait une visée moins idéale. Il prenait, danj son noviciat, des jeunes gens à peine lettrés. I voulait d'abord les tenir sous les chaudes excitai tiens de la solitude et dans 1^ liens si graves di serment Maître de ces âmes dont il avait, pal l'ascétisme, développé l'ardeur outre mesure, {
pàm h^àmi. ^^^
idiait ioagor à te rtadre apiMot d'^ r^grâls dans les coUéges, prédicyitaifs dans ies OHiowM, toDfettean^ pcofesseim de tfaéobgie. SttBt Ignace iK vitr ddBB celle savante corabioaiMn, que le tètè pratique» ime iuatruetioii eemplèle à dernier â ses religieuju
Ces éludes littéraires furent un bonheur pour moi, un véritable soulagement A la poursuite de cette perfection idéale et absolue où se jette, foroémeot une âme que Ton mène à grandes gui* ^ sur les pentes du mysticisme, il y a tout simplement à perdre la raison, ou du moins à loi donner une direction tellement faussée, que l'intelligence ne voie plus les réalités de la vie qu'à travers an prisme, que la volonté s'égare au mii*. lieu des chimères, que le cœur, arraché à sa loi oaturelle d'affection vraie, s'étiole dans le vide, OQ se perde dans l'extase. Je ne me le dissi-» noie pas maintenant, j'allais directement à tous ^ abtmes, quand mes bonnes études sur les Itbtoriens, les orateurs, les poètes de l'antiquité, ^ sauvèrent Les exercices extérieurs de l'Ordre continuèrent pour moi: méditations, communions, ^ures pieuses, examen de conscience, confession, érection. Mais j'étais dans un monde nouveau. ^iDère, Horace, Virgile, Juvénat, Démosthènes, ^ocydide, Xénopbon, Tacite, Cicéron, Sénèque, ^Jularqae, tous ces classiques, dont l'aspect seul iBe (jpDoait le dégoût, pendant mes études à Saint* ^^t devinrent des amis dont je ne me sépa--
tM
fkm t|tifafac: n^gnlj Je ne É(!ilwi»»ilii»ttiitf lnniiBt aveu eu» Lm giiHidffl idéw chrétifeiMiwt^ que \à sÉUliité B^Biîqoe rapelÎMev se nâtoê/nàHA pour moi, comme eous me large env^eppe^ dans oee livres d'iioa s» Inale îospiratîeQ. On m^ n^a- ▼ait jamais fait sentir le géoie religie«K d(»4*m(itai|oîté: il ai^riva àmoli àme a?ec loitt se» parfilms.
Par use étrange -poissanee d'asstaiilatloii de nialre âatare, après ces deui ans detie «irtitue passé» mec le» ph» beaux génies du lAoïide antique, ^ se trouva deux hommes en moi: le reQgievx, toujours avee ses aspirations ardieiite» jaoïai» /satisfaites, le lettré ^ avec le repos msmwe^ jouruelleraent goàté^ dans les régiims placidea où ses ^ude» IWaîent eonduit.
^ Mai^ «e que saint Jgnaee n'avait jpa» prévti, eè- que je n'afais pas pFesBentî mbi-mém»/ c'est 91e je ne pdinrais pas m'inqirégneréinpiniénBeinl de cette sève antique, sans- qn^Blle vint elÉouler, à inon insuv dans tout mon étrew J'avais -greffé valnenàenl sur l'homma,. tel que là natwie Ta pétri , l^homme arttfioiel , : tel que leb méthiodes ascétiques veulent le faire. Si j'eusse prolongé, toute. ma vie, èes «onCmbplalioiis étbuffantsn qui absorteient mon km^ pendant ma seconde >pro^ bation, la brandie nanvëlle eût végété lanii Men que mal. Mais quand je m» fus irsavé «|i«<«Mtact avec toute oattS' «Miqiiité si vierge, Bi;>pri^ mesautiéae, le niouvèment factice s'atwâia , la na«*
YA» «*««B ^^^ tt
<|M rimï ites ne k fit M«pç0imer, à oMé lie h kramke kaigmMHite, «i péMfakoMDt gr^ffiio, ssrtii «use branebe pâ» vigdureuw, qui oontiDiia
Déeîdé à ne ri«i' déguiser de neg sensatidro les plus întimas, à me raonlper. tel f«e j« puis m'analfser ttoi-méitie BiainteDant, 4^m les pba^ 8C8 diverses que subît ms^ nature, solis le régime â sa?amiMiit orgasisé de l'Ordre de saint Igoeoe, je racooterai b première iwéiatiaa des beseiiis du cesBr qui se fit m moi.
Mm leeCéur sait qne je n'^iais jaowia soogé à la femme. Je ne peuTais avoir ?u qne de per tites filtes diHis k» adolescentes près desquelles i'arais passé sur la rue, qu avec lesquelles j'avais joué pendant les vaeenoes de Saiet-Acheui. JTar nns détoarné saa pensée de la femme, dans œs nides combats contre la chair, que les roalires eu ascétisme appellent bêtement, devant les noviees, dee suggestions infâmes de l'ennemi de nœ àmee, pendant qu'elle^ ne sont, en elles-tnémes, (pie Téclosion de notre viriiilé. J'y avais vu, comme mes jeunes frères du noviciat, des ten^ (atietts du diable, ef j'étais tari en oolène contre le méchant, le inaiù(oêt$e, de venir troubler jusr qo% mon sommml. Maià, plus d'un an après mes foemi , quMid la «haleur du néof^hyte se ait cair mée, el qu'à féftude si aérieuas des bielMriens et des enKenrs eut auccédé cdk, plus faenaante al
S2 LE tàrnsnt'
plus passionnée, des poètes, une image se forma en moi. C'était lUi idéal qui eut d-abord des omitours indétermînèB, qui se reTéCit de grâce, d'in* nocence, quelque chose de pur comme te plus pur des anges, de doux comme une Immaculée, qui avait souvent semblé me parier, m'ouvrant ses deux bras, la tête couronnée d'étoiles et foulant un serpent sous ses pieds, lorsque je la priais de m'obtenir la grâce d'être toujours sans tache comme elle. On aura de la peine à croire ces bizarres associations, et cependant j'atteste que cet idéal, à la fois ange, vierge, fleur, rayon, diamant pur, se transformait tout à coup en l'une de ces images que les poètes m'avaient faites si beUes et si séduisantes, nafve comme Oalatfaée, passionnée comme Didon, chaste comme Andromaque. Elle venait a moi, comme une Calypso ou une Eucharis qui me fascinait par un charme surnaturel.
On comprend que je ne manquais pas d^aHer raconter ces rêveries de mon cerveau à mon Père spirituel. Mais je savais par avance sa réponse. Il me citait les tentations de saint Antoine, et me disait:
— L'image séduisante qui vous poursuit est un fantôme impur créé par le démon.
Cependant je ne m'inquiétais pas outre mesure, au point de vue de ma conscience, de ces effets d'imagination, qui évidemment tenaient à mes lectures et à mon âge. Mais, comme cette
PAR l'aMÉ ♦♦♦
km^ idéalisée me revenait fréquemment à Tes* prit, de toutes les formes sous lesquelles je IV vais Yoe, celle qui répondait le plus exactement aux aspirations involontaires de mon cœur se fixa défimtivement; et, malgré mes efforts pour i'éioigB^r de ma pensée, je la vis ensuite, toujours, la même, comme une enfant bien naïve et bien pure, venant me dire:
— Je t'aime comme doivent aimer les anges.
Et, dans ces hallucinations, tout mon être tressaillait d'un sentiment inconnu que je n'avais pas éprouvé encore.
Cette fiction, je ne l'appelle pas autrement, se présenta à mon esprit pendant des mois entiers. L'instinct d'amour, dont toute œuvre poétique est l'écho divin, m'avait été révélé par mes études sur cette belle antiquité que mon enfance n'avait pas comprise. Mais aussi, dès ce moment, par une lente élaboration qui se fit en moi, à mesure que les sentiments vifs et forts se déve-* loppaient dans une nature vierge et éprise du beau dont l'antiquité lui avait montré l'idéal, je commençai à comprendre la vie chrétienne, grande et forte, en dehors des méthodes mystiques. Je ne m'aperçus pas de ce premier changement Ce De fut que quelques années après, quand le cours de mes études philosophiques et scientifiques fut terminé, que, devenu régent dans un collège, m'étant remis en contact avec mes auteurs favoris, lisant alors Fénelon, Bossuet, toute la littérature
du duTieptîèiiie siècle» du^rduoit dios Im PteaÉ
de l'église les grandes noUoQs de la religion, q»e U philosophie devait me montrer plus tard par fragments, comme des échaotilloBS d'une coiriée de porphyre qu'on emporte daus aa maia, il se fit sur cela plus de lumière dans mon intflligisiMa» Je commençai à soupçonner que les métbodes artificielles pour conduire à Dieu pouvaient n'éire qu'une escrime plus ou moins appropriée à tel âge de l'humanité, et je pressentis qu'il devait y avoir une méthode naturelle qui menait à Dieu« sans l'immense échafaudage inventé par une in* génieuse scolastique.
Je n'ai pas eu besoin de dire que les études littéraires, chez les Jésuites, sont ce qu'elles se* raient partout dans une école spéciale. Les Intel* Ugeoces vulgaires, douées de mémoire, prennent une teinture générale des lettres, gardent un sou* venir de quelques passages choisis des grands écrivains de l'antiquité* Entré homme médiocre dsns ces belles études, on en sort homme médiocre. Les esprits de valeur y gagnent immense*ment, lorsque, ayant fait déjà des études classt* ques, ils peuvent mieux goûter dans leur langue les beautés de ces écrivains. Les bons professeurs d'humanités, les prédicateurs disliogués, viennent de ce noviciat littéraire, et je reconnais que pour ^ ma part ces deui années furent très-fruçtueuASS. L'Ordre possède, en Europe, bon nombre d'homr mes qui, sans s'élever au premier rangi, parleii
PAR fJ^mé *♦♦ M
lei»«iUieKie 'éH Péerfyent avtsc goftt On f%iè^ ciwe daas le> moôde que les JésotUs, doat on groMt jtoiijoar» la répotation, ont de hoûxam mé^ thodea liltmâree pour former leurs jeunes reli-r gifiax; (^«st uœ erreur complète. Les maîtres <}m âoQlr là ne sortent pas d'une honorable mé^ diocrilé* - Oa s'y forme soi-même, ?oilà toui
Je -éiè cela parée que cela est frai; la Corn* {»gi^ manque presque complètement de profes* seurs pour les hautes études.
Les Jésuites ont eu, dans les lettres, des hommes d'un mérite incontestable. On comprend que leurs ouvrages nous étaient proposés comme des modèles. Ce qui m'a toujours singulièrement frappé, et ce que Ton sait peu, c'est la liberté laissée, surtout au dix-septième et au dix-huitième siècle, aux écrivains de notre Compagnie. Un Jésuite, il est vrai, doit toujours être prêt à sacrifier cette liberté. Cette disposition suffit; le tarif quam ac cadaver est un principe dont l'application n'est pas toiyours nécessairfs^
Il y a, à toutes les époques, un courant d'idées adopté par la Compagnie; il faut que tous ses membres s'entendent, et l^urs voix réunies doivent former ui^e seule voix destinée à propager la doctrine refiie. Nul n'a le droit de la discuter. Qu'elle ^népugde à ses înstkicts, à sa raison; qu'il la craie dangereuse, tnkitelligeiite, soit* c'est son o^nim penaoondk; mais il lui est inlerditde
B6 LE JÉHJITB
dMvdier à la coiabattrë. Les diefs de VOn disent: — Préehez cette dootrinef infiitrez*la d^ les masses, au moyen de fenssigiieBiem, de diaire, du confessionnal, de la direction^ des rc lions avec le monde. . Il faut obéir. Là il I être lésuîte; le taThquam ac cadaver est de gueur. Par exemple , au dix*-septième siècle, ennemis des Jésuites étaient lés Jansénistes; tou les foi:ces vives de l'Ordre furent dirigées cou eux. On ferait un volume du catalogue des liv] des brochures, des pamphlets, signés ou anoi mes, écrits par les Jésuites contre leurs adv saires. Mais, hors de cette querelle, où du n les Jésuites soutenaient les droits de la liberté Tâme humaine, les hommes de la Compagnie p valent écrire à peu près tout ce qu'ils voulais Us usèrent largement de cette liberté. De ne temps, quel Jésuite oserait faire l'éloge de Moli et du Tartuffe, et dirait avec le Père B hours:
Ornement du thé&tre, Incom]^arable acteur.
Ta muse, en Jouant l'hypocrite, A redressé les faux dévots.
Je conviens que la poésie était médiocre; n com|H%nd*on Tébahissement de la Secte uUrani taine de nos jours, si un Jésuite, en robe Ion ou en robe courte, s'avisait de faire de Moli
FAllL'AttB ♦♦♦
xm nàressemr de frox -déroCio CTesl qn'aufoor^ d%Dr Tartuffe 8*e8t finC ultrsroeiitani; il a énài aox respeel& Un Jésuîle est Uen Ubre ée le mépriser tn jpefto; mais il ne peut plus le Aéirir osteBsiblement et il doit s'apitoyer, dans toutes les occasions possibles, sur ce bon M. Tàrtuflfe, si méchamment calomnié par les libres penseurs.
Du temps du Père Bouhours, au contraire, Tartaffe était, selon les Jésuites, janséniste. Sa rie était austère, il prenait la haire et la discif^ine, et les révérends Pères, qui faisaient écrire la Dévotion aisée par lenr Père Bauny, et le Paradia ouvert h PhUagie par cent dévotions à la Mère de Dieu aisées à pratiquer , par le Fère Barry, flétrissaient les Jansénistes, qui, par QD excès contraire, honorable, il fiiut en conyenir, exagéraient les difficultés du saliit.
Le père Rapin est très-estimé parmi nous, et son poème des Jardins , Hortorwn libri, n'a pas été au-dessous des éloges qu'on en a faits; mais le plus grand mérite du Père Rapin était, aux yeux de la Compagnie, celui d'être un des plus implacables adTersaires de la doctrine de Jansénias. Grâce à ce beau zèle, il put publier pas mal d'ouvrages très-mondains, qui alternaient avec ses élncubrations anti-jansénistes, ce qui faisait dire de lui qu'il servait Dieu et le monde par semestre.
i'!ûfw doiic, ptv eéê étildes' litténârei^ itt a I fniyiiatefl pour hb j/tam bainniet repri» podàessi: i de iiOHiiilnie, tuUal 4««.^a «li pMBÎhlei à u
M»i.'4MB***
DEDXIEIIB PARTIE.
■ i>ifci
Le Père de Honlgtkià.
L'Ustoire dé Aies je»» ptfisiyles^ an plutôt 'odlei dénies iUuâions, s'arrête ici. J^ai ^it bien itiii«' piemest ce (^ j'ai i^tt j^ue^là 4ak)9 fOrâi^v et je citHs a?oir iais^ etitrevoir le vrai, k in^» vers mes aémi^tiidtts jitipétilês et ces imfires^ MHS, pt-esqv^ tdBjcmmittelIfeiçables, de l^éducation nuteneUe.
Une ?îe tioirrélle c^imneiiçadt peur méi; je la* Ferais calme tî laborietlsev et, «dans le pori où* je m'étais abk-itè -st jeune, je tie coinpreHais> pas i{oe la* ptus-pètilé tempête Ses f»aâsioAs attk*' q^Besfbviris tmbmé pm* laMMir "««eèct, vint jàmafs
.L'exûleiiee du Père de Monlgann, de cdui que les fennoee enlhoueîastes» à Paris et dans les villes de province, appelaîeul ^le beau Jésuite,'* se lie intimement . à la mienne. Ses malheurs ont préparé mes grandes souffrances; et raconter comment cette brillante carrière d'orateur fut troublée par les épreuves déchirantes d'une passion tourmentée, c'est en raconter mes propres épreuves» c'est montrer la source et en pressentir les douleurs.
Ce fut une grande joie pour mon cœur, lorsque j'appris Tarrivée du père de Montgasin à F^***; il y était envoyé pour professer la philosophie. J'allais- me trouv{er sous la direction immédiate de cet aimable Père, que j'avais tant aimé à Saint-AcheuL
Le Père de Montgazin avait trente-huit ans; il était dans tout l'épanouissement de la force physique et de la force intellectuelles Sans doute, cbes un religieux, les avantages extérieurs sont cofloptés pour peu de chose; cependant les supérieurs ne sont pas fâchés quand leurs orateurs joignent au talent de la paroîe une belle tète, un organe sonore et de belles mains sachant iiorter au front, avec grâce, le mouchoir blanc destiné à étancher la sueur. On a beau répéter des lieux eommuns sur le peu de valair de la beauté physique, il n'en est pas moins vrai qu'elle est un moyen de fascination. Or, de tous les Pères de la Compagnie, le Père de Montgazin était certai-
fabil'aék '^^ ai
Beneat le pte beâo. Ii> éftt M( igpwriHc à rcri) le plos MTère dé liouvcr un défaut, une ûaperieetioll pbyttqiie<daiu eet iMMBine. C'était q^quft 4AoÊ% d'idéal, q«e le pinceau ne pouvait rendre* parce que ses traits ae tranafiguréient selon les différentes impressions de Tàme qu'ils afsient à refléter.
Le Père de Montgaan était d'une taille peu
iiHdesaus de la moyenne; Fhdiit religieux le fai<«
sait paraître plus grand qu'il ne l'était en réalité.
Ses mains étaient admirables, et je suis bien cer*
tain qu'il n'y apportait d'autre soin que celui
d'ane minutieuse propreté. Sa belle cheyelure
noire, fine, abondante, ondée, ençidrait un visage
on peu pâle, mais d'une régularité, d'une pureté
(le lignes irréprochables. Ses yeux bleu*foaoé
étaient, au repos, d'une douceur; infinie. Causait-
â, s'anMBait«»il , les flammes du génie y resplen*
dkeaient Le Père de Montgazin était beau dans
la chaire du professeur et dans la chaire chré*
tienne; il était beau, causant avec nous, et se
Kvrant à une douce gaieté; plus beau peut-être
encore dans la douleur, quand des larmes rares
et brâlantes coulaient une i une sur sou mAie
visage, et que, levant vers le ciel un long regard
H semblait lui demander courage et résignation.
0 Père de Ifontgasin, vous êtes un de mes plus chers souvenirs! Je suis fier de vous avoir aimé, fier d'avoir été aimé de voqs. Vous aves été plas grand, malgré vos faiblesses, qne pas m
82 tE^gÛMbnm
de» hemipw qti éliifiit'Ià. On amii pu ei quoique tedip« votre mprh dans ces Uism , ii trietUes et Moitiplci, que créent lee CoustiMllMi de l'Ordre; mais votre ciBur leur amit édu^^ffilH et c'est par le oœur que riionnie est vérîtdtfiifr nent grand! -•« •
On se demandait, à F***, pourquoi lé Pérê de Montgaân, qui avait eu, à Paris et dans les principales villes de France, un succès incoBie»^ table cemme prédicateur, était tout d'un cumip arraché à ce ministère de la parole, qui 'était plus que teut autre dans ces goûts et dins eee aptitudes, pour être employé, en Suiaee, aux ta-» beurs du professorat des jeunes relîf^enx.
£q général, ses ^ves hâ étaient sympathiipi«^; sous pouvions nous apercevoir ^œ ieo profës Taimaient peu, et que son envoi parupi noHS était une disgréce. l'ourquoi oatte-die^ gràëe? Il ftit imposable aux plus fins et 4ui -plus bablles d'ehtre nous de rien deviner.
P.our nwi, je ne cherchai même pas; '' Nos Pères qui ne manquent jamais -de Mre retentir toutes les trompettes de la renonMoéie quand il^ s'agit «k prôner, devant le public reli-* t^ieuXf une médtocriié quelconque, n'avaient pas manqué d'exalter Je magnifique talent du Père de.Montgasin pour ki prédication. Cette fois, leur orateur fut acceplé -de^ tobs. Et^ pendant les années -que» j'avais passées sans voir le Père , «on notû qvaitireteBti bien «ouvenl anttfnr de/«Mi. Il
PAR l'ABMS **♦ 3S
entre dans la tàeluioc dé POrdre de faire entre^^ Toir dox jeones gens qui Teulent s'y engager; avec quel zèle il sait vanter et soutenir eeux qui lai appartieniieiit; et ce n'est pas^là, pour cer^ tains esprits, une sédactia» médiocre. On le sait d'avance.: pour peu que Ton possède que^ue va* leur et nul ne doute de ia sienne, eÛe ne sera iû loéconnue lû enfouie. Par cela même qu'on est Jésuite, on est grand; dans la Compagnie, la li>nière ne reste jamais sous le boisseau.
J'avai» toujours rec&nnu dans le Père de Mont* gazin une disposition à la mélancoHe; cette disposition me sembla plus marquée encore que par le passé. Je me gardai bien de le dire à mes condisciples; ils auraient tiré de mes paroles cette conséquence que le Père de Montgazin regrettait la carrière à laquelle on Favait arraché. Je gardai pour moi mes observations.
Nous étions au mois de juillet 1833. Les eaux de *** se trouvent à peu de distance de notre maison. Cette année-là, il -j avait une af*fiuenee extraordinaire d'étrangers. C'étail on ne peut plus j^vorable à nos intérêts. Notre chapelle était vaste et bâtie récemment, dans le style gothique le plus pur et de la meilleure époque. On organisa des exercices religieux dans le but d'y attirer la foule. On ne négligeait rien pour donner aux cérémonies le plus de pompe et d'é*cbt possible. Tout servait de prétexte: neuvalne pour la fête ém 'Sacré-Cœur^ neixvaiûe pour ceUe II . 8
94 LE léMITS
du Saini-ChmÊr de Atànê, BeaVMne pour ia fèU du Mont-Carinel, neavalae enfin pourra fête ê^ saint Ignace. Cette dernière surtout fut splendide Le jour où elle se termina, notre église étaî pleine: jamais on n'avait prodigué un tel hixe d< fieurs, de lumières, d'enœns, de musique religieuse, de riches draperies, de dentelles. La garniture en point d'Alençon de l'autel de ia Vierge avait, disait^n, une valeur de pins de 6,000 francs. C'était une des pbilothées de notre Provincial qui avait fait ce magnifique cadeau à la Vierge, au grand déplaisir des enfants de la donatrice.
La foule fut attirée, ce jour là surtout, par la nouvelle que le célèbre Père de Montgazin prêcherait le panégyrique de notre saint fondateur. £n effet, le jour même de la fête, le Père reçut Tordre de prêcher à Vêpres; il parut trèssurpris, et répondit qu'il n'avait pas le temps de se préparer.
Un Jésuite, dit sèchement le supérieur, doit toujours être prêt à obéir.
Le Père de Montgazin s'inclina en disant: . — Je prêcherai.
Il monta en chaire, à l'issue des Vêpres. Jamais il n'avait été si brillant; jamais sa parole n'avait été plus vibrante, plus sympathique. Il raconta la vie de saint Ignace, et il me semblait que j'entendais cette vie pour la première fois. Tout à coup un mouvement se fiik vers la grande porte de l'église; plusieurs personnes arrivent et
PAB L*àmi *** 96
cbercfeaC à se ftâre uoe {riaoe diBs tai rtap preii^ ses de l'aadkoire. Le Père de Montgazia noua représentait saint Ignace dans la grotte de Manrèse... Ikis sa voix s'altère, il porte ses deia noaios à son front, comme s'il eât youIu y rap* peler la pensée: bientôt il achève sa phrase; mais sa pâleur est extrême, sa voix n'a plus ki même brce; il s'affaisse enfin sur le bord de la chaire et il s'é^nouit. On remporta dans la sacristie* et cet incident, qui produisit une grande sensation, dans le monde religieux des eaux, s'expliqua naturellement par la chaleur extrême qu'il faisait ce jour-là.
Le lendemain, le Père de Montgazin nous pa-» rut complètement remis de son indisposition ; mais} mélancolique par nature, il sembla le devenir encore plus. Son visage était tous les jours plus pâle; il maigrissait, et, dans l'espace de quinze jours, il me sembla qu'il avait plus vieilK que pendant les cinq années de notre séparation. Quelquefois je le questionnais sur sa santé.
— Je suis bien, très-bien, mon cher enfant, me disait-il; il y a peut-être chez moi excès de travail, et le corps ressent un peu de fatigue; mais le travail est bon à Tâme, surtout pour un
religieux.
En effet, le Père de Montgazin donnait à l'étude tout le temps dont il pouvait disposer entra les heures de sa. classe de philosophie et ceilaa»
M LE iÊÊfBttlB
Meii'piiM kottgims^ q«^îl paMMil'ail eonfemMml; ear, surtout depuis le panégfnqae ée sariiit Ignace, Kengouement po»r le beau Père ëe MeQtgazni) eMnme on diBak dam )e monde, était à son comble. On citait des cmrersions ; et jamais- Je* aiiite ne fat pins à la mode que ne le f ud aters mon cher professéar. Les supérieurs de notr« maison recommençaient à le tanler et mêtne à le flatter. C'était un vérHaUe triomphe, dont il étatf loki de paraître enitré.
Le Supérieur Toul«t le faire prêcher pour la fêle de l'Assomption; mais le Père de Montgazin déclara que sa santé ne fui permettait pas* de monter en chaire. Le Supérieur n'insista pas. Un regard jeté sur le Père lui apprit que cette excuse n'était pas un vain prétexte, et il le pria^ en termes presque affectueux» de soigner une santé si clière à l'institut.
Vers la fin du mois d'août, il y eut, au sujel du Père de Montgazin, quelque chose d'étrange. Il régnait, autour de lui, je ne sais quelle atiuosphère de suspicion, de défiance. Les supérieurs redevinrent froids pour lui. On prononçait son nom avec des inflexions de voix particulières. — Ce pauvre Père de Montgazin I — disaient les mystiques, les saints de la maison; et ils soupiraient en levant les yeux au ciel. — Ah! le Père de Montgazin, disaieffC les moins' parfaits, est ur eseelleat professenr de philosoplàe; mais poFnrqnoi 'donc est-* m triste î
H.amm w jonr «à f eiiteD4î(» «aiflmmreriHHtour de laoi:
— Le Père de Mottlgazio quittera la Coni*
pagnie.
Le Père de Montgasin quitter Ja CompKfnie! Cela ne me semblait |ias possible. Renoncer à la gloire de &ire partie de TOrdre militant qui porte sur son drapeau Je nom même du Christ I La pensée seide serait un crime, et ce n'était pas le Père de Moatgazio , une des gloires de aoitre Société, qui pouvait la concevoir^
Mon amitié enthousiaste pour ce Père s'était UD secret pour personne. Ma nature spontanée trahissait toutes les impressions, tous les sentiments de mon cœur. Beaucoup plus âgé que moi, mon cher professeur savait mieux, ce que tout Jésuite finit toujours par apprendre, dissimuler. Malgré cela, sa prédilection pour moi n'avait pas échappé aux yeux scrutateurs qui nous épiaient, et j'avais été souvent dénoncé comme coupable d'avoir trop manifesté le penchant qui m'enUainak vers lui; mais, je puis le dire, l'ensemble de ma coaduite, comme religieux, était assez bonne pour que mes supérieurs se mon^ trassent indulgents à mon égard.
Nous avions un vaste et magnifique jardia planté d'arbres qui nous donnaient de délicieux ambmges. On sait qu'il nous est sévèrement dér fendu de nous promeaier deux ensemble; il faut être au moin^ trois. . Mais au^si. il n'est j^s dé-
LE JBSUITB
fendn d*étre seul, et f avais assez Fhabitude m'éloigner de mes condisciples et d'aller rêvé rextrémité du jardin, dans un petit bosquet y lequel j'avais une prédilection.
Le 24 août, jamais cette date ne sortira mon esprit, fatigué de la chaleur de la jour je m'étais assis là, sur un banc rustique, ] dant la récréation, lorsque tout à coup j'entè un bruit de pas, derrière le massif auquel j'i adossé et qui me cachait à tous les regards, s'arrêta, et je reconnus la voix de trois de Pères.
Les espions.
Deux de ces révérends^'inspiraient une diocre sympathfe. J'avais bien adopté le sys de dénonciation mis en usage dans tous les o religieux, et singulièrement perfectionné da nôtre. Si je le pratiquais- peu, je trouvais fo] turel qu'on en usât, même contre moi. Mais ce point de nos règles, le zèle me paraissai! tile. Les Pères Vermont et RufGn trouvaiei contraire , que le zèle n'était jamais de ' tro
PA* l'abbé *** 38
cropient deyoîr décoBTiîr aux supérknra dm* ««inneDt les fàates patentes, mais eocore, selon HtL 20 de DOS JSegulœ communes, les tentations gi^ves de leurs frères. Ces tentations graves sont, entre autres » „le désir de retourner dans le monde, le désir de se faire renvoyer de Toiv dre, etc., etc., etc." On comprend que, pour obéir à c^tte règle, il faut scruter la conscience de ses frère» ^ prendre acte d'une parole imprudente, faire de véritables procès de tendance, tout interpréter, tout commenter, pratiquer, sur une largei échelle, ce que la théologie enseigne pourtant être un péché grave, le jugement téméraire. De «tous ks espionnages, celui qui poursuit votre pensée jusque dans le plus intime de votre cœur est le plus odieux; et vous vous sentez cruellement froissé, lorsque, dans la direction de conscience, vous recevez des avis, des reproches sévères, au sojet de tentations que vous n'avez jamais éprou* vées, mais que quelques-uns de vos compagnons ont cru deviner par votre conversation, quelquefois par votre silence. Vous vous trouvez, grâce k leur zèle pieux, suspect sans savoir pourquoi. Vous êtes sûr que vos actions ont toujours été' irrépréhensibles; mais vous avez oublié qu'un jour «vous avez parlé dP ceux que vous avez laissés dans le monde avec trop de sensibilité; donc vous avez la tentation de retourner dans le siècle. Si vous êtes prêtre et que vous ayez témoigné quelque estime pour le clergé sécu-
40 !.£ MiimS
lier, ToiB avef k ttaCalMi de (|wtter Perdre, et, U règte*20 à b «lain, <in Ta vous éé^ Bonoer.
Je 6a?«i9 que les Pères Raffin et VemÈVOt avaient un talent tout particulier pour ce g^rtare d'invealigatioDs intimes. Us profesaatent le culte de la lettre de la règle ; son esprit, les m«difica«tions que le temps avait dû lui apporter « écba pipaient a leurs intelligences rétrécies, mais douées d'un véritable tal^t pour trouver des ruses, des stratagèmes, pour vous embarrasser p;fr des ques*tions captieuses, et arriver, à Faide de ces petits meyens, à connaître toutes vos pensées. On a surnommé les Jésuites les Pères de la ruse. Hélas ! cela est vrai ; et il est vrai aussi qu'il ne faut pas un grand génie pour pratiquer cet «rt; il suffit d'une certaine aptitude, développée par l'éducation, à partir du moment où on met le pied dans un collège de la Compagnie, jusqu'après les quinze ou seize années qui séparent k novi* ciat de la dernière probation. Pour moi, cette aptitude m'a toujours manqué.
jLe Jésuite qui était en tiers avec les Pères Verraont et Ruffm se nommait Typhon. C'était un ei:ceUent jeune homme, d'une extrême médi** ocFÎté: il le comprenait et ne se permettait jamais d'avoir une opinion qui kii fût propre. C'était une machine entre les mains de ceux qui s'emparaient de sa volonté. U y avait en lui beaucoup de naïveté et de bonhomie. Quand denx
PAS h'àmi *^ 41
Fères yMdMcnt cMnér eBnémUt, îb prenaient arec eux le Pare Typhon. Vékak im moyen ex^ €^Bl*d'esoobard€r la règle qui prescrit âe ne jatnais être moins de tms enseoibie: car, dera«t leFm Typhon, on povTak tout €lire;'le PM*<$ Tfpbon ne comprenait pas, n'entendait mine pas, 00 ne se souvenait pas lies ]HMt>les qu'on ne lui ink pas directement aih'essées. Pendant qu'on causait, lui rêvait et méditait. Il avait du peodiant pour ks idées mystiques, croyait, 4'une foi aveugle, toutes les légendes, voyait dans les fiits les plus simples des miracle» éclatents^ et des saints dans tous les memlnres de la Compagnie de Jésos, |ai excepté, car le bonbomme, bien ^e Jfésoile, était hnobie. Le. Père Typhon n'était pas sans àonte destiné à jeter m. grand éclat sur la So<^ ^iété. ga Bflissaiice était disciire, mais sa vocation était des plus sincères. Peut-être sa siraplieité, sa caadenr, sa nullité avaient^eOes facilité son admission. Des hommes comme, lui peuvent devenir ^68 séides, sans s'en douter.
^ Père Riiffîn, dit un des trois, ft crois que i^ous pouvons causer ici, en toute liberté, de ce ^alheunaox Père de Mojitgazin.
Ce nom, cette épithète , le tondent tout cela fut prononcé, me douèrent à la place que j'allais quitter après avoir enlendiii approcher les trois ''^ligieux. Je me décidai à écouter «ne conversation dans laquelle ie Père, objet de mon affection, ^tait intéressé.
42 LE «ORB
— Avant t0Qt, Père Tjfbtm, vojei^ un pc ft'il n'y a pas qualqu'un dans le «Daesif.
J'étais très-petit et très-mince ; je me blottis soi le banc, et le Père Typhon, après avoir jeté u rapide r^rd dans le cabinet, revint vers ses coin pagnoDs et leur dit:
— Il n'y a personne.
— Si nous allions nous y asseoir, dit le Pèr YermoRt
— Non, on pourrait se placer où nous som oies, et entendre notre conversation.
— Vous m'avez prié, dit le Père Typhon, d( venir me promener avec vous, afin de ne pa être en contravention avec nos saintes règles mais vous me permettrez bien de continuer ui chapelet; j'en dis trois piar jour en dehors de celui du règlement: c'est une neuvaine que j'ai commencée hier.
— Bien, bien, faites des neuvaines, Père Ty^ pbon; la règle veut que nous soyons trois, mais nous ne sommes pas obligés de causer tous leê trois ensemble; et ce qu'elle ne défend pas, eUe le permet
— Oh 1 cela est vrai, il faut que notre obéis*i sance soit exacte; nous ne sommes tenus à rien de plus, et je vous assure qu'après deui Avê Marta^ je ne vous entendrai même pas.
— Vous êtes si fervent. Père Typhon!
— 0 Père RuIBn] vous vous trompez, jei suis un pécheur; mais Dieu et la sainte Vierge
PAR L^âffilé ^•'♦* 4S
me font Menr éesgrftcéB, et j'ai dans ce moment ane grande faveor à demander ii la sainte Vierge.'
— Demandez et tous recevrez*
Et pendant qae le mystique Père Typhon reprenait la rédtation de son rosaire, le Père Vermimt dit à Tautre Jésuite:
— Vous savez donc quelque chose de pins sur le Père de Hontgazin?
— Oui, dit le Père Ruffin, que j'avais toujours soupçonné d'être un ennemi de mon cher maître.
— Quelque chose de grave?
— De très-grave.
— Ce que nous avions soupçonné, en voyant arriver ici cette belle comtesse de Fiaviac, serait vrai?
— Ah bah! il s'agit bien de la comtesse de Fiaviac! Qu'elle soit éprise du beau Père de Hontgazin, cela est possible; on en a causé, dans le temps, à Marseille et même un peu à Paris; mais pour lui, d'après ce que j'ai vu, je crois que le misérable pense à toute autre chose.
— Vous avez vu. Père Ruffin ?
— Vu et entendu.
— Vous avez donc une certitude?
-— iJne certitude complète.
— Et la comtesse de Fiaviac n'est pour rien là-dedans?
-^ Pàuvpe ,fepu»e! iMan. ^^amiiiwient ». .
— AWr» U ne me resta., plua qu'à décbieiMr le rapport que j'avais écrit pour notre Père..fi^ néral.
— Kon, Père Vermont, gard(ez-v<ius-en bien. Ehl mon Dieul ¥q«ia fe suiures, ^uaad le démon s'empare du cœur d'un homme, il peut y mettre filus. d'un . vice.
— Mais enfin, Père RtifBn, que s'est-il donc p«59é? Qu'av«z*vQiis va?
. Je n'ai pas besoin de dire combieii je souGfrais pendant cette conversation, dont pas un mot ne m'échappait J'entendais le Père Typhon aller et venir dans un espace de six à huit pieds. et murmurer à demi'-voix les Paier et les Ave de son msaire.
— Vous vous le rappelez , répondit le Père nnfBn : en voyant le Père de Montgazin enlevé au ittinistère de la prédication, après y avoir ob*tenu un si briUant succès, pour vmr m profea^ ser la philosophie, nous avons supposé de soile qu'il avait dû se passer quelque chose d'extraordioaire.
— Et nous ne nous sommes pas trompés»
— Ce qui .prouva son manque d'humilité, c'est que cette mesure des supérieur» a excité en lui un vif mécontentement ; le jour où il a prêché ici, je Tai entei^u qui murmurait en sortant de ia chambre du supérieur.:
— Allons l on me défend de prêcher à Paris»
PAK t'MMK *** »
parée que' utés succès, ^mtot^ih», m^^tA ésmié QB e^eil câpaMe de peirdre moiy 'kne ; et ici cm yaf me faire mmeer «n chaire poerr bttti^ moi^ mie snr ma réputation. 0» mettra \e^ cbaises (!• notre chapelle à trois francs, p«i9 on fera la qnéte, ad maforem De£ ghriam. On peut bien risquer lame d'un Jésuite pouc ({uelques milliejrs de francs.
— Ces pro]Jos-là étaient peu édifiants dans U bouche d'un religieux; mais le fait est que la spéculation a été bonne, car chaises et quête ont rapporté près de quatre mille francs. Mais conti- Duez^ père Ruffin.
— Je veux, Père Ver mont, £adre ^ci appel à tous nos souvenirs, afin de bien établir les faits sur lesquels nous devons faire notre rappoft. Vous vous souvenez de l'accident arrivé en cbiûre au Père de Montgazin.
— Oui, il s'est évanoui; ii est vrai que la chalecrr était extrême.
— Depuis, il est 'devenu triste et sombre; vous avez remarqué cela le premier. Père Vermont, et ee fut le jour où il nous dit que l'air de la SoÎBse était mortel pour lui. Sur votre observation, que nous autres Jésuites nous ne nous appartenions phis^, et qu'oti pouvait, sans nous consulter, nous envoyer aux extrémités de la terre; il a répondu en baissant le tète et comme '^e parlant à lui-même: „I1 serait peut-être bon qu'un
Jétoite fùÊ, wiew quelquefois de eoo libre arbitre ;* et il ajouta «vec un profond soupir: ^Pldi a^ dd que je ne fusse jamais reno ici, et qu'oi^ fli'eût permis d'aller partager les dangers de no^ frères dans les missions!"*
— C'est bien cela, dit lé père Vermont; etî) a même ajouté ces mots, que je n'ai compris qu'aii mouvement de ses lèvres: „ J'aurais été moins mal^ beureux/'
— Grâce au ciel, nous avons été fidèles à la règle, et nous n'avons pas manqué d'avertir. Vous avez parlé au Supérieur, et j'ai écrit au Général une lettre dans laquelle je lui consignais vos observations et les miennes. Il était de la dernière évidence que le Père de Montgazin n'avait plus l'esprit de l'Ordre, qu'il regrettait d'y être entré, qu'il avait la tentation d'en sortir. Je crois que notre Général l'a compris ainsi ; car il nous a fait écrire de continuer à le mettre au courant de ce qui concernerait le Père de Montgazin, et de tenir compte, dans nos rapports, des plus légers indices.
— Aussi, père RufGn, quand la comtesse de Flaviac arriva ici, nous écrivîmes de suite à Rome. Elle a &it demander le Père de tfontgazin plusieurs fois au parloir; il a refusé de s'y rendre sous des prêtâmes très -futiles. Pourquoi cela? Seraient-ils brouillés? Y await-il une autre intrigue?
PAS L'IMB *** 47
•^ fléhs! fèfie Tennont, il y ea a en «Mil ane aatre. •
— Eh Uent parles donc, que ^eet-il pasflé?
Une Eévélation.
\ Je dois ici m'arréter. J'éprouve le besoin de déclarer que, si le Père de Montgazin ne fat pas exempt de faiblesses de cœur, que si quelques fautes ont terni cette existence dont l'ensemble fut si honorable, l'âme resta noble, élevée: elle ne pouvait pas se dégrader. Il n'est pas vrai que les natures d'élite, comme était celle de mon ami, puissent tomber dans le dernier degré de l'avilissement Je ne veux pas que mon lecteur conçoive une pensée outrageante du Père de Montgazin. Cette pensée, il est vrai, est entrée un ins-* tant dans mon esprit; et j'en éprouverai, toute ma vie, un profond repentir. Ceei posé, je continue le récit de la conversation qui se faisait à quelques pas de moi.
— Vous souvenez-vous, continua le Père Rof-* fin, quitter neos Fencontrâsnes dans PeseaBer un jeune homme de dii-buit à vingt ans, de petite taille, qui mit son cbapeao presque sur ses yanx.
48 LE JÉMillR
M paimit âvprèi' de wmSy omme tfÛ avait el peur d'être reconnu?
^^ ParinteiBeiit ,
— Ce jeune hamme entra chez le Père d Montgazin.
— Il y allait sans doute pour se confesser.
— Non, ce n'était pas pour cela ... Hé ! vrai ment... je n'ose achever.
— Que voulez -vous dire?... D se pourrai que le Père de Montgazin...
— Non -seulement cela est possible, mai cela est
Le père Ruffîn accentua lentement ces paroleâ qai entrèrent dans mon cœur comme la lame aiguë d'un poignard. Moi aussi, j'avais con>pris Mais je ne croyais pas, je ne voulais pas croire! J^allais me montrer, dire au Père Ruffîn: Vous été» un infâme imposteur. Mais je contins m^ douloureuse indignation. Je voulais entendre jusqu'au bout cette conversation étrange.
— Vous ne vous trompez pas? disait le Père Vermont Vous êtes bien sûr de ce que voua avancez?
-^ Parfaitement sûr. Vous le savez, j^allais moi*fnéme chez le Père Sainval, mon directeur. Le Père Sainval n'était pas cbea lui. Je pris un * livre, et je me mis à lire en l'attendant Voyez, mon cher Termont, comme la Providence se sert de« circonstances lies plus frivoles en apparence, pomr arriver à mo fink Je fenoai mon livro,
PAR l'abiué "^ 18
aia ^1^ praidre .w aoitre; et mes. yéHx^ ptr hasard^ se portèi^m «ir un tableauy r.^l«»dmpàbn de la Vierge, Il ne me parut paa sotideaienl atiacbé. La corde qui retenait le. cadre était usée. Vous savez que j'ai la passion de l'ordre. J'avais un cordon aâsez fort dans ma poche; je moota^ sur une chaise pour décrocher le tableau* Quelle ae fut pas ma surprise! Uu des coins du cadre déchira la tapisserie et me laissa voir une ouverlure creusée dans l'épaisseur du mur, La chambre (la Père de Montgazin a été prise, comme celle <ie tous les professeurs, dans un ancien dortoir. Eyidemment l'ouverture pratiquée dans le mur ttâit là pour faciliter l'inspection du dortoir. Du côté du Père de Montgazin, cette petite lucarne ^it cachée, comme chez le Père Sainval, par le papier qui tapisse sa chambre. J'allais redescendre avec le tableau, lorsque j'entendis distinctement ie bruit dei plusieurs baisers donnés avec passion. Par un mouvement spontané, je brisai iégèremeat le fréle obstacle qui m'empédiait de voir dans la chambre de ce malheureux, et je regardai. Le Père de Montgazin ouvrait sa port^ à ce joli petit jeune homme, dont je ne pus voir les traits: il me tournait le dos; mais, avant de 8en B^rer, le Père le serra dans ses bras, l'em-' brassa en lui disant d'une voix émue: — Adieu, non ange! adieu, ma vie! adieu, mon: amour!
— U parait, dil» le père Vermont, avec un rire cynique, que cet auge n'est pas mi de obux II 4
iO LE JÉNHttf
qm Lolh fut obligé de souflMire* ant em] meoto des habttantg de Sodome r eeux-Ià d émnt ds cieL
— Noa, sans doute; Fange de ce m»
me paraît, au contraire, venir directeox Fenfer. Je me retirai, continua le Père; j' geai tant bien que mal la tapisserie, je re tableau à sa place, et j'attendis avec imp; Fheure de la récréation, pour vous raconte cehr et vous demander votre avis.
— Tavoue que la culpabilité me para dente. Il est donc vrai que ce n'est pas e que nos Regulœ communes multiplient les criptions au sujet de nos relations de frère à c'est afin que de semblables désordres soient Je n'avais jamais si bien compris l'importai la règle XXXIV, De nemine langendo^ etc.
— Et vous souvenez-vous, père Vermon dans la règle XVII, De non loquendo^ etc. rapporté que saint Carion qukta ua moi avec son fils Zacbarie, encore imberbe, de d'ofienaer et de blesser les moines de ce qpi auraient supporté péniblement ie séjc oe tout jeune homme, ne monaohos ejua adoleacentuU commorationem œgre ferenies deretf
— A pvésent^ père Venoont, il s'agit ■nrcbe que nous devons suivre. Notre rieur est absent, il ne reviendra qu^après-dt
PAB t'£BÛÉ ♦*♦ fo
m^iMMtbni mette au Père GétiéiM?
— Je crois. Père l^uffia, que nous devons parief à*àhùtà à notre supérieur.
— C'est bien ; yoi>s vous ehargerez de ce soin. J'écrirai, immédiatement après, à Rome.
La cloche, qui annonçait la an de la récréttion, se fit entendre. Le père Typhon inter* rompit aussitôt son rosaire.
— Allons, dit-il, void l'heure du cours ié philo8o|kbie. Quel' admirabie professeur nous avons ici dans notre cher Père de Montgazin I C'est bie^ la Pr<yvideiice qui nous l'a envoyé; et puis il aime tant ses élèves!*
— Oui, sans douté, ait le père Ruffln en riant méchamment A propos. Père Vermont, que dites^Yous de la prédilection très-marquée du professeur pour le petit Frère de Sairtte-Maure ? Il est très- joli, le Frère de Sainte-Matiré, et comme Zacharie, le ^s' de saint Carion, il est encore imberbe. p
— Je dis, répondit le père Vermont, qu'il est bon d'avoir les yeux ouverts.
— Ouverts! Eh! pourquoi? dît le bon Typhon.
— N^us vous dirons cela une autre fois. Et les trois Jésuhies s^éloignèrent.
Quant à moi, je restai là, immobile, atterti^éJ le n'estimais pas le caractère du Père Rùffin;
59 •• u .j|ssuir£.
qiVÛa. jç lç> Groyai3 locagpiabte d'iovi^nt^r. une calomnie. Ce qu'il disait ayoir vu, il l'avait bien vu. Le trait grossier qu'il s'était permis contre moi en me comparant au jeune Zacharie, n'avait fait qu'efQeurer mon âme; mais les attaques dontre le Père de Mohtgazin, contre cet liomoie que j'avais tant aimé, que j'aimais encore, me broyaient le oœur. Elles m'Ôtaient mes plus saintes illusions. Si celui-ci était tombé si bas, quelle raison avais-je de croire que les autres Vièrea.Be cachaient pas aussi les plus viles passions sous la robe> du religieux? Si cet homme, i( la physionomie si loyale, si ouverte, était un monstre d'hypocrisie, que devais-je penser de tant d'autres dont le regard oblique, les pose& mys- ^ques et affectées m'avaient toujours inspiré une invincible, défiance?
,. , Je me le représentais, ihon cher professeur, depuis le moment où, élève à Saint-Ach^ul, j'avais çqpimeqcé à le coanaître, jusqu'à celui où il était Xepvi^ àafis cette maison. Il me semblait voir passer» dans les temps écoulés et dans le temps présent, cette grande et. noble figure devant moi; je la voyais toujours la même, cahne, quelquefoiif soufiante, Je plus souvent mélancolique; mais je n'y voyais pas la trace du remords et des in* quiétudes .dont le criminel doit étpe dévoré. iNon, ces fréquentes tristesses n'avaient pas, une cause hideuse! ,
., Puis je me rappelais quelques conversations
d'hommes da monde, que f avals enteiidttfes, 'ft Isi dérobée, chez mon père. On disait !à d'étrangeë choses; on plaisantait sur l'affection que les Jé^ suites avdîent pour leurs élèves. Quelques vieil^J lards de l'ancienne cour racontaient des anecdotes dont ils donnaient Voltaire pour garant Les enfants ne comprennent pas toujours ce qu'ils en-» tendent, mais ils n'oublient rien; et si parfois de fatales lumières se font plus tard dans leur es*^ prit, c'est qu'ils se souviennent. J'atteste que paS un fait, quelque léger qu'il fût, h'avait pu,* pen^ dant le temps que je passai au collège, déchi^ei^ le voile que ^innocence mettait encore sui' itïeà yeux. Si, dans le cours de mes études, j'avaîâ appris quelque chose de plus sur les turpitudes honteuses auxquelles notre pauvre nature peut s'abandonner, rien n'avait pu me donner la pensée qu'elles se. rencontrassent dans nos maisons. Et voilà que, tout à coup, j'entends accuser un Jé-^ suite, un supérieur, bien plus que tout cela, le Père de Montgazin, l'homme que je vénérais, l'homme qui me paraissait le type le plus parfait delà grandeur morale! ' ' •
Oui, je lé répète, f étais attër^é ! '
0 vertu! me disais-je, toi' que j'ai tant aimée, puis-je me fifatter de conserver toujours ton 'culte au fond de mon éme? Cet homme n'a pas toù'^ jours été un infâme; et si lui est tombé, puis^-jè espérer de n^ famais chanceler?' "^
Mins notil fm iiaiÉ Sfûf,' il y a de» degrés^ dàlUBl
Pé LE «BÇiqirB
)e ^ce qne œrtaineg ^1009 ne fniochisseiit ^êmm Et îe pouvais, moi qui me aeiitaîs ^si fort coDtre dei tentatÎQD» immondes, supposer que le Père de (fontgazin y a?iiit succombé! Cette pensée seule était un crime.
Lutlant .entre mon estime et mon afEMStîon pour le Père de Moii^gazin et ro4ieuse délation que j.e venais d'entendre, je me perdais dans mes douloureuses pensées. Mon imagination ne pouyait, dans les ipo^ments de doute, séps^rer cet homme djB l'Ordre entier, et je voulais fuir, i|Q*arracher k cett,e demeure Revenue à jani9is odieuse, où le vice peut se cacher so^ le masque le plu^ attrayant.
Et c^tte prédiledion qiji'il avait pour moî, j'en rpugissais comme d'une bonté 1 La veilla ejxcore, j'étais allé lui demfuader ^n conseil; il 1^ l'avait ^nné ^v^ ji^ne bonté parfaite. En me congédiant, il m'oyait cierré I9 main et m'avait dit: — 4Uez en p^iï, ^011 cher Frère.
€e ^rremeot de main, je p^ 1^ rappelais, et p nye fi^imôt Teffet d'un fer roqge. I^ilaiB je me rappelais aussi le regard et Tajocent du Père, et je sentais s'évai^uir tous mes (^oufes^
,4(9 passai ^im une heure (SpUèire.
JJLu mo^l|ept où )p tintem^pt ide ^ dpche s^étt|it faîjt pnteodr/ef pipe p)uie fiipe commençait à tomber; e){e éjtajt deyei^ assiez l^tp, main je ne m'en apercevais pa^,. et iÇ|S OQ fut qu'en repr^p^nt BW * peu ppsf^^i^if df iviQyriiièm^ qw J'«W«8
PAR Vémé *** SA
seuMli^o 4le &oid A»sez nve^
f eotendia sooi»er. L'btfUFe de ]a classe étai passée. Ls$ religieux devaient ^étre à la jchapelle h ne hàlai de m'j rendre. Au lieu de prendre m filaee Jiabitaelle, je me blottis dans un €oin« aB|»rè6 4e la peiDe d'entrée, et k, k tète dans ses deux maitts, j'essayai de me recueiUir et de ssi?re les dernières prières >qui se faisaieBi à bote yoi»; mais elles n'arrivaient à mon oreille que comme des sons vagues dont je ne saisiasais pas le aes»; et tput à coup ^ m'aperçus <|ii'en répondant macbinalemefity îe prenais un psaume pour an autre. Je sentais des frissons doulou^ reuK iMircenArir tout mon oorps. Cette chapelle obscure, cette voix à laquelle toutes les voix ré* psMlaieiA ces religieux ^ui se mouvaient dans ^'<Knbreu tout cela me semblait avoir quelque eJhoae de fantastique de»t ma raison était troubtée. C'é« (ail Tobaeasion d'un révcu hea pftles reflets de la lumière 4e te lampe cottraient le long des pi* liers et des arceaux sans les éclairer, et, dans la ^immbie, je croyais voir le^ saints .persomiages des vitraux ooloriés du cbeeur se . pencher vers nous, les «ms pour «eus bénir, les autres, au cou* traii^ détoumimi la tète et «e hâtant de dispa* raltre.
je me emim devenir fou.
Enfin la prière f'acbei^ Nous nous mimes ^ nHig pMur lÉpiont^r l'escalier du long oerridor
66 LE rimvtE
où se tiwwfnt'^os cdkiles. Je mvfià» mes oon«disciples, comme rautomate, mu par des reseeits, suit les figurines de' bob derrière lesquelles â est plecé. Le bruit des pas sur les dalles du vestibule et sur les marches de Te^cidier avait un retentissement sourd, effrayant; je n^avais jamais entendu cela; et le vent qui soufflait avec violence et pénétrait avec un sifflement aigu par tous les interstices qu'il rencontrait, p'était-il pas une voix mystérieuse et menaçante qui nous criaitt Mal* heur! malheur!
J'entrai dans ma cellule, et, sans quitter mes vêtements, je me jetai sur mon ht, dans une agitation qui ne faisait que s'accroître. Tout à eoup les projets de délation des deux religieux contre le Père de Montgazin me revinrent à l'esprit, et je me sentis saisi de crainte, non plus pour moi, mais pour lui. Je voulais qu'il connût l'orage qui s'amoncelait sur sa tète. Ce nouvel ordre d'idées me rendit, sinon du calme, au moins un peu de lucidité. Je me décidai à aller trouver k Père de Montgazin.
Je sortis doucement de ma cellule; je descendis Tescalier qui conduisait au corridor où se trouvent les chambres des Pères.' Comme je iondiais les deraières marches, je crus entendre un léger bruit au-dessus de ma téte^ et, levant iee yeux, j'aperçus un des Pères, qui, appuyé scir la rampe de Tesealier, me regardait descendre. Malgré l'obsGmrké , je recontiâs • le Père ilitflin; De
PAB l'abbé ♦♦♦ 57
A il poiMît très-bi<9D Itie voir entrer' chez le Père de Montgazin. Mais que m^ittiportaiCf Je contÎDiia] de descendre en faisant le moins de brait que possible, et il* me sembla entendre de nooreau ce petit ricanement sec que j'avais déjà entendu quand le père Rnffin disait: „I1 est trèsjoli, le petit Frère de Sainte-Maure, et comme Zacharie, le fils de saint Carion, il est encore imberbe." Ce rire strident était peut-être une flonvelle halluoination de mon cerveau malade; toutefois l'idée de l'odieux soupçon que ce misé-* rable Père pouvait concevoir sur moi me fit frémir d%dignation. Je ne m'arrêtai pas, et, sanà penser à frapper à la porte du Père, j'ouvris celte porte.
Le Père était à genoux. Au bruit que je fis «n entrant, il se retourna. La lumière de sa lampe tomba d'aplomb sur son visage: il était baigné de larmes.
U vit mon air égaré, ma pâleur, ma démarche chaneeianté-; il en fut effrayé, et se levant, il vint à moi en me disant:
— Mon enfant, qu'avez- vous? que vtfulezvous? que vous est-il* arrivé?
le le '■ regarda) stupidement; mais, en considérant teette b^Ue et noble figmre, il me semblait que la lumière se faisait dans mon esprit Et comnfe ii me rejetait -^es questions du ton ie plus affeetnetix, je tombal à génénx devant lui tn^^m Niisani?
69 te MmTB
Je Jl^ mvm làm, imw* que ^vw» n'idex Pis M îoQaie!
-^ lUn «nilmet Oiae iwiito. wus dir«, «00 cber 8»îo(e^MiW0 ? Asaurém^iit Talc» otpril est égiiré 4aQs ce moment 1
^* Oqp, /je «rois fn^ç i'«î été fou; mm je ne I9 suis plus.
-^ KKpUque2^v<io9 , mcmi anil Qae sî^ûfieot ¥oa étriupige^ parole?
•^ P^rle» plus toe , hii di#«ie., on fK»it immi»
-^ Nop, mon «nfiiot, foo ne peut pM non» «Kitendre. Il ipi'y a p^rspnne^ j^ pense* rduns Je petit Yestibide 4e m% (cliambre. Voua éles Fana seul?
— Seul, absolument seul Mm dans b ckam- Ju'e ¥oi«jp6.». dis-i^je en désignant la vomnHi% qui séparait son ^appartement de celui du Pèr<e Sainv.aL
— La muraille est trop épaisse pour bôseei paasiBf mépie fe /wn Ae notre yoks.
r^ ie TOUS dis, mon Père, (pi'on peut nous yoir, nous entendre.
Ma voix brèYie, mo9i «citation, ma persi8tanc< à soutenir une chose qiie le Père «i»]^ inHH>»aihle, lui iHï^aad^reprt ^ j'avais nn accto d^ foiiii. U prît ma inaîn, ei dit oomme en m pnr^
^ Ce majybeureux jetiaa bomme a nno fièvre priante;. et bier, c^ mMin encore, je l'ai m biei portant, gai, actif, comme on Vegi.k aon.Agn.
PendaBt que t^ Mre imAÎt m» mm H Moup^ l^t les pukatioDs de mw panls, je reigitdaîi fixeoneot la muraille que je loi avais déaîgnée; ei Uentitt je ;reco|iiiiis î'eodrioît où le papier avait été iédaifé. Alors, r,etirant opa mw de ceUe dp Kre, je saisis un ii|occ«aii» de carton qfé i$^ an* sa table, j'imaqiai un^s bougie, je pris de^ ia cire à cacheter, et, p^ntant sar mie chaise, îa eoM le carton sur ^ fat0]e <09verture. Je djes» œQdis titauqmihv^mi; car, par xme r^ction awi** daine, j'avais i;^ris du calme. Je dia an VAr» de Montgazîn:
— Demain, pour cadier ee «arton, il faudra aettne Ik un de vos jtableiaux.
Le Père était stupéfait
— Pourquoi tout cela? me dît- il enfin.
— La muraille est percée à cet endroit que je viens de couvrir. En parlant bas, on ne peut nous entendre; et nous voir est à présent impossible.
Le Père de Mon^ga^in pe parut trè)|-^u dç cette révélation.
— Comment savez-vous cela? que sigpifieut le» étrangla parolf^ que vous araa prjeponcées? Vos vêtements sont trempés d'eau. Vous avez une fièrre .ardept;^. I|lpa filmr eitfant, ei4»|iquez-vous I Coiopant av^-vofpa sii, ^t vramaut j'^ei^ doute eocora, fu'pn poi|vai| vpjr A^m c^iJ^ jàmskimJ L'espionnage aarait-il donc ici des moyens 4e
60 LE JBSUfTE
8'efx«rcer qtii'm« seraient iiâccmnud et atoi^uc je n^aarais pas toqIu er<Hre?
nas je vo'j«iis, plus J'écoutaié le fête de Mon gazin, plos je déniais eroitre eti tnoi H eotiMfctic de son innocence. Elle ne tenait pas évMtéItome: âur paroles qu'il prononçait, mais à son aecen à' sa physionomie, à ce je ne sais quoi qntB IV natures vulgaires et grossières ne peuvent ni po$ séder ni imiter, qu'on ne peut définir, mais qu'a sent être vrai. Il ne tne restait plus aucun doute mais eomikient dire ce que je savais, ce que j'a vais entendu?
Je gardais un morne silence.
Le Père, voyant que je pouvais à peine ni<! soutenir, m'avait fait asseoir, et il me suppliai! d'avoir confiance en lui, et de ne rien lui cachei des causes qui avaient amené l'exaltation où il •me voyait.
— Écoutez, lui dis-je enfin, je voudrais pouvoir vous taire ce qui s'est passé ce soir; dans| votre intérêt je dois vous le révéler. Aujourd'hui, à deux heures , le Père Ruffin est allé dans la chamhre de son directeur; celui-ci était abseiH * . •
— Eh bien ! ' continuez , dit* le Père un peu ému. '
— Lé hasard, noh sa volonté, lui a fait découvrir le secret 'de l'ouverture percée dans le mur qui' sépart votre chambre' de téOé dé son directeur; "
PAR JL'aBPÉ .♦** 61
— Elle, e^t» .da»(C .néell^M^t? .
— • EUe eiiiste; sMiemdnt «àl& était recouteitt avec du papier et. un tabteau.' Le Père.Rtifii], en ariangeant «oe tableau... ayant- entendu;., ayant cFo< entendre. j*. . i. .
Des gouttes de sueur pisrièrent sur mon ftonu fêtais prêt à déMlir.
— Achevez, mon fils, achevez, dites-moi tout.
Et le Père était lui-même devenu très-pâle; sa voix était tremblante.
— Eh bien! lui dis-je en précipitant iae& paroles, le Père Ruffin a vu chez, vous m jeupe bomme; au moment où il sorjtait de cette <^9m7 bre, vous l'avez embrassé, vous lui ^vez djt.^.
Ici je m'arrêtai encore.'
Le Père de Montgazin bondit de son àiége, et debout, les yeux levés vers le ciel, il s'écria:
— Le Père Ruffin m'accuse d'un crime odieux f Et vous, le fils de mon cœur, vous avez cru à cette accusation?
— Non, je n'y ai pas cru, je n'y croirai .jamais! m'écriai-je.
— Oh! mon pauvre enfant, n'es^ce pas la iuite terrible qui s'est fsiite entre votre estime, poor moi et les insinuatioBS jetées . dansi yotre esprit, qui vous a mis dans l'état, où vous êtes», qui a allumé dans vos veines cette fièvre dévorante et a surexcité en vous une telle exaltalUon
Lk JÈÊifjtrià
que j'ai pu cMfaMlre tfti ittBtkiilt povu^ votre rai «mY Sî Ui' as- autant aouiert, moa fils, c'es paroe que tti ol'as beadcoup aimé. €rois-*ttt don que je. te fais un crime de m'atoir aoi^çonM « instant? Je n'en fais pas même oar crime à c misérable f ère Ruffin. Les apparences l'ont abu84 Seulement, je le connais, lui ne viendra pas moi me dire: — Père, j'ai vu cela: que dois-j croire?
La létti*e pai* laquelle il doit me dénoncer se rait déjà écrite, si la règle ne pi'eficrivait pas ] reipes à cette heure. Cet bomme, qui m'a épi< }a|$é, eondamné, qui va' me dénoncer, ne xnar qoemît certes pas un iota de la règle; il attendi demain le temps et l'heure, et iF dormira d'u sommeil tranquille, avec cette joie au cœur, qi les âmes basses éprouvent en trouvant en feui ceux que la renommée a peut*étre trop élevé Pour toi, mon fils, tu as souffert, horriblemei souffert; tu n'es pas de ceux qui se croient pli grands quand leurs frères et leurs maîtres lei paraissent descendre. Tu ne comprendras peu étrie jamais ces misères de pareilles âmes; hh misérables en effet, puisqu'elles trouvent plus i voluptés dans le mépris et daris la haine q dails l^estitKie et dans l'atnoor. '
A pissent; mon enfant, j'ai beàoiti' dH me 4 cuefllir: tu sauras tonte la vérité. Tu me plaj dras; mon ils, car j« suis Hmlbeurettï, pfofon^ ntetà floaibeureuxi. Je' crofis^ à une justice prop
MB I.'-
tette lerre. SÊt cube fmmr gaenr.
ceoi qaà fumMiM rBoonnilre le eoqi qvi las
frappe!
€è qui ^est fatÊé aigoordliiii, mon fik, est DD châtmKBt de IMes, cC je l'ai mérité; car je suis ooopable.
-— éoapri>le! m'écriaî-je; toqs coupable f
— Oui, eoapable, reprit le Père de Montfarin, mois non pas ariK. Ttt Tas dit: je ne sais fas on infime; mais, 6 mon llls bten-aimé, je ne ans pas on ange: je sois un homme!
Rentre chez toi: demain tu sauras tout. Non** sealemeiit je te confierai mes douloureux secrets, mais encore je ferai appel it ton sens droit, que Yèdaoation que tu as reçue n'a pas encore pu ikfffiser. Caûne^toi. Un mol, héhs! te dira tout éês ce soir: ce jeune homme que le Père RuPfin a fu' ehet moi, ce jeune homme était une femme!
— Une femme t
-^ Oui, une fem'me^ la comt^se de Flavinc.
64 I<B 4iBIJlIE
Un oratew^ I
Le lendemain de cette terrible soirée, j'étai a^rieusement naïade. Quand je voulus me levei les forces me manquèrent et je m'évanouis. Ù veille, mon absence de la chapelle aviait été rej marquée, peut- être dénoncée; celle des exercice^ du inatin le fut bien davantage. Le Père ministr^ envoya dans ma chambre le Frère infirmier, e celjui-ci me ti:ouva à demi vêtu et encore san flpnnaissânce. Il n'y a pas de maison religieus^ où les soins qu'exige la $antè soient prodigué^ avec plus de . zèle et d'intelligence que dans 1^ nôtre. On appela le médecin : il me Irouva un^ fièvre violente et me prescrivit le repos le plus absolu. Le Frère infirmier et seulement un o^ deux r^igieux, désignés par moi, devaient entreii dans ma chambre. Je demandai le Père de Mont-i gazin: quelques instants après il arriva, et lel Frère infirmier nous laissa seuls.
Le Père, après m'avoir questionné sur ce que j'éprouvais, s'assit auprès de mon lit, et i*esta plongé dans un silence rêveur que je n'osais interrompre.
Enfin, prenant la parole:
PAR i/MiAé *** 86
— N'attendez fias attjoatd'hui 4» Inoi, di^il, Jffi etpbeaUorm qae je tous ai promises hier. Vous n'êtes jias en état de les entendre sans &-> tigu«. Je yeox yo«8 Consacrer left heores qoe ftie» devotfB ne laissent . libres. Je toqs sofgMrai cmmt un père soigne un enfant chéri, et, aus^f-^ tôt que TOUS aurea asse:^ de force, je Tond ferai !6 récit que je tous ai promis.
— ^ Mais ils Tenlent tous dénoncer non-seule-^ aent au Supérieur, mais au Général à Rome.
— Us ? Le Père Ruffin n'étatl donc pas seul ?
-^ Il était seul dans la chambre de son directeur. Mais le soî>r, en se promenant aTec les Fères VenifkoBt et Typhon, il leur a t6ut raconté ; le hasard m'a fait entendre leur conyersation, et i'ai compris que, depuis longtemps, ils tous espioonafenft*
— Ils étaient dans leur droit, dît froideiàent le Père de Montgaziu; Ils croyaient même eu œla accomplir un deToir. La délation, ceUe vertu des ordres monastiques, n'a-t-^elle pas atteint, dani^ Botre SodéCé» sa plus haute perfection? Nous en )v»ns fait, sinon une quatrième Tcrtu théologale, an moiiÊ une des Terlus cardinales.
Rien ne saurait rendre Faccent d'ameitnme et à% dédain avec lequel le Père de Montga^sin proiH)tiça> ces paroles;
Et il ajouta':
-^ Ne pnrfens plus de celai Apprends seulement, pour ta trail^Uité, que le% dénondatidni
66 LE iisoiTB
des pères Ruffio et Yermont arriTeront trop tan fussent-elles parties d'hier. Les Supérieurs savei déjà tout ce qu'ils doivent savoir. J'ai remis m destinée entre les mains de Dieu, et je suis calm« A présent, pas un mot de plus. Le médecia t prescrit un repos absolu. Je ne puis oublier, mo cher fils, que ta maladie a pour cause premier ton attachement pour moi. Laisse*moi rempli] en te soignant, un devoir sacré de reconnais sance; et surtout éloigne de ton esprit tout c< qui peut le troubler et le fatiguer.
Le Père passa trois nuits au chevet de mon lit Et coname je m'étonnais quelquefois qu'oi] lui eût permis de me consacrer tant d'heures, î\ me répondait:
— Ne vous occupez pas de cela; ma positioc est pénible par elle-même, il est vrai; mais ni
'le Père supérieur, ni le Père ministre ne manquent d'indulgence pour moi.
Enfin la fièvre cessa. J'étais encore d'une fai* blesse extrême, mais je pouvais entendre parier auprès de moi sans trop de fatigue. Et, un jour que j'étais seul avec le Père de MontgazJn^ il prit une de mes mains dans les siennes et me dit:
— Mon cher enfant, je suis entré dans la Compagnie, comme vous y êtes entré vous-même, avec bonheur, avec enthousiasme. Peut-être même y a-t-il eu dans ma vocation plus d'exaltation que dans la vôtre ; car, malgré l'ardeur de votre ima-
PAR h'àsaà ♦^^ 07
gination et la sensibilité de Totre cœur, il y a dans votre esprit une rectitude de logique^ un in-* sttoct pour démêler le vrai du faux, qui ne m'a pas été donné comme à vous. Je n'ai rien appris que par l'expérience. J'étais orphelin, élevé pteasement par un oncle et par une tante qui lue servaient de tuteurs; j'avais de grandes aspirations vers la perfection chrétienne, et je ne croyais pas qu'on pût y arriver par un autre chemin que celui du cloître. J'oubliais, ou plutôt je n'avais jamais remarqué que pas un mot de l'Évangile n'indique que le Christ et ses apôtres aient mis la vie cénobitique au-dessus de la vie de famille. Il n'est jamais entré dans le plan du Christ, ce divin réformateur d'un culte tombant de vétusté y de former des groupes séparés du reste du monde, mais bien de faire de l'humanité une grande famille où tous aimeraient Dieu par* dessus toute chose et leurs frères comme euxmêmes. On ne voit rien de plus dans l'Evangile.
Mais, élevé par des religieux, je subissais l'inflaence du milieu où je me troifvais. Ils se servirent de mes aspirations vers une perfection idéale pour m'attirer à eux. Us y réusàirent sans peine; mon esprit et mon cœur leur appartenaient. Je devins Jésuite. Le jour où j'entrai au noviciat, j'avais quatorze ans; et à seize ans, je prononçai les vœux qui me liaient à la Compagnie.
Hon enfant, vous avez passé par les épreuve»
LE JB8IJUr&
du noviciat yen Page de db^-bait à lângt «n Certes vous éUez bien jeune, trop jeune mém^ Mais compreuez-vous oe que ce régiqie d\ solitude absolue, d'absence de toute espèc^ d'étude et ces terribles exercices ^irituels q saint Ignace, imposés à un enfant de quatorzi ans , devaient développer d'exaltation en lui 1
J'annonçai de bonne> beure un talent remarj quable pour la prédication. Je vous dis cela sim plement, je ne veux pas faire avec vous de fauss modestie. Je suis né orateur, et daas. le monde au naoment de nos. orages politiqwss, j'aurais eu toutes les qualités qui font le tribun: l'énergie et l'enthousiasme joints à une parfaite possession de iBoi<-n)éme. Ces deux qualités semUent s^'exckire, et cependant je les réunissais. Eit sui*i vaut l'entrainement de mon cœur, je ne m'eninrais pas de nsa propre parole, et je savais m'arrêier.
Dans les exercices de prédication; imposés aux jeunes Frèce& pour, les former comme prédicateurs, je subjuguais mes condisciples, quelquefois même nos maitresw Selon que je le. désirais, je les frappais de terreur ou je faisais coukr leurs laroies; je les transportais sur fe Thabor, ou je portais à leurs lèvres le oalice de Gethséuiani. C'était en moi uqe puissance dont je ne. me rendais pas compte.; elle ne. dMainait, elle était indépendante de ma volonté. Je n'avais point travaillé à l'acquérir, comnent en< auraîs-je eu de
forgoefl? Cependant mes ooDdisdples, jÊkmt àt mps succès, m'accusaient de ▼anité. Mais les su» périeors, qui voient, avant tout, les intérêts de rOrdre, n'attachaient qae pea d'importance aux déDODciatîons qui lenr arrivaient contre moi Us se contentaient de me débiter les lient communs sur le danger de s'enorgueillir des dons de Dieu. Une fois, ce fut, je pense, pour fermer la bouche à mes détracteurs, il me fut défendu lie prendre part à nos exercices oratoires pendant deux mois. Je n'éprouvai pas la moindre contrariété de cette défense. Le fait est que je ne me souvenais que j'étais orateur qu'au moment où je montais en chaire. Ce n'était pas un ^rt que je possédais, c'était un instinct qui s'éreiUaît à un moment donné et que je ne pouvais analyser ensuite. Quelquefois on me demandait des conseils. U m'était impossible d'en formuler Je ne comprenais rien aux règles de i'art oratoire ; je ne pouvais en faire l'application, et quand je me trouvais d'accord avec elles, c'est que l'inspiration l'avait ainsi voulu.
J'éprouvais une vive contrariété en me soumettant à la règle qui veut que les élèves composent leurs discours et les apprennent par cœun J<^ puis dire que tous ceux que j'ai couchés sur 1^ papier étaient .d'une médiocrité désespérante. Je ne rendais pas ma pensée; mon âme n'ani- ^dU pas ces froides lignes, et l'inspiration était <)éjà bien loin, quand Uk plume avait à peine traoA
70 LE JlBSUITB
quelques mots. Il fallait obéir cependant, et j'obéissais. J'apprenais par cœur ces pages décolorées; je m'indignais de les sentir si mauvaises. Hélas 1 cet exercice suffisait seul pour me rappeler à l'humilité. Mais aussitôt que j'étais en chaire, après y être monté avec l'intention bien arrêtée de réciter le mot à mot de mon discours, le démon de l'improvisation s'emparait de moi; mes amplifications de rhétoricierï fuyaient des cases de mon cerveau, où je les avais fait entrer avec tant de peine : je redevenais moi-même.
Si je vous parle ainsi, mon enfant, de cette vocation d'orateur, c'est que je lui ai dû et mes plus grandes joies et mes plus amères douleurs: mes plus grandes joies, car je crois que j'ai eu le bonheur de faire quelque bien aux âmes de mes frères.
Il est rare chez nous qu'on appelle aux ordres sacrés un jeune religieux, avant l'âge de trente ou de trente-trois ans. Et, comme à présent les sujets sont nombreux, et qu'on n'a plus, pour se hâter, les raisons qu'on avait de mon temps, il est probable que vous, mon cher Sainte-Maure, vous ne serez appelé au sacerdoce que dans sept à boit ans.
— Notre institut, mon Père, lui dis-je, ne fait-il pas preuve en cela d'une grande prudence ? Il attend que le libre arbitre ait atteint son entier développement, et que le jeune homme, connaissant les passions qu'il aura à combattre pour
PAR l'aSBÉ ♦** 71
rester fidèle à ses engagements, puisse se rendre le téiDoigDage qu'il sent en lui la force de leur résister.
— Tout cela est beau en théorie, mon en^ fBBt; mais vous parlez de libre arbitre développé* Apprenez, Sainte-Maure, que lorsqu'on passe dix, quinze, dix-sept années dans l'Ordre, on ne devient pas un homme, mais une chose; et cette chose appartient à la Compagnie; c'est une matière qu'elle a triturée, à laquelle elle a imposé diverses formes. £lle ménage l'individualité à ses sujets, et ne leur en laisse conserver que la dose nécessaire non au sujet, mais à ses intérêts à elle. Depuis l'âge de huit ans j'appartenais aux iésoites; ils m'avaient façonné à leur image; je n'avais que leurs livres; je ne ^nnaissais de grand, de noble, de beau, d'héroïque, que leur institut; je le regardais comme seul capable de régénérer la face de la terre. Quand même ils n'eussent pas fait fléchir la règle, et qu'ils eussent aUendu mes trente ou mes trente-trois ans pour ioelever au sacerdoce, je n'en aurais pas moins été un enfant. Et, d'ailleurs, ne nous engageonsnous pas par des vœux, simples il est vrai, mais éternels, dès l'âge de seize à dix-huit ans? Quand on est déjà lié, qu'importe un lien de plus? Cette règle 4 que vous trouvez si prudente, n'est donc, après tout, qu'une équivoque. Ahl si, au lieu de me faire prêtre à vingt-six ans, ils m'avaient dit: — Rentrez dans le monde, restez-y
12 LE <fÉH[J|T«
^«nd^pt quel^uais «nnéeiB, et enguîte» si tmis vqus «entez le courage d'être préire ei religiemit reverr nez parmi nous!... Mais on ne dit pas cela. El si on le dis^U, eo reviendraUnU bettucoup ? Je n'ocrais Taffirmer.
~-T Pour moi, mon cher Père, je cnaia, j« gim même sûr qne je reviendrais.
T- Cela n'est pas impossible, et tous pourriez aloi» vous dire: Je me suis fait Jésuite parce que j'ai voulu l'être.
A.U reste, s'il en rentrait un grand nooibre comme vous, l'Ordre changerait bientôt de Caoe. 4u lieu d'être une force colossale, mais hostile à te société, il deviendrait une de ses forces vives. Nous travaillerions pour elle et avec elle. N« croyez pas, mon fils, que je veuille vous inspirer le dégoût de l'état que vous avez embrassé. J'ai trente-huit ans, je suis arrivé à l'âge mûr, sans avoir pu me dépouiller assez des influences, je ne veux pas dire des préjugés de mon éducation première pour décider si la Compagnie de Jésus est, oui ou non, l'idéal de cette perfection vers laquelle il est beau de tendre. C'est à vous d'examiotfr, pendant les quelques années qui vous séparent encore du seul engagement irrévocable, celui du sacerdoce, si l'avenir de la société dé^ pend de la réalisation des plans de la Compagnie ; ^, pour sauver les peuples, il est nécessaire de les réunir en un seul peuple, espèce de république Jiniverseile gouvernée tbéocratiquement par le chef
PAM l'asu ♦*♦ • 78
it VS^ÊBB^ airee ies Jésuites four auiUiaires; et 6i c'est aÎMÎ qu*OQ deît ooroprondre ces paroke de l'Efangile : J\ n'y aura plus qu'un seel trou* peau et un seul pasteur?'' Quant à moi, je Tai cru longtemps. Et peut-être cela eût-il été po»- Hble, si l'Ordre ne se fût pas voué à l'immobilité ^ plus absolue, et si, au lieu de se renfemer jbos la lettre de ses Constitutions, elle en eût âterprété l'esprit Hélas 1 mon fils, nous avons ia prétention d'être un jour les maîtres du moncto, H oous ne nous apercevons pas que le monde s'tst transformé depuis saint Ignace. Il ne se laisse plus conduire par les chemins que suivaient DOS pèr^s. 11 ne comprend plus la langue que BOUS parlons; il passe auprès de nos maisons tm ^uant la tête avec dédain; les femmes seules viennent à nous, parce qu'elles aiment la pompa fc oos cérémonies, le luxe de nos églises, la mu* nqœ, l'encens, les fleurs, les séductions de la parole, les récits légendaires et merveilleux.
~ Quoi! mon Père, en serait-il ainsi? Et de l'influence que nous avons eue jadis, est*ce là teul ce qui nous reste?
-^ Tout ce qui nous reste! me répondit le Père; tout ce qui nous reste! Avons-nous jamais possédé quelque chose? Avons-nous jamais eu prise sur la société que nous avions la prétentioti •ie gouverner et de régénérer?
— Hais Dieu a suscité notre Ordre pour coQibattro l'hérésie.
74" LE muiTB
— Oui, nos historiens et nos apologistes répètent cela. Hais Thérésie, Tavons-noos vaincue? Avons-nous empêché la moitié du monde occidental d'échapper à la Rome papale, qui avait accepté notre appui? Dites-moi quelles sont nos œuvres dans le monde civilisé? en France, par exemple?
— L'éducation de la jeunesse, dont nous avons été les malti*es jusqu'à la destruction de noire Ordre.
— Vous oubliez, enfant, que cette jeunesse, élevée par nous, nous a abandoniiés pour la philosophie railleuse et sceptique du dix-huitième siècle; et, en admettant que nous ayons fait ici quelque bien, je ne vois ailleurs que des intrigues de confessional. Notre Père Lacbaise poussait la tolérance pour les écarts de son royal pénitent jusqu'à mériter de voir son nom devenir l'objet d'un jeu de mots ignoble. Après lui, notre Père Letellier jetait le monarque, enfin converti, non par nous, mais par une femme qui ne nous aimait pas, dans tous les excès du rigorisme; et, pendant que nos Pères écrivaient leurs livres de morale relâchée, en opposition avec la morale austère des Jansénistes , Letellier provoquait les dragonnades, les supplices et la proscription de ces hérétiques que nous avions été impuissants à convertir par la parole. Ahl j'oubliais, dit le Père: nous avons soutenu, propagé les rêveries d'une illuminée, Marie Alacoque; la dévotion du
PAB l'abbé ♦♦♦ '76
Sacré-Cœar a pris, grâce à nous, un accroisse* ment immense. Nous avons ergoté, écrit là-des* sus, soutenant ici ipie, dans cette dévotion, on T^e devait voir qu'un symbole, ailleurs, que c'était bien an cœur réel, la chair même du Christ, une portion de son corps, qu'on adorait Et on a cm depuis avoir beaucoup respecté les droits de la raison humaine, en défendant de distinguer entre )e symbole et la réalité.
Nous avons fait encore autre chose de grand: nous avons persécuté les Jansénistes; nous avons arraché de pauvres filles de la maison 'où elles voulaient vivre et mourir, parce qu'elles refusaient de se prononcer sur des questions qu'elles ne comprenaient pas, trop loyales qu'elles étaient pour se sauver par des formules équivoques de soumission.
Avoir provoqué la révocation de l'édit de Nantes, propagé les rêveries de Marie Alacoque, iait raser les murailles d'un couvent de pauvres filles et fait déclarer bienheureux un' mendiant français, Benoit Labre, voilà notre bilan du dixseptième et du dix-huitième siècle! Faut*il s'étonner,- après cela, que le monde n'ait jamais consenti à plier sous notre joug; qu'il ait tenu en suspicion nos équivoques perpétuelles; qu'il se soit défié de ces pauvres qui possèdent des millions, de cette petite Société qui convoite la puissance universelle? Qu'avons-nous fait depuis la naissance de l'Ordre jusqu'à sa suppression par
76 LE jésuiTB
Oiéaeitt XIV? Rien. Qu'aronB-ttous fait depuis qu'une bolie de Pie VII nous a rétablis? Ri^au Nous nous sommes cachés longtemps dans Tomkre, pour ne pas effaroocber le inonde, qui mt Toulait plus de nous. Nous avons rétabli bos finances^ et, ne dédaignant pas les procédés de la société moderne pour augmenter son crédit et ses ressources, nous avons rivalisé d'habileté avec les faiseurs^ et nous sommes parvenus à porter notre prospérité matérielle biea au delà de ce qu'elle était, quand le malheureux Ricci fut enfermé au château Saint-Ange. Nous avons travmllé pour nous. Nous avons élevé, pour chapelles, des cathédrales splendides, des palais pour en faire les collèges de la mimma Societaa; tout cela en parlant de pauvreté et de détachement.
— Cependant, mon Père, pour avoir subsisté malgré tous les obstacles, malgré toutes les haines, malgré toutes les répulsions, malgré ses fautes, car il a pu, il a dû en commettre, «malgré ses ennemis, peut-être même malgré ses imprudents amis, il faut que notre Ordre ait eu en lui un principe de force. Ce principe Ta soutenu pendant trois siècles; c'est par lui sans doute qi?îl s'est relevé de sa chute.
— Vous ne vous trompez pas, mon enfant; il y a dans l'Ordre un principe de force. Ce jurincipe, c'est l'association: l'association, dont le monde moderne ignore encore toute la puissance,
PAA h'Édmà ♦^ 77
sais dont îl se senrira, comme d'an leTier, pour louleFer les obstacles qui entravent sa civilisa- UOD. L'association a été admirablement comprise par les Jésuites; car il semble que notre Cornpapie, si inbabile au point de vue des intérêts >pinmels, ait, pour ce qui touche aux intérêts temporels, des intuitions merveilleuses. C'est l'asmàûon qui fiiit de nous un danger; c'est elle foi pourait faire de nous un moyen de sakrt, > Qous avions la connaissance d» temps que ootts traversons.
J'aime tellement encore la Société, moit cher mfaiit^ bien que je vous paraisse la juger avec ue grande rigueur, que je suis heureux quand |e vois des hoQiraes à rintelligence élevée y en** trer, surtout quand ce sont des Français. J'es** ^re qu'un jour un de ces esprits d'élite entre** fendra la réforme de TOrdre; s'il réussit, il Hira fak une grande chose. S'il doit succomber, i'autres reprendront sa tâche abandonnée pour m tempe, et si tous vont échouer contre une rér ûfitanee inerte et inintelligenle, eh bieni 1» So-** !iété accumulera ses fautes, et elle tombera sou» eur poids, pour ne plus se relever, et sans pou^ oir dire: J^ai iail quelque chose de grand.
78 LE iBSOfTB
Un Jteuite de robe courte.
C'était la première fois que mes oreilles entendaient un semblable langage. Jusqu'à pressent j'avais regardé la Société comme un idéal réalisé sur la terre. Ainsi que le disait mon maître, j'avais une logique naturelle qui me guidait sûrement, et me montrait le côté faux ou vrai de toutes choses. Certes cette logique était chez moi peu développée ; mais elle l'était assez pour me faire discerner qu'il n'y avait rien d'exagéré dans les assertions du Père de Montgazin. Elles se gravèrent profondément dans mon esprit, et elles contribuèrent, sans aucun doute, à la réaction qui devait s'y opérer plus tard.
Dans le moment présent, je cherchais surtout à justifier la Compagnie des reproches qu'on lut adressait, et surtout de celui de n'avoir rien fait de grand.
— Oubliez-vous donc, mon Père, lui dis-je, nos missions?
— J'espère, me dit-il, que, par missions, vous n'entendez pas les parades religieuses que nous avons jouées sous la Restauration. Vous en voyez aujourd'hui les beaux résultats. Vous voulez parler
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de BOB missions à rétraDger. Oui, mon enCuit, je serais injuste si je ne con?enais pas que là les iésuiies ont été Yéritablement grands. En safez-vous la raison? C'est que, dans les mi»* sioQg, il dut plutôt des hommes de foi, des hooK mes de cœur, que des habiles; c'est que là il iaut s'élever jusqu'à l'héroïsme et braver la mort, ooo sur un champ de bataille, mais la mort par le martyre ; c'est que, dans les missions, on ne îit plus dans l'atmosphère étroite et étouffante d'une maison religieuse. Lorsque le missionnaire parcourt les savanes, la délation ne marche pas à côlé de lui. Dans les missions, le religieux 3iffle ses frères qui sont avec lui, qui partagent ^s fatigues, ses périls/ il n'est pas renfermé âaos un cercle de prescriptions minutieuses; il |)eut être lui-même, se livrer à son initiative per* ^nnelle, faire le bien comme il le comprend. La i^gle n'a pas réglementé l'imprévu. Vous n'exposez pas votre vie par ordre, mais par entraînement
J'aurais voulu, mon cher Sainte-Maure, partir pour ces belles missions; c'est là que mes goûts m'appelaient. Porter la civilisation chrétienne jusqu'aux extrémités de la terre, arracher des peu- , pies entiers au fétichisme, que cela me paraissait beau! Les supérieurs ne voulurent pas se rendre ^ ce désir. Je sentais ^en moi une soif d'hé-« roîsme et de périls inconnus. On , prétendit que c<iUe ardeur était trop naturelle et qu'elle ne pro-
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tmêk pas ds fespril de IM«u. fitaii encore sou» le jovg de la langue ascétiqie; je crus que mes aupérieura oeonaiasaieDt mieiu qoe meâ les HMHiTenieDlB de mon âme, fn^iia safvaient y distkigver ce qui était FfiMiTre de la grâce ou l'œuvre de la nature. Je me soumis aaaa murmurer à Ja VDkvpté de mes maKrea. Je redemandai à être employé aux nmaions étrangèresy il y a quelques amées; alors un intérêt puissant, celui de ma tronquUlité , de mon honneur d'bomme et de prêtre, me commandait de fuir l'Europe. Cette fois, mon enfant, j'ai insisté, j'» supplié; en m'a encore refusé arec une dureté impitoyable* Je demandais plus que la vie^du cerps^ c'était celle de l'âme que je voulais conserver. On me répondit que la grâce devait me suffire, et qu'avec la* prière on résistait toujours à l$i tentation.
En disant ces mots, le Père de Montgaxin mit sa tète entre ses deux mains, et resta quelque temps absorbé dans ses douloureuses • réilexioDs. Je comprenais combien Taveu qui lui restait à U^ devait coûter cher à cet homme si éminenl l'étais pour loi un enfant, im inférieur; sa confiance m'honorait, mais je n'aurais pas roula qu'elle fût pour loi une pénible humilîskîon.
•^ Père^ lui dis*jev si vos souvenirs révetllenc en> vous trop ''dis trâstesses^ n'achevez pas ce réoit Pour peu que votre dignité de prêtre et de supérieur doive souffrir, »e parles pas; je symint*thiatrat à voa doukare, saus eU' eoinalCPe Té-
tendue, et, qoelies qa'en soient tes eauBee, je ▼oos aâmerai et je tous vénérerai toujours.
— Il est certain, mon en&nt, me répondit le Père de M<mtgazin, que, sans les fatales dreonstances qui ont amené la découverte d'une partie de mon secret, je n'aurais pas oru, malgré toute l'estiine que votre caractère si loyal m'inspire, devoir vous faire mes tristes confidences. Vous êtes encore si jeune 1 ... A présent, vous en savez trop pour que je craigne de vous dire le reste. D y a une grande faute dans ma vie. Pourquoi craindrais-je de vous en faire coiinaltre les cir* constances? Je vous le répète, j'û confiance dans la rectitude de votre jugement
— Ayez surtout confiance, mon bien-aimé Père, dans mon affection pour vous.
— Oui, je crois à votre amitié. Et, après avoir connu les orages des passions, on aime à se reposer sur un sentiment doux et calme, dont on ne peut mettre en doute ni la sincérité ni la solidité.
VoQS comprendrez plus tard, mon enfant, quand vous serez plus initié à la vie de la Com^ pagnie, qu'on n'avait pas en moi un prédicateur à l'éloquence passionnée , à Ca voix vibrante et sympathique, à la taille avantageuse, et, disonsle, ce n'est pas vous qui m'accuserez d'une stu» pide vanité, doué d'une beauté physique assez remarquable, trop remarquable même, pour Fenr voyer se per<fare au Japon ou dans les solitudes n 6
LB WÊÊonm
éa WMrmiu Monde. AjoûleE. à toelai qde jepor^ tais UR des plus beaux noms du mitdi cto la Praace. Les sauvages n'UttaGhent aucan pri» aux titres nobitiaires; mais^ en France, eekir pv6dail tou*jours uft certain eiét que nos P^es apprécient La foule aceords trop de prix à tout ce qui est extérieur^ pour qu'on nég%e un moyei» de l'entratner. J'étais Faniorce qu'on lui jetait.
le fus donc promu aux ordres sacrés à vingts quatre ans; à vingt-six ans j'étais prêtre, profès, l^e Jésuite. On afeit supprimé cinq années sur les ^x-sept qu'on employé ordmaireroent à fermer non iin homme, mais un automate. Je n'avais fait que passer par les cours de régence; je éennai plus de temps aux études théelogiques, bien que je n'annonçasse pas de grandes dispo^ sitions pour les suiïtiJités casuistiques.
En 1822, je fus envoyé à Paris. Vous étiez alors éèève à Saint- Acbeui; je vis quelque fois votre mère. Elle me parla de ses enfants, des in^ quiétudes que lui causait l'éducation peu religieuse que son fils aîné recevait au collège, de ses espérances pour son plus jeune fils. Elle me paiHa beaucoup de vous, de votre earactère si charmant, de votre précoce intelligence. Je soupçonnais bien dans tout cela un peu d'exagération materqelle, mais il n'en est pas moins vrai que je me trouvai tout disposé à vous aimer, quand les circonstances réunirent nous à Saint-ÂcbeuL
Depuis prés de quatre ans, les Jésuites pre*
wîMt <pari« aiiX; loîsiras . ^ aiaient été org»» nkéiw «a Franc» par Vabèé «ka Rauzan, j^i^tip aécaiien
M. fattalia, ea 1806, avait bit ub rappoit à r£aApaf8ar aur oette «ovre dea miasiooa. i\a|io^ léûii P' em aifait conopris l'iaaportaoce et l'utilité, et avait acoordé lout oe ^e son oiiniatrc dena»* dait pour elle, Cea nûauons se .iaisaiaDt aaaa hnik« <aas mise an saène. Maia^ aoua la Realaiiration, le Bambre dea Mùeiànnaires de FîTonoe at trou* vaut ioauffiaaal, oa prît noa Pères pour auxiliaires^ et hientét ou les eut pour maîtres.
Bien que l'Ordre fui solennelkmeai restauré par la bulle de Pie VU, nos Pères gardaient e»» eore an Praace Le aam de Pèrea d&-ia Foi, qu'ils aTaient pris soua TËoipire; ménae dans les éUn bUsaeoieiita qu'ils: foodaient, sénioaires, maisatts d'édueatioD, ils ne Sfeniblaient être que des prè^ très séculiers placés sous la juridiction dea éTé<^ quaa» On n'oaait pas produire au graad jour ce titre de Jésuites» objet de tant de répuisioos^ As-< sociéa à la Congrégation de M. de Raaaan^ les Jé- SttHea prennent le nom de Miasiovmaîrés de Fratncei ils vtesk veulent pas d'autre. — On dit que ¥oiis êtes Jésuites? — Nous Jésuites 1 Nous sommea Miteiomiairea de Francey voilà tout
On ae sauvait par l'équivoque.
Tous aaez vu de ces nûsaioQa dans votre enfance^ mon cher Sainte^Maiire. Vous vous rappe* ka «etlepompeuBoniae toi scène, ces. prooessionft
64 LE Mémsam ^
6M autdfl spleodiàe», étipechut» de liimièMS, qu'on élevait presH^ae jusqu'à ti veâte des fteni|ile8y et auxquels on montait par des gradins garnisse riches tapis et bordés de vases de fleurs. • Vous vous rappelez ces trois céréiiieiMes« à grand effets du renouvellemenl; des vœux du baptême, de l'amende honorable au Saint -Sacrement et de Isk ooasécration à Marie. La mission, qui durait ordi* nairement de cinq à six semaines, se terminait par une procession solennelle avec bannières et oriflammes, et Ton faisait la plantation de la croix» Tout cela était théâtral, tout était combiné pour enlever son public; on l'enlevait en effet, mais on ne le retenait pas; et sur mille ou douze cents hommes qui se présentaient 4 la eomflau-> nion générale, il n'y en avait pas dix, — en debors de ceux dont la vie avait toujours été chrétienne, — qui fissejit leurs pâques l'année suivante.
— Cq[>endant, dis -je au Père de Montgasin, ces missions faisaient quelque bien.
— Je crois, mon enfant, que noas faisions plus de mal que de bien. Les minces résultats que nous obtenions ne pouvaient compenser l'agitation que notre présence causait dans les cités où nous arrivions, et la division que nous mettions dans les familles. Ce n'était pas la paix que nous apportions, mais la guerre; et, dans nos victoires, la religion perdait bien plus qu'elle ne gagnait. Qu'avions-nous fait? nous avions gf^lvaiiisé quel-
PAB l'
qoesimes mortetà k foi, mus nous ne les stions ]N» reflSMsdlées: Nous avioiis lait trep el tro^ peiL L'esprit chrélieD ne revient pas dans une pchpolatioD avec tant de rapidité; c'est Tceuvre du teaip& Le joor où nous partions^ on noua accompagnait en criant: Vwent les miaêùmnairea î Noos avions ce jour-là pour nous les trois quarts de la ville. Les plus fougueux libéraux étaient venus à nos sermons. On avait commencé d'abord par jeter dans l'église quelques pois fulminants; nous étions habitués à cette mauvaise plaisanterie. En voyant nos autels gigantesques, on nous comparait à des saltimbanques, et vraiment la oodh paraison ne manquait pas d'une certaine justesse; ensuite, s'il se trouvait parmi nous des Pères qui eussent im véritable talent, et il y en avait, ces hommes, hostiles d'abord, subissaient presque tous Fentratnement général ; mais tout cela était ùictice, et par cela même mauvais. C'était du charlatanisme religieux, et rien de plus. Quand on étaii dégrisé, les haines contre nous n'en devenaient que plus Tivaces. On nous Ta bien prouvé en 1828, en nous renvoyant, et en 1830, en abattant les croix qu'on avait plantées devant nous avec des transports de joie.
A Brest, en 1819, la population ne voulut point Dons garder. La nnssion commença le 24 ; le 28, nos Pères furent obligés de quitter la ville. Ce fat un grand scandale, mais je ne crois pas que les inlérèto de la religion en aient souffert
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En 1626, îe peosais aatrcmeat qii'aïqmnrdimL Je fi» envoyé en mission k Marseille avec qoa-^ torze de nos Pères. Là nous étions sûrs d'être bien accoeilUs : nous étions douze Jésuites et troÎB MiasionnaireB de France i c'est sous ce dernier titre que nous étions tous désignés. Je précfaaÎB dans la cathédrale; et, bien que presque à meo début, la renommée avait jeté aux quatre vents que le Père de Montgazin était l'un des plus brtfr* lants orateurs de la Ck>ngrégation des Missions* Mon nom, si connu dans le Midi, avait acissi son prestige. Lorsque j'entrai au noviciat , je voulus renoncer à ces distinctions nobiliaires qoe je oom-^ prenais dans le monde, mais qu'un membre de la nwnima Societas me semblait devoir mépriser Si régalité doit régner quelque part, c'est surtout dans une communauté. Dans mes lettres aux su-* périeurs je signais donc: Montgazin. On m'intima l'ordre de mettre cette particule à laquelle je ne tenais pas; il paraît qu'on y tenait pour moi.
Le jour de l'ouverture de la mission, je mon** tai en chaire. Pour la première fois, j'avais à porter la panrfe devant nn grand auditoire, et j'étais un peu ému. Il ne m'était pas permis de choisir le sujet que je devais traiter; tout était réglé d'avance: il fallait ce jour-là parler sur les avantages de la mission. Heureusement j'étais convaincu alors que les Missionnaires de Francct surtout si l'élément jésuite y dannnait, devaient <^uver l'autd et le irdne. Je parlai avec chalenr,
PAR h*àSBé ♦*♦ 87
•t moB.sacoëe fut cMtaplcI. J'eus le boa seaei rare aloi% de ne pas &ire trop d'allosions poti* kiqiMS ; je ne maudis Voltaire et Rousseau, et tous Ifis philosophes du dix-huitième siècle, que dea^i fois ciaiiA le premier point de mon discours» une fois dans le second, et quatre dans la péroraison» Tous ceux que la curiosité seulement avait Mtirés dans la cathédrale convinrent que j'avais du ta-^ lent et de la modération. — Cest bien dommage, ajoBtaient'-ils, que ce beau prédicateur ne se soit pas fait avocat. Dans les causes criminelles, il eût attendri jusqu'aux gendarmes.
Le Provincial m'avait donné une lettre pour le marquis de Flaviac, qui demeurait à une lieue de Marseille, dans une délicieuse bastide située sur les bords de la Méditerranée. Le marquis était un vieillard de soixante-dix ans, qui ne paraissait pas en avoir plus de cinquante: il avait conservé toutes ses dents, et ses cheveux oom* meoçaient à peine à blanchir. Sec et nerveux, il avait toute l'agilité d'un jeune bomme^ et il mon* tait à cheval comme à l'époque où il était colonel ées mousquetaires de la Reine. Il semblait que le temps se fût arrêté pour lui. Son intelligence a'avait pas non plus vieilli. Le marquis était Uea loin d'être un homme supérieur, mais il avait eet esprit que donne l'usage du monde, et toute la vivacité méridionale. Il avait été élevé par le» Jésuites* A seize ans, le jeune marquis entra au service; à vingt-dc^ux ans, il avait eu des ma^
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tresses, des dettes et des dnds. Il se maria «v^e
une jeune fiUe dont il était devenu passionnément amoureux; elle avait de la naissance et de la fortune. Les parents s'étaient d'abord opposés h son mariage avec le marquis; mais rinterventioii d'un Père, ancien préfet des études du marquis et qui avait conservé pour le jeune fou, comme il ra{)pelait, une affection très-vive, leva toutes les difficultés.
Le marquis de Flaviac fut un assez bon mari. L'ambition calma ce qui restait d'exubérance de passions en lui. Il fit, comme on le disait alors, grande figure à la coUr, et sa femme obtint une place dans la maison de Mesdames, tantes du roi.
Lorsque le mouvement de 1789 se produisit, le marquis en fut un des plus violents adversaires; et il émigra avec sa femme dès la fin de 1790.
La bulle de Clément XIV, qui supprimait la Compagnie de Jésus, semblait avoir porté un etmp mortel au parti qui avait constamment travaillé à la faire rappeler en France. Il n'en fut pas ainsi. On espéra dans un nouveau pontificat: Pie VI fut nommé Pape eu 1775; on le savait favorable aux Jésuites, et les intrigues recommencèrent. Le jeune marquis de Flaviac fut un des agents les plus actifs du parti qui soutenait à k cour les intérêts des Jésuites. Sa femme, méridionale comme lui, dévote jusqu'au fanatisme, et qui savait très-bien qu'elle devait au Père F..., et son mariage et la position qu'elle occupait à la
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cotu% ne croyait pas qvtH fdt jamais possible Aë trop faire quané il s'agissait ées iotérètsd« l'Ordre*
Le jenne roi Louis XVI ayait un ^rlain pen* chant pour le rétablissement des Jésuites; mn père les avait protégés. La reioe, au contraire,' fidèle à la politique de M. de Choiseul> et se souvenant q«e sa mère Marie-Thérèse avait donné son aflsca&nent à la suppression de la Compag* oie, étiôt à la tête du parti anti-<i^^ii®* Ce fut ée sa part une imprudence. Le parti jésuite de la cour, qui avait son centre chez Mesdames» tantes du roi, fut Tantagoniste de Marie^AntiDi* Dette, et les premières calomnies débitées contre elle sortirent des salons des filles de Louis XV.
Le niarquis de Flavkc était, de tous les affi-^ liés à la Société de Jésus, certainement le plus eélé.
— Comment! dis-je au Père de Montgazin, est-ce que vous croyez aux Jésuites laïques?
— Vous doutez de leur existence?
— ' Oui, et j'ai toujours pensé que la Congru* gaUon et les Jésuites de robe courte étaient un éponvantail dont l'opposition se servait, sous la RestMffation, pour effirayer les crédules et les niais.
— C'est ce que nous disons, nous autres Jé^ siiiles, mon cher enfant, bien que, dans d'autres circon^nces, nous ne fassions pas difficulté dV voa^ Texistenee de la Congrégation. On Ta pro- (damée, sons la Restauration même, à la Chambre
des ë^uté& A présent, nous soutenons que c'est ,
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M oqitbe« Ma» k Cénifr^gatkiii «t les Jérabes I d« r«b(i €0iir4e Mot ai p«Ai uûe ittrentioQ du 1h , béi^UdBiie^ qu'aa 7 mai 1764« à la aéaoce du Par- \ hment de Bèsaoçttn, touiot ka Ghaaibres aaseon'* bléea, il lut dit ^que ceux ^i feot partie de la Ceogrégatioa dite de meêaieurêf ^^ it y eo avait | nue autre dite ttart&anSf — ne poorraîant prendre part aux délibératii^os daos uoe jtffaire eut- 1 eernaot les Jéauites» parce que ees Congrégations étaient immédiatement soumises au Grénénal ei au aiHres supérieurs de la Société, et que par oon- ; sé^pMOt la cause des Jésuites était celle de la Cangrégation de memieursJ^
Déjà en 1772, dans le même Pariemeot) 4» aftait interpellé le conseiller Quéroy, qui demandait à ne pas prendre part à k délibération dann' une affaire concernant la Compagnie, en lui di«^ saut: ^Êtes-vous un Jéauité de rolm cauHe?^' Vous Yoyea que le mot est ancien» et que ce^ libéraux, contre lesquels nous avotis tant débla-' téré et qui nous le rendaient bien, n'en sont pas les iiiveoteurs.
Les membres de la Gov^régaiion, car je veux aebever de vous éclairer là-^dessus, sont Uéa d'intérêts avec la Société de Jésus. Ils dépendent .du Général, et ne doivent avoir pour confesseurs qde ceux de la Société, ou bien ceux qui noat désignés par elle. Mais, outre eette G<mffrégiai£Qn mère et une infinité de petites Qmffrégaiionâ particulières qui se rattachent à l'Ordre à diffé-*
PAR L'aMB «^ 91î
r«ofs degré», i y a te affSUéBy et c» fl«ftt là sflrtoot ceux qm doîfetit être désignés sMt kl Bom de Jésmtee de robe cewrte^ Le Tieoi nâi^ Ittis de Flaviae eel ub de eeuK**là.
Les affUSêe s'engagent par serasettl è soole* nir rOrdre et à lui rendre tons ks boas offiees ((m senmt efi leur pouineir; ils font au Général le Mm simple d'obassanœ. De son eélé, l'Ordre s'engage à les protéger, à les aider dans tentes les cireoostaaces eu eux et tous ceux qui leui^ tppartienne&t pourraient en avoir besoin^ Les ofiiliês portent toujours sur eux un seapubwre) b fome^ la couleur) réioffe est k même pour Ions.
Le marquis de Flaviac revint en France, aviattC nérae la publication du décret qui aMorisait les iffiigrée à rentrer dans leur patrie. Il fit életet ioo fils, le jeune comte de Flaviac, par les Pères le la FoL C'est sous ce nom que se cacbaiettl ilors les Jésmtes* Quelque temps après la ren** trée des Bourbons, le comte de Flaviac entra ians la diplomi^e, et, tout en servant les mté* nMs de la France, il rendit aux Jésuites d'émilents serviees. Les Flaviac nous étaient dono et WQs sont encore tout dévoués. C'est une tradi-^ ioo de foniille. Le jeune comte, élevé par noi ^ères, a été marié par eux ii une ricbe héritière IW des plus nobles familles du Languedoc, celle le« Salméron; elle n'est pas moins dévouée à Botre Soâélé que ocHe des Flav îast
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»' 0» pe«i dire (}tt6, dëpsis- la feàdirton i VOrét^^ ë y a eu une alfiance étroite contracta eiUPe ks fils d'Ignace de Loyab el les Flaviac < les Salméron. Ces derniers, d'origine espagnol sottt, disârt-ils, de la famille d'Alphonse Salmi roB, l'uB des compagnons de saint ^aœ.
Depuis le mariage de son fils, k yieox mal qms de Flaviac a quitté Paris. Ses biens avaiei été vendus pendant la Révolution; il en rachti la^ plus grande partie, et à la place où s'élevj autrefoia le château féodal, il fit bâtir une él ganie bastide entourée de trois côtés de platane de tamarins et de vieux mûriers aux foroies 1 zarrement contournées, et puis, au midi, de Méditerranée.
Le lendemain de l'ouverture de la missi<j j'allai chez le marquis.. Je n'ai pas besoin vous dire, mon cher Sainte-Maure, que je I admirablement reçu. Ce ne fut pas parce q les Montgazin avaient eu des alliances au do zième siècle avec les Flaviac, et pourtant, a yeux du marquis, cela avait bien sa valeur; ne fut pas parce que j'étais prêtre, et que titre me donnait droit aux égards d'un hooii aussi profondément religieux que l'était M. d&laviac, ce fut surtout parce que j'étais Jésuii q^^ soit dit en passant, mon cher ami, un ci <^igt)aroi«8e est souvent reçu dans de nob m^e is avec un laisser-aller, un sans-façon i particttiimpertinenoe , tandis qu'un reKgieiix, q
^9 wékn est touJMffs Tobjel d« la -déferenoe ta plus respeotoeuBe. U semble que -ta soutane édiHirtée du Jésuite* en le» sandales du eapoeîn aÎNit eo soi une YeHa ^i oommaDde aux fronts les plus altiers de s'incliner.
Après les compliments d'usage sur tnùn éUn qiient dtÊCOUra de la veille, le marquis de Fiaw me dit:
— J'espère bien, malgré mes soîxante-douzé ans, ne pas manquer an des exercices de cette sainte mission. J'ai de bons chevaux, ils me conduisent dans ?ingt minutes à Marseille; cet eierace répété deux fois par jour me sera, je le orois, très-salutaire. Ah! mon cher Père, à mon (ge, il est temps de songer sérieusement à son salut. A la vérité, je compte sur la promesse 7ue Ueu a faite à l'un des fondateurs de votre 3rdre, saint François de Borgia, que, pendant rois cents ans, tous ceux qui auront appartenu » rOrdre et qui y auront persévéré jusqu'à la în, seront sûrs de leur salut, et vous savez que 'appartiens à votre sainte Compagnie par Tafilialion.
J'interrompis le p€;re deMontgazin et je lui dis:
— Serait-il vrai que saint François de Borgia lit eu cette révélation?
— Je ne sais pas, me dit en souriant le Père, ^i François de Borgia a eu une révélation de ce genre, ou ^ son perveau, surexcité jjpar le jeûne
il fsr lei-nacéfMimis^ a rivé ^atfoa «hosii «inbhU»; j». croM q«ir Dieu veul sanvei toa 0M- cMBteirts, el ce bail -de Ums cent»- ans fiai «vee la Coupaga» àm iéaus «e fMraity ja Vmm> trèa-suspect Il Q9ntiniia:
— PefHlant la tem^ que je re«Ui à M seille, je sus que le marquis, confiant, a^na do ijants la preipesse faite au saint Jésuite, 8e p omettait: quelques retours aux erreurs de aa j ncisse» J'aioie à croire que la mission l'aura ci
VAîrU.
— Je vous devrai, mes Pères, me dît-il, ij YÎsite des plus agréables pour moi, celle de )>elle*filie , la comtesse de Flaviac* Vous sa^ qu'elle est de la famille de voire glorieux i phoDse Salméron. Aussi les ù\» aines des Saln| ron portent-ils toujours le nom d'Alphonse, les filles aînées celui d'AIphonsine. HéJas! c encore une noble famille qui s'éteint. Ma be fille est la dernière descendante des Salmér comme mon fils est le dernier descendant de branche aioée des Flaviac. Il ne reste plus [ ce nom qu'un de mes neveux, charmant gar{ s'il en fut, mais malheureusement un peu enti^ de la philosophie moderne. J'aime encore mi^ cela que s'il était janséniste^. Voltaire , Rousse] IMderol nous ont fek mains^ de imiI que les J^ séoistes.
Voyez-r^us, dmid cher Pèra, omtiiiu» le ma
fna, je tfomf» 1» fiasr imrani'^es ktimneg, mm b craiole de yoir s'étendre- le non de» Fh^fam. MoD ntTeu list marié depuis dir «ne', et y n'a qu'ao ib; et ma Mie^fille, ditpaJs cimn ans ()Q'eUe est siariée, n'a |»9 encore d^eiiCMita. Deux fois DOft cspéranecs ont èiè déçnee. - Ceet là vm grand cbagrin poiir mol. Un ai bea« nom! re* poser toutt entier sur la tète d'un enfam âfê six iD§, e'eet déplofaèie!
ie l'aTone, la désolation dn Tienx marqofa me toudiaii médiocrement. Je lui remis la lettre du Provinciat eC je me retirai.
Quand yeiis précbeves^ mon oher enfant, et vous serez , je erois , une des "gloires de notre Compagnie comme orateur, y^ym vous apercevrez bientôt qu'il s'établit entre le prédicateur, surtout s'il impronee, et son auditoire, des rapports tels que nea ne lui éehQppe des impressions produi* tes par sa parole. Les improvisateurs trouvent, dans oette rapide étude des di^osîlions plus ou moin» favorables de leur public, l'élan qui leur est nécessaire. Un courant d'idées s'établit entre celui qui paHe et ceux qui écoutent; on donne et l'en reçoit. Le prédicateur comprend jiisqu^où il peut aHer, le ^nt au contraire où il doit s'arrêter. Quant à moi, un geste, un re^rrd, un raouveraeiil de tète, un sourire, rien ne m'échappait; tout avait sa signification, lioi, le moins clairvoyant de tous les hommes, je devinais alors les plus intimes pensées de ceux qui m'écou*-
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taient, el y%i wrpm «îfisi des seerets qui ne Hi*ont jamais été révélés qoe là.
Le suriendemaiB dU; j»or de ma risite aa marquis de FlaTiao^ je devais prêcher le soir, ^'église étail splendidement éclairée, la foule compacte» Dans le côté réservé aux bMnraes je reconnus le marquis de Flaviac
Au premier rang des chaises placées derrière le chœur de cantiques, et presque en face de la ^aire, j'aperçus une femme que je n'avais oertes pas vue aux exercices précédais. L'éi^nee, la richesse de sa parure la rend«ent trop remarfpable pour qu'il fût possible de passer inaperçue. La pensée me vint que ce devait être la bellejglie du marquis de Flaviac. Que m'importait cela ? Rien sans doute: c'était un sentiment de pure curiosité que j'éprouvais; il ne pouvait y avoir rien de plus, et je ne m'expliquais pas pourquoi je me sentais troublé. Je voulus réagir contre moi-même: je cherchai des torts à cette inconnue, quelle qu'elle fût; je trouvais qu'il était ridicule d'étaler dans une église un tel luxe de velours, de plumes et de dentelles; et je me promie de donoer, à l'occasion, une bonne leçon à ces femmes du monde qui ne viennent dans le temple du Seigneur que pour attirer les regards pm- un luxe extravagant. Je ne m'étais jamais senti de telles dispositions au rigorisme, et tout cela à propos de cette femiae dont je n'avais pas encore vu les traite.
PAft l'abbé ♦** 9Ï
La comtesse de Flaviac.
Le cantique d'invocation au Saint-Esprit était terminé. Quelques notes jetées çà et là avaient dominé parfois la voix des chanteuses, notes frai-* ches, pures et sans le moindre accent marseillais. C'était bien l'étrangère qui avait mêlé sa voix à celle des jeunes Provençales. Mais cette étrangère était-elle la comtesse de Flaviac, Alphonsine de Salméron? Pourquoi désirais-je savoir cela?
Les Marseillais ne possèdent pas le sens musical comme les Toulousains. Leur accent est plus énergique qu'harmonieux. Notre chœur de cantiques laissait beaucoup à désirer pour des oreilles délicates, et je n'étais pas le seul sur lequel la belle voix, qui semblait ne s'être fait entendre que pour se faire désirer, eût produit un effet électrique.
Quand l'étrangère se fut assise pour entendre le prédicateur, elle se trouva en face de moi, et je ne pus m'empécher de jeter sur elle un regard de curiosité presque anxieuse. Si, avant que je l'eusse vu, on m'eût demandé: Cette femme est-elle belle? je orois que j'aorus répondu afn 7
firmativement Et je fus très-sùrprîs de ne Ii trouver pas même jolie. Ce n'était pas là cett pureté de lignes, cette beauté placide et chast< que j'avais si couvent admirée dans les chefs^ d'œuvre de Fart antique, ni Téclat, ni la fraicheu| de coloris, ni le sensualisme des figures d\ femmes peintes par Raphaël et par Rubens; en^ core moins y trouvais-je la candeur, la naïveté de celles du Giotto et de Fra Angelico. Elle ne ressemblait en rien aux différents types que je m'étais fait de la beauté de la femme. Elle étaî( petite et mince, les 'traits de son visage étaient irréguliers, les contours en étaient amaigris; elle était pâle; son teint, mat et légèrement brun, rappelait son origine espagnole. Non, elle n'était pas belle. Mais elle avait je ne sais quoi d'étrange qui^ surprenait au premier regard qu'on jetait syr elle, et qui attirait ensuite. Il semblait qu'il y eût là un inconnu. Ses yeux noirs/ entourés d'un cercle bistré, avaient un éclat extraordinaire. Il y avait dans son regard je ne sais quoi de profond et de passionné, quelque chose d'indéfinissable.
J'avais eu occasion de rencontrer deux ou trois fois des femmes dont l'admirable beauté rappelait les chefs-d'œuvre de la peinture et de la statuaire. Je les avais admirées en artiste, et j'avais même ressenti quelque surprise de n'avoir pas, en cela, éprouvé le plus léger trouble des sens. Comment me serais-je défié de moi-même en re-
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gardant avec une certaine curiosité cette petite femme brune et maigre, que j'avais d'abord presque trouvée laide? Pourquoi sentais-je son regard filé sur moi, même quand le mien se portait du côté opposé où elle était? Par quelle fascination mes yeux revenaient-ils chercher les siens? Pourquoi ce trouble étrange?
Nos cérémonies avaient toujours lieu le. soir, et bien que l'église fût très-éclairée, la lueur des lampes et des cierges ne se projetait pas également partout. Le visage de cette jeune femme, sur^ lequel mon attention se portait malgré moi, m'apparaissait baigné de lumières, et son regard ardent cherchait mon regard. Quelquefois un léger mouvement de tète faisait rentrer ses traits dans l'ombre; mais ses yeux, ses yeux dont je n'ai jamais vu, dont on ne verra jamais les semblables, brillaient dans cette ombre. .Je voulais éviter ces yeux fascinateurs , je ne le pouvais pas. Cependant vous n'auriez pas cru, en m'entendant prêcher, que j'étais en proie à une véritable hallucination. Il y avait en moi un dualisme trèsmarqué, et dont je me rendais compte, tout en le subissant: d'un côté, l'orateur maître de son sujet, et de l'autre, l'homme suivant, dans une des cases de son cerveau, les diiTérentes phases d'un rêve fatigant, sans pouvoir s'éveiller.
Je prêchais ce jour-là sur les peines éternelles de l'enfer. J'étais alors saturé de toutes les idéeS du moyen âge, je les avais adoptées; et c'é
tail en raison d'une sincère contictian que je raë complaisais dans les tableaux terribles des torto^ res imposées, pendant toute Téternité, par le Dietf infiniment miséricordieux, à des créatures péche-^ resses, parce que toute créature, est ffinfble. Je^ voyais frémir tout mon auditoire, au récit de ces) supplices inouïs, que je me déclarais pourtant impuissant à rendre. Elle, Tétrangère, ne frémissait pas. Elle ne perdait pas une seule de ra^es paroles, J'en étais bien sûr; mais je les voyais glisser sur cette âme sans la pénétrer. Ces tortures des damnés, que je n'avais jamais encore représentées sous des couleurs si effrayantes, l5ur lesquelles j'avais concentré Içs sombres imaginations du Dante et les rêveries monstrueuses des théologiens de toutes les religions, ne me paraissaient pas devoir ébranler une seule des fibres nerveuses de cette femme. Il y eut un moment où elle devint, pour moi, tout mon auditoire, où je ne préchai plirs que pour elle. Je voulais la dompter, lui arracher un signe d'effroi de ces rigueurs éternellement vengeresses. Je voulais l'attendrir au récit des douloureuses angoisses d^une âme séparée par le péché de tout ce qu'elle a aimé sur la terre, qui voit son époux et ses enfents dans le sein d'AbraJiam, qui tend ses bras vers eux et se tord' dans l'agonie d'un incommensurable désespoir, à la pensée de ne pouvoir jamais, jamais, se réunir à eux. Elle ne frémissait pas ; elle ne pleurait pas. ^*avais pourtant un succès de liarmes et cfe san-
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glots, comme jamais prédicateur n'en a obtenu. L'imagination brûlante des Provençales se complaisait daps ces lamentables amplillcations; plus que toutes les autres femmes, elles sont avides d'émQilîo0s. Mais elle, que je voyais là devant moi, elle n'était donc pas femme! Je ne pouvais m'expiiquer cette insensibilité quand il s'agissait d'un des dogmes les plus terribles de la religion chrétienne.
Je descendis de chaire. Il y eul, à la fin de ma péroraison, un murmure d'applaudissements que la majesté du saint lieu putséule contenir. Je crois qu'en effet je n'avais jamais si bien prêché. Aujourd'hui je trouve mon discours absurde; mais enfin, le genre admis une fois, j'avais dominé mon auditoire, elle exceptée. Ce jour-là, j'avais désiré un seul succès et je ne l'avais pas obtenu. Qui sait? me disais-|e, peut-être me trouvet-elle médiocre, ou du moins fort au-dessous de ma réputation?
Après avoir pris un moment de repos, bien qu'encore inondé de sueur, je rentrai dans l'église et je me plaçai dans une stalle du chœur , d'où je pouvais voir ce ^qui se passait dans la nef.
On donna, selon l'usage, la bénédiction, et l'on dbanta uu caotique. Ce cantique rappelait le sujet qui venait d'être traité: l'enfer. Tout le monde restait à sa place. Cette voix merveilleuse qui n'awit vibré qu'un instant, on espérait l'entendre encore. Ce fut en vain. Le cantique est très-long e
soit dit en passant, très-stupide. Après les premières strophes, la foule, trompée dans son attente! s'écoula lentement, et il ne resta bientôt plus danj réglise que les chanteuses et quelquâi» dévotei bien déterminées* à rester jusqu^à la fernreture de^ portes. Elle était toujours là, à genoux, immobile, la tète dans ses deux mains. On commençait k dernier verset du cantique. Alors relevant sa tête, elle mêla sa voix à celle des chanteuses, ou plu-tôt elle chanta seule, car toutes s'arrêtèrent pour mieux l'écouter, avec une passion, un accent de douleur impossible à rendre. Les mots: Hélas î hélas l surtout furent accentués avec une telle énergie de désespoir lugubre, que tous ceux qui étaient encore là frémirent. Cette voix, n'était-ce pas celle d'une de ces âmes que j'avais évoquées dans ma péroraison, et qui venait, comme je l'en avais conjurée, donner aux pécheurs un àernïet avertissement?
Je n'étais pas loin de le croire moi-même.
En sortant de l'église, je me dirigeai du côté du port. La froide brise de la mer passait sur mon front brûlant Le calme revenait dans mon âme, et à mesure que la réaction se faisait, je ne comprenais plus comment j'avais pu me laisser impressionner ainsi. Ce fut pour moi l'occasion de profondes réflexions philosophiques sur ce pauvre cœur humain, sur cette intelligence dont nous sommes si fiers. Je jetai la sonde de l'analyse dans
abîmes plus profonds que cette mer mugis-
PAR l'abbé **♦ 103
sant à mes pieds, et je rentrai chez moi, sans aToir trouvé le premier mot de ces mystères. Mais la bonne nature m'envoya un sommeil réparateur et, avec lui, l'oubli.
Le lendemain, j'avais une de ces migraines que y<Hm'*me connaissez, et je fu^ deux jours sans paraître aux exercices de la mission.
Je logeais à l'évéché, et j'avais un salon où je recevais les visites beaucoup trop nombreuses qui m'arrivaient. Je confessais les hommes dans ma chambre.
Mon indisposition avait été la nouvelle du monde dévot de Marseille. On déposa chez moi plusieurs cartes ; je lus Sur une d'elles le nom du marquis de Flaviac, sur une autre celui de la comtesse A. de Flaviac.
Elle était donc bien à Marseille, et c'était bien elle que j'avais vue à l'église.
Ces deux jours de réclusion m'avaient été utiles; j'étais sûr que l'étrange impression que j'avais reçue ne se renouvellerait pas, du moins avec la même intensité. J'allai à la cathédrale; je montai en chaire; mais je n'aperçus pas la seule personne que mes yeux cherchaient malgré moi. Sa voix ne se mêla pas à celle de nos choristes. Je me sentis plus à l'aise en ne la voyant pas dans l'église. Peut-être y avait-il un regret mêlé à cette satisfaction!
Le lendemain, j'avais chez moi différentes per-
106 LE JÉSUITB
Je répondis immédiatement: .
„Madame,
„Je suis à mon confessionnal de sept heures du matin à dix heures, et, dans l'après^di, de deux heures à^ quatre heures. Vous m'y^'^uverez, toujours prêt à vous donner les conseils que vous réclamez.
„Âgréez, etc.
„De Montgazin."
Je me rendis à l'église, sans songer à ouvrir les lettres du Père Provincial et du Père Mauguin. En montant en chaire, je parcourus la ne^ du regard; madame de Flaviac n'y était pas.
En rentrant chez moi, je vis sur ma tahie les lettres oubliées et je les ouvris. Dans celle du Provincial, je trouvai la recommandation expresse d'avoir les plus grands égards pour la comtesse de Flaviac.
„Sa famille, je ne devais pas l'ignorer, était toute dévouée à notre Ordre, et la comtesse par elle-même était digne du plus vif intérêt. Depuis cinq ans qu'elle était dans le monde, elle avait conservé une réput^ition intacte. A la vérité, elle laissait un peu à désirer sous le rapport des sentiments religieux. Sans doute elle avait la foi; elle accomplissait régulièrement ses devoirs de catholique; elle allait même au delà, mais elle manquait de piété. Elle avait besoin d'être dirigée
PAB l'abbé ♦*♦ 107
au point de vue de la vie intérieure, dont elle n'avait pas la moindre idéç. Elle n'avait pas encore eu de directeur. Son confesseur était un ancien vicaire, resté à F^aris pendant la Révolution. Iji avait montré un grand zèle et beaucoup de e0urage; il avait cent foie exposé sa vie pour donner les derniers sacrements aux mourants. Ceci est très-beau sans doute; mais il faut bien arouer que cela ne suffit pas pour diriger les âmes dans la voie de la perfection. Celui-ci, comme les neuf dixièmes des prêtres séculiers, n'y entend absolument rien. Ces bons curés auraient besoin de méditer et de faire et refaire les exercices spirituels de notre Père saint Ignace. C'est à quoi ils ne pensent pas; les travaux du ministère les absorbent, et ils n'ont -pas le temps de devenir des hommes d'oraison. Ils conduisent leurs ouailles au ciel tant bien que mal par les voies communes. Cela peut encore suffire pour des pénitentes appartenant atix classes laborieuses de la société. Cela ne suffit pas pour celles qui se trouvent, soit par la naissance, soit par la fortune, aux sommités de l'échelle sociale : elles sont plus exposées que les autres. La comtesse de Flaviac a dans le monde une réputation de jolie femme, elle est à la mode: son esprit vif, brillant, mais un peu caustique, lui fait des admirateurs et des ennemis. Son mari, attaché à une ambassade, est souvent séparé d'elle. La position peut donc avoir ses moments difficiles. Je Fai
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f»ressenti, quand elle est venue m'annonoer qu'au lieu d'aller rejoindre so« niari à.B..., elle vonlait aller à Marseille suivre les exercices de la mission. Elle était sûre en cela de fjpire le bonheur de son beau-père; et, par la même occasion, ajouta-t-«lle en riant, je pourrais bien mé convertir.
„ — Ne traitez pas si légèrement une chose sérieuse, lui ai-je dit, et croyez-moi, puisque vous n'aurez pas là votre confesseur ordinaire, le digne curé de Saint-Merri, adressez-vous à un des Pères de la mission, et faites une bonne confession générale.
„ — Et à quel Père me conseillez-v<Hi8 de m'adresser? me répondit la comte^seu
„Cber Père de Montgazki, ce n'est pas voug que je désignai; ce fut le Père Quéroy, un des religieux, vous le savez, des plus intérieurs df Qolire Compagnie.
„ — Oih ! pour celui-là, je n'en vewx pas ! dil la comtesse. Il est affreux ce bon Père, et puis je l'ai entendu prêcher; il n'^st pas du tout éloquent, et je vous préviens <ïue, pour faire de moi une sainte, il faudra beaucoup, mais beaucoup d'éloquence. Pourquoi ne me conseillez-vous pa< de m'adresser au Père de Montgazin? Or dil qMe sa parole a tant de puissance qu'il n'y a paî d3 Madeleine qu'dle ne puisse envoyer pleurei ses péchés dans le désert de la Sainte-Baunae ?
„Je ne suis pas uoe Madeleine, continua-t-elle
PAH l'abbé **♦ 109
je ne veux pas être envoyée an désert. Mais j'ai enfendif une fois à Pafris ie Père de Montgazîn. MaiheureusesDent j'arrivai trop tard'; je me plaçai mal, je Toyaii» à peiae, et beaucoup de paroles étaient perdues pour aïoi Mais quelle roh har* Bfiooiefyse ! Quel accefit entraiaant! Je comprends qu'on ne résiste pas à cela, et, s'il est au con-^ fessionnai ce qu'il est dans la chaire, je crois que je pourrais devenir, sinon une sainte, je ne pense pas encore à cela, au moins une chrétient>e fervente."
„Dieii se sert de tous les moyens. Je ne contrariai pas l'attrait qui entraînait vers tous madame de Flaviac, bien que j'eusse préféré pour elle le Père Quéroy.
„ — Eh bien ! soit, lui dis-je, prenez pour directeur le Père de Montgazin.
,. — Mais voudra- t-il causer avec moi, avant de m'emendre en confession?
„ — Celai se peut; on cause au confessionnal.
„ — Allons donc! causer à genoux, entre ces affreuses planches où Ton étouC^ ; cela n'est pas possible! Cet aspect seul éteint l'imagination.
„— B n'y. a peut-être pas grand mal à cela. Mais voyez comme Dieu aplanit même les plus légers obstacles devant les âmes qu'il veut tout à lui. Ici vous ne pourriez voir le Père deM>ont«gazin qu'au parloir commun à tous les religieux, et, l'heure des visites étant pour tous la même*, cA paiioir est sotr?eBt encombré. A Marseille, le
Père a un appartement où il reçoit ses visit et la convenance seule règle les heures où il d recevoir; il lui sera facile de vous accorder qtn^ ques instants pour commencer Tœuvre de la ^ version d'une chrétienne qui jusque*)!. u*r' essayé d'atteindre la perfection à laquelle appelée.
„ — Mais on dit qu'il est très-difficile à abo der, le Père de Montgazin; on lui prête méQ un propos peu aimable.
„ — Quel propos?
„ — Je n'aime pas à perdre mon temps av< les femmes.
„ — Le fait est qu'il est très-occupé. Mq soyez sûre qu'à Marseille il vous recevra ; je vod donnerai une lettre pour lui.
„ — Merci; avec ce passe-port je puis ton espérer."
„Voilà, cher Père, ce que vous deviez savoii J'ai dû vous reproduire ce long entretien, poui que vous soyez bien au courant de tout. Rende; la comtesse solidement pieuse. Jetez-la dans le> pratiques de la dévotion. Qu'elle prenne le scapulaire! Qu'elle soit de quelques-unes de not Congrégations! cela est essentiel. Je sais que vous n'attachez pas assez de prix à ces petits moyens. Apprenez-le, c'est par là que l'on retient les femmes. Celle-ci a l'âme généreuse; elle aime l'Ordre. Elle u'a pas d'enfants; peut-être n'en aura-t-elle jamais. Elle a une grande for-
PAB l'abbé **♦ 111
tQDe; qu'elle sache en faire un noble et saint nsâge! En présence du bien qu'on a à réaliser, les ressource sont insuffisantes. Arrachons à la mondanité quelque peu de cet or qu'on prodigue folJMi^it pour elle , et que les riches apprennent pffjiDus qu'ils ne sont que les dispensateurs de its trésors qui leur sont confiés.
,,J'espère que vous vous pénétrerez du sens le ma lettre, et que vous agirez en conséfuence."
Telle était la teneur de cette longue épitre. Sans le youloir, je me trouvais en contravention ifec les ordres qui m'étaient donnés sous forme de conseils. Je ne m'en repentais pas; je croyais ivoir agi selon toutes les règles de la prudence.
Pendant deux jours j'attendis en vain la comtesse à mon confessionnal. Peut-être, sachant à peu près ce que le Provincial m'avait écrit, étaitelle blessée de la manière dont j'avais répondu à sa missive.
Je me décidai à écrire au Provincial, à lui raconter tout ce qui s'était passé et à prendre ses ordres. Vous en ferez l'expérience, mon cher enfant; du moment que la Société attache un intérêt personnel à une affaire, celui qui en est chargé doit renoncer à toute initiative. 11 faut qu'il suive le mouvement qui lui est imprimé.
C'était ['obéissance aveugle qui m'était prescrite; elle ne me permettait pas de commenter ces ordres, d'examiner s'ils étaient ou non con-
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traires aux lois de la prudence et même de la délicatesse, du moins quant à l'allusion faite à la fortune des Flaviac. Le sens de la lettre était clair; je devais m'en^ pénétrer, mais non le. mo^ difier, et ce flair de la future succession des Flaviac, je ne me permis pas alors de l'analyser.
Quand je voulais me soustraire aux nombreuses visites qui m'arrivaient, je donnais au portier de l'évêché Tordre de ne recevoir personne; mais comme, d'après mes instructions, je devais les plus grands égards au marquis de Flaviae et à quelques notables de Marseille, le portier avait une liste de leurs noms, et ceux-là avaient le droit d'être importuns.
J'allais écrire au Provincial, lui raconter ce qui s'était passé, lorsque ma porte s'ouvrit.
On annonça la comtesse de Flaviac.^
Le portier, interprétant les ordres qu'il avaîi reçus, avait décidé que, le nom de Flaviac étani sur la liste, toute personne qui le portait avai le droit de troubler les moments de solitude qui je me réservais.
PAR L'aMÉ *^ 118
vn
La tlivte,
Ken que j» ne sois pas préettémeiit thnide, je me seiMis gauehe «t déconcerté, en voyant «atrer diez mm madame de Flariac: On pent rire, si Ton veut, de la croyance aux pressenti* ments, j'en ai ri moi^iBéffie, j'en rirai peut-être encore; mais â est certain qu'à me sembla voir «ntrer chez moi l'être qui devait s'emparer de t<Rite ma destinée. Serait-ce mon bon ou mon mauvais génie ? Je ne le savais pas encore. L'impression que j'épreutais était à la fois douce et amère; je seoffrais, et je me sentais benrenx de souffrir.
Dans la visite que madame de Flaviac m'avait faite avec son bean-père, j'avais trouvé, to«t en rendant justice à la parfaite distinction de sa personne et de ses manières, et à son tact exquis ^es convenances, plus de hardiesse que je n'aurais voulu en voir dans une femme aussi jeune. ^D ton était quelquefois sec et tranchant; et dans les expressions si multiples de son regard, j'en surpris nne, froidement railleuse qui me dé^ut. €e n'était peurtanC pae moi qu'elle regardait alors.
tll4 ^B MS0ITE
Mais« ee joar^là, madame de Flanae n'était plus la femme que j'ataû vue à l'église et dans •mon salon. Sa mise était d'ane simplicité extrême. Un Yoile noir placé stir 'son chapeau couvrait à demi ses traits. Son attitude était timide, presque humble; et sa voix, cette voix à la fois si .douce et si sonore, tremblait quand elle me dit:
— Mon Père, me pardonnerez^.vous de ne m'étre pas rendue au lieu que vous m'avez. indiqué, et d'être venue ici où, peut-être, je suis importnne?
Et commme j'hésitais à répondre, elle i^jouta en joignant ses deux mains, d'une forme, si délicate et si parfaite, et en levant vers moi set yeux, dans lesquels je crus voir briller un< larme:
— Vous ne me le pardonnez pas!
Je n'eus pas besoin de me souvenir que 1 lettre de mon supérieur m'ordonnait la plus grand déférence pour madame de Flaviac, que cette en trevue m'était en quelque sorte imposée par lai,
Cette femme si doucement suppliante, c'éla sa volonté que je Subissais.
— Je n'ai rien à vous pardonner, lui dis* Vous avez préféré venir ici causer avec moi ; v< avez bien fait d'y venir. Ne croyez pas que y\ eu la pensée de vous forcer à une confession, déteste la contrainte, sous quelque forme qu% se déguise. Dieu attend: pourquoi ses minisi n'attendraient-ils pas le temps et l'heure? V<
PAB ï/àMBi ^^** (115
avec 4e» peines, vous ?o«tez des eoBseik: juriez àvec GOfi&mce, je suis prêt à ya«& éeeuter.
La comtesse s'«ssk dans le fauteuil que je lui préseatais. Elle mit ses deux mains mu* s(m froi|t et resta quelques instants immobile et muette; puis, laissant lentement retomber ses mains, elle m'apparnt, le yisage inondé de larmes et les yeux levés vers le ciel. Il y avait là un désespoir si navrant, que je me sentis ému jusqu'au fond de i'àme. Dans ce moment, elle était plus que belle.
Je ne sais ce que je pus lui dire. Sans doute mon émotion ne lui échappa pas.
— Oui, vous êtes bon, me dit- elle. Vous avez toutes les grandeurs, celle du coeur, celle de l'intelligence. Je le savais bien, quand je suis venue de Paris ici Oh! pourquoi y suis-je venue?... Et comment vous dire?... Vous ne me comprendrez pas. Ohl malheureuse! malheureuse!
— Hélas! madame, lui dis-je, bien que le religieux ne vive pas dans le monde, il en connaît tous les dangers. Depuis six ans que je suis dans le ministère, j'ai sondé de bien terribles abîmes, j'ai vu saigner de douloureui^fis blessures, j'ai vu couler des larmes, amères comme les vôtres. Le prêtre sait, madame, ce que le cœur humain peut renfermer de misères, et il sait compatir à toutes.
Et ma voix était triste, car, je n'en doutais plus, cette femme avait une faute à se reprocher.
\ Jf a» les iames et rnwàmie de PJmàc m^r sèrent <de cmiler, ses yeux idevinr^Dt étiaoelaDU; un sourira amer déoottvrit «es dents Manches, pelitet et un faa aigim, et alk me dit:
— Croyez- vous donc, mon Père, que je sois ici pour vous confier quelque amour vulgaire? pour vous raconter comment Je me suis laissé vaincre par quelque séducteur émérite, qui voulait mettre la fière, la dédaigneuse comtesse de Flaviac sur la liste de ses conquêtes, ou comment, tourmentée par le besoin d'aimer, ne pouvant réchaufler -mon cœur à l'atQiosphère un peu tiède, il est vrai, du toit conjugal, je me suis mise à la remorque de quelque jouvenceau, au teint pâle et k Tair lugubre, qui m^aura débité des tirades romantiques ? Non , mon Père , non ; je ne suis pas une femme ordinaire. Toutes ces amours qui m'ont été offertes m'ont toujours paru si misérables, si factices, que vraiment il ne m'a pas fallu beaucoup de vertu pour les rejeter loin de jnoi. J'ai eu mes coquetteries de femme, je l'avoue, je me suis laissé aimer; mais, quand je me suis donné la peine de sonder le cœur de ceî bommes qui me parlaient, en termes si brûlants de leur éternel amour, je n'y ai rien trouvé d^ réel! Comédie! comédie! Rien de plus. Est~ci qu'il y a de l'amour dans le monde où je vis?
Ei puis, s'iixterrompani brusquement, cbai^ géant d'attitude et de ton, elle s'écria, avec u!
looiiTeiiieiit de grâce în?éiiilâ, ini^osflîblft à décrire:
— <- Oh ! je I& Toîs , TOUS êtes iatis£ût de ce que je puis vous regarder en face, sans rougir
boota
Je ne sais comment cela se £1, sa petite se posa sur la mieiiDe, et, au lieu de la r9>* pousser, je ki pressai par une rive et involoiitaire étreioie.
J'étais plus que satisfait, j'étak kewneiix, bien beureux de la savoir pore.
Elle pâlit, et retomba sur son fMiteuil avec aeeaUeoient.
Par convenance autant que par devoir, je ïïk'étais toujonrs gardé de toute espèce de familiarité avec une feanne; je fus effrayé de la liberté que j'avais prise avec la coBStesse. Je venais d'en comprendre le danger.
— Eh bien! lui dis-je, puisque Dieu vous a fait W grâce de passer au milieu des séduction» ^vt monde, sans froisser vos ailes d'ange, pour* ^\ioi souffrez^^voas? Dieu vous a comblé de ses <ioiis: veus êtes belk...
— Vous me trouves belle? ifexclaraart'eUe ^n me regardant fixement.
Jamais je n'avais été plus embarrassé. Go»* i^eni un eompèrment si banal était-il venn sur mes lèvres? J'étais humilié de ma sottise; il me ^mblait que cette étrange femme, tamét épiorée,. ^t6t souriante, devait se n^qoer de mok
IIB tlS fBSUITB
Mais elle me dit très-simplement, et sans Is moindre intention railleuse:
— ♦ Continuez, je vous prie, mon révérend Père.
— Oui, madame, repris-je avec le plus de oalme qu'il me fut possible, oui. Dieu a tout fait pour vous. Votre mari vous aime..l
-^ Vous croyez? interrompit-elle en faisant une petite moue dédaigneuse.
— Vous le savez bien?
— Je sais le contraire.
— Le contraire?
— Oui. Mon mari est un ambitieux, et les ambitieux ne connaissent pas Tamour.
— Peut-être vous trompez-vous. D'ailleurs, l'amour n'est pas tout; dans la vie conjugale, Testime, Tamitié...
— 0 mon Père, je vous en supplie, ne tombons pas dans les lieux communs! Je vous en sopp^lie, ne me redites pas ce que tous les bommes d'église répètent à celles qui vont les consulter/ J'aimerais autant voir un médecin ordonner à un mourant une infusion de fleurs d'oranger ou de camomille. Ah! je le savais bien, ajouta-t-elle avec un geste d'impatience, que vous ne me comprendriez pas!
¥â elle reprit sa pose de femme désespérée. La comtesse était là, devant moi, comme une énigme dont je ne pouvais trouver le mot.
— Je vois, lui dis-je avec tristesse, que je
PAR l'aisé ^* 119
suis ftujourcThai d'mie lottladrésse extrême. Je Hé bis qu'irriter Totre mat, au lieu de le guérh*.
— Non, BOB, c'est moi qui suis injuste, më dit-eHe avec une douceur enchanteresse. Parlez, obi pariez- moi!
— Permettez-moi donc une question. L'ennui De serait-il pas votre mal ? Entrée très-jeune dansr le monde, n'avez-vous pas été d'abord éblouie, enivrée? Et puis, avec votre esprit si supérieur, votre âme élevée comprenant le vide et la vanité de tout cela, n'avez- vous pas dît ayec le sage : J'ai réputé le rire une erreur, et j'ai dit à la joie: Pourquoi me trompes-tu?"
En arriver à dire cela, madame, c'est avoir fail un grand pas vers la vie sérieuse d'une femme dirétienne ; mais on ne le fait que le jour où toutes les illusions tombent, et ce jour est un jour de douleur, non à dire: „Je souffre à mou-^ rir!^' il faut laisser là ces exagérations, elles ne conviennent pas à une femme telle que vous, mais parce qu'à ces enivrements des premières années de la jeunesse, succède un ennui profond. La comtesse m'avait écouté avec une attention très^soutenue, le coude appuyé sur une petite table qui se trouvait auprès d'elle, et la tête inclinée dans sa main.
Aux derniers mots que je prononçai, elle fit entendre un petit éclat de rire sec et métallique, et elle me dit:
— Ainsi vous supposez que le mal dont souF*
firt àf mourir une kmam t«lte que taris sont TM expressions que jii répèlcv mon réyé Père, — est tout simplement rejMMii?
Ce toB dégagé, si difiérenl es celai ^'e avait pris en entrant chez moi, om cavsai u TÎve irritation; je touIos me mettre à wn bou« ¥eaa diapason et je lui répondis^: i
— Oui, madame, Tennui et pas autrs cboseï. L'ennui, c'est la grande maladie des femmes de votre classe et de votre position de fortune. Vous vous mourez, — pour me servir de vos eipresr sioos, — non d'une douleur réelle, noble, digne d'intérêt, mais de satiété. Et puisque vous aînaes les comparaisons médicales, je vous dirai franchement que votre mal est des plus vulgaires: il ne peut inspirer quelque pitié qu'à ceux dont le devoir est de soulager toutes les souffrances; c'est une indigestioi^ de toutes ces joies^ de tous ce» plaisirs dont vous vous êtes rassasiée avec la fougue de votre ardent caractère.
Pendant que je lui parlais si dui\ement» la comtesse me regardait avec de grands yeux étooné& Elle ne m'interrompit pas. Hais quand j'eus achevé de parler, elle éclata en sangkila, se jeta à mes pieds, sans qu'il me fût posâihle de prévoir son mouvement et de l'empêcher, et aaiabsant mes deux mains, elle me dit avec un aocent de douleur passionnée:
— Mon Père, mon Père, pourquoi suis-jo fe* niie iciî...
PAR l'aMBÉ ♦♦♦ ^ 121
fit pottrqBoiy m HMfméiii où je comprenais que j'allais, malgré mçi, tous livrer «mq ètne toat entière, ai-je voulu prendre ce noasque d'insondance et de -légèreté qui peut abuser cette société frivole, dans laquelle j'ai le malheur de vivre, msys qui me rend méprisable à vos yeux?
— Ma pauvre enfant, lui dis-je en la forçant de se relever, je ne vous comprends pas.
— Hé! me comprends-je moi-même?
— N'êtes-vous pas venue ici pour réclamer des conseils?
— Oui.
— Mais si vous ne me laissez pas lire dans votre âme, quels conseils puis- je vous donner?
— Vous avez raison, je suis une insensée. Et ses sanglots redoublèrent.
— Si vous aviez de pénibles aveux à me faire, ce n'est pas ici que je devrais les entendre. Mais, vous me l'avez dit, votre vie est exempte de tacbes.
— Et je vous le dis encore*; mais, je le vois, il faut parler. J'ai désiré ce jour avec ardeur. n me semblait que j'éprouverais un bonfieur immense à vous ouvrir mon âme tout entière, c'est au contraire une horrible souffrance! N'importe, j'irai jusqu'au bout. .
Et, oppressée, palpitante, d'une voix saccadée par rémotion, dh me dît:
— J'aime, eowme je puis aimer, avec frénésie, et celui que j'aime ne m'aime pas! il ^^ m'aijBiefa f eiit^tre jamais! . . .
' — Pauvre enfaAt! loi* dis -je av^ l'arèent d'une prdbnde douleur.
• Je souffrais cruellement.
— Vous me plaignez?
— Oui, je vous plains! Car je vois cette auréole de chasteté qui vous a couronnée jusqu'au présent prête à disparaître de votre front
— Non, non, vous vous trompez! Je l'aime comme on doit aimer les anges; car il est un ange sur la terre, et le plus beau des anges. Je ne désire de lui qu'un mot, qu'un regard de pitié I Je ne l'aime pas d'un amour vulgaire, sachez-le bien, mais d'un amour énergique et fort, capable de s'immoler lui-même, de s'ensevelir dans le cœur le plus passionné qui fût jamais pour ne plus en sortir. Mais auparavant je veux entendre encore ce mot que vous m'avez dit tout à l'heure d'une voix 'si douce, si pénétrante : „Je vous plains." De grâce, répétez encore ce mot!
— Oh! ciel! madame, que dites-vous?
— Moi! dit-elle, je n'ai rien dit, je ne l'ai pas nommé.
Et son regard ^lein d'effroi interrogeait le mien.
— Dites! est-ce que je l'aurais nomn^é?
— Non, vous ne l'avea pas nommé, lui dis-je.
Peut-être > pensai-je, ai- je mal interprété ses paroles.
— Croyez-moi, madanvB, coRtiiiilaî4<B, cessons
un entretien pénible piar totM le« tfeuT. Ce n'est pas à moi, qu'il faut tous adresser.
— Et à qui donc? Pourquoi, après avoir accepté ma confiance, me repoussez- vous?
— Voulez -vous guérir de votre fatale passion ?
Que faudrait-il faire pour cela?
— Celui que vous aimez vit-il dans le même monde que vous?
— Il n'a pas trouvé le monde digne de lui: il l'a abandonné.
— Eh bien! ne cherchez jamais à le voir; et puis...
Elle ne me laissa pas achever.
— Ne jamais le voir! s'écria-t-elle en se tordant les mains avec désespoir, mais je ne suis venue à Marseille que pour le voir, pour l'entendre, pour tomber à ses pieds, pour lui dire: Je t'aime!...
Et la comtesse était retombée à mes genoux, et ses mains pressaient encore les miennes. D'une voix étouffée, mourante, elle me répétait: Je t'aime, je t'aime! Son étrange et fatale beauté me fascinait. Je sentais les passions, si longtemps et si péniblement comprimées, se révolter en moi. Mon sang bouillonnait et affluait avec violence à mon cœur et à mon cerveau. Le vertige s'empara de moi.
Sans y penser, sans l'avoir voulu, j'avais relevé la comtesse, je la tenais danit mes bras. Sor
petH oorp», m MieM el » saïqile, je le serrais à le briser. Elle jeU' presque un cri de doiilieur ; mes brsft sa dét»ekèrent, mm alors ce fut elle qui m'enlaça, et saisissant ma lèle dans ses éeax mains, elle rattîra vers elle el ses lèvres s'appuyèrent sur les miennes.
0 premier baiser d'amour! conbiei) de fois ton souvenir a-t-it troublé mes nwts sans sommeil! Combien de fois ai-je regretté ou maudk ton ivresse! Vii|;iaÂté de mon âme, qui sfest exhalée dans un ardent soupir, je voua ai pLenrée sincèrement devant Dieu! Mais quand ^ à seize ans, j'ai renoncé à ces étreintes, à ces joies que j'aurais pu goûter dans une union légitime, n'aije pas été un insensé? Pouvais-je eonnarttre l'étendue dtt sacrifice que je m'imposais? Ua ittsrtiact puissant me paressait d'aller évangéliser Je» sauvages tribus oé la civilisation chrétienne n'a pas pénétré. Là, il m'aurait été facile (fétre fort coatre moi-même.. ILs ne l'ont pas voulu!' Ils étaient fier» de mon lalent d'orateur, de mon nom, de mes avantages extérieurs; tout cela créait un danger peur motw Qu'importe? l'intérêt de la Société avant tout! Qu'importe que l'àme d'un Jésuite se perde, pourvu que la Soeiélié retire de loi de l» gloire et de l'argent? J'avais, avant ce jour terriMe, rencontré bien des écueila, j'avais demandé grâce! On me répondait par des banalités, et l'on ne rejetait dans des relations con- *^'«eUes avec le» femmes du monde, sans pa-
Pàtk i:MÊÊà i*^ m
nite se 4lo«lBr ipVa iMame, «udgri PImMi qu'il forte, malgré (ms v«mix, peut Muer «a être aifflél
0 iBDo cbar en&nt! parianiiesE-woi, eonliniia le Pêne en me voyant imiuiel, troabié devant 90H exakatioii, je ne derrais pas tous dire eeial Mes seurenirB n'ont entraîné plus loin t)ue je ne l'aorais toi:^. Diea Ta permis peut-être, pour que TOUS receviez une salutaire leçon. Vous avet fait des vœux; mais ils ne sont pas irrévocables; avant de vous eofa^r par ceux du sacerdoce, sondez bien votre propre ciear. Dans notre Or- ^e, on ne s'engdfre pas, sauf les exceptions et j'ai eu le malbenr d'en être nne, avant ti*ente-> trois ans; souvenez-^vous qu'à cet âge même, eet engagement, pour celai qni ne connaît pas k monde auquel cm le fait renoncer, est encore peut-être imprudent.
Je pris les mains du Père ^e Ifontgasin dans le& miennes.
— Je crois, lui dis-je, que Dieu m'appelle k iui, comme i) vous a appelé vous-même. Que ^ous n'ayez pu résister à la séduction de ceUte femme, je n'en suis pas étonné; je ne vois là qu'une surprise des sens et du cœur, pour laquelle Dieu doit être indulgent. Ce n'est pas xsela que peut ébranler ma vocation au sacerdoce. Àe grâce, mon Père, continuez de m'onvrir votre âme.
— Quand nous revînmes "de notrs délire, me
fik le Père de KMEitgaiîiiy j'cffoum une dooieu^ et une humiliation iaeipriaiabfes. Il y a toujoux de Torgueil dans toute vertu humaine. . J'avaj irente ans. Je n'avais pas une faute à me reprp cher, je me croyais sauvé de tous les dangeii que la fougueuse jeunesse peut faire courir à uj prêtre. Une foi ardente m'avait fait triompher d\ mes sens, et l'habitude de les dominer en apaisa peu à peu les dévorantes ardeurs; c'est alors qu*o| se croit maitre de soi. On oublie que le cœur peut à son tour, commander en maitre; on a puis^ dans ces luttes mêmes un certain dégoût poui lout ce qui tient à la matière; mais les impres^ sions de l'âme, mais ces affections, qui s'offrent à vous chastes et pures, comment s'en défier? Qu'une occasion se présente, et le vieil homme, qu'on pensait avoir bien enchaîné, brise ses entraves. On est perdu.
C'est ce qui m'était arrivé. Et puis une désillusion terrible se lit en moi. Cette femme, que je me sentais aimer d'un terrible, d'un fol aouour, cette femme qui avait absorbé en elle tout ce que mon cœur et mes sens pouvaient avoir d'énergie, cette femme, était-il bien vrai qu'elle m'aimât? Était-elle à moi comme j'étais à elle? Non: car^ pendant qu'enivré et humilié de notre cbute^ je ne savais comment lui exprimer et mon bonheur et ma douleur, je voyais dans ses yeux, non pas l'ivresse de l'amour, mais l'orgueil du triomphe. Ce n'était plus une amante passionnée^
PAR .l'mw ♦^ 127
ma» une rene*^ vofail à m0 pâadt wi ▼«MU. Pendant que mon amour a'était éleié, en peu d'instants, à scm plus baut degré de yaissanee, il semblait que te sien fût allé en sens inverse* D y eut presque de la froideur quand nous nous quittâmes.
Je restai seul avec ma bonté et mes remords, rayais trop vif le sentiment de mes devoirs pour être incertain sur le parti que je devais prendre. Je devais broyer mon cœur, et quelque douloureux que dût être le supplice, je n'bésitais pas à l'accepter, et je me sentais fort Hais où je me sentais faible, c'était à la pensée que mon sacrifice pouvait coûter une larme à celle que j'aimais.
Je devais précber le soir. Je ne sais plus quel sujet m'était imposé; mais je choisis celui de la conversion du pécheur, et je pris pour texte:
yjQuomodo ceeiderunt fortes f Comment sont tombés les forts ?^'
Elle était làl Je fus éloquent comme jamais je ne l'avais été , covme je ne le serai jamais. C'était pour nous deux que je prêchais. Je ne la vis point émue; et sa physionottie froide, railleuse semblait braver le ciel et moi.
Je me demandai, avec terreur, si mon amour n'avait pas dégradé cette* âme que je voulais sauver, et si, d^ns notre double adultère, car moi aussi j'étais engagé dans les liens sacré», il n'y
18B ut jBMns
tank p» «M HMute Û0 ingvoBMlié trile qu'il «ilût tin niracle pour «m effaeer la touittin^f
L^ iendemain, je donnai l'ordre de ne laîs^ 0er pénéftrer personne chei: mot, sans exceptionj Le soir, on me remrt h Hste des personnes ni s'étaient présentées; le nom de insNfanic Flariac s'y tronrait. Alors je ftis au déses^ pofr de ne pas l'avoir reçne. Cet ordre , je IV tais donné, précisément pour ne sonstraîre aii Aanger de la revoir. A présent, i! me paraissait une cruauté; peut-être en ayait^ede soufferte
vm
Terribles resiorAs.
Le Père de Jttootgazin continua:
— Mon cber enfant, je ne veux pas, je ne pois pas TOUS raconter ici les contradicUops qui se rencoMirent dans un cœur passionné, bien que cela vous fournit un sujet d'études psychologiques, qui ne serait pas sans intérél e^ sans ttlililé; iQais j'ai bâtfe d'arrirer au terme 4e ce long récit et de cesser d'évoquer ces souvenirs qui me brisent
PAE h'jmm *** 120
Témm deux lettre», ime i mon svpérâwr, à Paris» et l'autre à madame de Flaviac,
Je n'ai pas besoin de vous dire que je mis Qoe grande réserve dans ma lettre au Provincial. J'avais la conviction, lui disais-je, que je ne pouvais être d'aucune utilité spirituelle à madame la comtesse de Flaviac, et je voyais, dans mes re*lations avec elle, une perte de temps, et peut-être UD danger pour moi.
Je me souviens . qu'un homme de lettres vint on jour me prier de diriger sa conscience: il voulait revenir à Dieu. Nous causâmes longtemps ensemble avant sa confession, que je connaissais d'aTance; sa vie scandaleuse avait fait assez de bruit n me montra, avec une certaine satisfaction littéraire, la copie d'une lettre qu'il venait d'en^ ^oyer à sa dernière maîtresse. C'était quelque chose d'inimaginable comme dureté d'expression; >1 semblait qu'il avait pris un plaisir féroce à traîner dans la fange l'idole qu'il avait adorée la veille. J'éprouvai un profond dégoût, en lisant cette étrange missive, écrite en style amboulé et déclamatoire, et qui n'avait pas moins de huit pages. Cette femme eût-elle été la dernière des créatures, l'eût-il, un jour d'orgie, ramassée dans le ruisseau, il était lâche et cruel de l'insulter ainsi. Cela seul me fit douter de la sincérité de la conversion de cet homme. J'eus assez d'à* <lresse pour l'amener à choisir un autre directeur ^ue moi. Il devina peut-être que je l'avais com- II 9
180 LE WDinfi
prie. IHotPd Arike* Fa dcoepté avec cutttrouaiaacn pour défemeun Je eroi» que* cet> homme necia feit heamoeup' plu» ée mal que de bien, et oza/ beupeufteaaeDt il a eomproniis de plus saintes eacuM que la nôtres
ËD' éepiviant à madame de Flaviac, je n'eos pa la pensée de l'insulter. Je la suppliai, au non» ^ ses' plua chers intérêts et pour le temps- et poa^ réternité, de renoncer à moi, comme» je de val renoncer à eHe. Je ne kii dissimulai pas combiei cette résolution' était navrante pour moi. Ja mit le baume de mon amour sur les blessures qtn je foisais à son cœur. Je plaçai Dieu entre eàlt et fOôi^ C'éteil lui qui nous séparaiL II fallaic aeeepter une douleur immense, volontairement et noblement, élever notre sacrifice à la hauteur de noire passion. A cette condition^ le souvenir <|Be noDS conserverions l'un de l'autre serait doux, et nos cœurs ne seraient pas complétemeat sé^ parés.
Madame de Flaviao ne me répondit pas^ ElJe ne vint pas à Marseille pendant plu^eurs jours; et SOU' beau-pére me dit qu'elle était indieposée. Je crus que je deviendrais fou d'inquiétude et de douleur.
Voici quelle fut la réponse du Provincial:
„Vou8 ne comprendrez donc jamais l'obéis** eanco telle que- doit la pratiquer un fils de saint ^ Ignace I Tant que vous, pèseres les- ordres de vos supéritun au ppids de vos opiiiions personnelles,
fooi ne S0re2 pn^ tien ({•« pmfès, ua TériluMi Jémtte. Que parieap^voos de la perte do tolVft tenps't . Mappartiezit<'îl^ pas à l'Ordre T Vos snp^ Heurs n'ont-ils pas le droit d-en (Ii8()09ev? W9* ^me de Flaviac n/a éerit une lettre d^^ns la* <iae]le elle se pfaânt <fue yoiw êtes hfabordeb4e. i« sais qae tous awa refusé d'aller dfner, a^ree «tr de DOS Père», à' 1» bastide du- marcfois. Pauls â doue vous- répéter que nous avons, dans le présent et en' vue de Varèmr, des raisons pour ^agréables aux Plaviec, etc.**
Toirt le reste de la lettre était sur ce ton. Od me rappelait au tançptfOMè a» cadai^êr: Que pouvais-je feircî «
Sans doute, mon cher enfant, il était facile àe répondre à dette question. N'ayant pu tout dire è mon supérieur, je devais regarder sa lel^ tre ceoime ncm avenue, me renfermer dans les tmvaox de la mission, et ne me montrer au inonde que dans la chaire. Mais, bêlas! il y a, dans le cœur de Fhomroe', d'étranges misères et des* abîmes de oontradlctions. C'était de bonne foi, sans arrière-^pensée , que favais pris rengagement avec moi-même de' rompre toute relation ^ec madame de Flsfiac J'avais une trop ba«rte idée é6» oblig^tioni»^^ qu'un vœu, quelque impriH dent qu'il) s^eit, news impose, pour ne pas me sentir abaissé <lans ma propre estime, api^ès y >^oip tmmfiè: Et pouptanit un sentiment de joiei, ^e jfS' M sattrtiife vous définir^ se glissa èanr
18{ LE rifiomt
mon eoBor, pendant qoe je Ittais la lettre de mon gupériear. Voilà qu'il me tan^t de m'ètre écarté ^ de la voie qn'il m'avait tracée; mes scrupules lai paraissaient frivolesl...
Certes, j'avais toujours fiiit peu de ea», je Tavoue, des procédés de nos casnistes pour légitimer des actes que la morale, même la plus élémentaire, réprouve. Le probabÙisTne et le proàabiliarùme me semblaient une porte ouverte à la justification des actes les moins justifiables. Et voilà que, tout à coup, cette casuistique m'apparait sous un autre aspect; je lui trouvai des côtés vrais et pratiques.
J'ouvris machinalement yn livre de notre Père EsGobar , qui se trouvait sur ma table (^Cursus theoLy tract. 3, disp.'lô, sect III, § 48); il me sembla répondre à ma pensée la plus intime :
„Eii vérité, dit-il en parlant de nos auteurs, quand je considère tant de divers sentiments sur les matières de morale, je pense que c'est un heureux effet de la Providence, en ce que cette variété d'opinions nous fait porter agréablement le joug du Seigneur. Donc la Providence a voulu qu'il y eût plusieurs voies à suivre dans les ac* tions morales, et que la même acUon pût être trouvée bonne, soit qu'on agit suivant une opinion , soit qu'on suivit l'opinion contraire.''
Et je me disais encore que, fils de saint
Ignace > je devais me rappeler l'enseignement du
H fondateur de. l'Ordre* Il nous commande de
1I0B8 porter „avee «ne grande ^omptitode, aveo joie epirilueile et persévérance k toat ce qui nous sera ordonné, renonçant, par «ne sorte d'obéis** sance aveugle, à tout jugement contraire, et cela dans toutes les ehoses réglées par le supérieur, et où il ne se trouve pmnt de pécbé/^
Évidemneot il n'y avait point de péché, en soi, à revoir madame de Flaviac, et il n'y avait pas lieu pour moi d'examiner les ordres de mon sopMeur. Et si les moralistes religieux prescri* vent d'éviter les -occasions de faillir, nos Pères ont soutenu mainte et mainte fois qu'il était probable, et même très^probable, qu'on n'y était point obligé. J'avais lu Pascal dans ma jeunesse, et je lui avais donné raison centre nos Pères; et à présent la morale des théologiens de la Cornpagme me semblait moins relâchée. L'obéissance aveugle devint pour moi le chemin le plus sûr: j'impos» silence à ma raison et à ma conscience, et je revis madame de Flaviac.
Je dois me rendre cette justice que, par un suprême effort de ma volonté, je me tins d'abord, avec elle, dans la réserve commandée par notre poeitien. Mais elle ^ait trop pénétrante pour ne pas deviner mes combats, mes remords et mes résdations. Elle m'aurait dédaigné sans doute, si j'avais voulu continuer avec elle une vie d'amour et de bonheurs coupables; mais lui présenter un obstacle, c'était lui donner le désir d'en triom* pher. C'est ainsi que je l'ai jugée plus tard; alors
tM LB MiaiTJi
Î0 jorqs à aw avpnr» à la >panniwi ùrréMBiîble iqu refitratQail ?era voL La wmno» s'exalta à stm
phia Jhaut defré 4e puiasano», ^ je n'y abaift^ dPBPai toal entier.
Madame de Flaviac ne panil {dus kdle, piui séduisante qiM jamais ; «lie n'avait pas «u bêeu-| «oup de .peine à me btre Tetanbar à ses «pieds* Remords, résolutions., tant avait été ouUié.
Je passais chez le marfuis de Fkiviac êoiit le temps que Je pouvais sousIiraiFe aux «xerotoos 4e la mission, me jurant à mot<-nième et à Dàau, après casque chute , de résister k .la fnssîoa €pii ai'entratnait Je me ffelevais ATec oonrage , «a je suifXMmbais leneore.
Il i&ut <àtre mm hamme 4e loi , isœcèreHient aUaché aux devoirs de son minialère^ les aocep* tant -oomme la vie normale, comme tes acttia moyens de conserver la paix et Tesltme de M^i-^ même, pour comfrendre œs tortures 4e Tenfer qui bouleversent utte x^oDsoienoe fdaeée entre la faiblesse de la naÉure et les aspiralioDs vees la vertu* Je les ù connues œs tortures, et, tout en les subissant, il me semblait que j'en aimais da* vantage cette femune, que oaa souârance éiait ua lien qui nous unissait Je m» lui dissimulais pas oette souiErance, et je puis dire que j'^bis plus heureux quand je lui faisais partager mes i^emords, que lorsqu'elle me jetait dans ka veluptéa les plus etûvraules.
La Hiiasion se pefsa ainsi
PAR v'àmi 4^ i»
QaêBÛ elfe fin terainée, je fus rappelé k Vtt^ r»; mndtame 4e Flame m'y suivît £lie eut m^ sea d'iofluMice ««r mhi l)eaii-père pour le déeider à quilter Marseille au moîs de fén*ier, et à Tenîr passer le reste de TtÛYer à Paris. La présence du vieux inarfuis dans son hôtel laissait à la comtesse, jMcéooeupée avant tout du soin de ja répiitatien, fj^iis de liberté pour aller dans le flMnde et pour recevoir. Ce fut dans son aaleii que je iwris votre Aère, la marcjpiise de Sainte- Maître.
Madame de Flaviac n'avait pas de proches parents à Paris. Son mari était absent, à, mal** gré la présence de son beau-père, die sentait la néeessité de f^cer sa jeunesse sous la protection d'une femme dent l'âge et la considération passent lui servir d'égide, -La marquise de Sainte- Maure était, de toutes les femmes du grand monde, celle dont il était le plus honorable de posséder l'estime et l'affection. Madame de Flaviac voulut subjuguer votre mère: elle y réussit. ËUe eut avec elle des càlineries charmantes, de la confiance, de la défénmce. La marquise l'aima avec passion; elle l'appela sa fiile, et se persuada qu'elle exerçait sur cette jeune femme une grande inflaence. *
' — le me souviens, en effet, dis- je. au Père de Montgazin, que, dans plusieurs de ses letti^es, ma mère m'a parlé de la comtesse de Fkiviac avec eolboQsiasffle. — <- C'est une adorable enbnt,
me disait-eHe; le contact du nhonde lui a laissé tonte sa candeur, toute son ingénuité. Elle sent son inexpérience, et, souvent séparée de son mari, eHe m'a priée de lui'servir de mentor. — J'avoue, mon cher Père, que, d'après ces lettres, je me figurais la comtesse sous d'autres traits que ceux sous lesquels vous me l'avez représentée.
— Madame de Flaviac n'est jamais la même femme'; elle vous apparaît sous cent aspects différents, mais toujours séduisante, irrésistible. *
Vous le comprenez, mon cher enfant, con- Chiua le Père de Montgazin, pour un cœur loyal, il y a quelque chose d'affreui à sentir sa conduite en désaccord avec ses principes, à usurper Festime de ses supérieurs et celle du monde, à se dire: — Je déteste l'hypocrisie et le mensonge, et je suis hypocrite et menteur ; je prêche l'horreur du vice, l'amour de la vertu, le respect de la foi jurée, et je trahis mon Dieu; je me glisse comme un larron dans la maison d'un homme, pour lui ravir le plus précieux des biens qu'il possède, l'amour de sa femme, le foule aux pieds mes vœux, vœux imprudents, il est vrai, et je n'ai pas attendu d*y avoir manqué pour le reconnaître, mais que je devais, que j'aurais pu tenir , par ce respect qu'un homme d'honneur doit à sa parole, même quand il l'a engagée lé~ gèrement.
0 mon cher Sainte-Maure, vous les avez déjà faits ces vœux terribles ; mais enfin il vous reste
iiB« issae. Avast de v&as eogager ptir ceiix dà saemioce, 1^ seals qui soient irrévocables, arant de fraoefair le seuil de la porte sur laquelle 3 est écrit: ^Laissez ici l'espérance!'' réflédiisses bien; si toutefois votre libre arbitre n'est pas déjà étouffé dans les liens inextricables que nos Constitutions, nos exercices, notre direction, mul* tirent autour des jeunes hommes qui veulent entrer dans l'Ordre.
— Dois-je donc quitter la Compagme? dis-je an Père de Montgazin.
— £h! mon enfant, le sais-^je? Depuis dix ans que je me suis engagé comme profès et comme prêtre, j'ai maudit et béni mille fois l'heure fatale où je me suis lié. Est-ce qu'un Jésuite est un homme ayant la conscience de sa force et de sa liberté? Sais-je ce que je dois vous conseiller? SaiS'je si je dois vous dire: — Restez id: il y a beaucoup de bien à faire parmi nous; — ou bien: — Fuyez, ftiyez: la vie n'existe plus dans ce grand corps de la Compagnie de Jésus, elle est anéantie, et nous ne pouvons produire que des fruits de mort? — Pourquoi, nous cadavres, voulons-nous peser sur les destinées humaines? Pourquoi vouions-nous diriger les jeunes générations? Pourquoi avons-nous la prétention de sceller le monde nouveau, qui s'élance vers um avenir radieux, déns le tombeau du passé, et de lui dire: — Tu n'iras pas en avant! — 0 morts que nous sommes! ensev^ÉSon» nos morts et nf
Qfc» iBtioïkB p^ aiw vknnlBl Ib ont liorrear-«de tt^iis» cooMiie b jaune fiU«^ ^^opooiiéê 4e 'flaur» et fivée pour une fête, aurait horMur Ses lin— ceula4a sépulcre.
Saves-vous, contÛMia le pêne de Montgi^ÎB avec une exaitatioa toujours croiesaDte; que j'-ai craint cent Ibis de deveair fou?
•Mon «nfaut, voilà sept ans que Je subis ce martyre, et que mon cœur saigne des uieuptrissures de OBoes chutes e^ de ceUes de nieB résistances. Aux vacances de ramée 1627, j'eus ua BMunent .de répit dans nés cruelles aagoisses. Ma fMHtrine fatiguée -exigea quelques siénageafieiils. Ou Eie fit suspendre mes firédicatÂanis, et Ton Bi'«nvoya coume préfet des études à SaintnAcbeaL C'est là que ^ v«us vis pour Ja preinière fois, enlant |4ein de candeur et 4e «gràce; c'était iHesa ainsi que votre tendre duère ^ous avait dépeint à moi. Sachaat que j'allais être attaché à la maison de Saînt^-Acbeul, elle ne recomnianda <soii chu* trésor. Je vous aÂmai, et pour les qualités de votre coeur, et |»ûur tout oe que votpe caractère anoonçait de solidité et d'élévation. Le recteur lui-même, voyant l'attrait mutuel qui nous attirait l'un vers l'autre, m'engagea à m'^oceii^^r de vous d'une manière toute particulière. Les liens d'amitié, me dit-il, qui m'unissaient k la respectable marquise de Sainte-Maure me faiaaieot un dewùr de oette préférence pour un élève distingué sous tous les rapports.
pim t/jmi *^ Itf
J'ai fmmi 4tftm ij|«*oB s'iéliit «and de moi fiMtt fortifier tImsUaatàfm Miawpte qui tous alli« raii me»'VOiére. Aevl-étue vioii» a*t*oa ipuia mi «bm piège de^mon affection fnaur toiis; ^^tr être aves^vona ainaé la fienpagnie, fiatoe que je voua aimaîa.
Si vous 7 «eatex, pwBies*Te«s y yi?re hemreox ; et yeor cela, mm enfiint, gacdec^voua, non pas peéeiaémeBt des p^aaiona qui brûleet la jes*nesae, sn«ifi de cellea qui, |Mia*-étre ub jour, brù^ knmt Yetre ég^ aaùc
J'areie quitté ¥m%y contâoHa le Père de Montr ga»o 9^viM un momnà *de aileBoc, aasa aller voir «tadwiie A fiiavjac Dieu seul aait ce que je souffris en prenant cette cruelle déterminaaionl Trois je«rft apnèa .nio|i «rripèe .à Saînt-'Aflheul, je reçus une lettre id'^ptionBine.
On m'avait donaa k mffiilum; c'eat le dfeît, Yaas le a»rei eana dente, de cacheter et de décacheter noinniérae sas jettn». On aocorde gênéraienieiii -^te lareiir à tous iea Pères enployéa an jnisistàre actif de la prédioation et ée la di"> raotÎMi tftes ânes. -Ce n'ieat pia une garantie que k secret de vos kttnea aéra inviolièle. Onant awx mieBoea, j'ai eu milAe raiaens de creiM que le cabinet noir, qNÎ n'eat pkis fa'un mythe ches les .gonr erneaaenta qui ae respectent, fonotienne parfaitement ^ana ceàuî de 4a Compagnie de Jésus, Aussi, apvàs tqnelqnes .expériences, je pris les pné^ cantiens qoe la prudcpse exigeait
140 LE jéflUtTfl'
' Je m'attêndttis è une' lettre de feimiie 'déseepérée; il n'en fut pas atnsi. AlplM^Rsine me parut eoovâhiciie, ausei bien que moi, 4e la* nécessité de rompre uift liaison coupable. EMê m'apprenait même que quelques remarques maèignes avaient été faites, à mon sujet, dans sa société. Je devais savoir, disait- eHe, qu'elle tenait à sa réputation plus qu*à sa vie, et nmis démons, en effet, iénir IHeu, — « c'était une phrase de la lettre que je lui avais écrite au moment de nmn départ; — tZ se servait de la volonté de mes supérieurs pour nous séparer. Elle me -promettait son «mitié, et tout cela en termes si^compassés, si froids, que je restai atterré. Cette femme, me disais-je, ne m'a jamais aimé.
La comtesse ne me deimindait pas de réponse ; je ne lui écrivis plus ; et je cherchai en Dieu l'apaisement de mon cœur brisé*
Quelque temps après, me promenant avee vous dans la campa^e, j'aperçus une paysanne qui semblait nous regarder attentivement Nous étions trop loin pour bien distinguer ses traits; cependant il me semblait trouver une vague ressemblance entre elle et madame de Flaviac. J'accusai «iUiton imagination troublée par un cher souvenir, ' de .ie détournai mes regards; mais bientdt ils se Ueos (irent irrésistiblement du côté oà j'avais vu la peetable femme. Elle n'était phis là; mais, en pasun dttMQii>>rès de la place qu'elle avait i>CGupée, je tingué seurnai, et, à travers les branches écartées,
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j'aperçus Jes gtwàê jmx noirs d'Alphwicinc> ^ QB çri, ei Tav» oae denandites ai je ne n^'ér isis pas heurté à. quelque .pierre»
— Oui, nuiD enfiint, vomis dis^e, et ce n'esi pas de moi qu'il a été écrit: „L«b anges vous porteroitt dana leurs maioa, de peur que vous ne heortiex vos pieds contre la pierre." Vous vous Dites à rire de cette singulière application des paroles du prophète-roi ; mais, en voyant ma plh kV) TOUS me crûtes blessé sérieusement^ et j'eus ^que peine à vous rassurer.
Le lendemain je reçus une lettre d'une écri^tore trsp connue. Je l'ouvris avec une agitation iebrik; j'y trouvai cette seule ligne:
rJPaidonne-moi d'avoir cherché à te revoir 1''
Cette aventure romanesque exerça, sur mon 'loapoation et sur mon cœur, une incroyable fos* cination. Un homme dii monde l'eût peut-être trou^ m aussi puérile qu'imprudente; il n'eût vu là <Iu'ttQe réminiscence de ces lectures frivoles dont ies femmes repaissent leur esprit. Moi^ à trente^ <^in ans, je n'avais perdu aucune des illuàions de ^ jeunesse. Je ne connaissais les passions que par les poètes de l'antiquité et par mes études ^logiques, et Dieu sait ce que celles-ci vous Wennentl ËUeanous Umi connaître tonales, qôt tés hideux du vice, toutes ses honteuses dépravar tioQs; et si nous, renoontrona un jour cette attrac* lion des cœivs, ces oôtés charmants .de l'amour <im sembkïQt se .coi^ondre avec toutes les aspira*-
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imMHir vrai, niéiii6'eoii{»t>i«^ tous renét eep«n#M»t meilleur, qu'il agranidlt ?(» hinrigons^ eO vwitt fi»t eompreiMire qu-'il y ar enf lél uim TérfM divine, éki q^ates neiis regretton» de Ptfn)^ néctontiu, d^àfiîr remirïeé à ses jt»ie9> légillme8< et pinred, et d^Afoir, dtains on nionieni de ferrenr napyodente*, nratilé Ifétre morale, eoiante cm ifiputtle en» Ormnt Fltt*e pfaTfsiqve ï
Je^^eux, Dma enfant, que t<ms sadtiec btei», avant de vous engager pour toujours , quel» sont les éeueil» que vons^ pourrez trouver sous vos pas. A^vant moB funeste égarementv jVai» déjà? triem* phé de plus d'uii pérH. Une* brillanite renommée des avantages physiqves trop reinarquables> ctïéent, pour les hommes engagés dans lesacierdoee, une position sovtmit' drfûeile; L'enthousiasme de» lem* nve» a' ses séductions, et: les plus dévotes s'y livrent aveo une expansion dangereuse pour celui qui' en est l'objet J'ai connu pins d'un* prêtre estimabie, entraîné ainsi dans des surprises» des«sens qu'il n'avait^ pas su prévoir, et dont il s'est relevé, parce qve les sens seuls avaient été surexcités. J^avais craint moinnèsie plus d'une fois d'échouer m» ces éoaeils. Une froide réserve suffit souvent peorarrèler ces admirations passionilées, ces élMis d^anMmr, qui* semblent avoir Dieu» pour oljet, nrais qni< en définitive, s'adressent à> son-minisU*e; tou* tes- ces fiûUesses enfin d^mes ardentes qui: n^ peuvent aller ancie) qu)»' ssftftenuespar m direc-
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tior ûmé: EHos i mlbiii gMvir, «tee M* sMd; l«s muant» && la oiMil^gite' mystique; et le* «n^
tife s'enpam* ée» impruébiitti ^ û'onC fia» flii QMoager ieura foroM €e mélnige if âoraiir himMAi «t d'amour ëifiD, cee ardMm 4e<la ftnme*q«i vnt dmiMT UMrt son oomr ài BIew, imnoler ses passions swr fsiitei, à* Is toadilimF qm' le sserifrta^iw sera cekiHà et nM' un autre, tout eela est plein, de périJs pour la diasleté du prêtre. Si vous ^08 enga^z dans le saoerde«e^ voes tra-verserctt sans aoeun doule cette voie périlleuse. Sovrenei- ^os- bien que-, tant que ¥oire carar ne se donnera pas, le danger ne sera pes imminent. 8i par oâaiheur on tombe, on se re4èfe; mais quand leecear s'est donné, comment le re[^pendre, et nommait avoir même le courage de fouloir le repreadue f
h résolu» de ne pas sortir de cbez* moi le iendemaîn. fit po&rtant, à' la même heure où j'mis Deacontré la veille la prétendue paysanne, je me trourai près de la haie. Madame de Pla<^ ^c était làw Elle m'indiqua une maison où* elle était logée pour deux jours; elle me donna tous les détidls sur la manière dont elle avait quitté ^aris, sur son déguisement, etc. Il me semMa ^«puis qu'elle aurait pu venir à Saint-AcheuU bien ph» simplement et avec moins de danger. ^»s Alphonme aime à' combiner des tneidenta romanesques, à se jeter dans l'imprévu, k 9» ^r des pénis pofar se domoier le* pkdsîr de I^
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¥iîiM»^ Elle aiqie à mukq^lier les fils d'une intrigue, à la condition de les tenu* tous dans sa oiain; elle va volontiers jusqu'à la deniière limite de la prudenee^ bien sûre qu'elle est de ne pas la dépasser. Elle joue avec la passion, et ne se laisse pas dominer par elle. Malheureusement elle se joue au^si avec la passion qu'elle inspire, elle se plait à l'ej^alter jusqu'à la frénésie; et quand m croit que son coBur s'est dooné, bien donné, qu'il est pour jamais enlacé dans le doux lien de l'amour mutuel, elle le dégage par un mot, par im regard froid et railleur. Au moment où elle vient de vous enivrer, elle se plait à vous torturer. On se demande si vous n'êtes pas, pour elle, un joue^ qu'enfant malicieux elle se plait à briser. £t tout à coup elle a- des momei^ de passion fougueuse, délirante, où son cœur semble dominer tous ses instincts fantasques et cruels.
Elle repartit pour Paris me laissant fou de hopheur et de remords, et me croyant plus que jamais aimé.
Les ordonnances de 1828 arrivèrent On iQe fit quitter Saint- Acheul. Je prêchai, l'hiver, à Paris, et vers la fin de 1829, on m'envoya à Rome.
Là je repris encore possession de moi-même.
Ma passion pour la comtesse de Flaviac avait suivi ses phases d'orages et d'incertitudes: tantôt transporté par elle danç les plus hautes régions de l'amour, tantôt rejeté dans l'abîme du doute.
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Je ne «n'abasah pae nr nts ftntes; je a» w** pfaisCkjpiais point a?ee ma conmenee. Je demaii* dfti aFec MMtance à être emi^é éans les nîssàoDi étjpaiigérea. Sans miMcr perMane, jfsmynài au révérend Père Général ee que ma poaîUon avaic d'krégolier. H me témoigna une indulgenoe extrême, mais il conclut en me disant que mes butes mêmes ne me donnaient pas le droit de serrîr ki Société autrement qu'elle yeulait être servie. J'avais reçu le don de Tétoquenoe^ de la persuaMon: ce don n'était pins à moi, ii apparie* Dait à l'Ordre; je n'avais pas le droit de mettre la lumière sous le boisseau. Il m'assura ensuite que le secret que je lui avais conié, en dehors de la confession, resterait entre lui et moi. Il me demanda ma parole 4e rompre une liaison coupable, je le promis; et, en rentrant chez moi, j'écrivis dans ce sens à madame de Flaviac. Hélas! c'était, je crois, la quatrième ou la cinquième fois que je lui écrivais pour lui dire que je r^ Donçais à elle.
Voaa le voyez, mon cher enfant, je ne vous disrimule ni mes Idâïlesses m mes fautes.
Comme l'homme peut beaucoup avec une ferme vdonté , l'apaisement se fit peu à peu dans mon coeur.
Je savais que M. de Flaviac était revenu à Paris, et que la comtesse âait une des femmes les plos considérées du laubourg Saint-Germain. Son hdiel était, po«r nos Pères, un centre dé