‹ Le Jésuite (volume 3)Chapitre 13 sur 47 · SYMBOLE POLITIQUE 14Q · texte numérisé non relu

SYMBOLE POLITIQUE 14Q

— Non, répondis-je ; je ne croyais' pas que la Société visât si haut.

— Il fallait prendre le vol, comme Faigle, pour dominer le monde de toute notre hauteur, où se traîner à terre, avec Tinsecte, devant la pitié universelle. Nous avons choisi le rôle de Taigle.

Cela vous paraît hardi • Et cependant nous devions arriver là, pour nous assurer de la durée de rOrdre. Toute autre combinaison nous perdait infailliblement.

— Mais, mon très- révérend Père, cela doit mettre l'Ordre en hostilité perpétuelle avec les royautés et les démocraties?

— Oui, si notre secret était découvert, si notre théorie était divulguée. Mais voyez ce qui nous protège. Nous avons pour but d'établir la gloire de Dieu sur la terre. Ce but est évidemment trèshonorable. Ad majorem Dei gloriam, quelle plus belle devise ! Nous pouvons appeler calomniateurs ceux qui nous accuseront de cacher notre plan de domination universelle, sous le prétexte d'étabhr le règne de Dieu sur la terre. Et le règne de Dieu sur la terre, n'est-ce pas en réalité le règne du sacerdoce?

Nous sommes donc les ministres et les généraux de Dieu, pour amener pacifiquement, à l'aide de réducation et de la parole, son règne glorieux parmi les hommes. La Société tout entière tra-

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Taille avec ardeur à ce noble but. Elle ne sait pas, excepté nous qui formons le sénat privilégié et invisible de l'Ordre, comment se meut ce vaste organisme dont chaque Père fait partie ; elle ne sait pas ce mot dernier, ce secret, peu inîporte le aiom, qui résume notre action, notre but, notre politique dans le monde. Le vulgaire de la Société n'a pas besoin de le connaître. Tout serait bientôt compromis par des discussions dangereuses, par des révélations indiscrètes. Dans les livres, dans renseignement, dans la prédication même, des esprits ardents iraient trop loin. On a pu accuser nos Constitutions, crier contre le tanquam ac 'Cadaver; nous sommes enchantés! Oui, oui, chicanez-nous sur les bribes du moyen âge dont n'avait pu se défaire encore la Société à sa nais- -sance! Nous avons bien changé depuis.

L'immense avantage de faire un secret rigoureux de notre politique religieuse est d'avoir, de ce côté, une paix absolue. Nos Pères, surtout ceux de France, qui sont profès, qui ont familièrement conversé avec moi, qui ont vu partout les anciens de l'Ordre, sont furieux qu'on nous accuse de projets de domination. Ils peuvent, avec une bonne foi absolue, déclarer partout que nous sommes les plus innocents de la terre.

D'ailleurs, arrivât-il que, par une indiscrétion <îoupable ou un zèle maladroit, nous fussions légi-

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timement soupçmnés, — et nous FaTons été, — le mot théocratie semble inventé pour déguisa^ noblement Fidée de la domination absorbante da sacerdoce* Le pouvoir de îhm ! Qudle intdlîgenœ serait assez (^raisonnable pour dénier à Dieu sa suprématie i^r sa créature?

Résumons-nous, cher Père.

L'Ordre, pour vivre et être qudque chose de* vaut l'esprit moderne, qui emportera tous les autres ordres, a dû se proposer un but inunense.

Ce but, c>st la théocratie, ou la domination du sacerdoce sur le monde.

Ce sacerdoce n'a pas dû être le clergé perdu dans le siècle, mais une corporation spéciale, une société religieuse capable d'un secret et ayant puissance de réaliser lentement, à travers les siècles, un but qui demande des siècles pour sa réalisation.

Cette société secrète religieuse a dû s'organiser, de nianière à agir partout, pour que nulle diplomatie, nulle police humaine, quelque habile qu'on la suppose, ne puisse la pénétrer, la saisir en flagrant délit d'usurpation sociale.

11 fallait à cette Société l'unité absolue de pouvoir. Elle a son chef irresponsable et maître unique, le Général, Il y a bien, dans nos Constitutions, quelques articles qui semblent devoir naettre des limites fà ce pouvoir absolu; mais quand on les étudie

bien, il est facile de s'apercevoir que ce sont là de ces précautions toujours inutiles. Ainsi les assis* tants du Général, ses minisires, ont autorité pour en devenir les juges, pour le déposer même, s'il se trouve dans les cas prévus pour sa destitution. Cela paraît, au premier abord, une modification très-réelle du pouvoir absolu, et dans la réalité ce n'en est pas une ; car, pour déposer le Général, il faut que les assistants se concertent entre eux, qu'ils convoquent la Congrégation générale. Voilà bien des formalités; pendant que le Général, par un seul acte de sa volonté, dont il ne doit rendre compte qu'à sa conscience, peut suspendre ses assistants s'il les croit opposés à ses desseins, et dès lors que deviennent leurs droits? Vous voyez bien que son pouvoir ne peut jamais être sérieusement entravé, et cette règle de nos Constitutions n'est au fond qu'un moyen de donner satisfaction aux esprits que ce mot : autorité illimitée, effraye toujours un peu : on se rassure sur l'existence d'une loi dont l'application est impossible.

Auprès de ce Général, maître absolu, il fallait de hauts gradés, conservateurs de l'idée mère, devant la transmettre après la mort de chaque Général à son successeur, si par hasard le nouvel élu était choisi en dehors du patriciat.

Il fallait que le reste de la Société ignorât complètement le secret de l'Ordre et crût simplement <

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