PAR U
à mss yf«x , sur Ve$prit jéstriticpie si TiT6tiie«l attaqué; et il me semblait que moi-iiiéiiie, à force de détouement et d'amour ponr mon ordre, je trouTerais des accents à entraîner le monde en-* tivr Ters nous, et à atténuer les cocips qui nous étaient portés.
Je fus , à partir de ce jour , dans one shngu- Uère disposition par rapport à tna chère Conn pagnie de Jésus. Qu'on se figure un mati pas^ sionnémefit épris de sa feirnne, et, sur quelques paroles d'un ami imprudent, devenant tout k coup jaloux dVUe. Plus il aimerait cette femme, plus sa jalousie inquiAe s'accroîtrait sur les moindres indices. I) reprendrait par la pensée les actes de toute cette vie féminine, les scruterait avec. minutie, se demanderait ce que signifiait teile visite, tella démarche, ce que pouvait être telle correspondance en apparence entretenue avec des amies! Ifi^et de Favenir, ses regards seraient ceux da lynx sur les moindres mouvements de son épouse ; et, haiMle à devancer son malhenr, il ne négligerait rien pour arriver à one certitude qui, pour- . tant, ferait son profond désespoir.
Tel j'étais maénlenant par rapport k la Com** pagoie.
Fallaît-il reconnaître que je m'étais trompé? qiia mon idéal n'était qu'on jeo d'imagination? qwe l'Ordre était ce que sont toutes lee institua tioBS do ce mon^e, une combinaison de moyens humains, plus on moins habiles, pour atteindre
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OD but de prospérité humaine? que les Jésuites étaient des religieux, comme le CatboHcisme en a de toutes couleurs et de toutes formes, regardant toujours leur ordre comme la perfection ici-bas, et cherchant à faire primer cet ordre sur la catholicité tout entière?
Avec une nature telle que la mienne, d'abord si naïvement confiante, puis devenue défiante méthodiquement, par le fait même de mes escrimes de dialectique, la position devenait pénible.
Quoi! j'aurais été un innocent que sa mère, pour lui éviter les dangers du monde, aurait séquestré dans un collège de Jésuites! Là j'aurais admiré l'amabilité, le dévouement des bons Pères! Entraîné par cette admiration juvénile, je serais tombé dans le piège de ces hommes habiles! J'aurais fait ensuite un noviciat oà rien du dehors ne serait venu jusqu'à moi, où les relations des profès, des vieux Jésuites, ne pouvaient rien me dévoiler de l'Ordre, où je ne le connaîtrais, cet Ordre mystérieux, objet de terreur pour tous mes contemporains, que devenu profès moi-même! J'aurais fait des études où tous les livres qui pouvaient me mettre loyalement à même de discuter le pour et le contre, sur la valeur de son action au sein de la société moderne, m'auraient été sévèrement enlevés, réservés pour le jour où il serait trop tard, et où un engagement solennel, de grands vœux m'enchaîneraient à lui!
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Tout cela était possible !
0 pauvre logicien SaÎDte-Maure! quelle torture venait le saisir!
Dès ce joui*, par instinct, malgré moi, comme pressé par une voix intérieure qui me disait sans cesse: Examine bien! Sache tout! je me mis à ma tâche douloureuse, l'exaroeh défiant de ce que j'aimais plus que tout au monde, de ce que j'avais aimé plus qu'une mère.
Je le pris, ce 'livre fatal Des Jésuites; je le cachai pour le lire, le relire dix fois, tantôt pour me ralfermir dans mes défiances, tantôt pour essayer si, luttant contre lui, je n'arriverais pas à lui dire: Calomniateur et sophiste, tu m'as ébranlé un moment, mais je t'ai vaincu!
Le Père Eoffîn à Paris.
Mon cours de régence était terminé. On m'envoya à Paris, pour y commencer mes études théologiques*
Je partis avec ma mère et Marguerite. J'a* vais alors trente ans.
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Pendant le.tempa de m» réfgieace, je d« reçus que rarement dea nouvelles du Père de Biontgazîn. On ne me permettait pas toujours de lui écrire; et puis, quand une correspondance passe sous les yeux d'un tiers, elle perd tout son charme; il fallait nous renfermer dans des banalités. D'un autre côté, en raison de mes habitudes d'obéissance passive, je me conformai strictement à Tordre, qu'il m'avait donné lui-même, de ne jamais prononcer dans mes lettres le nom de madame de Flaviac. Il m'en coûta extrêmement de ne pas lui parler de Marguerite; mais ma soumission aux volontés du Père de Montgazin fut telle que, lorsque je partis pour Psrris, je ne savais pas encore s'il connaissait l'existence de cette chère enfant
Quand je quittai Brugelette, la crise dont je viens de faire le récit, avait atteint son paroxysme. J'espérais que le changement de lieu^ mes études nouvelles seraient une puissante diversion et que le calme arriverait enfin dans mon âme.
Ma mère m'avait fait un véritable sacrifice, lorsqu'elle était allée s'établir en Belgique, pendant mon cours de régence. Elle reprit possession de Bon hôtel de Sainte-Maure, dans la rue de Varennes, avec un vrai plaisir. Elle était là dans le milieu où elle avait toujours vécu; elle retrouvait ses conoaissances, ses amis intimes. C'était son véritable élément
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A I^nt, je tte f oums p1ut> oomoM à firugelelte, QbmMr des \eçmM à Margaerhe. Use aeate IbÎB dans la senaiiiê, j'arvais «jttelqnes èeures à on disposition, et je les consacrais à ma mère et à ma ^ère i^etfte éîève. Ma nère lui éonsa «ne instituÉrice. MadMne «de Fiariac, sachant que inh» re» f?«iiiom à Paris, avait écrit à tm de «os iPèreB, dont les idées «outes fioriées vers fo myslicisme lui inspiraient une grande oonfiance, pourle()ri6r de diriger ma mère dans le choix de cette instp-. tutrice. En «effet, ie révérend Père en présenta une en disant <pi'il «royait que nulle autre ne pouvait mieux répondre .a«x vues de la digne corn* liease de Flaviac, qui désirait avant tout que Mar* {guérite Ui une ferv-ente catholique et une fille dévouée de la sainte Viei^.
Ma mère n'avait pas oublié te voeu de madame de ilaviac; elle vit dans Tiiitervention d« Jésuite «ne oenjuration contre la liberté de Marguerite, et la femme qu'on voulait mettre auprès d'elle avait ^iis doute ses tiistnietions. Cette pensée déter* enoa ma mère à refuser la personne qui lui était «•ieite ; elle répendit au Père que son «hoix était fait, e^ qu'eMe était sûre «qu'il aurait l'approbatiaft de la comtesse de Raviac.
Le Jésuite «Insista pas. On ne discute qpas ka crréts d'une grande daine comme ceux d'une iemsie de la dasse moyenne; et ilfalkit bien dire qu'on a^en rappontait à ta prudence de la pieuse mar* quiw de SaiiieHMauna.
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Ha mère avait fait un excellent choix, et les progrès de Marguerite, que je ne pouvais plus constater qu'une seule fois par semaine, étaient rapides.
Une année s'écoula calme et paisible, troublée seulement par les peines d'esprit dont j'ai parlé xdans les pages précédentes. Ma mère croyait, ainsi que moi, que je finirais mes études théologiques à Paris, et que j'y serais ordonné prêtre. Le Pro- .vincial, qui la flattait beaucoup, surtout, je crois, parce que, veuve et riche, elle pouvait disposer librement de ses revenus, lui avait assuré que la volonté de mes supérieurs était que je restasse à Paris jusqu'après mon ordination, et qu'il était plus que probable que j'y reviendrais aussitôt ma dernière probation terminée.
Une de mes plus grandes contrariétés, pour ne rien dire de plus, fut de voir arriver à Paris^ très-peu de temps après moi, le Père Ruffin. U venait d'être promu, de son titre de profès des trois vœux, à celui de profès des quatre vœux; et, bien que ses talents fussent médiocres, il était devenu , dans l'Ordre , un personnage important. On l'avait envoyé à Paris, avec la mission d'espionner ce qui se passait dans nos maisons. On se défie toujours un peu, à Rome, des Jésuites français; ils sont plus difficiles que les autres à dépouiller de leur nationalité; et les grands principes de 89 déteignent toujours quelque peu sur eux. Le Père Ruffm devait surtout. constater le
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degré d'drdeur qne chacun de nos Pères apportait dans la lutte qui s'était engagée au sujet de la H-^ berté de l'enseignement.
tjuelques-uns ne pouvaient s'empêcher de hlâ* mer l'exagération et la mauvaise foi avec lesquelles on défendait une cause juste dans son principe, celle de la liberté. Le Père de Rav . . . était un de ceux-là. Le Père Ruffin avait organisé une petite manifestation contre MM. Michelet et Quinet. De jeunes catholiques, tout fraîchement sortis des collèges de Brugelette ou du Passage, avaient promis de faire du bruit pendant les cours des professeurs anti - jésuites. Le Père de Rav... fit échouer cette petite conjuration; mais il fut dénoncé à Rome, et pour cet acte de prudence, et pour avoir qualifié sévèrement un ignoble pamphlet qu'un de nos Pères, sous le voile de l'anonyme, avait publié avec ce titre: Le Monopole wniversitaire destructeur de la religion et des loi8{^). Le Père Général tança vertement le Père de Rav... pour avoir osé dire que la position créée par ce livre était un malheur immense, et pour en avoir blâmé les formes injurieuses.
Le Père de Rav . . . , nature impressionnable, s'il en fut, souffrait beaucoup de cette guerre sourde et continuelle que lui faisait le Père Ruffin. J'ai
(') Un chanoine de Lyon assnmma pins tard la resjoBsaljUîté du Monopole universitaire^ et 11 mit son iMU à ce Uvr« sorti de l'offieiue dee Jtoitee.
&$ LE «ÉBUTflE
n par Jui-inètiie^u'jl en eoiin«i68aU perâiteoieiii
l'^ulieiir. Quant à moi, je œ'apereevaÎB bien <fue le Père Ruffin haïssait autant le frère de Sainte- Hfaurey que si sou influence avait pu contrebalancer la sienne. Je crois que mon plus grand grief à ses jeux était celui d'éti'« l'ami du Père de Montgazin, et j'eus tout lieu de m'apercevoir que, &'il avait mission, ou s'il se la donnait à lui-même, d'e£i)ionner les soramités de l'Ordre, il ne dédaignait pas d'étendre ses investigations jusqu'aux derniers dans la Compagnie.
Quelques mois après l'arrivée du Père Buffin, j'éprouvai une nouvelle contrariété: une leU,re de madame de Flaviac annonçait son arrivée à Paris.
Chose singulière! Marguerite s'était passionnée pour cette mère qu'elle n'avait jamais vue. £lle en parlait sans cesse, et ma mère, tout naturellement, cherchait à fortifier, dans le cœur de l'enfant, celte disposition d'amour filial
lia comtesse arriva av^ non mari; ils ne de-^ valent rester que deux mois à Paris et ils descendirent à l'hôtel de Sainte-Maure. J'avoue que j'étais assez curieux d'assister à la première entrevue de madame de Flaviac et de sa fille. Le hasard me servit; je me trouvai chez ma mère au moment où le comte et la comtesse arrivèrent.
Ma mère avait paré Marguerite avec beaucoup de soin. EUe h pr«s€tfita Umi émue » toute treBh
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Uante à sa mère. Celle-ci, avant même de lui* donner un baiser maternel, jeta sur elle un regard profond. Je la vis tressaillir. Il est certain que jamais la ressen^ïlance de Marguerite avec mon ami ne m'avait paru plus frappante que ce jour-là. Madame de Flaviac se remit in* stantanément de son trouble, et seul j'avais pu le remarquer. Elle embrassa sa fille avec beaucoup de tendresse apparente. Celle de M. de Flaviac me parut bien plus réelle ; il couvrit l'enfant de baisers; il serrait les mains de sa femme, il remerciait ma mère, il était fou de joie. Et je ne pouvais m'empêcher de penser que ce qui se passait là, sous mes yeux, donnait un éclatant démenti à ceux qui croient aux manifestations infaillibles de la voix du sang, surtout quand j'entendais le comte de Flaviac répéter, de l'air du monde le plus satisfait: *
— Marguerite me ressemble beaucoup plus qu'elle ne ressemble à sa mère; elle est blonde comme moi.
Je surpris un sourire de madame de Flaviac; ce sourire était ironique. Je crois qu'au fond du cœur, la comtesse méprisait cet homme pour la fol sans limites qu'il avait en elle; elle en trouvait trop facile à tromper. L'étrange femme aimait la lutte, les obstacles, et dédaignait la vie facile et heureuse que la Providence lui avait faite.