SYMBOLE POLITIQUE 14T
peu{4es, et eût donné le triste speetacle de ce pauvre clergé séculier qui, après chaque bataille-
entre nations catholiques qui se sont mitraillées hideusement, va chanter des Te Deum, pour remercier Dieu d'avoir fait massacrer des frères. C'eût été introduire un dualisme effréné dans TOrdre^ Nous nous fussions déchirés les uns les autres. Animés de convictions politiques opposées • nous eussions vécu dans les haines ; et celles de la politique ont-elles un fanatisme moins terrible que celles de la Religion? Et puis ces prêtres ^séculiers sont attachés au sol où ils sont nés ; ils ont une patrie. Le Jésuite n'en a pas : il est citoyen du monde. L'Ordre ne doit pas s'appuyer sur telle ou telle forme gouvernementale; sa force, il doit la trouver en lui-même.
Du reste, l'Ordre en a fait la triste expérience^ Et nos grands ennemis, nos plus cruels persécuteurs n'ont-ils pas été ces rois catholiques dont, certes, nous favorisions, par notre enseignement,, l'absolutisme sans Umites?
Nous soounes donc payés pour reconnaître que là encore eût été notre mine.
Mais, mon cher Père, — et ici le Général baissa un peu la voix, comme s'il eût craint d'être entendu, — il y a une autre politique plus large,, planant au*dessus des démocraties et des royautés ;
celle-ci, c'est la nôtre, elle a été inaugurée par un grand génie, Hildebrand. C'est la théocratie.
Grégoire VII, en attribuant à la papauté la mission de réaliser le gouvernement théocratique , créait, à cette grande institution catholique, une impossibilité qu'il n'avait pas prévue et qui devait être sa ruine. Il la plaçait en hostilité flagrante avec tous les pouvoirs ; il lui donnait les rois et les chefs des peuples pour antagonistes implacables ; c'était une guerre de roi à roi; du roi romain, plus ou moins puissant en Italie, contre toutes les races royales; c'était un duel sans raison. Le plus faible, malgré la grande puissance des idées religieuses, devait nécessairement succomber.
Impraticable pour la papauté, la théocratie ne l'est pas, au moyen d'une Société sacerdotale, invisible en quelque sorte par le peu d'éclat personnel de son chef et du nom de ses membres. Là point de rivalité patente. On ne dit pas aux rois et aux chefs du peuple : ÂgenouilIez-vous devant moi, je suis le roi unique ; empereurs et rois sont mes feudataires. Mais on a la royauté universelle, sans que peuples et rois soupçonnent qu'ils ont un maître, une Société exerçant cette royauté par une direction secrète dont nul ne peut saisir les fils invisibles.
Vous n'aviez pas soupçonné cela, Père?