‹ Le jésuiteChapitre 29 sur 32 · LE 1B»(J1T · texte numérisé non relu

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déjà en France: „Nous avons un Pape révolutionnaire,"

C'était tout bonnement une calomnie. Pie IX avait compris les dangers du système de compression qui faisait toute la science gouvernementale du ministre Lambruschini , sous le plus nul des rois-pontifes qu'eussent eus les Romains, Grégoire XVI. Sa raison, sa bonté naturelle, lui diiBaâent que «e système violent cadrait mal avec l'idée d'une royauté patriarcale, telle q^'on se figure généralement celle des Papes. C'était là, à peu près, tout son libéralisme. Quant à des plans de réforme sérieuse, quant à des idées politiques d'une certaine hauteur, rien de tout cela n'était entré dans l'intelligence noble et droite du bon év<éque d'Imoia, dont la vie entière était absorbée par ces hautes œuvres de charité qui sont la grande tâche épiscopale, mais ne supposent guère qu'on fasse l'apprentissage du difficile métier d'èire le dnef d'un État et de porter le sceptre. Plus l'Évéque était Évéque, c'est--à*dire ua saint, moins il était taillé pour être le roi de la Rone moderne, dont la tâche évidente, au moment où «'éteignait le moioe à la politique obtuse et vioikote, appdé Maur Capellari, était de reprendre ihautemeot le drapeau guelfe, le drapeau de la nationalité iitaiienae.

Les Italiens compirireDt eda dès le premier jour; ils avaient un .saint Pape et ili avaient Jiesoin «l'un Pdipe jiolkiqne» alil ast posatUe Ai {«hi-

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«ère 060 mots sans que l'un hurle 4n>p af«c l'antre.

Comment faire?

Cette grande question fut posée tout de suite dans les sociétés secrètes qui dirigèrent si habilement la révolution italienne.

Je me trouYai à la réunion de Saint^Jean-de- Latran le jour où l'on se demanda la conduite qu'il fallait tenir avec le nouveau Pontife-Aoi.

Le Père Ventura, qui était l'âme de ce comité, prit la parole et exposa un systèB»e ingénieux de pression politique à exercer sur Pie IX. Il savait que la faiblesse de caractère de Mastaî était au moins égaie aux sentiments généreux de fion cœ»r. Ceux-ci devaient le porter spontanément vers une politique large, qui ferait du peuple romain un peupde libre' et le relèverait de «on abaissement. Mais la faiblesse, à la première difficulté, pouvait tout compromettre. Il y aurait «ne f^éaclioR violente; si elle s'emparait de l'esprit du Souverain 'Pontife, tout serait perdu, il abdiquerait entre ses mains. Il fallait prévoir cela. Le Père Ventura exposa son système, qu'il appelait Vagit(izione amorosa. Le mot dit la chose: il fallait tant prouver de dévouement et d'amour à ce nouveau souverain qu'il se laissât entraîner flur le terrain des réformes. Du reste, le Fèce Ventnra et le conûté arîstoeratique n'étaienl pas «ngeasts, et Pie fX, s'il p^ avait .en k Roneiitte

des sujets de cet ordre à gouverner, se serak peu avancé en complétant tout leur programme. , Le comité des carbonari 8*était posé la même question, et, comme s'il eût connu le mot du Père Ventura, entraîné par le même instinct et par la même intelligence de la situation, il organisa avec une habileté extrême ce qu'on appela la Conjuration des ovations. Il fut décidé que, dans toute l'Europe, le journalisme libéral acclamerait le nouveau Pape, qu'on le déclarerait le sauveur de Rome et de l'Italie, le restaurateur de la liberté; qu'il serait appelé le Grand, comme on l'avait fait de Louis XIV et de Napoléon; que son buste serait envoyé dans le monde entier comme l'objet de la vénération universelle, et que son arrivée au pontificat serait déclarée, par toutes les bouches, le grand événement du siècle.

Tout cela était habile. Et, avant quelques semaines, ces ovations de la presse vinrent répondre aux ovations populaires dont Pie IX était accablé. Le fameux Cicirruacchio, si influent dans le Transtevère, le véritable Gracchus du quart d'heure, se chargea de se mettre à la tête de ces ovations; et il faut dire qu'il remplit sa tâche avec cet entrain qui passionne les masses.

On sait ce que fit Pie IX. La presse fut aussitôt placée sous une espèce de liberté qu'on ne connaissait pas à Rome. Et, dans un temps de révolution , le journal devient le> grand propagateur des idées. Le Pape annonça des réformes

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administratives; jl donna des audiences publiques où il se montra très-populaire ; il envoya des prélats parcourir les États de l'Église pour s'informer des griefs des populations. Il promit une consulte d'État, espèce de conseil dont il s'entourerait.

Pendant ces premiers mois, qu'on appellerait presque la lune de miel de la papauté libérale, le peuple romain, si expansif, si aisément ouvert aux sentiments généreux, était dans le délire de l'enthousiasme 'et de la joie.

L'Europe s'émut de cette bouffée de liberté, soufflant du Vatican et agitant l'Italie jusque dans ses profondeurs. C'était à peine vingt mois avant la révolution de Février. Pressentant ce que cet ébranlement des opinions, venant d'upe telle source, pouvait avoir de dangereux pour son trône, Louis- Philippe s'écria, en apprenant l'enthousiasme générai de l'Italie aux premiers actes de Pie IX: ,,Ce Pape me perdrai'* Il est certain qu'il y eut connexion entre les deux faits révolutionnaires de l'agitation romaine, qui aboutit à une république, et de la révolution du 24 février, qui expulsa les d'Orléans.

Pendant qu'on s'avançait ainsi à Rome vers l'inconnu, que les uns le faisaient radieux, en se présageant l'âge d'or, et que d'autres le voyaient sombre et couvant des tempêtes, mon bien cher Père G . . . et moi nous n'étions pas inactifs dans le Oe^* Il fallait poursuivre notre propagande

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d'idées réformatrices avec des précatUiona îiBfiiiiQS» RoQthaan éuit ua argus torribia. Et le système d'espionnage au grand jour,, en p^ne activiié parmi nous, rendait toute parole périlleuse. Ce que nous dépensâmes de finesse, de dâploinatiey je puis dire de jésuitisme, pendant les preiaiers nyois qui suivirent l'éfection de Pie IX, est incroyable. U £aut être jeune, avoir le feu sacré d'vwe idée, s'en croire l'instrù«aent pi^issant, k proi^bète, pour se lancer ainsi au milieu des éeueits, sur le plus petit desquels nous pouTÎoQs nom perdre sans retour. Heureusement que no4re argus se défiant de tout, trompé d'abotrd par notre rè* serve habituelle , puis absorbé par son travail de réaction dans Rome, en comtpte à demi avec le cardinal Lambruschini et les autres cardinaux bos* tiles ai|x réformes, était à cent lieues de l'idée qu'il se fît, dans le sein du Oe^k^ uu tra^vaii de transformation sérieuse. Le Père G... eik moi nous avions calculé qu'il jett^raiti s^^r le compta du mouvenj^nt général qui se passait à Honae les quelques mots de libéralisme, sortis de» nos bour cbes, qui pouvaient lui être rapfHMrtés.

Nous comptâmes sur notre étoile pour n'être pas trabis.

Il faut le dire^,. touJ« nous souriait. Quelques- . uns de nos Pères, hon^mes doux, pi»m et inoflfensi&, étaiient charmés psur ceUQ j^éswrreiGtiQQL de Roane, où régnait tant d'ej^iJbou^iasme , oà I'q» dépensait tant d'amour pom le MQftejr^in!

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