‹ Le Jésuite (volume 3)Chapitre 44 sur 47 · RETOUR AD GESU · texte numérisé non relu

RETOUR AD GESU

— Silence! de grâce, mon maître chéri! dis-je à voix basse.

11 continua :

— Soyons, à l'heure dernière, les soldats de la vérité! Nous ne pouvons pas être au-dessous de ces héros qui gravèrent, de la pointe de leurs glaives, sur le rocher des Thermopyles, ces immortelles paroles : « Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts pour obéir à ses lois. »

D'ailleurs, que peuvent nous faire ces hommes ? S'ils en venaient à nous rejeter du Gesù, notre parole aurait contre eux un retentissement immense dans le monde. Ils ne feront pas cette faute : ils seraient vaincus.

Nous nous distribuâmes les rôles ; nous prévîmes toutes les hypothèses. La grande parole de liberté allait éclater comme la foudre, à la première séance de la Congrégation. Nous vouhons surprendre Roothaan, profiter de nos intelligences et nous servir de notre ascendant sur les autres députés, avant que le rusé vieillard eût pris le temps ou de les effrayer, ou de les gagner à la théorie réactionnaire.

Il fallait tout sauver pu tout perdre par un coup hardi.

Déjà le soleil s'inclinait dans les molles vapeurs qui dorent, vers le soir, l'horizon méditerranéen et qui ont fourni aux poëtes leurs gracieuses images.

Noufe ârânchissiona, par la pensée, l'espace que nous allions parcourir le lendemain. L'avenir était à nous, soit par un triomphe sur Télément indomptable des vieilles théories jésuitiques, £oit par une chute glorieuse qui* ferait de nous, en dehors du Ge$ù^ des martyrs de l'idée nouvelle, de hardis apôtres de Tavenir.

Nous nous Jurâmes fidélité et constance dans l'œuvre rénovatrice.

Le surlendemain nous arrivions à Civita-Yecchia, où flottaient près l'un de l'autre le drapeau français et le drapeau pontificaL Les mauvaises voitures du pays nous prirent et nous amenèrent à Rome.

Dans Tespaoedc quelques jours, tous nos Pères, députés comme nous des différentes provinces où rOrdre possède des maisons^ arrivèrent dXiGesû.

L'accueil que le Père de Montgazin et moi nous reçûmes du Général &it très-froid« Je sus même qu'il s'était oublié jusqu'à dire qu'il ne comprenait pas que les provinces de Paris et de Lyon n'eussent rien trouvé de mieux, pour les représenter a la Congrégation, que nous deux.

Je me gardai bien de rapporter à mon cher mal* tre cette parole blessante. Je ne voulais pas refroidir la sainte ardeur dont je le voyais animé.

La séance solennelle de la Congrégation arriva ^fin.

Le Père Roothaan en fit l'ouverture par un discours habile, où éclatait toute sa joie d'avoir enfin

assoupli ce Pape, adversaire d'abord peu déguisé des Jésuites, et maintenant tombé sous la main de la Compagnie, et par son échec misérable dans ses plans de réformateur politique, et par Tinfluence que venait de prendre sur lui le jeune cardinal-ministre chaudement dévoué à TOrdre. Cette pensée était voilée sous les protestations habituelles de ce dévouement au Saint-Siège, qui faisait la force et la gloire du Gesù.

Roothaan dissimulait mal que ce dévouement avait pour condition la réciprocité, et que, dès ce moment, Pie IX ayant loyalement fait abjuration de ses erreurs, ayant repoussé comme de damnables utopies les théories de conciliation de la liberté et de l'Église, mises en avant par ce pauvre Père Ventura, un de ces naïfs rêveurs comme il s'en trouve au commencement de toutes les révolutions, il était juste de se mettre dans une voie de généreux dévouement à l'égard du pontife, qui comprenait enfin qu'il n'y avait pas de plus soUdes défenseur^ de la papauté que les membres de la grande et sainte Compagnie de Jésus.

Il nous lut une lettre autographe dé Pie IX, adressée à lui Roothaan» où le Pape faisait nettement l'aveu de ses illusions premières, déplorait la voie où quelques esprits inconsidérés et ardents l'avait entraîné, et reconnaissait maintenant quels étaient ses véritables amis.

11 en vint ensuite à un exposé général de son administration depuis trois ans. Il s'appesantit sur Fépoque malheureuse qui venait d'être traversée. Il peignit, en traits vigoureux, les épreuves auxquelles la Compagnie avait été exposée dans le sein même deritalie, é|ireuves qui avaient fait ressortir la fidélité et le courage du plus grand nombre.

Mais il déplora amèrement que Tesprit d'erreur eût pu atteindre quelques âmes, au sein de la famille, jusque-là sans tache, du grand saint Ignace; et faisant une allusion très-transparente au itf cmarandum imprimé qui avait été distribué à tous les membres de la Compagnie, il dit qu'il espérait que le calme, un moment troublé par cette provocation diabolique, renaîtrait bientôt; qued'ailleurs> en vertu des pouvoirs que lui donnaient les Constitutions, il était bien décidé à ne pas faiblir et à extirper, à tout prix et jusqu'à la racine, le mal naissant par ces opinions insensées et coupables.

Il termina ^par ce mot : qu'il ne pensait pas que, parmi les hommes graves députés de l'Ordre réparti en provinces dans le monde entier, et rassemblés dans cette sainte Congrégation, il s'en trouvât un seul qui, non-seulement voulût patronner ces folies conda'mnables, mais s'oubliât même à y faire allusion.

Je ne dois pas le dissimuler, dans la position où

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