TRAHI50K
J'écrivais tous les jours mes conversations de la veille avec le révérend Père Général, ainsi que les réflexions qu'elles me suggéraient. J'étais un matin absorbé par cette occupation, lorsque j'entendis ouvrir brusquement ma porte ; et, me retournant, j'aperçus le jeune baron Gustave de Flaviac.
Son visage était couleur de pourpre, ses yeux étincelaient, et sa voix quand il m'adressa la parole était tremblante d*émotion •
— Je suis pprdu ! me dit-il.
— Perdu, mon cher baron! que voulez-vous dire?
— Je veux dire que mon père avait rason de détester les Jésuites !
— * Il m'est impossible de vous accorder cela.
T. tu 9
— Je le sais bien ; mais vous, vous n'avez que la robe du Jésuite, vous n'en avez pas le caractère. Mais ce misérable Père Ruffin ! Et dire que j'ai été assez lâche pour ne pas l'étrangler !
— Vous ne l'étranglerez pas; et- vous vous contenterez d'une explication amicale avec lui.
— Amicale ! non pas, s'il vous plaît. Père de Sainte-Maure, il s'agit de choses plus graves que vous ne le pensez. Tel que vous me voyez, je suis chassé de la maison de mon oncle.
— Chassé de la maison de votre oncle , mon cher enfant! Qu avez-vous donc fait pour cela?
— Rien de. bien grave aux yeux d'un homme du monde, mon cher Père; mais je comprends que vous et le Père Ruffin vous puissiez en juger autrement. Que voulez -vous? je ne suis pas un Caton ; et si mon grand-père voulait se souvenir de toutes les folies qu'il a faites, quand il avait mon âge, bien qu'il eût été élevé par les Jésuites, il serait plus indulgent pour les miennes. Le Père Ruffm m'a trahi d'une manière infâme !
Je ne croyais pas la chose impossible. Toutefois je dis au jeune homme : -
— Mon enfant, cette accusation est grave, •
— j'ai eu en main la preuve de ce que j'avance. -^ La preuve I
— Oui, la preuve. Malheureusement je ne Tai plus. Jevais tout vous raconter; je ne vous dissi-
TlUllfSOK* i3i
mulerai pas mes torts» et je souscris d'avance à tous les reproches que vous pourrez me faire* , Vous savez, eonliuua-t-il, que j'avais donné toute ma confiance au Père Ruffîn; lui, de son côté, me traitait comme son enfant. Je compre-* nais tout ce qui me manquait, du c6té des connais^ sauces indispensables à un jeune homme. Je trou-^ vais en lui un professeur intelligent, rempli de zèle : il aplanissait pour moi les difficultés de 1 etude, et, quand je les avais franchies, il me prodigimit les louanges les plus exagérées, et grandissait outre mesure mes plus légers succès. Comme il me faisait espionner, j'en ai la certitude à présent, il eut connaissance de quelques-unes de mes escapades, de vraies gamineries d'enfant dans le principe. Il m'en parla avec beaucoup de douceur, comme un ami déjà âgé, disait-il, à un ami plus jeune que lui. Mon grand-oncle ne tardait pas à en être instruit. 11 me faisait les scènes les plus violentes ; sa belle -fille l'irritait contre moi : c'était à en devenir fou. Mais le Père Ruffîn arrivait, il * calmait l'orage, réduisait mes crimes à de justes proportions ; ils ne devenaient plus que des fautes vénielles. Le cher oncle s'adoucissait, et payait les dettes, quand il s'agissait de dettes. Comment né pas aimer cet excellent Père Ruffîn, ce conciliateur qui comprenait ai bien qu'il y a quelque dif-r férence entre un jeune homûie de dix-sept ans et
i32 LE JÉSUITE
un vieillard de quatre-vingts? J'en arrivai à lui confier mes égarements, c'était le mot de l'onclev Le Père Ruffin me diluait avec tant de bonhomie : — Voyons, mon enfaht, quand vous avez fait une sottise, au moins confiez-la-moi, afin que, dans le cas où elle serait découverte, je puisse arranger tout pour le mieux. — Je n*y manquais pas. Quelquefois le Père Ruffin me disait comment il fallait m'y prendre, pour cacher mes fredaines à mon oncle et à ma cousine. A la vérité, il me sermonnait longuem^it ; mais, en faveur du service rendu, j'écoutais le sermon, et je croyais devoir encore de la reconnaissance. Ma cousine partie pour la France, mon grand-oncle me parut tout à fait revenu sur mon compte. Je restai convaincu que c'était bien la comtesse qui me faisait espionner, et qui grossissait mes peccadilles auprès de son beau-père.
Mais, dit tout à coup le jeune baron, j'oubUais de vous apprendre une chose importante.
— Et laquelle?
— C'est que je suis amoureux fou.
— Ou plutôt vous croyez être amoureux. Vraiment, mon cher baron , vous êtes en tout d'une légèreté incroyable.
— Mais pas du tout, je suis très^aisonnable en cela, et cet amour est très-sérieux.
•— Je vois que vous avez formé quelque intrigue à Rome !
— Non, non, cher Père de Sainte-Maure ; je suis amoureux de ma cousine, de Marguerite !
— Marguerite n'est encore qu'une enfant, dis-je un peu ému ; vous me le disiez vous-même il y a quelques mois.
— Je me trompais; Marguerite, pour le cœur, pour rintelligence, est bien au-dessus de son âge. Depuis qu'elle est partie, j'en raffole ; et je ne pardonnerai jamais au Père Ruffin d'être la cause que cet aitge est à jamais perdu pour moi.
Tout en l'écoutant, je me disais que la rupture d'un pareil mariage était un bonheur pour Marguerite. Malgré quelques qualités de cœur, Gus- ^ tave me paraissait bien peu digne de ma chère enfant.
— Allons, dis-je au jeune homme, avant qu'il soit temps de penser à marier Marguerite, vous
•serpz réconcilié avec votre oncle. Mais souffrez que je vous le dise, l'amour vrai purifie le cœur qui réprouve ; et si vous aimiez réellement Margue* rite, son souvenir vous préserverait de ce que vous appelez vos folies de jeune homme. Je vous trouve encore plus coupable^
— Ne me gtondez pas, cher petit Père. Je vous
134 Lt JÉSUITE
assure que je suis bien plus malheureux que vous ne le pensez.
— Continuez donc de me raconter votre histoire.
— Eh bien ! vous savez que cette semaine est la semaine des Quatre- Temps?
— Oui.
— Figurez-vous, cher Père, que, depuis deux mois, j'étais d'une sagesse exemplaire. Mais la fatalité veut que trois de mes anciens amis .arrivent à Rome et m'invitent à dîner, avant-hier, vendredi. Ils avaient retrouvé ici d'anciennes connaissances. Nous avons soupe ensemble, nous avons mangé des terrines de Nérac, bu d'excellents vins, chanté des chansons peu édifiantes, j'en conviens, celle de Béranger sur les Jésuites, par exemple; nous sommes sortis de table à peu près gris ; un de nos convives nous a conduits dans une maison où nous avons trouvé des femmes équivoques ; nous avons joué, nous avons bu de nouveau. J'ai perdu tout ce que j'avais sur moi, ma montre, ma chaîne, plus quelques milliers de francs sur parole, et je ne suis rentré hier, au palazzo de mon oncle, qu^à deux heures de l'après-midi.
Précisément mon oncle m'avait feît demander dans la matinée. U voulait me faire écrire, sous sa dictée, une lettre à Marguerite. Il savait que j'avais passé la nuit hors du palais. Le Père Ruffin me
TKAffiSON 1S5
raconta cela, et, en voyant ma toilette un peu débraillée, ma pâleur, mes yeux abattus, il se douta de tout et n'eut pas de peine à m'amener à lui foire une confession générale.
— Je vous gronderai plus tard, me dit-il. A présent il faut chercher un moyen d'expliquer à votre oncle pourquoi vous n'êtes rentré au palais qu'auf jourd'hui. Prenez quelques heures de repos; elles vous sont nécessaires pour achever de dissiper les fumées de l'orgie. Je vais écrire là auprès de vous. Dans deux heures je vous réveillerai.
Je trouvai le conseil du Père excellent. Le fait est que ma raison et mes jambes étaient également Hchancelantes. Je me jetai tout habillé sur mon lit. te Père Ruffin s'établit à mon bureau.
Je me réveillai vers les cinq heures; j'avais U tête embarrassée, mais j'avais repris possession de moi-même.
— Allons chez votre oncle, me dit le Père Ruffin. Vous savez qu'il est très-emporté, mais vous me laisserez le soin de le calmer, et tout ira bien* Hélas ! mon pauvre enfant, continua le Père, par affection pour vous, je vous rends peut-être un mauvais service 1 Qui sait si les justes reproches que vous recevriez, de la part d'un parent auquel vous devez tant, et de qui dépend tout votre avenir, ne vous ramèneraient pas dans la voie droite!
Ce qui m'arrête, c'est qa'û a juré , et vous le
136 us JÉSUITE
«avez bien, que si vous faisiez de nouvelles dettes, et surtout des dettes de jeu, il les payerait , mais qu'il vous renverrait de chez lui, et que jamais il ne consentirait à vous revoir. Je ne devrais pas me préoccuper de vos intérêts temporels : la perte d'une grande fortune serait peut-être, au point de vue de votre âme, un bonheur pour vous. Qui sait, avec votre organisation si ardente au plaisir, si imprespionnable, quel usage vous ferez de votre fortune? Puisse Dieu ne pas me reprocher, au jour du jugement, d'avoir été trop faible pour vous !
Comme le Père achevait ces mots avec un accent de componction qui me fait bondir de colère quand je me le rappelle, nous arrivâmes à l'appartement de mon oncle. En traversant l'antichambre, nous rencontrâmes Bettino, cet artiste sans ouvrage que le Père Ruffin protège.
— Vous ne pouvez pas voir M. le marquis de Flaviac aujourd'hui, lui dît-il : revenez demain ; à ma prière, il veut bien vous commander encore une copie d'un tableau de l'école romaine.
Et serrant la main de l'artiste, il le congédia en lui disant :
— A demain matin.
Nous entrâmes chez mon oncle !
— ^D'où venez-vous, monsieur ? me dit le marquis
avec des yeux courroucés. Où avez-vous passé la journée d'hier, la nuit et une partie de cette journée?
— Regardez-le, dit le Père Ruffin, et ne le gron*^ dez pas; notre cher enfant n'est pas coupable. Il est allé hier chez un ami , le jeune comte de Carbonne. Il a eu là une de ces affreuses migraines auxquelles il est sujet; il a été fort malade, je vous assure. Et, comme mon oncle est très-sourd, il a ajouté à demi-voix : Je ne mens pas, votre âme en effet a été bien malade, et l'âme, c'est la forme substantielle, le corps n'est qu'une enveloppe.
C'était bien là une interprétation jésuitique.
— Et pourquoi ne me l'avoir pas fait dire? s'écria l'excellent vieillard, qui au fond m'aime beaucoup.
— Le cher enfant n'aurait pas voulu vous inquiéter.
— Mais c'est qu'il est en effet très-change ! dit mon oncle. Va te reposer, mon enfant.
La grande colère était calmée : il avait sufïi d'un mot de ce Jésuite.
— Mais il me semble, dis-je alors à Gustave, que vous n'avez pas à vous plaindre de lui ?
— Attendez donc la fin de mon récit.
Le Père Ruffin passa le reste de la soirée avec moi.
Ce matin, je me rendais chez mon oncle. J'ai rencontré Bettino qui- sortait de la chambre du
marquis. J'avais avec moi mon grand lévrier. La folle bète se jette sur l'artiste et le renverse. L'im*bécile se relève d'assez mauvaise humeur; mais comme il ne s'étail pas fait de mal en tombant, je mé permets de rire de sa maladresse ; je n'ai jamais pu souffrir la physionomie cafarde de cet homme. Il est sorti en me lançant un regard que j'ai trouvé menaçant; mais, sans m'en préoccuper davantage, je suis entré chez mon oncle.
J'ai trouvé le marquis furieux : il savait tout. Sans me laisser le temps de l'interrompre, il m'a raconté tout ce que j'avais fait depuis deux jours; il le savait mieux que moi, j'en avais déjà oublié la moitié. Il m'a reproché mon hypocrisie de la veille, mes mensonges que le Père Ruffin lui avait répétés, et dont le saint homme, disait mon oncle, avait été la dupe. — Une orgie un vendredi des Qua^ tre-Temps ! avec des impies et des femmes perdues! Avoir chanté des chansons contre les moines! Je mériterais d'être dénoncé à la sainte Inquisition. Il avait vu dans sa jeunesse rouer le chevalier de la Barre, à Amiens, pour moins que cela. Il a terminé sa fougueuse harangue en me donnant sa malédiction, ce qui valait encore mieux pour moi que d'être roué, et en me défendaiit de paraître jamais devant lui.
Je suis sorti sans qu'il m'ait été permis de me défendre, et je me suis dit : Bien oertainement œ
l'MHISON' fSd
Bettino, que j'ai toujours soupçonné de recevoir de l'argent de la comtesse de Fîaviac pour m'espionner, est encore payé par elle pour continuer son honnête métier. Mais comment a-t-il pu connaître jusqu'aux moindres circonstances de mon escapade? Enfin j'espère que le Père Ruffin pourra arranger cela,
A l'endroit où était tombé Bettino, je vis un papier froissé et roulé. Mon chien le vit avant moi et le saisit dans sa gueule; et fier, de cette belle prise, il me précéda dans le cabinet du Père Ruffin.
Tout en commençant à lui raconter mon aventure, j'ai ôté machinalement à mon chien le papier qu'il tenait dans sa gueule. Je déplie ce papier : quelques mots frappent mes regards. J'interromps ma narration ; je lis ; et j*écume de fureur en reconnaissant, écrite de la main du Père Ruffin, une dénonciation adressée à Bettino, afin que celui-ci la transmit à mon oncle. Toutes mes confidences s*y trouvaient, et Ton indiquait à Bettino la manière de s*en servir.
— Que lisez-vous donc là , mon cher fils? me dît le Père.
— Je lis que vous êtes un infftme, lui ai-je dit en lui présentant le papier.
11 fut un moment d^ncerté. Maïs se remettant bientôt :
— Je vous expliquerai cela.
— Oui, mais devant mon oncle. En attendant recevez ceci.
Et j'ai couvert la joue du traître d'un soufflet.
— Misérable ! m'a-t-il dit en essayant de me le rendre.
Mais la colère avait doublé mes forces, et je l'ai arrêté.
— Vous êtes un sacrilège ! vous êtes excommunié ipso facto 9 pour avoir frappé un prêtre! s'estil écrié.
Je ne vous répéterai pas les trois mots énergiques qui m'ont échappé. Je l'ai entraîné chez le marquis; mais il est bien plus fort que moi, et il m'a arraché le fatal écrit. Arrivé chez mon oncle, il y a eu une répétition de la scène entre Orgon, Tartufe et Damis. Ruffîn a été plus habile que moi. Mon oncle n'a pas voulu m'entendre. Ruffin a versé presque des larmes sur le gort du malheureux enfant perverti par des impies à tel point qu'il s'était oublié jusqu'à frapper un prêtre. J'ai cru que mon oncle aurait une attaque, en apprenant cet horrible forfait. Il m'a redonné sa malédiction; il m'a dit qu'il aimerait mieux voir Marguerite morte que de la voir ma femme. Et moi, furieux, désespéré, je lui ai juré que Marguerite serait à moi, dussé-je mettre le feu au couvent où sa mère voulait la renfermer.
Je suis sorti après cette belle déclaration. Ruffin a couru après moi et m'a dit :
— Gustave , vous ne me croirez pas dans ce moment, mais peut-être le comprendrez-vous plus tard, j'ai agi dans l'intérêt de votre âme, c'est elle que j'ai voulu sauver, A présent» suivez mon conseil : je ne vous permettrai pas, entendez-le bien, de me diffamer dans Home, non pas que je ne sois prêt, par la grà(5e de Dieu, à accepter des humiliations non méritées , mais parce que vos calomnies retomberaient sur mon ordre. Vous allez quitter Rome aujourd'hui même.
— Quitter Rome, misérable !
— Oui , quitter Rome ; sinon vous aurez à répondre, devant l'Inquisition, de votre conduite. Allez! je vous pardonne, et je prie Dieu qu'il vous convertisse !
Et il est rentré chez mon oncle.
A présent, cher Père de Sainte-Maure, que me conseillez-vous, et que pensez-vous du révérend Père Ruffin?
— Je ne chercherai pas à excuser sa conduite, mon cher enfant. Le Père Ruffin a joué là un rôle infâme. Et comme je le crois capable de tout pour se venger, je vous dis aussi : Quittez Rome pour quelque temps ; et croyez bien que je ferai mon possible pour calmer l'irritation de votre onde.
ut
U lÉSCITE
Le jeune barooi comprit le dao^r qu'il courait, et il partit le soir laoéme.
J'allai voir le yieiix marquis • Dès les premiers mots il m'interrompit en me disant :
— Gustave est un calomniateur, je sais tout. Il a iaccusé le Père Ruffîn ; où est la preuve?
La preuve, je ne l'avais pas. L'obstiné vieillard était subjugé par Ruffip ; mais coirtme il était réel* lement bon et généreux, il paya les dettes de Gustave et lui assura une pension assez forte. Je fo^ chargé d'annoncer cela à l'enfant prodigue; on m'autorisa même à lui donner quelques espérances pour l'avenir. ., .
SYMBOLE POUTIQUE
Je dois revenir à mes entretiens secrets avec le Père Roothaan, Mon lecteur devine combien ils me passionnaient. Un monde nouveau s'ouvrait devant moi. Une immense ambition m'était dévoilée, mais conçue si largement, en quelque sorte si humblp, de la part de celui qui tenait dans sa main de vieillard les rênes de cette puissante administration, qu'il m'était impossible de la condamner. Entre chacuir de ces entretiens, il me revenait bien quelques vagues difficultés; je me disais : Est-ce là une institution religieuse? Et ne suis-je pas entré dans une frano-maçonnerife vdont la religion est le préteite, mais dont le but est ia domination sur le monde ? Mais Je rejetais ces idées^ qui finissaient par me paraître stupides. Qu'importait, après tout, que les Jésuites voulus-
i44 LE JÉsuriB
sent dominer dans le monde, si c'était pour y assurer le règne du Christ? A ce point de vue, je trouvais l'idée belle et acceptable. Le vieillard s'emparait de moi, peu à peu. Ce qu'il m'avait dit, la dernière fois, de la répugnance de la Société à employer jamais le poignard et le poison, m'avait soulagé la conscience,, que le récit de l'aventure néfaste de Clément XIV avait un moment troublée. Je me sentais donc envahi lentement par la parole fascinante du Père. Je ne pouvais pasm'apercevoir qu'il ne prolongeait ainsi nos petites conférences, chaque soir, que pour m'infiltrer lentement ses idées, pour les insinuer dans une ime jeune, naïve, enthousiaste, de paanière à ce qu'elles devinssent ma pensée énergique , ma pensée unique.
J'avoue que je ne soupçonnais pas de piège ; et ce piège eût -il été moins habilement tendu, la doctrine eût-elle été prêchée par une parole moins éloquente, je n'eusse pas songé à le soupçonner, tant j'étais naïf encore et ignorant des grandes dioses des temps modernes, que les livres des Jésuites ne m'avaient guère montrées sous leur véritable jour.
Je me sentais pris. Je Faimais plus que jamais, cette Société de Jésus, comme on aime les forts* Elle avait grandi à mes yeux. Puis la vanité humaine se retrouve pwtoutî. Je devenais un des