‹ Le Jésuite (volume 3)Chapitre 3 sur 47 · PRATIQUE DO JÉSUITISME · texte numérisé non relu

PRATIQUE DO JÉSUITISME

se plaignit de son neveu ; celui-ci n'était pas ce qu'il désirait qu'il fût.

— Cependant, ajoutait -il, tout espoir n'est pas perdu; il aime l'étude. Le PèreRuffin, qui, à la vérité, est pour lui d'une faiblesse extrême,, m'assure qu'il fait des progrès dans les sciences. Plus tard il épousera sa cousine ; et auprès de cet ange qu'il aime déjà, mais qu'il ne peut encore aimer que comme on aime une enfant, il se convertira, je l'espère. Mon cher Sainte-Maure, continua le vieillard, l'éducation première de Gustave a été bien mauvaise. Son père n'avait pas de religion. Ah ! s'il eût voulu me croire, s'il eût voulu confier son fils aux bons Pères ! Quelle différence !

Au reste, j'ai plus d'un sujet de peine. Ma belle-fille s'est jetée dans la plus haute dévotion. Elle regrette à présent de n'avoir pas suivi le penchant qui, dit-elle, la poussait dans sa jeunesse vers le cloître : elle cherche à se persuader que Marguerite a la vocation religieuse, et elle voudrait le persuader à cette enfant. J'ai été averti de cela par le Père Ruffin.

— Par le Père Ruffin ? dis-je un peu surpris ; il ne croit donc pas, lui, à la vocation de Marguerite ?

— Pas le moins du monde. 11 est tout à fait dans mes idées. Bien qu'il soit, vous le savez, d'une naissance très-obscure, les Ruffin, je crois, dit. le

marquis, avec un dédaigneux mouvement de lèvres, n'appartiennent même pas à cette bourgeoisie qui a la prétention de s'égaler à nous. Son grand-père et son père étaient quelque chose comme des ouvriers ou des marchands au détail, de petites gens, comme on disait de mon temps. Mais, dans votre Compagnie, on apprend à connaître les besoins de la société. On doit y maintenir ce qui reste de la hiérarchie sociale que les révolutionnaires ont voulu détruire. Et pour cela il faut que les grandes familles ne s'éteignent pas. Et voilà pourquoi le Père Ruffm a compris qu'un mariage entre ma chère petite-fille et mon endiablé de neveu, qui, je l'espère, deviendra sage, est une chose nécessaire. Au reste, et j'ai suivi en cela le conseil du Père Ruffm, j*ai vendu tout ce qui me restait de propriétés ; ma fortune est en portefeuille. Je me plais à Rome, et je veux y mourir. J'ai dit clairement à ma belle-fille que, si Marguerite se faisait religieuse, je donnerais toute ma fortune à mon neveu. Après tout, c'est un Flaviac, et le nom se perpétuera par lui. Mais j'ai dit aussi à M. le baron Gustave que, s'il faisait de nouvelles folies, il n'aurait jamais un sou de moi. Et de cette manière-là, dit le vieux marquis en se frottant les mains, je les tiens tous les deux.

— Mais vous avez aussi, lui dis-je, l'appui de M. le comte de Flaviac.

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— Faible appui, mon cher Père ; mon fils est dominé par sa femme. Absorbé qu*il est par les soucis de la politique, il s'occupe fort peu de ce qui se passe chez lui ; et, bien qu'il aime beaucoup sa fille, il la laisserait sacrifier. Non, non, mon appui, c'est le Père Ruffin !

Cette conversation me donna beaucoup à réfléchir. Je me défiais du rôle que le Père Ruffin jouait dans rintérieur de cette famille. Je l'avais vu, à Paris, dans une grande intimité avec la comtesse de Flaviac, pendant les deux mois qu'elle était restée chez ma mère. A Rome, cette intimité était toujours la même. La comtesse me paraissait être tout à fait sous sa direction ; et cependant le marquis le croyait plus dans ses intérêts que dans ceux de sa belle-fille. Tout cela était étrange !

Quant au jeune B^ron, cette année, que j'avais passée sans le voir, avait aussi amené en lui de grands changements ; sa santé s'était encore fortifiée, et il était vrai que le Père Ruffin lui avait inspiré un goût sérieux pour Tétude. Mais son étourderie, son amour pour le plaisir étaient les mêmes. 11 se plaisait médiocrement à Rome.

— Que faire dans une ville, me disait-il, où les ; .théâtres, sous le prétexte que Ton est dans TAvent, . dans le Carême, etc., sont presque toujours fer-

inés? Ma foi, ajoutait-il en riant, il faut bien passer

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ses soirées et un peu de ses nuits à jouer ou à toute autre chose. Et depuis un an que je ne vous ai vu, j*ai fait plus de dettes que je ne devais m'en permettre avec le mince patrimoine que mon père ma laissé. Je ne sais comment cela se fait, mais mon oncle finrt toujours par apprendre mes folies de jeune homme. Je crois que ma cousine me fait espionner ; elle me hait avec cette ardeur que les dévotes seules savent mettre dans la haine. Quoi qu'il en soit, après chaque équipée de ma part, mon grand-oncle fait demander le Père Ruffin, et il se plaint à lui de son coquin de neveu. Le plus souvent le Père lui fait entendre raison ; mais, lorsque le cas est grave et que je suis appelé à comparaître moi-même devant mon juge, le Père Ruffin me dit tout bas de quoi il s*agit, et je sais alors ee que je dois répondre. #

Vraiment, continuait le baron, je n'aurais jamais cru pouvoir aimer autant les Jésuites. Je vous prenais tous pour des esprits moroses, dominateurs; mais il n'en est pas ainsi. Vous, je vous connais par Marguerite, je sais combien vous êtes bon, loyal, généreux; et quant au Père Ruffin, dont je me défiais d'abord, car je lui trouvais un singulier regard, je vois à présent combien j'étais injuste. S'il n'avait pas calmé vingt fois l'irritation de mon cher oncle, qui s'indigne de ce que je ne suis pas un petit saint, après avoir eu, le Père Ruffin

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