‹ Le Jésuite (volume 3)Chapitre 29 sur 47 · LA PEUR · texte numérisé non relu

LA PEUR

cesseur qui continuât sa politique répressive ; et l'on ajoutait :

— La proclamation d'un nom tel que celui du cardinal Lambruschini serait le signal du carnage convenu entre les conjurés.

— Qui nommer donc, Madona mia !

— On parle du cardinal Mastaï^ comme étant celui qui pourrait être accepté. Mais la nomination de l'éminentissime Lambruschini serait Tarrêt de mort du Sacré Collège !

C'était grossier, bien grossier; mais c'était pour cela que le plan devait réussir.

Un cardinal, comme le plus simple des mortels, craint pour sa précieuse personne; et les éminences répondaient, en apprenant ces sinistres nouvelles :

— Mais j'ai des engatgements ! J'ai donné ma parole au révérendissime Général des Jésuites pour mon éminentissime collègue Lambruschini!.., Puis j'ai horreur des libéraux, et j'aurais de la peine à parler à un Pape libéral !

Il lui était répondu :

— Ah ! Éminence! je vous en supplie; au nom de la sanctissima Madona, faites passer le salut de votre précieuse vie avant toutes choses ! Ces hommes-là sont capables de tout. Sauvez-vous d'abord ! Il en arrivera ce qui pourra, mais votre vie, votre précieuse vie, je vous la demande ! Je me

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jetterai plutôt à genoux devant votre Éminentissime Seigneurie ! N'allez pas irriter ces misérables, qui ne demanderaient qu'une occasion pour faire une boucherie de tous les très-saints cardinaux de l'Église romaine.

Les vieillards prudents et craintifs se laissaient gagner par de si puissantes considérations. Que refuser à des gens qui tombent à deux genotix devant vous, afin devons éviter quelque coup de poignard ? Ce n'est pas d'un Mastaï, c'est du diable lui-même qu'on jetterait le nom dans l'urne, plutôt que d'être enveloppé dans un si horrible carnage. Les comités libéraux avaient prouvé qu'ils avaient une profonde connaissance du cœur humain.

— Eh bien! oui! oui, nous nommerons notre collègue Mastaï. Dites bieii cela dans Rome !

La peur avait porté conseil.

0 VOUS qui affirmez que rien ne change dans cette grande religion de Jésus, dont vous avez fait le catholicisme romain, suivez-moi et entrons au conclave !

Vous connaissez le premier de tous par un récit d'une simplicité ravissante. Il eut lieu à Jérusalem, et ce fut le premier qui se tint dans le collège apostolique. Il s'agissait de donner un successeur à celui qui fut le traître. Il y avait là onze apôtres et environ cent-vingt frères réunis. C'était l'embryon de cette grande Église qui a couvert de sa gloire l'ancien monde, et qui marche aujourd'hui, si rapidement, vers sa décadence. Pierre, le président de cette famille nouvellement née, des débris du vieux israélisme expirant, prit la parole et dit aux frères :

« Il faut que vous choisissiez , parmi ceux qui ont vécu avec le Seigneur, un témoin de sa résurrection. »

Et deux furent présentés : Joseph Barsabas le juste, et Mathias.

Se mettant en prières, ils dirent à Dieu : « Mon-^ trez-nous qui des deux vous avez choisis. Ostende quem eligeris !

Et ils tirèrent* les deux noms au sort, et le sort tomba sur Mathias, qui fut apôtre.

C'est bien simple, bien naïf, mais bien grand : car les grandes choses se font ainsi.

Cette première élection d'un apôtre .de Jésus dura à peine un quart d'heure Les candidats sont présentés : le sort décide entre ceux qui réunissent le plus grand nombre de suffrages.

Tant que l'Église chrétienne, que vous connaissez si peu dans l'austère grandeur de son premier âge, demeura fidèle aux institutions orientales et apostoliques, nul évêque à Rome et dans le monde renouvelé par TÉvangile n'arriva autrement à la grande dignité de successeur des apôtres. Concours du peuple, de la grande famille croyante, présentation des candidats, ballottage ; le tout dans la basilique, la maison commune, la maison des frères. L'élection était le fruit de l'existence sérieuse d'une communauté croyante. Le clergé et le peuple se donnaient un surveillant, un inspecteur, un évê-

que. Tous dioisissaient celui à cpii tous devaient

obéir.

Tels furent les premiers conclaves des élections pontificales à Rome.

Pourquoi cela a-t-il changé? Et qu'est-ce, dans les temps modernes, que cette formidable machine à élections appelée un conclave ?

Prêtres, fidèles du Catholicisme, voilez- vous la face ! Ces mille précautions, d'une étiquette qui nous paraît si puérile aujourd'hui, ont été prises par des Papes honnêtes, dans des âges de véritable barbarie et de passions violentes, contre les tentatives éhontées de la corruption qui appelait toutes les intrigues à la nomination de celui que Rome a si longtemps appelé, avec une belle simplicité, c< l'Apostolique. » L'Apostolique, changé en César, était élu par des moyens odieux, quelfois infâmes. Il fallut mettre un terme à ce déshonneur dans l'Église romaine. De là les entraves, le cérémonial, la claustration, imposés par les Papes que j'ai appelés honnêtes/ à ceux qui devaient élire l'évêque et le roi dans le même homme.

Viendra-t-il, 6 Romains, le jour où, maîtres de vos destinées temporelles, laissant à des hommes du monde le gouvernement des choses du monde, il vous sera donné de vous réunir dans votre immense église de Saint-Pierre, pour y acclamer

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virilement et chrétiennement celui qui sera le père de la grande famille des croyants?

Cela dépend de vous, de votre sens droit, de votre intelligence des besoins nouveaux de Thumanilé. Vous gémissez depuis si longtemps sous ce joug de prescriptions cléricales qui ne vont plus avec votre temps! Remettez toutes choses dans le vrai.

Ce n'est pas dans des cellules, et derrière des portes fermées avec soin, qu'il faut claquemurer quelques pauvres vieillards, se disputant la lourde tiare au triple bandeau, et épuisant dans une dernière intrigue leur dernière heure d'activité et de machiavélisme. C'est sous l'immense coupole dé Michel-Ange, en présence de tous, qu'il faut les appeler, pour voir si de ces hommes se traînant dans le régime de la courtisanerie romaine il s'en trouvera un qui soit d'étoffe à être le nouveau Pape de l'Église rendue à sa vie spirituelle, ou si vous ne devez pas appréhender au corps quelqu'un des fils des- pâtres de la Sabine, mais pur des souillures de la vieille civilisation sacerdotale, pour lui dire : — C'est toi que nous choisissons ! Tu n'auras d'autre royauté que celle du Christ î Et malheur à toi, si tu peux regretter un instant celle de Sixte- Quint ou de Pie IX. Si tu comprends que la couronne d'épines du Crucifié est autrement glorieuse sur ton front que le lourd bandeau des

LE PREMIER ET LE DERNIER CONa^AVE 313

Pepes-rois, tu es digne de TÉglise; sinon, non !

Pour cela, je le sais, il faut une révolution; mais votre liberté de citoyen ne vous arrivera que par l'énergique péripétie d'une révolution. Pourquoi n'en feriez-vous pas une plus pacifique, plus douce, pour conquérir votre liberté d'enfants de Dieu? Est-ce que Tune est, à vos yeux, moins précieuse que l'autre? Songez donc qu'en vous remettant dans le vrai, qu'en forçant le sacerdoce romain à reprendre les grandes traditions des âges glorieux de l'Église, vous sauvez le cathoUcisme, s'il peut être sauvé! Songez qu'en vous émancipant des vieilleries pharisaïques du moyen âge, vous nous émancipez nous-mêmes, les chrétiens du reste du monde! Un peu d'air, de raison, de liberté à Rome, c'est la lumière sur le chandeUer, pour que le monde catholique tout entier s'en ressente ; et que prolonger le vieux système, c'est remettre cette lumière sous le boisseau et renvoyer à un autre âge la crise après laquelle on doit voir se dissiper l'épais nuage de barbarie dont se recouvre encore le catholicisme !

Romains, en vous sauvant, vous nous sauvez ! Ayez pitié de l'Église et du monde !

Ce ne fut pas sous l'influence de ces idées que se fit le conclave qui devait donner un successeur à Grégoire XVI • Mais il eut une qualité qui le distingua de ces conclaves où les intrigues se croisaient

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pendant des mois entiers. Il fut d'une rapidité merveilleuse- Entrés au Quirinal le 14 juin 1846, les énûnentissimes électeurs en sortaient le 17, après avoir proclamé le cardinal Mastàï Pape. Depuis plusieiu's jours, il n'y avait aux pieds de la statue de Pasquin que ces deux mots : Presto^ presto, al Quirinaleî Mots à double entente, qui voulaient aussi bien dire au peuple: — Porte-toi au Quirinal! qu'aux cardinaux : — Hâtez-vous! Marphorio avait répondu : Prestissimo I

Les Éminences avaient été fidèles au programme. Au premier scrutin, les partisans du cardinal Lambruschini s'aperçurent qu'ils avaient un concurrent redoutable dans le cardinal Mastaï. Aux deux autres scrutins qui succédèrent, quelques voix,perdues d'abord sur les cardinaux Gizzi et Falconieri, les seuls connus par leurs idées libérales, se portèrent sur Mastaï. Et lui-même, nommé scrutateur, proclama vingt-sept fois son nom, contre onze voix seulement données à Lambruschini.

Le second jour, le scrutin du soir, qui devait être le dernier, eut lieu à trois heures de l'aprèsmidii. Quand on passa au dépouillement des votes, Mastaï lut son nom dix-sept fois -de suite. Un moment l'homme, en présence de la grandeur qui allait l'écraser, se sentit faible ; l'émotion le domina ; il fut sur le point de s'évanouir, et il demanda qu'un autre cardinal continuât le dépouil-

lement des votes. Mais, d'a{»rès les règles du coMlave, il eût fallu annuler ce scrutin interrompu. On s'efforça de calmer Mastaï, dont la crise nerveuse se termina par d'abondantes larmes. Deux de ses collègues prirent sous les bras cet homme bon, mais profondément impressionnable, qui, pour sauver la papauté au dix-neuvième siècle, aurait dû être de la trempe virile d'un Jules IL II acheva le dépouillement du scrutin : son nom sortit trente-six fois. Rome et le monde avaient un Pape qui prit le nom de Pie IX.

La colombe de Fossombronne ne devait pas avoir de démenti. Pour que le merveilleux se continuât dans cette élection, singulièrement rapide, on vit, au moment du dernier scrutin, une colombe, qui avait pénétré dans la chapelle du Quirinal, voltiger sur la tête du cardinal Mastaï.

Malgré le secret du conclave, dans la soirée même du 16 juin, le bruit se répandit dans Rome que la nomination était faite. Mais la nouvelle avait ceci d'inexact, qu'on désignait le cardinal Gizzi, fort populaire dans Rome pour ses idées libérales, comme ayant réuni la majorité des suffrages.

Le lendemain 17 juin, Rome entière se porta sur la place du Quirinal. Dès neuf heures du matin, la foule était immense. Curieux comme un Français, j'allai me mêler à la foule, et j'ai gardé

bien profonde Timpression que j'éprouvai, lorsque le cardinal Riario Sforza, comme premier cardinal de l'ordre des diacres, annonça au peuple, du haut du balcon du Quirinal, l'élection du nouveau Pape dans la langue de l'antique Rome : Aîjnuntio

VOBIS GAUDIUM MAGNUM t PaPAM HABEMUS EmINENTISSI- MUM AC ReVERENDISSIMUM DoMlNUM JoANNEM MaRIAM

Mastaï-^Ferreti, s. R. E, Presbyterum Cardinalem, qui sibi nomen imposuit plus ix.

Il y eut un silence profond.

Mais bientôt les acclamations commencèrent, et les longues et sourdes détonations du canon du château Saint-Ange vinrent se mêler aux formidables éclats des voix humaines. Je n'avais jamais assisté à rien de si imposant. Hélas! tout cela était un signal de tempête !

Quand le Pape parut sur le balcon du Quirinal, les acclamations redoublèrent d'énergie, à ce point qu'il ne put, pendant quelque temps, se faire entendre. La multitude admirait sa taille élevée, son grand et noble visage, alors tout inondé de larmes, sous la vive impression de cette grande ovation populaire. Enfin il parvint à surmonter son émotion, et il donna sa bénédiction à tout ce peuple qui, moins de deux ans pluS tard, devait venir braquer des canons contre la porte de ce même Quirinal et demander à ce même Pontife une constitution sérieuse, au lieu des vains simulacres

de réforme qui avaient marqué ses premières tentatives de royauté libérale.

J'étais là au milieu de ce fracas de voix populaires, concevant aussi mes espérances, acclamant rhomçiè que nous avions choisi comme le moins perdu dans les vieiUes idées de routine du gouvernement théocratique. Je devais voir ce Pontife, lui parler à cœur ouvert, entendre de sa bouche même le récit des conspirations du parti retardataire , et ne trouver , en définitive , qu'un homme de bien, une nature aimante, mais sans portée, là où il fallait les grandes hardiesses et l'implacable persévérance du génie.

Quand je rentrai au Gesù je vis le Père Roothaan sombre comme un chef d'armée qui, après la défaite, médite une revanche éclatante.

--T- Nous avons un Pape révolutionnaire , me dit-il.

Ce mot me frappa, et il ajouta ensuite :

— Je sais tout.

AGITAZIONE ÂMOROSA

Quand on n'a pas vécu longtemps avec les Italiens, il est imposable de se faire une idée de leur esprit de suite et de persévérance. C'est pourquoi Rome est le pays des luttes éternelles, pgrce que là où ridée nouvelle arrive à force de ténacité et d'ardeur, l'idée que Ton a crue vaincue se redresse avec une nouvelle énergie et cherche, par une résistance incroyable, à reconquérir le domaine dont on l'a chassée. Ceci explique toutes les révolutions . romaines.

Le mot du Père Roothaan : « Nous avons un Pape révolutionnaire, » porté le soir même dans le club réactionnaire des Ferdinandéens et des Sanfédistes, devint le mot d'ordre du parti absolutiste : il circula dans la prélature, dans les couvents, dans les sacristies de Rome; il passa dans toute

AGITAZIONE ÂMOKOSA 319

l'Italie; et quelques jours après, quand tous les journaux de l'Europe applaudissaient au choix du conclave, quand on annonçait que l'avènement de Pie IX ouvrait une ère nouvelle à l'Église, le mot d'ordre, colporté par la correspondance active des maisons religieuses , circulait déjà en France : « Nous avons un Pape révolutionnaire • »

C'était tout bonnement une calomnie. Pie IX avait compris les dangers du système de compression qui faisait toute la science gouvernementale du ministre Lambruschini, sous le plus nul des rois-pontifes qu'eussent eus les Romains, Grégoire X VL Sa raison, sa bonté -naturelle, lui disaient que ce système violent cadrait mal avec l'idée d'une royauté patriarcale, telle qu'on se figure généralement celle des Papes. C'était là, à peu près, tout son libéralisme. Quant à des plans de réforme sérieuse, quant à des idées politiques d'une certaine hauteur, rien de tout cek n'était entré dans l'intelligence noble et droite du bon évêque d'Imola, dont la vie entière était absorbée par ces iiautes œuvres de charité qui sont la grande tâche épiscopale, mais ne supposent guère qu'on fasse l'apprentissage du difficile métier d'être le chef d'un État et de porter le sceptre. Plus l'Évêque était Évêque, c'est-à-dire un saint, moins il était taillé pour être le roi de la Rome moderne, dont la tâche évidente, au moment où s'éteignait

le moine à la politique obtuse et violente, appelé Maur Gapellari, était de reprendre hautement le drapeau gueire, le drapçau de la nationalité italienne.

Les Italiens comprirent cela dès le premier jour; ils avaient un saint Pape et ils avaient besoin d'iin Pape politique, s'il est possible de joindre ces mots sans que Tun hurle trop avec Tautre.

Comment faire?

Cette grande question futposéetout de suite dans les sociétés secrètes qui dirigèrent si habilement la révolution italienne.

Je me trouvai à la réunion de Saint-Jean-dè-

Latran le jour où Ton se demanda la conduite qu'il fallait tenir avec le nouveau Pontife-Roi.

Le Père Ventura, qui était Tàme de ce comité, prit la parole et exposa un système ingénieux de pression politique à exercer sur Pie IX. Il savait que la faiblesse de caractère de Mastaï était au moins égale aux sentiments généreux de son cœur. Ceux-ci devaient le porter spontanément vers une politique large, qui ferait du peuple romain un peuple libre et le relèverait de son abaissement. iAais la faiblesse^ à la première difficulté^ pouvait tout compromettre. Il y aurait une réaction violente; si elle s'emparait de l'esprit du Souverain Pontife, tout serait perdu, il abdiquerait entre ses mains. 11 fallait prévoir cela. Le Père Ventura ex-

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posa son système, qu'il appelait Yagitazione amorosa. Le mot dit la chose : il fallait tant prouver de dévouement et d'amour à ce nouveau souverain qu'il se laissât entraîner sur le terrain des réformes. Du reste, le Père Ventura et le comité aristocratique n'étaient pas eidgeants, et Pie IX, s'il n'y avait eu à Rome que des sujets de cet ordre à gouverner, se serait peu avancé en complétant tout leur programme.

Le comité des carbonari s'était posé la même question, et, comme s'il eût cennu le mot du Père Ventura, entraîné par le même instinct et par la même intelligence de la situation, il organisa avec une habileté extrême ce qu'on appela la Ccmjuror tion des ovations. Il fut décidé que, dans toute l'Europe,, le journalisme libéral acclamerait le nouveau Pape, qu'on le déclarerait le sauveur de Rome et de l'Italie, le restaurateur de la liberté; qu'il serait appelé le Grand, comme on l'avait fait.de Louis XIV et de Napoléon ; que son buste serait envoyé dans le monde entier comme l'objet de la vénération universelle, et que son arrivée au pontificat serait déclarée , par toutes les bouches , le grand événement du siècle.

Tout cela était habile. Et, avant quelques semaines, ces ovations de la presse vinrent répondre aux ovations populaires dont Pie IX était accablé. Le fameux Cicirruacchio, si influent dans le Trans-

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