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le TÎce que certames âmes ne franchisBeiit jamab. Et je pouvais, moi qui me senlais d fort contre ^8 tentations immondes, supposer que le Père de Montgazin y avait succombé! Cette pensée seule était un crime.
Luttant entre mon estime et mon affectiim pour le Père de Montgazin et Todieuse délation que je venais d'entendre, je me perdais dans mes -douloureuses pensées. Mon imagination ne pour vait, dans les moments de doute, séparer cet homme de l'Oi*dre entier, et je voulais fuir, m'arracher à cette demeure devenue à jamais odieuse, où le vice peut se cacher sous le masque le plus attrayant
Et cette prédilection qu'il avait pour moi, j'en rougissais comme d'une honte! La veille encore, j'étais allé lui demander un conseil; il me l'avait donné avec une bonté parfaite. En me congédiant, il m'avait serré Ja main et m'avait dit: — Allez en paix, mon cher Frère.
Ce serrement de main, je me le rappelais, et il me faisait l'effet d'un fer . rouge. Mais je me rappelais aussi le regard et l'accent du Père, et je sentais s'évanouir tous mes doutes.
Je passai ainsi une heure entière.
Au moment où le tintement de la docbe s'éiait fait entendre, une pluie fine commençait à tomber; elle était devenu assez forte, mais je ne m'en apercevais pas, et ce ne fut qu'en reprenant peu à peu possessicm de moi-?ffléme, que j'aperçus
PAR l'abbé ♦♦♦ ib
laea Titements transpercés, et que j'éproavai une seoBaiîon de froid assez rive.
J'étendis 'booim»*. L'heure de la classe étai passée. I^s religieux deyaieni être à la chapelle Je me hâtai de m'y rendre. Au lieu de prendre "ma place habituelle, je me blottis dans un coini auprès de la porte d'entrée, et là, la tête dans mes deux mains, j'essayai de me recueillir et d® suivre les dernières prières qui se faisaient à hante voix; mais elles n'arrivaient à mon oreille que comme des sons vagues dont je ne saisissais pas le sens; et tout à coup je m'aperçus qu'en répondant machibalement, je prenais* un psaume pour un autre. Je sentais des frissons douloureux parcourir tout mon corps. Cette chapelle obscure, cette voix à laquelle toutes les voix répondaient, ces religieux qui se mouvaient dans l'ombre, tout cela me semblait avoir quelque ciiose de fantastique dont ma raison était troublée. C'était l'obsession d'un rêve. Les pâles reflets de la lumière de la lani^e com*aient le long des piliers et des arceaux sans les éclairer, et, dans la pénombre, je croyais voir les saints personnages des vitraux coloriés du cbceur se pencher vers nous, les uns pour nous bénir, les autres, au contraire, détournant la tête et se hâtant de disparaître.
Je me s^tais devenir fou.
Enfin la prière s'acheva. Nous nous mbnes an rang pour remonter l'escalier dulongconridor
56 LE MSGITB
«fù se. tro«Taieiit> nos ceUnles; Je ftiHYeis mes êiMK disciples, comme Fautoiiiate, nu par des ressorts^ sait les figurines de bois- demèm fesqoeiles 9 est placé. Le bruit des pas sur les dalles du yestir biiie et sur les marches de rescalier avait un re«ientissemeBt sourde effrayant; je n'açrais jamais entendu cela ; et le vent qui soufflait avec vioienee el pénétrait avec un sifflement aigu par tous lea interstices qu'il rencontrait, n'était^il pas une voix mystérieuse et menaçante qui nous criait: Mal^ beuri malheur 1
J'entrai dans ma cellule, et, sans quitter mes vétem^ts, je me jetai sur mon lit, dans une agi«tation qui ne faisait que s'accroître. Tout à oo»p les projets de délation des deux religieux contre le Père de Montgazin me revinrent à l'esprit, et je me sentis saisi de crainte, non plus pour moi, mais pour lui. Je voulais qu'il connût l'orage ^i s'amoncelait sur sa tête. Ce nouvel ordre d'idées me rendk, sinon du calme, au moins un pmi de lucidité. Je me décidai à aller trouver le Père de Montgazin.
Je sortis doucement de ma cellule; je de»cendis l'escalier qui eondinsait au corridor où se trouvent les dianbres des Pères. Comme je touebais les dernières marches, je cfm entendre an léger bruit au-dessus de ma tête, et, levant les yeux, j'aperçus un des Pères, q«, appuyé sur la raflifM d« l'escalier, me regardait descendre. 'Maljgré FobsGurttéy je reeomius le Pore RufBn. D»
là 1i pMmit trèe^ijèn «m voir entrer cbez le Père de Montgazin. Mais que mlmportait? Je eoDtinoat de descendre en faisant le moins de brail qae possible, et il me sembla entendre de nouveau ce petit ricanement sec qiie j'avais ^à aitendu quand le père RufBn disait: „ll est trèsjoli, le petit Frère de Sainte-Maure, et eeinm^ ZaebarJe, k fils de saint Carion, il est encore imberbe." Ce rire strident était peut-être une iMMifrelte ha^hieination de ihon œrreau malade; toutefois l'idée de l'odieux soupçon que ce misérable-Père pouvait concevoir sur moi me fit frémir dKndignalion. Je ne m'arrêtai pas, et, sans penser à frapper à la porte du Père, 'j'ouvris cette porte.
Le Père était à genoux. Au bruit que je fis eo entrant, il se retourna. La lumière de sa lampe tomba d'aplomb sur son visage: il était baigHé de larmes.
U vit mon air égaré, ma pâleur, ma démai^ tint chancelante; il en fut efiBrayé, et se levant, il vint à moi en me disant:
— Mon enfant, qu'avez- vous f que voulezfwmf que vous est-il arrivé?
Je le: regardai stupidement; mais, en cenfUinmV^ûeUe belle et noble figare, il me semblait que la lumière se faisait dans mon esprit Et comme il me répétait ses questions du ton le {4qs affeiQtueiix, je tombât et genouîc devant lui es 1» disants
— Je le savais bie», um^ que jûob n'éties P98 un infime 1
— Un infilinel Que voule»-fou8 dire, mon cher Sainte-Bfaure? Assurément votre esprit est égaré dans ce moment 1
-^ Oui, je crois que j'ai été fou; mais je ne le suis plus.
— Expliquez- vous, mon ami! Que signifient vos étranges paroles?
— Parles plus bas, lui dis-je, on peut nous entendre.
— Non, mon enfant, on ne peut pas nous entendre. Il n'y a personne, je pense, dans le petit vestibule de ma chambre. Vous êtes v^iu seul?
— Seul, absolument seul. Mais dans la chambre voisine... dis-je en désignant la muraille qui séparait son appartement de celui du Père SainvaL
— La muraille est trop épaisse pour laisser passer même le son de notre voix.
— Je vous dis, mon Père, qu'on peut nous voir, nous entendre.
Ma voix brève, mon agitation, ma persistance à soutenir une chose que le Père croyait impos^ sible, lui persuadèrent que j'avais un accès de folie. Il prit ma main, et dit comme en se . parlant à lui-même:
— Ce malheureux jeune homme a une fièvre ardente; et hier, ce matin encore, je l'ai vu bien portant, gai, actif, comme on Test à sob âge.
Pendairt qae le Père ternit ma main et comp^ tait les pulsations de mon pouls, je regardais fizeme&t la muraille que je lui avais désignée; et bientdt je reconnus l'endroit où le papier avait été déchiré. Alors, retirant ma main de celle ^u Père, je saisis un morceau de carton qui était sur sa table, j'allumai une bougie, je pris de la dre à cacheter, et, montant sur une chaise, je collai le carton sur la fatale ouverture. Je descendis iranquillemenl; car, par une réaction soudaine, j'avais repris du calme. Je dis au Père de Montgazin:
— Demain, pour cacher ce carton, il faudra mettre là un de vos tableaux.
Le Père était stupéfait
— Pourquoi tout cela? me dit- il enfin.
— La muraille est percée à cet endroit que je viens de couvrir. En parlant bas, on ne peut nous entendre; et nous voir est à présent impossible.
Le Père de Montgazin me parut très-épiu de cette révélation.
— Comment savez- vous cela? que signifient ka étranges paroles que vous avez prononcées? Vos vêtements sont trempés d'eau. Vous avez une fièvre ardente. Mon cher ^sfant, expliquez-vous I Comment aveac-voiis su, et vraiment j'en doute mcore, qu'os pouvait voir dans cette chambre? L'espionnage aurait-il donc ici des moyens dis
s'exavcer qui; me straient îDooniiqi «t auxquels je n'aurais pas voulu croire?
Plus je voyais, plus j'écoutais le Père ée Moattgazin, plus je sentais croître en moi te convidtiMi de son innocence. Elle ne tenais pas é^ndeoim^Eit aux paroles qu'il prononçait, mais à son accent, à sa physionomie, à ce je ne sais quoi que les natures vulgaires et gro6sik*es ne peuvent ni pos^ séder ni imiter, qu'on ne peut définir, mais qu'on sent être vrai. Il ne me restait plus aucim doute; mais comment dire ce que je savais, ce que jV^ vais entendu?
Je gardais un morpe silence.
Le Père, voyant que je pouvais à peine um soutenir, m'avait fait asseoir, et il me suppliait d'avoir confiance en lui, et de ne rien lui cacher des causes qui avaient amené l'exaltation où il me voyait.
— Écoutez, lui dis-je enfin, je voudrais pouvoir vous taire ce qui s'est passé ce soir; dans votre intérêt je dois vous le révéler. Aujourd'hui, à deux heures, le Père Ruffin est allé dïtns la chambre de son directeur; celui -ci était absent...
-*--- Eh bieHi eontinueiE, dit le Père un peu 'cmu;
-^ Le hasard, non sa volonté, lui a fak déeouvrir |e secret de l'ouveriure |)ercéê dans- le mur qui sépare votre chambre de celle de son direetour.
PAR l'aWÉ ♦** 61
— EUe esifte dMc réelieÉDest?
— Elle existe ; seulement elle éta?t recouverte avec en papier et un tableau. Le Père RufSn, et! flfrrftugeant ce tabteau . . . ayant entendu . . . ayant cru entendre...
Des gouttes de sueur perlèrent sur mon front : j'étais prêt à défaillir.
— Achevez, mon fils, achevez, dites-moi tout. Et le Père était lui-même devenu très^àle;
sa voix était tremblante.
— Eh bien! lui dis^je en précipitant mes paroles, ie Père Roffin a vu chez vous un jeune homme; au moment où il sortait de cette chambre, viNis l'avez embrassé, vous lui avez dit...
Ici je m'arrêtai encore.
Le Père de Montgazîn bondit de son siège, et debout, les yeux levés vers le ciel, il s'écria:
— Le Père Ruffin m'accuse d'un crime odieux! Et vous, le fils de mon cœur, vous avez cru à cette accusation?
— Non, je n'y ai pas cru, je n'y croirai jamais! m'écriai-je.
— Obi mon pauvre enfant, n'est^^e pas la lutte terrible qui s'est faite entre votre estimé pour moi et les insinuations jetées dans votre esprit, ^i inous a mis dans l'état où vous êtes, qui a allumé dans vos veines cette fièvre dévorante et « surexcité en vous une telle exaltabon'
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que j'ai pu craindre un instant pour votre raison? Si ta as autant souffert, mon fils, c'est parce que to m'as beaucoup aimé. Crois-tu donc que je te fais un crime de ro'avoir soupçonné un instant? Je n'en fais pas même un crime à ce misérable Père Ruffin. Les apparences l'ont abusé. Seulement, je le connais, lui ne Tiendra pas à moi me dire: — Père, j'ai vu cela: que dois-je croire?
La lettre par laquelle il doit me dénoncer serait déjà écrite, si la règle ne prescrivait pas le repos à cette heure. Cet homme, qui m'a épié, jugé, condamné, qui va me dénoncer, ne man* querait certes pas un iota de la règle; il attendra demain le temps et l'heure, et il dormira d'un sommeil tranquille, avec cette joie au cœur, que les âmes basses éprouvent en trouvant en faute ceux que la renommée a peut-être trop élevés. Pour toi, mon fils, tu as souffert, horriblement souffert; tu n'es pas de ceux qui se croient plus grands quand leurs frères et leurs maîtres leur paraissent descendre. Tu ne comprendras peutêtre jamais ces misèr^ de pareilles âmes; bien misérables en effet, puisqu'elles trouvent plus de voluptés dans le mépris et dans la haine que dans l'estime et dans l'amour.
 présent, mon enfant, j'ai besoin de me recueillir: tu sauras toute la vérité. Tu me plaindras, mon fils, car je suis malheureux, profondément malheureux. Je crois à une justice provi-
PAR l'abbé **♦ 9^
denUeUe qui ne laisse rien d'impuni, même sur cette terre. £]ie châtie pour guérir. Heureux ceux qui peuvent reconnaître le coup qui les frappe!
Ce qui s'est passé aujourd'hui, mon fils, est un châtiment de Dieu, et je l'ai mérité; car je suis coupable.
— Coupable! m'écriai-je; tous coupable!
— Oui, coupable, reprit le -Père de Montgazin, mais non pas avili. Tu l'as dit : je ne suis pas un infâme ; mais, ô mon fils bien-aimé, je ne suis pas un ange: je suis un homme!
Rentre chez toi: demain tu sauras tout Nonseulement je te confierai mes douloureux secrets, mais encore je ferai appel à ton sens droit, que l'éducation que tu as reçue n'a pas encore pu fausser. Calme-toi. Un mot, hélas 1 te dira tout dès ce soir: ce jeune homme que le Père Ruffin a vu chez moi, ce jeune homme était une femme !
— Une femme!
— Oui, une femme, la comtesse de Flaviac.
Un orateur,
Le lendemain de cette terrible soirée, j'étais sérieuseiBent malade. Quand je voulus me lever, les forces me manquèrent et je m'évanouis. La veille, mon absence de la chapelle avait élé remarquée, peut-être dénoncée; celle des exercices du matin le fut bien davantage. Le Père oeâwtre envoya dans ma chambre le Frère infirmier > et celui-ci me trouva à demi véiu et encore sans connaissance. Il n'y a pas de maison rdigieose où les soins qu'exige la santé soient prodigués avec plus de zèle et d'inteUigence que dans la nôtre. On appela le médecin: il me trouva uiie fièvre violente et me prescrivit le repos le plus absolu. Le Frère infirmier et seulement un ou deux religieux, désignés par moi, devaient entrer dans ma chambre. Je demandai le Père de Montgazin: quelques instants après il arriva, et le Frère .infirmier nous laissa seuls.
Le Père, après m'avoir questionné sur ce que j'éprouvais, s'assit auprès de mon lit, et resta plongé dans un silence rêveur que je n'osais interrompre.
Enfin, prenant la parole:
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— N'attendez pas aujourd'hui de moi, dît-il, les explications que je tous ai promises hier. Vous n'êtes pas en état de les entendre sans fatigue. Je yeux tous consacrer les heures que mes devoirs me laissent libres. Je vous soignerai comme un père .soigne un enfant chéri, et, aussitôt que TOUS aurez assez de force, je vous ferai le récit que je vous ai promis.
— Mais ils veulent vous dénoncer non-seulement au Supérieur, mais au Général à Rome.
— Ils? LePèrefiuffîn n'était donc pas seul? . — Il était seul dans la chambre de son directeur. Mais le soir, en se promenant avec les Pères Veonont et Typhon, il leur a tout raconté ; le hasard m'a fait entendre leur conversation, et j'ai compris que, depuis longtemps, ils vous espionnaient.
— Ss étaient dans leur droit, dit froidement le Père de Montgazin. Us croyaient même en cela accomplir un devoir. La délation, cette vertu des ordres monastiques, n'a-t-elle pas atteint, dans notre Société, sa plus haute perfection? Nous en avons fait, sinon une quatrième vertu théologale, au moins une des vertus cardinales.
Rien, ne saurait rendre l'accent d*amertume et de dédam avec lequel le Père de Montgazin prononça ces paroles.
Et il ajouta:
— Ne parlons plus de cela. Apprends seule-^ ment, pour ta tranquillité, que les dénonciations
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iès pères Ruffin et YertDonl arrivefront trop tard, fksMnl^eiks parties d*bier. Les Supérieurs savent déjà tout ce qu'ils doivent savoir, i'at remis ma destinée entre tes mains de Dieu, et je suis calmo. A présent, pas un mot de plus. Le médecin t'a prescrit un repos absolu. Je ne pois oublier, mon eber fils, que ta maladie a pour cause première ton attachement pour moi. Laisse-moi remplir, en te soignant, on devoir sacré de reconnaissance; et surtout éloigne de ton esprit tout oe ^ui peut le troubler et le fatiguer.
Le Père passa trois nuils au chevet de mon Ht. Et comme je m'étonnais quelquefois qu'on hii eût permis de me consacrer tant d'heures, il me répondait:
— • Ne vous occupez pas de cela ; ma position est pénible par elle-même, il est vrai; mais ni k Père supérieur, ni le Père ministre ne raanfnent d'indulgence pour moi.
Enfin la lièvre cessa. J'élais encore d'une foiblesse extrême, mais je pouvais entendre parler auprès de moi sans trop de fatigue. £t, m& jour que j'étais seul avec le Père de Montgazin, il prit une de mes mains dans les siennes et tne dit:
—^ Mon cher enfant, je suis entré dans la Compagnie, comme vous y êtes entré vous-même, avec bonheur, avec enthousiasme. Peut-être même
7 a-t-ii eit dans ma vocation plus d'exaltation que dams la vôtre ; car, malgré Tardear de votre ima^
PAR l'jmb *^ 67
gÎBiticNi et la KtiMbilité de votre ccmr« il y 4 dene votre esprk une rectitude de logique^ u» wh alinct pour démêler le rrai du faui, qui ae m'a pas été donné comme à tous. Je n'ai rien ap» pris que par Texpérieiiee. J'étais orphelin, élevé pieusement par un oncle et iiar une tanle qui me servaient de tuteurs; j'avais de graoades aspH rations vers la perfection chrétienne^ et je ne <H*oyais pas qu'im pût y arriver par un autre ehemiti que celm du cloître. J'oubliais, ou plntdt je n'avais jamais remarqué que pas un mot de l'Évangile n'indique que le Christ et ses apétree aient mis la vie cénobitique au-dessus de la vie de famille. U n'est jamais entré dans le plan du Christ, ce divin réformateur d'un culte tombant de vétusté, de former des -groupes séparés du reste du monde, mais bien de fatre de l'humanité use grande famille où tous ainwraient Dieu par» dessus toute chose et leurs frères comme euX'* mêmes. On ne voit rien de plus dans l'Évangile.
Mais, élevé par des religieux, je subissais l'in* finence du milieu où je me trouvais. Ils se ser^ virent de mes aspirations vers une perfection idéale pour m'âltirer à eux. Ils y réussirent sans peine; mon esprit et mon cœur leur, appartenaient. Je devins Jésuite. Le jour où j'entrai au noviciat, j'avais quatorze ans; et à seize ans, je prononçai les v<eux qui me liaient à la Compagnia
Mon en&ntf vous svez passé par les.épre«ve»
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du noviciat vers l'âge de dix»hiiit à vingt aas. Certes vous étiez bien jeune , trop jeune même. Mais comprenez r vous ce que ce régime de solitude absolue, d'absence de toute espèce d'étude et ces terribles exercices spirituels de saint Ignace, imposés à un enfant de quatorze ans, devaient développer d'exaltation en lui?
J'annonçai de bonne beure un talent remarquable pour la prédication. Je vous dis cela simplement, je ne veux pas faire avec vous de fausse modestie. Je suis né orateur, et dans le monde, au moment de nos orages politiques, j'aurais eu toutes les qualités qui font le tribun: l'énergie et l'enthousiasme joints à une parfaite possession de moi-méme. Ces deux qualités semblent s'exclure, et cependant je les réunissais. En suivant l'entraînement de mon cœur, je ne m'enivrais pas de ma propre parole, et je savais m'arrèter.
Dans les exercices de prédication imposés aux jeunes Frères pour les former comme prédicateurs, je subjuguais mes condisciples, quelquefois même nos maîtres. Selon que je le désirais, je les frappais de terreur ou je faisais couler leurs larmes;. je les transportais sur le Thabor, ou je portais à leurs lèvres le calice de Gethsémani. C'était en moi une puissance dont je ne me rendais pas compte; elle me dominait, elle était indépendante de ma volonté. Je n'avais point travaillé à l'acquérir, comment en aurais-je eu de
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r(»*gaeil? Cependant mes condisciples, jaloux de mes succès, m'accusaient de vanité. Mais les so^ périeurs, qui Toirat, avant tout, les intérêts de rOrdre, n'attachaient que peu d'importance aux dénonciations qui leur arrivaient contre moL Ils se contentaient de me débiter les lieux communs sur le danger de s'enorgueillir des dons de Dieu. Une fois, ce fut, je pense, pour fermer la bouche à mes détracteurs, il me fut défendu de prendre part à nos exercices oratoires pen* dant deux mois. Je n'éprouvai pas la moindre contrariété de cette défense. Le fait est que je ne me souvenais que j'étais orateur qu'au moment où je montais en chaire. Ce n'était pas un art que je possédais, c'était un instinct qui s'éveillait à un moment donné et que je ne pouvais analyser ensuite. Quelquefois on me demandait des conseils. Il m'était impossible d'en formuler. Je ne comprenais rien aux règles de Fart oratoire ; je ne pouvais en faire l'application, et qaand je me trouvais d'accord avec elles, c'est que l'inspiration l'avait ainsi voulu.
J'éprouvais une vive contrariété en me soumettant à la règle qui veut que les élèves com-* posent leurs discours et les apprennent par cœur« Je puis dire que tous ceux que j'ai couchés sur le papier étaient d'une médiocrité désespérante. Je ne rendais pas ma pensée; mon âme n'anî* maît pas ces froides lignes, et l'inspiration était déjà bien loin, quand la plume avait à peine tracé