‹ Le Jésuite (volume 3)Chapitre 35 sur 47 · VVNIVEHS ET LES JESUITES · texte numérisé non relu

VVNIVEHS ET LES JESUITES

Je me trouvais dans un état d'esprit que j'essayerais vainement de décrire. Mes dernières illusions sur là valeur du vieux système de nos Pères venait de tomber avec leurs belles théories mises à répreuve dans cette guerre fatale du Sunderbund. Je m'écriai :

— Je ne me trompais pas, ils sont fous. Mais de tels fous guérissent-ils ?

Ce que m'écrivait de Rome le Père G... n'était pas de nature à me faire espérer beaucoup de l'avenir.

« Cher Père de Sainte-Maure,

« Le Pape ne marche plus que parce qu'il est

poussé. J'ai vu le Père Ventura, qui avoue déjà

que son crédit baisse auprès du Pontife. Nous

avons eu, le 15 novembre, l'ouverture de la Con-

suite. Pie IX,' à qui les députés, en bons catholiques et en fidèles sujets, sont venus demander la bénédiction pontificale, les a reçus le front soucieux, l'air irrité, la parole sévère.

a Le mécontentement commence à percer de toutes parts. C'est déjà la marée montante. Gare au flot! Le peuple déçu est terrible... »

Suivaient des détails sur l'œuvre de la réforme au Gesûy qui ne se ralentissait pas» La lettre se terminait par cette parole :

c( Que n'êtes-vous ici? Il faudrait ne 'pas attendre que le Pape fût entraîné dans une dernière réaction pour s'appuyer sur lui. Si vous pouviez être bientôt rappelé !... »

Je me trouvai,. Ton s'en doute, dans une perplexité extrême au reçu de ces nouvelles. Ma correspondance secrète avec le Général Tavait assez intéressé à ma mission en France pour qu'il ne songeât pas à me retirer de Paris. Je lui avais transmis cette parole de Tagent révolutionnaire : « L'hiver ne se passera pas que nous n'ayons une révolution. » Le Général m^avait écrit une lettre tout à fait louangeuse, où il se félicitait de m'avoir en France pour h tenïf an courant des. événenmntB graves^ qpii se prépiaraient. Il me dlonnait ses opàlre», tn cas. de mouvement politique et du succès de la démocrafie.

<ft Faite» tùùS p^yrr flattct ks républicains. Je

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comprends que seuls ils aient de la cbance, ui jour de révolution à Paris. En cas de réussite , vous irez immédiatement voir M.**, rédacteur de VUni^ vers, qui nous est tout dévoué- Vous lui expliquerez que^ dans ces premiers essais de liberté, notre ordre et la religion elle-même ont beaucoup à gagner. Vous le déciderez à applaudir au mou-^ vement. Insistez beaucoup, et dites bien que vous lui parlez de ma part, et que nous lui en aurons une éternelle reconnaissance. 11 sait bien qu'il nous doit tout. ï>

L'agent du comité républicain ne m'avait pas trompé. Elle eut lieu, cette révolution qui a exercé sur toute l'Europe une influence si capitale. On connaît les événements de février 184^- J'étais paisible dans notre maison de la rue de Sèvres lorsque le canon tonnait, que le tocsin se faisait entendre, et que la royauté partait une seconde fois pour l'exil. Nos Pères, cette fois, triompitaient* Celui qu'ils avaient tant détesté était chassé bon* teusement. Ces événements en ébranlèrent quel* ques-uns, et j'eus le bonheur de les amener à mes idées deréforme»

Le lendemain du triomf^ de la démocratie et de la proclamation de la République à IHôtel de ViUe,. je me rendis chez M.*\ rédacteur de IUtùver Si conforménoent aux ordres du Général.

— Voilà de grands événements, lui dis-je.

— Oui, bien grands, mon révérend Père. C'est le coup de tonnerre de la Providence.

— Dieu évidemment se manifeste, et vous jugez les événements en chrétien. L'Église n'a rien à redouter de la liberté.

— Vous croyez que nous pouvons nous confier àeUe?'

— Certainement ; nous avons tout à attendre de son triomphe.

Je vis cet homme quelque peu hésitant.

— Mais, lui|dis-je, ces idées sont celles de Pie IX; il faut les soutenir.

Il me répondit :

— J'attends un peu, pour apprendre l'impression que Rome aura éprouvée de la révolution du 24 février.

— Je puis vous édifier sur les idées de notre Général. Il a la parole que nous aurons en France toute liberté pour nos maisons et pour nos collèges, si les organes du catholicisme ne font pas une opposition inopportune aux idées républicaines.

— Oh ! c'est une très-bonne espérance !

— Plus qu'une espérance, lui dis-je. Tout était négocié à l'avance; et c'est au nom de notre Général que je viens vous demander d'appuyer chaudement la République nouvellement proclamée.

Pour lever toutes les hésitations, j'eus recours

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