‹ Le Jésuite (volume 3)Chapitre 21 sur 47 · LE RÉFORMATEUR · texte numérisé non relu

LE RÉFORMATEUR

L'orgueilleux Ricci avait répondu au Pape Clément Xin, qui lui demandait une réforme des Jésuites, de la part de la France : Sint sicut sunU ml non sint.

Je retournai la réponse et je me dis : — Qu'ils restent , mais qu'ils se réforment ! — Pourquoi, instituée pour les luttes du seizième siècle , ordre militant plutôt que corporation paisible destinée à l'enseignement et à l'apostolat, la Compagnie ne renoncerait-elle pas aux idées guerroyantes du . «eizième siècle? Pourquoi, après les révolutions profondes qui ont créé dans le monde une civilisation nouvelle, l'Ordre ne se mettrait-il pas au service de cette civilisation? Pourquoi, abandonnant la foUe théorie du Pape Hildebrand, n'accepterait-il pas cette sage donnée de l'esprit moderne,

la séparation de l'Église et de l'Etat, se mouvant chacun dans sa libre sphère, sans rêver la domination de l'un sur l'autre, sans, perpétuer un dualisme éternel?

Comme l'imagination marche vite, je ne trouvais aucun obstacle sérieux à cette réforme. Il ne s'agissait pas d'imposer à l'Ordre la moindre humiliation, d'exiger de lui un seul sacrifice. Toute la question était celle-ci : Prendre un esprit nouveau»

Depuis mon entretien avec le comte de ***, je me confirmais de plus en plus dans la conviction que nous avions suivi, jusqu'à notre suppression par Clément XIV, des errements déplorables, et le mot du comte de Chambord était toujours à mon oreille que, « sans un changement radical, nous étions dorénavant impossibles. » Mes idées prenaient un nouveau cours. Et, le sentiment personnel se mêlant à tout, j'en arrivai à me figurer, dans l'avenir, le rôle glorieux de réformateur de la Société de Jésus.

Hélas ! triste ambition, si c'est l'ambilion qui m'inspira, et nullement l'intérêt ardent que je por^ tais à l'Ordre où j'étais entré de mon libre choix.

Mais n'anticipons pas sur les événements.

En arrivant à Paris, j'allai descendre rue de Sèvres. Je devais prêcher la station de l'Avent à Saint-Thomas-d'Aquin.

Le révérend Père Général m'avait donné pour madame de Fiaviac une lettre de condoléance, au sujet de la mort de son beau-père ; il m'avait enjoint de la remettre moi-même.

Je me rendis à l'hôtel de Fiaviac.

La comtesse me reçut de la manière la plus gracieuse. Toute l'hostilité qu'elle m'avait jadis témoignée semblait avoir disparu. Elle me parla de la mort de son beau-père en termes convenables et ne parut pas blessée le moins du monde des dispositions testamentaires du vieillard en faveur des Jésuites. Savoir Gustave déshérité était une consolation pour elle. — Jamais, me dit-elle, je n'aurais consenti à ce mariage, et d'ailleurs ma fille veut se consacrer à Dieu.

— Marguerite est encore une enfant, lui dis-je, et une telle résolution ne saurait être irrévocable.

— Sainte Euphrasie, princesse de sang royal, n'avait que sept ans quand elle entra dans un monastère, me dit madame de Fiaviac. D'ailleurs vous allez voir Marguerite, et vous pourrez vous convaincre que ce développement précoce des facultés intellectuelles et moi'iales, que vous avez toujours remarqué en elle, n'a fait que s'accroître. Marguerite n'est plus une enfant.

— Est - ce que vous l'avez retirée du Sacré- Cœur?

— Oui, je l'ai reprise pour quelque temps avec

moi* La mort de son grand-père l'a cnielfement impressionnée. La sensibilité de cette enfant est excessive. Combien je suis heureuse de voir son cœur se donner tout entier à Dieu, à celui qui seul peut le remplir !

Et sènnant, la comtesse donna l'ordre à son valet de chambre de faire prévenir madanoiselle de Flaviac qu'on la demandait au salon.

Un instant après Marguerite entra.

Elle* était d'une pâleur que ses vêtements de deuil rendaient plus frappante encore ; mais, en m'apercevant, une faible rougeur col w^ ses joues. Un cri de joie lui échappa.

Cette fois, madame de Flaviac sembla trouver tout naturel que sa fille éprouvât quelque plaisir à me revoir; elle plaça elle-même la petite main de Marçuerite dans la mienne.

Je regardais cette enfant : elle avait prodigieusement grandi, et sa vue produisit sur moi une étrange impression. Il me sembla retrouver en elle cette douce vision qui s*était emparée avec tant de force des années de ma jeunesse. Mon idéal était bien là devant moi. Je subissais le charme de cette apparition ravissante, sans me rendre bien compte de l'attraction qu'elle exerçait sur moi. Je sentais du bonheur à la voir, et voilà tout. Elle n'était à mes yeux ni tout à fait une enfant, ni tout à fait une adolescente; cet ensemble de création

féinînine, à laquelle je ne saurais donner un nom, me disait plutôt nn ange descendu pamû les hommes.

Pendant le temps que je restai à Paris, je revins tous les jours à Tbôtel de Flaviac. La comtesse se montrait de plus en plus bienveillante pour moi. Je repris ma direction d'autrefois sur les études de Mai^erite, et je passai là les heures les jAus ctouces de ma vie.

Mais cette vocation religieuse que madame de Flaviac ne semblait pas mettre en doute, je ne la reconnaissais pas. Un jour que j'étais seul avec Marguerite, je rinterpc^eai là-dessus. Je compris que la pauvre enfant, que j*avais vue souffrir crueUement, à Rome, de Tindijfférence, deFaversion même (jue sa mère lui témoignait, avait voulu gagner, à tout prix, ce cœur qui. semblait fermé pour elle ; et malgré te peu d'attrait qu'elle se sentait pour la vie religieuse, elle était résolue de s'y engager. EDe l'avait promis à sa mère, et cdle-ci lui avait témoigné, après, cette promesse, tant d'affection qu'il lui était impossible de se repentir de l'avoir faite.

— Ma mère, me dit Marguerite, se fera religieuse dans le même couvent que moi, au Sacré^œur. Noos ne nous quitterons pas, et auprès d'elle je serai heureuse. Je Tai tanl aimée, ma mère! même quand il me semblait qu'elle était bien sévère pour

moi, qu'à présent que nos deux cœurs se comprennent je sens bien que je ne saurais vivre sans elle.

Marguerite s'exagérait beaucoup cette affection tardive que sa mère lui accordait. Pas un amour ne devait réchauffer le cœur de glace de la comtesse, pas même Tamour maternel. Elle était devenue réellement dévote, et dévote jusqu'au fanatisme. Mais là aussi l'amour était absent. Le mot caritas, qui renferme et le sentiment de gratitude filiale, d'abandon à la douce providence du Père qui est aux cieux, et la sainte fraternité que le Christ est venu nous enseigner, ce mot divin, qui ^t tout le christianisme, n'avait pas de sens pour la comtesse. Sa religion était du dévotisme et rien de plus. A mesure qu'elle vieillissait, ce dévotisme devenait acerbe, intolérant : il se concentrait dans une multitude de petites pratiques qu'elle imposait à sa fille, joug pesant que l'enfant acceptait, en comprenant le vide de toutes ces choses, uniquement pour plaire^ à sa mère.

Hélas! je dois faire ici l'aveu d'une faiblesse î Je me promettais bien, quand le moment serait venu, de parler à Marguerite le langage de la raison et de lui dire qu'on ne s'engage pas dans un état de vie ^exceptionnel uniquement pour obéir à la volonté maternelle. Mais, au fond du cœur, je désirais que cette vocation devînt sérieuse. Je n'avais

P^s fait sur les couvents de femmes les réflexions

^ue j'ai eu Toccasion de faire plus tard. Je n'avais '^ P^s encore reconnu que tous, hors ceux où l'on

^'engage, par des vœux simples et pour un temps iimitéj à soigner les pauvres et les malades, sont ^n contre-sens dans les temps modernes et n'ont aucune raison d'être. La pensée de voir im jour -Marguerite religieuse était douce pour moi. Là elle serait ma sœur ; et, déjà, prévoyant quelles réformes on pourrait apporter dans les couvents pour les mettre en harmonie avec les besoins nouveaux de la société, je faisais des plans d'avenir auxquels J a^ssociais Marguerite. Dans ce but, je développais cette jeune intelligence au point de vue des idées sérieuses. J'oubliais Tâge de Marguerite, et trou- ^^nt en elle les aptitudes qui faisaient de son ^^Uxeureux Père un homme si distingué, je Finir *^^s aux procédés philosophiques. Elle me suivait ®^fts effort, se passionnait pour ces études, et gar- ^^i t cependant toute la simplicité, toute la candeur ^^ l'adolescence. Et moi, auprès de cette adorable ^ftirit, je passais les seuls instants de bonheur P^ï^fait qu'il m'ait été donné de goûter sur la terre.

A^vant de commencer mes prédications, je vou- Ij^s txi'acquitter de ma mission diplomatique, pour ^'^ï'e tout entier à ces fonctions religieuses qui ^ allaient mieux, je l'avoue, que celles de favoriser l^s visées ambitieuses de mon ordre.

Je me rendis chez M. ***. Rien dans Tapparte-^ ment où je fus reçus ne m'indiquait un fougueux démocrate, un ennemi des prêtres, ie n'en étais pas alors à séparer ces deux idées Tune de Fautre. Le salon était meublé avec goût, mais sans luxe : quelques tableaux d'une composition sévère le décoraient.

Quand j'entrai M. *** était en famille. Trois jeunes enfants lisaient ou feuilletaient des images. Une grande Bible, aux figures coloriées, était sur les genoux de la mère : le plus petit des enfants se faisait expliquer ces figures.

M. *** me présenta à sa femme, et il me dit : — Mon Père, bénissez ces enfants. Marie, l'aînée, fera cette année sa première communion à Saint* Louis-d'Antin. M. le curé est assez content d'elle. Sa mère s'est occupée de son éducation religieuse.

Je n'en revenais pas. Ce n'était pas certes une mise en scène faite pour moi. Je ne pouvais être attendu ni ce jour-là ni à cette heure.

M. *** était un petit homme aux formes les plus douces. Sa longue barbe blonde et soyeuse, des yeux bleus , un sourire bon et franc en faisaient un type de ces natures aimantes qui se montrent de loin en loin. On voyait qu'il aimait la vie àe famille, qu'il se plaisait dans son intérieur.

— Voulez-vous passer dans mon cabinet, mon Père?

LA GBANDE IPÉE 927

— Très-volontiers, répondb^e.

Et j'entrai dans son cabinet de travail. Ce visage s'était tout à coup transfiguré. Cet œil, sans cesser d'être doux , était devenu ferme ; le sourire avait fait place à un calme impassible, et j'ai su depiiis^ que, dans les événements de 1848, au sein du Gouvetnement provisoire, cet homme avait montré une extrême énergie.

J'étais assis dans un fauteuil, en face de lui. Il ne prononça pas une parole ; il m'attendait.

— Je dois vous être annoncé, monsieur, lui disje en lui remettant la lettre qui m'accréditait auprès du comité démocratique dont il était le représentant officiel.

— Oui, mon Père, me répondit-il.

— J'ai auprès de vous une mission délicate, à laquelle notre Général m'a dit que vous étiez préparé.

. — Expliquez-vous, mon Père.

Je me sentis impressionné de la réserve et du sang-froid de cet homme» J'exposai cependant avec assez d'aisance les idées que le Père Roothaan m'avait dit de faire valoir, pour engager les démocrates français à nous être favorables-

11 me répondit :

— Mon Père, il s'est fait dans la démocratie un notable revirement, et votre ordre doit en retirer

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le bénéfice. Nous avons la prétention de n'hériter d'aucun des griefs du passé. Il y a tant à souffrir du régime restrictif de cette royauté, arrivée au pouvoir avec des mots de libéralisme, qu'au risque de tomber dans un autre excès, nous sommes bien déterminés à inaugurer jfrancheraent l'ère sérieuse de la liberté pour tous. Nous croyons très-r approchée l'heure de notre délivrance ; mais nous ne la hâtons pas. Nous laisserons faire le temps, qui use ces royautés d'usurpation des droits du peuple et du droit des royautés renversées plus vite que toutes les autres.

Je puis vous garantir, au nom de la démocratie, votre légitime place parmi nous. Dès le lendemain de son triomphe, la République ne distinguera rien, nobles, prêtres, bourgeois, riches, prolétaires. Elle ne verra que des enfants de la grande famille française, des citoyens soumis à la loi. Croyez-le bien, nous serons fidèles à ce programme; et dût-il n'être qu'une généreuse illusion, dût une réaction, qu'il faut toujours prévoir, se servir de cette immense tolérance, poussée jusqu'à la bénignité, pour renverser l'ordre nouveau inauguré par nous, nous ne dévierons pas de nos principes. La démocratie est assez forte pour essayer, à ses risques et périls, la conciliation universelle.

Vous pourrez donc rentrer en France, mes Pères; vous y serez sous la protection de la loi;

VOUS serez régis par le droit commun. Pas plus que le clergé séculier, vous ne serez exclus de ce droit, comme nous n'aurons aucune pensée d*ostracisme contre les hommes que leurs anciennes sympathies rattacheraient aux familles détrônées.

Nous n'avons donc pas de reconnaissance à vous demander ; il nous suffira que. vous ayez foi dans nMre parole.

Si maintenant, ce qui est dans les choses possibles, nous nous trouvons avoir fait un faux calcul, avoir mal compris les intérêts et les passions politiques, nous subirons les conséquences de notre faute ; mais nous pourrons, en voyant tomber la République, affirmer que, dans notre pensée et dans nos principes, elle aura été pure.

Je désire qu'un jour, si votre ordre a toute liberté pour s'établir en France, on n'ait pas à reconnaître que vous n'avez pas compris celte liberté et que vous n'avez pas été dignes d'elle.

Ces dernières paroles dites simplement, mais avec un ton presque ému, et qui me semblèrent prophétiques, me touchèrent : je pris la main de cet homme.

— Je vous jure, lui dis-je, par ce qu'il y a de plus sacré pour moi, que je ferai tout pour que le gouvernement qui nous accueillera n'ait pas à se repentir de nous avoir rendu la plénitude de nos droits dans notre patrie.

iBO LE JÉSCTTE

— Les Jésuites n'ont pas de patrie, me répcmdit-il : ils appartiennent à r(^dre. Ce n'est point au nom d'un Français que vous venez traiter avec moi, mais au nom du chef d'un gouvernement étranger, d'une organisation plus puissante et plus vivace que celle de la plupart des royautés de l'Europe. En vous donnant la liberté, comme Français, d'avoir des maisons, des noviciats, des collèges même, on ne pourra se dissimuler que vous êtes liés bien plus fortement au gouvernement de l'Ordre qu'à celui du pays où vous êtes né.

— Et c'est cette malheureuse opinion que l'on a <ie nous, qui nous a toujours mis dans un état de suspicion.

— Vous ne pouvez nier que cette opinion ne «oit fondée. Mais enfin, je vous le répète, si nous arrivons, nous ne marchanderons la liberté ni à nos amis ni à nos ennemis.

— Et alors, lui dis-je, nous ne serons jamais vos ennemis.

— Qu'il en soit ainsi, me dit-il.

Je sortis émerveillé de ce sanctuaire paisible ou j'avais vu un délicieux tableau de vie intime, un intérieur vraiment chrétien. J'avais remarqué un beau Christ d'ivoire dans le cabinet de M. ***. En repassant dans le salon, je saluai la jeune épouse, entourée de sa gracieuse famille. Les enfants me suivirent d'un doux regard.

— J'espère, me dit le démocrate, que vous voudrez bien vous souvenir de nous.

Et il ajouta :

— Si jamais je puis vous être utile, comptez sur moi. Dans un moment de danger pour vos Pères, ce que je ne crois pas possible, vous auriez un asile dans cette maison.

Je le remerciai cordialement, et je sortis en me disant :

— Des hommes comme lui ont l'esprit de TEvangile ; nous en avons la lettre.

J'avais écrit, de Venise, au Père Général pour lui transmettre la réponse du comte de Chambord. Ma lettre était chiffrée à l'aide de notre grimoire. Je n'avais pas manqué de lui donner très-fidèlement cette réponse, ainsi que les réflexions qui me paraissaient si sages du comte de ***• Je lui témoignais mon regret d'avoir si mal réussi pour mon premier essai. Maintenant je pouvais lui transmettre les assurances si positives que me donnait le comité démocratique. Je reprenais ma revanche.

En réponse à ma première dépêche, je reçus du général une lettre chiffrée, courte et sèche, où pas un mot de bienveillance ne m'était dit, et qui m'annonçait une lettre, non chiffrée, dont serait

porteur un Père de la Compagnie de Jésus qui allait partir pour la France.

Je reçus en effet cette lettre, et ce fut le Père Rufiin qui me la remit ; elle se croisa avec ma se* conde dépêche annonçant le succès de mes négociations à Paris. J'ai gardé l'original de cette réponse :

« Père de Sainte-Maure, je vous accuse réception de votre lettre cMflfrée. Devant la réponse si catégorique de M. le comte de Ch..., vous n'aviez rien à faire, et je ne puis vous en vouloir de l'insuccès de votre mission. Quant aux r^exions officieuses de M. le comte de ***, qui se prétend en cela l'interprète des pensées du prince exilé,* j'ai de la peine à croire qu'il les ait rendues bien fidèlement. Si je l'osais, je dirais qu'elles sont d'une haute outrecuidance, et de quelque part qu'elles viennent, nous n'avons de leçons à recevoir de personiîe. L'Ordre a traversé bien d'autres épreuves, et il n'a pas faibli. 11 s'est affirmé ce qu'il est ; il ne changera pas. Nous ne voulons pas, comme ces pauvres royautés qui s'affublent du manteau constitutionnel, consommer notre suicide. Cela plaît aux Bourbons de la branche aînée ; c'est leur affaire. Pour nous, nous avons d'autres pensées, comme nous avons d'autres ressources et d'autres espérances. Nous tenons plus, en Europe, que les plus forts potentats sur leurs trônes. Croyez-moi,

Père de Sainte-Maure , nous serons longt^tnps après eux.

« Quant à ces belles idées de changement dans notre ordre, j'ignore si Jamais un de mes succès* seurs fera l'indigne folie de les laisser pénétrer parmi nous. Pour moi je briserais comme le jonc tout membre de la Compagnie qui aurait la foi* blesse de se laisser séduire par elles. Je ne vous fais pas l'injure de croire fjue le langage de ces pauvres exilés, qui voudraient se rattraper à toutes les branches, ait pu faire sur votre esprit la moin-^ dre impression. Ce sont des idées extravagantes qui ne sauraient entrer danls une intelligence qui m'a paru anssi droite que la vôtre ►

« Toutefois, au milieu de ce monde de Paris, où bouillonnent, plus qu'ailleurs, toutes les sottises humaines, il sera tendu des pièges à vojre candeur et à votre loyauté. Tenez-vous bien en garde. Nous ne pouvons être, dans l'avenii', que ce que nous avons été au temps de notre gloire. Il âut vaincre sur le terrain oii se sont placés nos illustres Pères. Et ce terrain, c'est de ne faire aucune concession ni au temps ni aux hommes. Nous ne sarons forts qu'en étant inflexibles. Entrez pluB que jamais dans cette pensée ; elle est notre sa-

(Venaient des recommandations personnelles^

« ROOTHAAN, P. G. S. J. »

Cette lettre ne pouvait pas me convaincre* Il n y avait pas huit jours que j'étais à Paris, au «oilieu de nos Pères, que choyé, fêté par eux, par conséquent recevant sur toutes choses leurs confidences les plus intimes, je m'apercevais que tous œ voyaient pas Tavenir à un point de vue aussi eicla^. Je compris tout de suite qu'il y avait dans la Société deux esprits bien tranchés, dont l'un, le plus nombreux, se cramponnait fortement au passé, mais dont l'autre irait sans répugnance vers les idées modérées dont se compose l'ensemble des croyances politiques et sodales, qui sont comme le domaine intelligent d'une époque. Soit que je me fusse trahi par quelques mots, malgré cependant mes belles résolutions de prudence, soit que nos Pères , moins absolutistes que le Général , n'eussent pas été fâchés de voir un honune de mon nom, et qui paraissait prendre dans l'Ordre une . position importante, se rallier aux idées modérées, âdt méme^ ce que je crois maintenant, que les espions missent avec insistance la conversation sur ces matières, afm de me sonder et de faire ensuite leur cour aux dépens du nouveau venu, je me vis entouré d'un petit noyau de Pères qui se mirent à soutenir devant moi, quoique avec une CCTtaîne timidité dans les formes :

— Que les temps étaient mauvais ; que le règne de Louis-Philippe pouvait durer ; que se poser tou-

jours en adversaires des idées dominantes dans un siècle était chose bien chanceuse ; que c'était se croire bien forts que de ne pas craindre de se mettre en hostilité avec toute son époque; que peut-être une conciliation lente, mais sérieuse, valait mieux que cette lutte où notre courage s'épuisait, et où, en définitive, nous étions les vaincus.

Tout cela était plus vague, plus confus que je ne saurais l'exprimer. Je dirai, pour me faire comprendre, que c'était rendu jésuitiquement, c'est-àdire mêlé souvent à des propositions contradictoires, pour ne pas paraître renoncer aux vieux principes, et insinué plutôt qu'indiqué avec une certaine netteté de contours. On jouait aux finesses, aux énigmes ; et je vis que tous se comprenaient au milieu de ces énigmes et de ces finesses.

Il fallut me mettre à ce diapason qui ne m'allait pas, et auquel je n'avais pu me faire, depuis le temps que j'étais dans la Compagnie, écoutant beaucoup, opinant d'un signe de tête plutôt que me mêlant aux longues conversations. Ma position avait changé : mes idées s'étaient beaucoup modifiées. J'avais déjà un plan. On l'a vu, la lettre du Général était bien de nature à me décourager; mais je ne vis là que la conviction obstinée d'un vieillard.

Qu'auraient pu faire, en définitive, ce vieillard et

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quelques esprits retardataires avec lui, si un beau jour une majorité imposante dans TOrdre leur eût dit : Pères, nous faisons fausse route. Réconcilions-nous avec notre siècle ?

Cette idée me raffermit dans là résolution de ne pas abandonner mon plan. J'avais reçu de Dieu un caractère énergique. Mes preuves étaient faites, hélas! au prix des plus vives affections du cœur. Les liens les plus puissants, je les avais impitoyablement brisés. Rien ne m'avait arrêté pour arriver à être Jésuite. Maintenant ma raison, ma conscience, mon amour pour l'Ordre me disaient de tout faire pour sauver ceux que j'aimais. Je ne pouvais pas reculer davantage devant cette conviction que je ne l'avais fait pour atteindre le grand jour où j'étais devenu profès. J'ignorais ce qui avait fait entrer dans l'Ordre beaucoup de mes frères; mais je me rendais compte que je n'y étais venu que dans la plénitude de ma volonté, pour réaliser du bien sur la terre et dépenser ma vie en étendant le règne du vrai. Vitam impendere vero.

Chose singulière, je m'exaltais de cette pensée, comme je l'avais fait de ma détermination d'être Jésuite. Y a-t-il des natures que 1^ obstacles irritent, et qui ont besoin de ce coup dé fouet de la contradiction pour se dire : Marchons?

Je relus la lettre du Père Roothaan. Je la trouvai

pea gracieuse pour moi, qu'il avait coid^lé» avant mon départ de Roifte, de bieaveillanc^ de toutœ^ sortes* Je voyais plus, dans cette fermeté apparente, l'entêtement d'un homme irrité contre les impLa^ cables exigences du temps, que la prévoyance d'un esprit élevé et pesant tout avec sagesse^ Je me rappelai Ricci perdant notre ordre par sa forfanterie, qui n'effraya personne : Sint sicut smit, aut non sint. Et je me dis : Nous touchons à l'abîme aujourd'hui comme alors. Sauvons cette chère Compagnie des erreurs mêmes de ceux qui la gouvernent.

Dieu m'est témoin que je ne vis alors que la Société. Tout inexpérimenté que j'étais encore, je n'étais plus si ignorant des choses de la vie que je ne susse très-bien que je levais un drapeau dans son sein, que je serais en butte à des haines terribles, que je rencontrerais des obstacles de toutes sortes, que peut-être j'allais me trouver en face de ce vieillard si majestueux et si inflexible, dont les idées, les principes, les espérances se trouvaient fatalement la. négation des principes, des idées que je croyais seules •capables de maintenir l'Ordre et de lui assurer au milieu de la société moderne , une place honorable. Je franchis le Rubicon; je dis le mot dernier que disent les faibles et les forts : Aléa jacta est.

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Toutefois je n'avais pas vécu aussi longtemps avec mes confrères les Jésuites sans savoir que je ne gagnerais rien, dans une œuvre de cette importance, à me mettre en lutte violente avec les chefs de rOrdre, tous dévoués aux idées de résistance et d^absolutisme. Je me rappelai un vieux mot qui pouvait me servir : A Jésuite Jésuite et demi, et je résolus de travailler au profit de l'Ordre en me servant . des maximes et des procédés de rOrdre.

Il fallait d'abord endormir le Père Roothaan par des assurances qu'il n'avait rien à redouter pour moi des dangers de la ville que, dans le style mystique, on appelle la moderne Babylone. Comme j'avais gardé un bon souvenir de toute l'affection qu'il m'avait montrée, je m'étendis longuement sur ma reconnaissance pour lui, qui était sincère. Là je ne mentais pas , je n'équivoquais même pas. Et je commençais pour le reste à m'aguerrîr et à être réellement Jésuite. Le danger rend habile.

Que mes lecteurs ne se hâtent pas de me condamner ! Je voulais sauver ma chère Société, et je n'avais pas le choix des moyens. 11 me fallait faire de la diplomatie, et la diplomatie c'est du Jésuitisme.

Je me mis à étudier mes confrères, et, tout en leur témoignant une confiance extrême, j'eus soin

de ne jamais aller au delà des limites que je m'étais tracées. Je restai dans le domaine des Peutrêtrej des On pourrait ^ des On ne sait pas, des Si nos Pères voulaient, toutes bonnes et prudentes restrictions qui déguisaient une propagande pourtant complètement hostile aux vieilles idées dominantes dans l'Ordre,

Pendant les trois premiers mois de 1846 que je passai à Paris, je vis avancer l'œuvre. La lassitude générale qui pesait sur tous les esprits me servait puissamment. Nous avions un vieux Général dont on sentait la main de plomb sur toute idée un peu nouvelle autour de lui. Nous avions un vieux Pape dont les encycliques s'étaient acharnées à -flétrir les Ubertés conquises par plus d'un demi-siècle de luttes ; et la France avait un gouvernement à l'agonie, dont les jours étaient comptés par une démocratie jeune et pleine d'audace. Ces grandes torpeurs des âmes servent puissamment les idées nouvelles. Celles-ci se présentent comme l'air pur qu'on attend de tout, même de la tempête, pour échapper à l'asphyxie morale.

J'espérais donc avoir sapé, parmi les Jésuites français, les vieilles idées, seul obstacle à la rénovation de notre ordre au sein du monde lui-même renouvelé.

Pour compléter mon œuvre, je sentais qu'il me fallait encore quelque temps. On se doute bien

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que l'arrivée du Père Ruffiû à Paris m'avait été

foHi dLédagréable, d'autant plus que, bien qu'il eût

été ei^Yoyé dans notre maison de la rue des Postes,

je le i^oyais souvent rue de.Sèvres, et encore plus

chez madame de Flaviac- J'avais reçu du Père

Général l'ordre de garder un silence absolu sur ce

que je pouvais savoir af^ sujet du testament du

^ux: naarquis de Flaviac. Je me conformai à cette

défense. Je dois dire que l'arrivée du Père Ruffin

çt »es relations fréquentes avec madame de Flaviac

ûe oiaangèrent rien à mon intimité avec Margue*

rite ^ Je continuai à lui donner des leçons, et je sus

8^^ â- mon ennemi de n'avoir pas usé de son in-

fltt^xioe pourme séparer de cette enfant que j'aimais

si te:^dremetit. Au moment où je craignais le plus

^^ cjxiitter Paris, il fut décidé que j'y prêcherais

^ <^a.rême de 1846.; ce ministère me convenait

"^^viji: que cehii d'ambassadeur, et j'étais certain,

"^ ï^asser encore quelques semaines auprès de

^^Suerite^

''^ me fortifiai par des études sérieuses sur les ^^^ ^^s religieux en général, et sur celui des Jés en particulier, dans mes idées de réforme, voyais Ha nécessité, non - seulement pour re auquel j'appartenais, mais encore pour ise, qui m'était bien plus chère encore, m'enivrais du bonheur de voir ma chère élève des progrès de plus en plus rapides. Sa dé-

. Il 16

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lermination de se faire religieuse restait toujours la même. -^ Je l'ai promis à ma mère, me disait* elle, je tiendrai ma parole. — Cette résolution, je me disais qu'il n'était pas encore temps de la discuter ou de la combattre. J'attendais, non sans anxiété, le moment où ma conscience me commanderait d'éclairer Margu^te sur la valeur de sit détermination. Cette promesse, faite à une mère par une enfant, ne me paraissait pas obligatoire, si l'attrait vers le cloître ne venait pas loixlonner de la fiwrce. Cet attrait, je ne le voyais pas se dév^ lopper. Si Marguerite reprenait sa liberté, si elle m décidait à vivre dans le monde? Si moi-même je me croyais un jour obligé de le lui eoûseiller ? Pourquoi ne dirais-jepas ici que cette pensée me remplissait de tristesse?

Tout à coup je reçus l'ordre de partir pour ^Rome. Je courus chez madame de Flaviac ; je fis mes adieux à Marguerite. Elle pleura, la pauvre enfant, et j'eus bien de la peine à ne pas, ma aus^ laisser couler mes laarmes. Savais-je s'il me serait donné de la revoir?

Lk REVOLUTION AU GESV.

J'entrai dans la ville sainte le i"* juin 1846, le jour même où rendait son an» à Dieu le terrible Pontife qui avait eu nom Grégoire XVi. Rome était toute dans la confusion. Je trouvai le Général en proie aux plus vives inquiétudes. Dés rapports venus de toutes parts lui présentaient ^ situation eoimne très-critique. Le parti libéral romain, sous le gouvernement de sévérité implacable de Maur Gapellari, avait grandi démesurément, il y avait dans ce parti toutes tes nuances, depuis le républicanisme de Mazzini jusqu'au modeste gouvernement représentatif où le roi règne et ne gouverne pas. Même dans les masses, bon nombre de ces libéraux bornaient leurs exi-* genoes à voulmr des atténuations au système cornpres^ sous tequel étouffait le pays; mais tous

s*entendaient sur un mot : Réforme. Grégoire XVI laisâaît quarante-cinq millions de dettes, somme considérable pour un si petit État dont les revenus étaient presque insignifiants. L^administration était en désarroi, l'organisation politique du paya était mauvaise, l'agriculture et l'industrie sans mouvement. Les esprits étaient dans une agitation extrême, et le cri des populations demandait impérieusement une réforme.

Le conclave devait s'ouvrir au palais du Quirinal le 14 juin. Les quelques jours qui s'écoulèrent entre la mort du Pape et le conclave furent employés, par les deux partis du mouvement et de la résistance, à préparer les candidatures.

Lambruschini était porté par le vieux parti. C'était l'âme damnée des Jésuites, et ils avaient tout à attendre de lui.

, Notre Général et nos Pères se remuèrent immensément pendant ces quinze jours, travaillant tout ce qui pouvait approcher des cardinaux, pour que les voix se portassent sur Lambruschini. C'était une question de vie ou de mort pour TOrdre.

La fm du règne de Grégoire XVI ouvrait devant moi une ère nouvelle. Le choix de son successeur m'importait trop, dans l'intérêt du vaste plan que j'avais conçu, pour que je ne cherchasse pas tous les moyens d'influencer ce choix dans lé sens de mes aspirations. Une idée quelconque de réforme,

LA RÉVOUJTION AU GESU â^

d*amélioration, de progrès n'entre pas dahs une intelligence humaine, sans qu'elle la transforme à son insu. Je n'avais guère songé à la politique avant le moment où j'avais été initié aux secrets de l'Ordre. Mes idées sur ce point avaient été jusque-là celles que j'avais reçues de ma mère et des maîtres auxquels elle m'avait confié ; et cependant, en raison des projets que je mûrissais depuis quelque temps, je me trouvais entraîné dans le courant libéral.

Dès les premiers jours, je vis les esprits flottants au Gesù. Quelques-uns des nôtres étaient Romains; ils avaient de nombreuses accointances dans la ville. L'un d'eux même avait son frère renfermé au château Saint-Ange avec les autres détenus politiques.

Le Père Roothaan, dont nous connaissons l'inflexibilité, comme le lion blessé mais rugissant, se mit avec ardeur à son œuvre souterraine; ne croyant pas ?ivoir à se défier d'un seul de nous, il se multipliait au dehors. A mesure que chaque cardinal arrivait à Rome de toute l'Italie, l'habile négociateur était là, jetant ses premières inspirations et cherchant à influencer les élections du futur conclave dans le sens d'une politique énergique qui continuât le système de Grégoire XVL II avait avec le cardinal Lambruschini de fréquentes conférences.

S46* LE lÉSUITE

Pendant ce temps, où le Père dépensait nne incroyable activité, la révolution, sans qu'il s'en doutât, était au Gesii.

Par quelques-uns de" nos Pères romains, surtout par le Père G.. ., dont le frère était au château Saint-Ange, nous connaissions tous les projets du parti avancé, ainsi que les rumeurs qui couraient dans Rome. Naturellement le Gesù se trouvait le point de mire de toutes les haines. Les hommes du mouvement avaient organisé une police plus habile que celle du Cardinal-Vicaire et de notre Général. On savait toutes les démarches de ce der^ nier. Le flot de la haine politique montait vers nous.

Les conversations au Gesù se sentaient d'un malaise général. Le vieux Père Mazzonelli, avec son franc parler de vieillard à demi en enfance, réunissait quelquefois des groupes des plus jeunes Pères et nous disait des choses étranges.

— On nous fera rôtir au Gesù ! Les peuples en révolution deviennent terribles. Tout chauffe; Rome pourrait bien avoir ses septembriseurs .^

— Vous croyez. Père? lui disait-on.

- — Si je crois ! Aussi quelle idée de tourner le dos à tout son pays^ de vouloir noir quand il veut blanc, de lui donner des Papes Guelfes quand il veut des Gibelins !

LA RÉVOLCTION AU GESC 247

— Guelfes ! Gibdins ! Ah î Père, quelles vieilles choses nous rappelez-vous là ?

— Ces viâlles choses, mes jeuiies, sont d'aujourd'hui comme d'il y a cinq siècles. Allons! allons ! je sais ce que je dis.

— Le Père Mazzonelli pourrait bien avoir raiscHi. On dit de toutes parts dans Rome qu'il faudrait un Pape libéral.

— Ce serait bien dangereux, dit une voix.

— Oh ! le plus libéral du Sacré Collège ne le sera guère : on ne risque rien.

— Est-ce qu'il y a des libéraux dans le Sacré Collège?

— On en compte quelques-uns,

— Je ne le croyais pas.

— On m'a nommé le cardinal Mastaï Ferreti. J'avais assisté à l'entretien sans m'y mêler;

mais j^avais beaucoup examiné le groupe assez nombreux de nos Pères. Soit frayeur, soit instincts, qui se réveillent toujours chaque fois qu'il y a agglomération d'hommes, j'avais vu, à ma grande surprise, que l'opinion dominante là n'était pas trop hostile aux idées de mouvement qui se personnifiaient pour le quart d'heure dans ce mol : Un Pape libéral.

Plus excité par ses souffrances de • famille, ou plus hardi que les autres, le Père G— dit assez haut : '

— Oui, un Pape libéral sauverait Rome, sauverait l'Église et surtout le Gesù. J'en sais long sur ce qui nous attend, si nous nous obstinons à soutenir le vieux système.

J'étudiais dans ce moment la physionomie de nos Pères ; les uns baissèrent tristement la tète et se retirèrent; d'autres eurent un éclair de joie, comme s'ils eussent entrevu l'aurore après une longue nuit. J'eus la prudence de m'imposer un silence absolu; mais, dès ce moment, le Gesù m'appartenait ; j'avais une intelligence dans la place.

Le même jour, les entretiens continuèrent sur

les questions brûlantes du moment. Je pris le Père

G..., et lui ayant témoigné une confiance entière, je m'ouvris à lui sur l'abîme où je voyais l'Ordre aller se perdre et sur les moyens que je croyais propres à le sauver.

Il me serra fortement la main.

— Ah ! vous avez raison, me dit-il ; sauvons l'Ordre s'il en est tenips encore ! Laissons notre vieux Général à la vieille théorie d'absolutisme ;' nous, soyons de notre temps ! C'est là le salut.

Nous nous entretînmes du plan de réforme, qu'il approuva complètement. Il me nomma ceux de nos Pères auxquels ces idées devaient convenir. Il me fit connaître les plus sûrs auxquels nous pouvions nous confier, les traîtres qui nous per-

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