VUNIVERS ET LES JÉSUITES
« bespierre ou Louis Blanc. La terre natale de la « démocratie, c'est l'Eglise. »
Il s'arrêta.
— J'ai voulu , me dit-il , montrer comment le mouvement actuel se lie au sage mouvement que Pie IX lui-même a imprimé à la politique italienne.
— C'est très-bien, répondis-je. Je regrette seulement cette petite personnalité contre M. Louis Blanc.
Il me dit avec assez de brusquerie :
— Ah ! tant pis , c'est un des hommes que je n'aime pas.
Je ne voulus pas le chicaner.
— Continuez, lui dis-je.
c( Point de parti contraire au parti répubhcain ! « Point d'équivoques sur la portée de ce principe : « la meilleure des républiques , c'est la républi- « que. Il n'y a nulle autre république possible que <c celle qui a pour devise : Liberté , égalité^ f rater" « nitél Pour nous, catholiques, qui peut nous em- « pêcher d'embrasser de toute l'énergie de nos « âmes un avenir qui s'offre à nous rayonnant de « ces trois symboles ?»
Je l'interrompis encore.
— C'est parfait ! Vous scellez l'alliance de la re-
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ligion avec Ja république. Merci, vous nous ouvrez les portes de la France*
— Vous croyez que votre Général sera content?
— Comment, monsieur **? mais sans aucun doute. Vous ne pouviez rien écrire qui entrât mieux dans ses vues. La république des carbonari pourra nous faire sortir de Rome. Dans cette prévision , il est enchanté de votre république , qui nous accueillera comme des proscrits.
Il ne me répondit que par un sourire.
— Cet article va paraître immédiatement? lui dis-je.
— Vous l'aurez demain matin en premier-Paris, me dit-il. Voici maintenant celui que j'ai préparé pour qu'on soit favorabla à votre ordre dans le Gouvernement nouveau. Vous verrez que je n'y vais pas de main morte, et que je prends le taureau par les cornes. Si je faisais timidement votre apologie, on ne me lirait pas. Je vais vous poser comme la plus haute expression de l'idée révolutionnaire.
— C'est hardi, cela!
— Ecoulez plutôt. Je n'en fais pas d'autres. Il faut éblouir son lecteur. C'est par ce singulier moyen que, depuis dix ans, j'ai accoutumé mon public, les évoques comme les autres, à se courber sous ma dictature.
VUmVERS ET LES JÉSUITES 373
Et il lut ceci :
« On a osé écrire : — Le Jésuitisme, c'est la « contre-révolution. — Il faut être bien hardi pour « avancer de telles erreurs. Non, le Jésuitisme « n'est pas la contre-révolution, il est au contraire
; « LA RÉVOLUTIOlff »
Ne vous étonnez pas, mon Père; vous verrez comment je vais leur faire avaler l'affaire.
Il continua.
« La Révolution ! tell.e qu'elle a été faite depuis « dix-huit siècles par le Christianisme , dont il est « la végétation puissante. »
— Le tour est habile, me disais-je ; le Jésuite le plus retors n'eût pas trouvé aussi bien.
« Mais comment? — Le Jésuitisme, n'est-ce pas « Y absolutisme, le despotisme, le droit divin? « — Non. Il place l'origine immédiate du pouvoir « dans le peuple ; il sympathise avec les institutions « américaines; il fonde ces Réductions du Para- I « gnay, le plus brillant idéal républicain qu'il ait
« été encore donné à l'homme de réaliser. Étudiez « son organisation intime : quel merveilleux rap- « port avec la société moderne ! Tous les trois ans, « il réunit en conférence générale les députés de <( toutes les provinces où il réside ; il possède une
« Congrégation générale qui exerce le souverain « pouvoir, qui législate; il élit son général, comme « la République son président, à la majorité des « voix. Ce général est chargé de l'exécution des dé- « crets du pouvoir législatif; il ne gouverne paç a arbitrairement ; il est des cas oi^ peut être dé-' « posé! Où est donc cet antagonisme incessant « que Ton prétend introduire entre, le Jésuite et la « société moderne? Nous le cherchons, nous ne le a trouvons pas. Nous trouvons même tout Top- « posé (1). »
— Oh! monsieur ***, lui dis-je, mais je vous aime trop! Ce sont mes idées que vous venez de développer et que je voudrais voir accepter par rOrdre. C*est ainsi que nous ferions du bien dans le monde. En cessant d*entretenir le duahsme fatal entre notre ordre et les idées de liberté, en modifiant nos tendances, en nous imprégnant de Tesprit moderne, nous ferions un bien immense,' nous cesserions d'être suspects...
— Prenez garde! me dit-il. Ce que j'écris là, c'est pour le public, ce n'est pas pour vous, mes révérends Pères. Je veux qu'en me lisant, on dise en France : — Ces bons Jésuites , comme on les calomnie! Mais non pas pour que vos Pères disent : — Nous étions des absolutistes, des amis
(1) Citation textuelle, ainsi que pour les articles précédents.