PAR L
tâefae coiiMK aurait fait l'humble ouré ayant charge (Famés de quelques pauvres villageoisi J'oubliai lous' les beaux procédés de perfeetiod enseignés dans nos livres mystiques et dans nos retraites. Et j'eus la paix. Imitez moi!
Adieu, mon bon petit Père, je vais foire mm sieste^ Je garde pieusement ce dernier reste d'huile qui se trouve au fond de ma lampe, ei j'attends avec calme de paraître devant Dieu, qui est si bon.
Le vieillard me quitta, et je dois dire qm> cette conformité singulière d'appréciations, sur lesquelles je m'étais fait de si grands tourments de conscience, servit immensément à me remettre dans le calme.
Ainsi finit la période la plus violente de la crise.
J'eus une convalescence spirituelle assez longue. On n'est pas soumis à des secousses aussi terribles sans que toutes les forces morales ne subissent de vives atteintes. Dieu sans doute eut pitié de son enfant; mes craintes les plus vives s'étaient calmées. Après tout, si j'avais été coupable^ même bien coupable, j'en avais fait l'aveu sincère.
Cela me suffit pour le moment Je trouvai le remède dans ces mêmes pensées religieuses que j'avais exagérées, et où j'avais trouvé mes tortures.
Peu à peu l'intelligence, qui avait été absents^ de mon cerveau vîie, se remit à sa place et m**
devint reine. Je pus suivre, pour compléter mon année de probation, les fameux exercices de saint Ignace, et croire que la purgative, PiUuminative et Vunùive de notre glorieux Père sentaient un peu trop les catégories d'Aristote et pas assez les larges données de l'Évangile, sans penser pour cela commettre une faute mortelle. La tempête se dissipa; d'autres sentiments vinrent faire une diversion aux obsessions fatigantes qui avaient manqué engloutir ma faible raison dans un dernier naufrage. Je fus appelé à prononcer mes grands vœux, à être profès.
Pratique du jésuitisme.
Lorsque j'étais entré dans le sacerdoce, le titre de Père de Sainte-Maure avait remplacé celui de Frère, que les Jésuites portent tant qu'ils ne sont pas dans les ordres sacrés. Mais je n'en étais pas moins dans une position inférieure. A partir du jour de ma profession, tout changea autour de moi. J'étais définitivement Père Jésuite. Je fus, dès ce moment, traité d'égal à égal, et je pus jouir d'une plus grande lAerté.
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On le devine, sans peine, le premier usage que je fis de cette liberté fut d'aller voir Marguerite. Elle avait alors près de douze ans. Ce n'était plus une enfant, ce n'était pas encore une adolescente; elle était dans son âge de transition. Elle avait beaucoup grandi, et cette croissance trop rapide l'avait fatiguée; son teint était pâle, son sourire était doux et triste, et, sur ses beaux traits, on voyait la trace d'une souffrance secrète. Marguerite n'était pas heureuse! Je m'a* perçus de la contrainte qu'elle s'imposait pour ne pas manifester sa joie en me revoyant. Son premier mouvement avait été d'accourir vers moi et de se jeter, comme autrefois, dans mes bras. Un regard sévère de la comtesse la retint, et moimême je compris qu'une année avait suffi pour changer ma tendre familiarité avec l'enfant,, en la délicate réserve que je devais m'im poser avec la jeune fille. Cela me fît éprouver une tristesse que je qualifiai de puérilité. Mais je ne pouvais m'empêcher de regretter le temps où Marguerite me tutoyait, et où, la tenant sur mes genoux, je jouais, comme un enfant que j'étais moi-même, avec les boucles de sa belle chevelure blonde et je lui assurais, ce qui la faisait rire aux éclats, chose bien rare chez elle, que j'allais manger ses jolies petites mains à forcé de les baiser. Belles années de son enfance et de ma jeunesse, avec quelle rapidité vous étiez- vous écoulées! Un nouvel avenir s'ouvrait pour Marguerite et pour moi.
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SUe entrait dans la jeunesse, moi dans }'ége mûr. Quel serait cet avenir?
Le Tienx marquis de Fla\iii»c me parut trèsaffaissé. Toutefois ses facultés intellectuelles n'étaient pas altérées. Il était toujours idolâtre de Marguerite; mais, un jour que nous étions seuls, ii se plaignit de son neyeu; celuin^i n'était pas ee qu'il désirait qu'il fût
— Cependant, ajoutait-il, tout es^ir n'est pas perdu; il aime l'étude. Le Père Ruffîn, qui, à la vérité, est pour lui d'une faiblesse extrême, m'assure, qu'il fait des progrès dans les sciences. Plus tard il épousera sa cousine; et auprès de cet aiige qu'il aime déjà, mais qu'il ne peut encore aimer que comme on aime une enfant, ii se convertira, je l'espère. Mon cher Sainte-Maure, continua le vieillard, l'éducation première de Gustave a été bien mauvaise. Son père n'avait pas de religion. Ah! s'il eût voulu me croire, s'il eût voulu confier son fils aux bons Pères! Quelle difiërence!
Au reste, j'ai plus d'un sujet de peine. Ma belle-fille s'est jetée dans la plus haute dévoUon. Elle regrette à présent de n'avoir pas suivi le penchant qui, dit-elle, la poussait dans sa jeunesse vers le cloître: elle cherche à se persuader que Marguerite a la vocation religieuse, et elle voudrait le persuader à cette enfant J'ai été averti de cela par le Père Ruffin.
— Par le Père Ruffin? dis-je un peu sur-
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pris; il ne croit donc pas, loi, à la Tocation cte Marguerite?
>•*- Pas le moins du monde. H est tout à fait dans mes idées. Bien qu'il soit, vous le savez, d'une naissance très-obscure, les Ruffin, je crois, dit le marquis, avec un dédaigneux mouvement de lèvres, n'appartiennent même pas à cette bourgeoisie qui a la prétention de s'égaler à nous. Son grand-pere et son père étaient quelque chose comme des ouvriers ou des marchands au détail, de petites gens, comme on disait de mon temps. Mais, dans votre Compagnie, on apprend à connaître les besoins de la société. On doit y maintenir ce qui reste de la hiérarchie sociale que les révolutionnaires ont voulu détruire. Et pour cela il faut que les grandes familles ne s'éteignent pas. Et voilà pourquoi le Père Ruffin a compris qu'un mariage entre ma chère petite fille et mon endiablé de neveu qui, je l'espère, deviendra sage, est une chose nécessaire. Au reste, et j'ai suivi en cela le conseil du Père Ruffin, j'ai vendu tout ce qui me restait de propriétés; ma fortune est en portefeuille. Je me plais à Rome, et je veux y mourir. J'ai dit clairement à ma bellefille que, si Marguerite se faisait religieuse, je donnerais toute ma fortune à mon neveu. Après tout, c'est un Flaviac, et le nom se perpétuera par lui. Mais j'ai dit aussi à M. le baron Gustave que, s'il faisait de nouvelles folies , il n'aurait jamais un sou de moi. Et de cette manière-là, dit
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le vieux marquis en se frottant les mains, je les tiens tous les deux.
— Mais vous avez aussi, lui dis-je, l'appui de M. le comte de Flaviac.
— Faible appui, mon cher Père; mon fils est dominé par sa femme. Absorbé qu'il est par les soucis de la politique, il s'occupe fort peu de ce qui se passe chez lui; et, bien qu'il aime beaucoup sa fille, il la laisserait sacrifier. Non, non, mon appui, c'est le Père Ruffin!
Cette conversation me donna beaucoup à réfléchir. Je me défiais du rôle que le Père Ruffin jouait dans l'intérieur de cette famille. Je l'avais vu, à Paris, dans une grande intimité avec la comtesse de Flaviac, pendant les deux mois qu'elle était restée chez ma mère. A Rome, cette intimité était toujours la même. La comtesse me paraissait être tout à fait sous sa direction; et cependant le marquis le croyait plus dans ses intérêts que dans ceux de sa beUe-fille. Tout cela était étrange!
Quant au jeune baron, cette année, que j'avais passée sans le voir, avait aussi amené en lui de grands changements; sa santé s'était encore fortifiée, et il était vrai que le Père Ruffin lui avait inspiré un goût sérieux pour l'étude. Mais son étourderie, son amour pour le plaisir étaient les mêmes. Il se plaisait médiocrement à Rome.
— Que faire dans une ville, me disait-il, où les théâtres, sous le prétexte que l'on est dans
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TA vent, dans le Carême, etc., sont presque toujours fermés? Ma foi, ajoutait-ii en riant, il faut bien passer ses soirées et un peu de ses nuits à jouer ou à toute autre chose. Et depuis un an que je ne vous ai vu, j'ai fait plus de dettes que je nç devais m'en permettre avec le mince patrimoine que mon père m'a laissé. Je ne sais comment cela se fait, mais mon oncle finit toujours par apprendre mes folies de jeune homme. Je crois que ma cousine me fait espionner; elle me hait avec cette ardeur que les dévotes seules savent mettre dans la haine. Quoi qu'il en soit, après chaque équipée de ma part, mon grandoncle fait demander le Père Buftin, et il se plaint à lui de son coquin de neveu. Le plus souvent le Père lui fait entendre raison; mais, lorsque le cas est grave et que je suis appelé à comparaître moi-même devant mon juge, le Père Ruffin me dit tout has de quoi il s'agit, et je sais alors •ce que je dois répondre.
Vraiment, continuait le baron, je n'aurais jamais cru pouvoir aimer autant les Jésuites. Je vous prenais tous pour des esprits moroses, dominateurs; mais il n'en est pas ainsi. Vous, je vous connais par Marguerite, je sais combien vous êtes bon, loyal, généreux; et quant au Père Ruffin, dont je me défiais d'abord, car je lui trouvais un singulier regard, je vois à présent combien j'étais injuste. S'il n'avait pas calmé vingt fois l'irritation de mon cher oncle, qui s'in-
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jde oe (pie je ne suis pas un petit sakt, après avoir eu, le Père Ruffin me Va dk lui<-méme, une jeunesse bien autrement orageuse que la mi^me, il y a longtemps que le respectable vieiK lard m'aurait -dit: — Touchez là, mon neveu, vous n'aurez jamais ma pettle-fille. — Et,. cette sentence, qui serait son appel, me rendrait trèsmalheureux. Je ne suis pas amoureux d'une enfant de douze ans; mais cette enfant, on comprend tout ce qu'elle sera un jour, et, dans qjuatre ou cinq ans, j'en serai amoureux fou. Je la vois dans l'avenir, et cette douce image a été pour moi le préservatif de bien des folies. Et sa mère qui veut en faire une religieuse! Conçoilr on cela? Je vous assure qu'elle est jalouse de sa fille. Elle prévoit le moment où il faudrait h produire dans le monde, éclatante de béante et de fraîcheur; et pour éviter les comparaisons, elle veut la mettre au couvent. Heureusement le Père Ruffin est là, et il possède assez d'empire sur la comtesse pour la faire, en temps et Ûeu, changer d'avis.
11 résulta pour moi de cette conversation que le Père Ruffin possédait la confiance de tout le monde, sauf pourtant celle de Marguerite, qui éprouvait pour lui un éloignement invincible. Je croyais à la clairvoyance de l'enfaînt; mais que pouvais-je faire? Il ne m'était pas possible de donner les raisons sérieuses de mes préventions contre le
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i^ère Ruffia ; mais j'étais €o»?ain€U qu'il était un hypocrite.
Un mois après ma profession, je reçus l'ordre Àe partir pour Paris.
Avec ia théorie de l'indifférence proposée comme l'idéal dans les livres ascétiques des Jésuites, lis n'en ont pas moins le bon sens d'étudier les aptitudes capitales des sujets qu'ils forment; et, sans s'embarrasser si la pratique de leur ordre est la négation permanente de ces belles règles métaphysiques qui doivent les gouverner, ils ne. font pas la maladresse de proposer pour leurs grandes chaires en Paris jeurs sujets médiocres, leurs plus lourds dissertateurs, et de confier l'enseignement des mathématiques à ceux de leurs Pères dont ia science se borne à distinguer un parallélogramme d'un carré. La petite indiscrétion du vieux Père Mazzonelli m'avait appris qu'on me destinait à la chaire ; et ce serait à Paris, dans ia ville qui distribue la gloire, qu'on ferait ma renommée d'orateur. Je pouvais compter, pour cela, sur l'habileté reconnue de mes confrères. Cela m'occapa peu ; mais je ressentis un véritable plaisir à penser que je suivrais une carrière selon mes goûts, celle dans laquelle, comme la plus brillante de toutes, nos Pères se jettent avec fureur. Je compris plus tard que ces petits saints, si bien détachés des choses de ce monde, si bien prêts, placés qu'ils sont dans les deux plateaux de la balance, à dire avec le Père de Ravignan:
• — „Qu'on me donne une classe de septième an collège, la surveillance d'un dortoir ; le séjour chez les barbares ou chez les peuples civilisés; le confessionnal, la chaire, les recherches studieuses, tout est pour le Jésuite d'une égale indifférence-/
— n'accueillaient jamais avec murmure ce petit mot des supérieurs: — Père un tel, vous irez prêcher le Carême prochain à... préparez- vous.
— Nul n'est fâché que tout s'arrange de manière à le faire monter sur ce trône que la religion a élevé à l'éloquence, dùt-il y poser tant bien que mal.
Pendant le temps que je restai encore à Rome, après ma profession, le révérend Père Général, les assistants et tous les Pères du Gesii furent pour moi d'une amabilité parfaite, et ne me parlaient que comme à un égal, à un homme mûr. Il y avait encore chez moi bien de la timidité, bien de l'embarras; surtout, devant le très-révérend Père, je me sentais un inférieur, et il grandissait de toute la hauteur de sa dignité dans l'Ordre. Je ne me préoccupais pas d'avoir à lui obéir. Il pouvait m'envoyer où il voulait Obéissant comme la paille devant le soufQe, je ne regrettais rien de mes volontés. Je sentais toujours en moi le pauvre novice, l'homme en qui, par calcul, on a comprimé les trop fortes aspirations, la trop puissante énergie. Je trouvais plutôt en moi mon enfance continuée artificiellement jusqu'à ma trente-quatrième année, que les libres allures de la virÛité.
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On m'ôtait en vain du moule oùj'avaÎ8 été comprimé si longtemps ; je sentais encore tout le poids de mes lisières.
11 me fallut du temps pour essayer mes forces. La vie nouvelle, la liberté, cette franche nourrice qui alimente fortement ceux qu'on lui ii* vre, mes relations avec le monde, mes graves emplois, Thabitude de la parole, finirent par effacer les dernières meurtrissures laissées sur l'âme par ces dix-sept ans de servitude. Je me trouvai homme.
Je partis pour Paris.
Je reçus de nos Pères l'accueil le plus chaleureux. Le Provincial était rempli d'égards pour moi; et je m'aperçus qu'on avait déjà habilement préparé mon succès comme prédicateur.
Je n'étais pas rentré dans cette ville, que j'aimais pourtant, sans un affreux serrement de cœur: je ne devais plus y retrouver ma mère. Et pendant longtemps je n'eus pas le courage de passer devant l'hôtel qui avait appartenu aux Sainte- Maure.
J'étais à Paris depuis quinze jours, lorsqu'une lettre venue de Rome m'apprit la mort du comte de Flaviac. Je regrettai cet excellent homme, bien que je l'eusse peu connu ; mais c'était un protecteur pour Marguerite.
Six semaines après cet événement, madame de Flaviac revint à Paris avec sa fille. Je me présentai à son hôtel aussitôt que j'eus appris son ar-
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rivée« Je ne ns pas liarguerite: sa* mère Favail déjà placée au Sacré-Cœur.
Je fus peu surpris de cette mesure, et je dirai plusv je ne regreitai pas que madame de Flaviae Teût prise. Je pensais que Marguerite serait peut-être mieux au couvent qu'auprès d'une mère qui ne l'aimait pas. D'aiUeurs en ma qualité ée Père Jésuite, les portes du Sacré-Cceur m'étaient ouvertes. Je pourrais voir là Marguerite, bien plus librement qu'en présence de sa mère.
Je préchai le Carême et l'Avent à Paris, et j'aurais peut-être éprouvé quelque orgueil de mes succès d'orateur, si je n'avais pas su avec quels procédés de charlatanisme on l'avait préparé. J'ai vu réusâr de la sorte des orateurs si médiocres!
11 y avait à peine un an que j'étais à Paris que je reçus l'ordre de retourner à Rome.
Je partis immédiatement
En arrivant à Rome, le Père Général me dit que par une faveur tout exceptionnelle, j'étais admis au rang de profès des quatre vœux. Et afNrés une retraite de dix jours, pendant laquelle je refis les exercices de s»nt Ignace, j'agoutaT à mes trois vœux celui d'obéissance au Souveraka PoDtife.
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