‹ Le Jésuite (volume 3)Chapitre 5 sur 47 · PRATIQUE DU JÉSUITISME · texte numérisé non relu

PRATIQUE DU JÉSUITISME

— « Qu'on me donne une classe de septième au « collège, la surveillance d'un dortoir; le séjour « chez les barbares ou chez les peuples civilisés ; le « confessionnal, la chaire, les recherches studieuses, ce tout est pour le Jésuite d'une égale indifférence ; »

— n'accueillaient jamais avec murmure ce petit mot des supérieurs : — Père un tel, vous irez prêcher le Carême prochain à/. . préparez-vous. — Nul n'est fâché que tout s'arrange de manière à le faire monter sur ce tr0ne que la religion a élevé à T éloquence, dût-il y poser tant bien que mal.

Pendant le temps que je restai encore à Rome, après ma profession, le révérend Père Général, les assistants et tous les Pères du Gesù furent pour moi d'une amabilité parfaite, et ne me parlaient que comme à ijn égal , à un homme mûr. 11 y avait encore chez moi bien de la timidité, bien de l'embarras ; surtout, devant le très-révérend Père, je me sentais un inférieur, et il grandissait de toute la hauteur de sa dignité dans l'Ordre. Je ne me préoccupais pas d'avoir à lui obéir. Il pouvait m'envoyer où il voulait. Obéissant comme la paille devant le souffle, je né regrettais rien de mes volontés. Je sentais toujours en moi le pauvre novice, l'homme en qui, par calcul, on a comprimé les trop fortes aspirations, la trop puissante énergie. Je trouvais plutôt en moi mon enfance continuée artificiellement jusqu'à ma trente-quatrième an-

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née, que les libres allures de la virilité. On m*ôtait en vain du moule où j'avais été eomprimé â longtemps ; je sentais encore tout le poids de mes lisières.

H me fallut du temps pour essayer mes forces. La vie nouvelle, la liberté, cette firanche nourrice qui alimente fortement ceux qu*on lui livre, mes relations avec le monde, mes graves emplois, ÏTiabitude de la parole, finirent par effacer les dernières meurtrissures laissées sur l'âme par ces dix-sept ans de servitude. Je me trouvai homme.

Je partis pour Paris.

Je reçus de nos Pères Taccueil le plus chaleureux. Le Provincial était rempli d'égards pour moi; et je m'aperçus qu'on avait déjà habilement préparé mon succès comme prédicateur.

Je n'étais pas rentré dans cette ville, que j'aimais pourtant, sans un affreux serrement de • cœur : je ne devais plus y retrouver ma mère. Et pendant longtemps je n'eus pas le courage de passer devant l'hôtel qui avait appartenu aux Sainte-Maure.

J'étais à Paris depuis quinze jours, lorsqu'une lettre venue de Rome m*apprit la mort du comte de Flaviac. Je regrettai cet excellent homme, bien que je Teusse peu connu ; mais c'était un proteoteur pour Marguerite.

Six semaines après eet événement, madame de

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