SYMBOLE POLITIQUE
puissants rouages de cette étrange association que J'avais jusque-là si peu comprise. Et Ton se pas-sionne par instinct pour les joies du conunandement. Il arriva une heure où j'eusse été fâché de revenir sur mon ardent enthousiasme pour la Société.
D'ailleurs, non-seulement le Père me développait, longuement et avec charme, ce que j'ai malheureusement écourté dans ce récit, mais il se plaisait aux causeries familières. Il y excellait. Il achevait là ce que la partie grave de l'entretien avait commencé. Je crois bien aussi qu'il m'étudidit beaucoup. Il me faisait parler à mon tour; et il jugeait sur cette parole si simple, presque juvénile encore, jusqu'où il avait pénétré dans mon être, et déposé le germe impérissable de sa doctrincv
. — Je vous ai fait pressentir, continua-t-il , la grande pensée de notre Ordre : la direction universelle. Il fallait être tout, ou consentir à végéter jusqu'à n'être plus rien. La condition des forts seule pouvait nou^ aller. £t nous nous sonunes faits forts.
Écoutez bien maintenant.
Pour arriver à la direction universelle, il nous fallait adopter un système politique. Nous devions être les chefs des peuples émancipés, prendre en
ms^n les intérêts des masses» et préparer Taveair à la démocratie , ou bien, serviteurs dévoués des rois, travailler à comprimer les instincts de liberté dans le monde , et, patronnant chaudement les royautés, nous abriter auprès d'elles et régner avec elles. *
Nous devions nous jeter dans l'un ou dans l'autre de ces deux grands courants qui emportent l'humanité. Mais il y avait péril, pour nous, là et là. Ea arborant le drapeau populaire, nous n'eussions pas vécu un* quart de siècle; et les rois de l'Europe, qiii ont eu leur ère de gouvernement absolu depuis Richelieu, nous eussent traqués comme les ennemis les plus dangereux de leur couronne. A cette heure, l'Ordre n'existerait plus. D'ailleurs vous connaissez l'histoire : les inconstances, les indocilités, les exigences des démocraties. Nous nous fussions imposé une tâche au-dessus des forces humaines. Nos Pères firent donc sagement de ne pas se jeter dans ce courant dangereux; et je ne crois pas que de longtemps, dans l'Ordre, on se départe de cette prudence.
Restait le service des rois. Est-il moins ingrat que celui des peuples? Et que fussions-nous devenus, à nous faire le# chevaliers de toutes ces royautés jalouseis et hostiles entre elles? Quel singulier spectacle eût donné l'Ordre? Son unité eût été brisée; il se fût attiré le légitime mépris des