PRATIQUE 00 JÉSUITISME
me l'a dit ki-méiae, uae jeui^sse bien autrement orageuse que la mienne, il y a longteoips que le respectable vieillard m'aurait dit : — Touchez là, mou ueTeu, vous n'aurez jamais ma petite-fille. — Et cette fiieatence, qui serait sans appel, me rendrait trèsHoialheureux. Je ue suis pas amoureux d'une enfant de douze ans; mais cette enfant, on ûompr^d tout ce qu'elle sera un jour, et, dans quatre ou cinq aas, j'en serai amoureux fou. Je la vois dans l'avenir, et cette douce image a été pour moi le préservatif de bien des folies. Et sa mère qui veut en faire une religieuse ! Conçoit-on cela? Je vous assure qu'elle est jalouse de sa fille. Elle prévoit le moment où il faudrait la produire dans le monde, éclatante de beauté et de fraîcheur; et pour éviter les comparaisons, elle veut la mettre au couvent. Heureusement le Père Ruffin est là, et il possède assez d'empire sur la comtesse pour la faire, en temps et lieu, changer d'avis.
Il résulta pour moi de cette conv^sation que le Père Ruffin possédât la confiancede toutle monde, sauf pourtant celle de Marguerite, qui éprouvait pour lui un éloignement invincible. Je croyais à la dairvoyance de l'enfant ; mais que pouvais^e faire? Il ne m'était pas possible de donner les raisons sérieuses de mes préventions contre le Père Ruffin ; mais j'étais convaincu qu'il était un hypocrite.
Un mois après ma profession, je reçus l'ordre de partir pour Paris.
Avec la théorie de l'indifférence proposée comme l'idéal dans les livres ascétiques des Jésuites, ils n'en ont pas moins le bon sens d'étudier les aptitudes capitales des sujets qu'ils forment; et, sans s'embarrasser si la pratique de leur ordre est la négation permanente de ces belles règles métaphysiques qui doivent les gouverner, ils ne font pas la maladresse de proposer pour leurs grandes chaires de Paris leurs sujets Aiédiocres, leurs plus lourds dissertateurs, et de confier l'enseignement des mathématiques à ceux de leurs Pères dont la science se borne à distinguer un parallélogramme d'un carré. La petite indiscrétion du vieux Père Mazzonelli m'avait appris qu'on me destinait à la chaire ; et ce serait à Paris, dans la ville qui distribue la gloire, qu'on ferait ma renommée d'orateur. Je pouvais compter, pour cela, sur l'habileté reconnue de mes confrères. Cela m'occupa peu; mais je ressentis un véritable plaisir à penser que je suivrais une carrière selon mes goûts, celle dans laquelle, comme la plus brillante de toutes, nos Pères se jettent avec fureur. Je compris plus tard que ces petits saints, si bien détachés des choses de ce monde, si bien prêts, placés qu'ils sont dans les deux plateaux de la balance, à dire avec le Père de Ravignan :