‹ Le jésuiteChapitre 30 sur 32 · FAR L · texte numérisé non relu

FAR L

^Voyez eomne le Pape est adoré!!!'* disaient^ il& On tte jugeait que la surface ; on ne savait pas que ces careases, oet amour, étaient une sollicitation, un calcul. Il s'établissait donc daas les es* prits les plus retardataires comioe un courant d'idées qui les partait à croire qu'une ère nouvelle s'était levée en effet, et qu'il fallait mener le monde par des procédés nouveaux. Ce courant nous aida puissammeut. U ne nous fut pas difficile de convaincre un grand nombre de nos Pères que,, la papauté se décidant aux réformes, en raison des nouveaux besoins de la vie sociale, il était tout simple qu'un ordre comme le nôtre, œuvre du seizième siècle, par conséquent le produit des idées, des théories, des aspirations sociales du seizième siècle, se transformât à son tour, pour n'être plus en désaccord avec le mouvement imprimé maintenant avec tant de succès par la papauté elle-même.

Nous triomphions sur toute la ligne, à la barbe du Géjiéral Rootbaan^ Pendant ce temp»-là, lui, Lambruscbini, et tous les vakicus du système compressif, orgaoisaiei^ une terrible résistance et cherchaient à déconsidérer Pie IX, au point que Lambd^ttschini, eu pleine place du Quirinal, veiyant le Pape à sem baloan donnant la bénédiction, pen^ danl Tuiie de ces ovatens. à»nt ost l'accaUaÂt, ne craignil pas dédire tout haut: y,Ecco la Cerùol'* Mieux que cela, ils. conçurent l'infernal projet de provoquer une abdication de Pie IX. Uae abdisa^

tion, rien que cela! N'y en ayait*il pas des exemples dans l'histoire des Papes? M. de Metternich, le cardinal Lambruschinl et Roothaan avaient inventé cette belle chose.

En même temps la Société ferdinandéerme reçut de M. de Metternich Tordre de soulever contre le nouveau Pontife les provinces où elle avait le plus d'affidés, surtout d'exciter de tels troubles dans celles qui étaient voisines de la Lombardie, que les forces autrichiennes trouvassent un prétexte d'intervenir et d'aller au besoin jusqu'à Rome, pour donner une leçon à l'imprudent Pie IX.

Voici un document historique qui parlera seul. C'est le manifeste par lequel la Société ferdinandéenne annonça cette levée de boucliers dans les provinces pontificales:

„Très-chers Frères.

„La religion du Christ est en péril. L'intrus Masta! l'opprime, et comme chef de la jeune Italie U faut sa destruction totale. Les faits le prouvent du reste.

„Frères, et vous tous adorateurs du vrai Dieu, ne souffrez point cette honte. Nous sommes forts, nous sommes nombreux ; nous avons à notre droite Ferdinand P', à notre gauche Ferdinand II. Le germe libéral doit être détruit Prenez tous les armes pour la vengeance.

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„Vous serez prévenus do jour, et ce jour marquera dans la postérité une grande' gloire et une effrayante justice."

Ce manifeste, élaboré dans Fofficine ferdinandéenne, où il m'avait été donné de pénétrer une fois, fut répandu à profusion dans les Romagnes et dans les Légations, et aussitôt les assassinats politiques commencèrent sur une grande échelle. Les bandits des Romagnes, les sanfédistes de Faênza se montrèrent en armes et soutinrent des luttes contre les autorités pontificales. Le maréchal Radetzki se tenait prêt à envahir les provinces, sous prétexte d*y arrêter les troubles.

De son côté, la diplomatie faisait passer de mauvaises heures à Pie IX. Le comte Rossi, ambassadeur de France, s'efforçait de modérer ce qu'il appelait, dans l'intimité, „rardeur juvénile du I^aipe," sachant, par les dépêches de son gouvernement, avec quelle terreur Louis-Philippe voyait se développer le mouvement libéral en Italie. Le comte de Lutzow, ambassadeur d'Autriche, accumulait notes sur notes, et joignait les ^menaces aux représentations. Les choses allèrent si loin que le cardinal Gizzi, ministre secrétaire d'État, qui secondait loyalement Pie IX dans la ligne libérale donna sa démission, fatigué de ces obses- Bions et de ces menaces.

Il fut remplacé, par le cardinal Ferreti.

Quoique «cette Éminence portât le même nom

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que le Pape, ils n'étaient pas parents. Leê Ferreti sont d'Âncône. C'était un homme d'action plutôt que de cabinet, peu familiarisé avec la réserve méticuleuse de la diplomatie. J'étais connu tid cardinal Ferreti, qui avait vu ma mère dans un voyage foit à Paris. Je conçus le projet, à son avènement au pouvoir, de me servir de lui pour ma grande œuvre de la réforme de la Compagnie de Jésus. J'allai à son audience; il me reçut avec une affection toute paternelle.

— Oh! mon révérend Père, me dit-îl, que de choses depuis que nous ne nous étions pas vus!

J'entrai tout de suite en matière, et je m'ouvris à l'Éminence dans une confidence complète sur mes idées, sur mes plans par rapport à la Compagnie.

— Certes, le projet est beau, me dit-il, et il me va. Si nous avions les Jésuites pour nous, nous serions forts. Sa Sainteté n'ignore, pas que vous êtes, — et il me dit ceci avec un sourire qui indiquait sa pensée, — nos plus cruels ennemis, quoique, extérieurement, votre Général rende à Sa Sainteté les respects d'usage.

— La Compagnie est bien travaillée en ce moment, lui répondis-je. Nous avons des natures honnêtes et droites qui reviennent doucement aux principes de liberté, et qui sont en définitive pour le Pape. Si mes plans réussissaient, il- y aurait 4ians rOrdre un changement radical; et nous se-

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rMÉs, {Mut* le6 idées de réforme, d« puî^satils auxiliaires.

— ' Mais c'est la Providence qui vous inspire, mon digtie Père! C'est bien pensé; je parferai de cela à Sa Sailitetè. Nous ne devons pas négliger cette précieuse ouverture. On nous traque de toutes parts. L'Éminentissime Gizzi n'a pas pu y tenir. J'ai fait la folie de prendre son héritage. Je ne manque pas de cœur; mais seraije assez habile? Oh! mon Père, quelle triste chose que les affaires humaines confiées à des prêtres! Nous devrions prier et prêcher, nos orcUtont et ministerio verbî instantes ertmtAS. Nous devrions être des pécheurs d'hommes, facicum vos fsri pîscatores hommum, et nous voilà transformés en diplomates. Aussi Dieu bénit bieti peu tout cela. Et je regarde déjà la fin avec tristesse.

— Oh! Éminence! ne perdez pas courage: le Saint-Père à besoin d'hommes comme vous.

— Nous serons dépassés; il faudra que le P«pe marche ou qu'il tombe! Peut-être les deux choses à la fois.

Écoutez, ajouta-t-il, je demanderai une audience particulière pour vous à Sa Sainteté. Vous serez admirablement reçu. Vous lui exposerez vos idées.

— J'ai peur, Éminence, d'être embarrassé.

— Non, non, ne craignez rien. Le Pape vous mettra parfaitement à l'aise. Puis il saura de

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moi ce que vous êtes, et de quelle gravité pour l'avenir de l'Église sont vos projets.

J'acceptai, et trois jours après j'accompagnai le cardinal-ministre au Quirinal , et je me rendis dans le cabinet particulier de Sa Sainteté.

Visite à Pie IX.

J'étais, on le devine, grandement impressionné d'avance de ma visite au Saint-Père.

Le cabinet de travail du Pape, où je fus reçu, était une petite chambre carrée , tout à fait modeste, comme tout l'appartement des Papes au Quirinal, où rien n'annonce de luxe. C'était le soir, vers les huit heures et demie.

Un camérier en service ordinaire m'annonça. Pie IX était assis, lorsque j'entrai, devant une table de travail où se voyaient beaucoup de papiers et quelques livres: une lampe, posée sur la table, éclairait doucement la pièce^

Je m'agenouillai. Le Pape se leva. Je fus tout d'un coup sous l'impression de cette majesté gracieuse; il était alors réellement beau.

— C'est vous, mon fils? me dit-il.

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Et il me tendit la main, comme pour me rapprocher de lui.

Je baisai cette main avec transport.

— Non pas cela, me dit-il; je veux vous embrasser moi-même.

£t tout tremblant de cette faveur inouïe, je me laissai aller, comme un fils respectueux, dans les bras de ce prêtre-roi dont il m'était impossible de ne pas sentir la double grandeur.

— Voyons, me dit-il, causons.

Et il me fit asseoir.

— Je sais, me dit-il, que vous avez de grands projets. Ferreti en est tout aise, vous l'avez séduit. Mon cœur est bien aussi pour vous; mais ma raison, mon fils, ma raison!...

Il s'arrêta un moment.

— C'est beaucoup pour moi, lui dis-je, d'avoir le cœur de Votre Sainteté.

— Mon fils, vous êtes un homme de courage : vir desideriorum ; voilà pourquoi je suis à vous de tout cœur. Mais j'aimerais mieux, avec saint Pie V,- d'illustre mémoire, m'engager à détrôner le Grand-Turc que de changer le plus petit point au Oesh, Si vous pouvez faire quelque chose, tant mieux, vous serez plus fort que le Pape. Mais je ne veux pas vous décourager-: dites-moi vos pensées; nous avons notre temps.

Je lui développai ma thèse fondamentale : l'impuissance pour l'ordre des Jésuites de rien faire au sein de la société nouvelle, tant qu'il serait

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flupect d'ea être ie violent antagmiisfee , et en même temps de quelle immense force cet ordre fierait pour la restauration des idées religien«es si, en arrivant au milieu des peuples, il était précédé de la conviction générale que tous ses membres sont chaudement attac^s aux grandes idées de civilisation et ée progrès qui font la gloire éê ia génération contemporaine.

— C'est bien, nie dit-il, ia pensée de notre cher Père Ventura : Talliance de la religion et de la liberté. Le programme est beau. Il me précbe cela tous les jours; mais je ne suis pa^ encore assuré que ce soit praticable.

Ah! mon fils! C'est là ie point. Théorie, oui, mais réalisation I

— Très-Saint Père, c'est une question de vie ou de mort pour ma Société. Je n'ose pas dire qu'il en est ainsi du pontiGcat suprême, dont Votre Sainteté a si bien compris le rôle, au moyen de «es heureuses idées de réforme.

Il s'interrompit.

— Oui, mais n'est-ce pas une utopie chez moi comme chez vous? Je suis entre d'obstinés retardataires et des révolutionnaires insatiables. Quelle sera l'issue?

Je* revins à mon projet et j'exposai mes pensées avec aussi peu de trouble que je l'eusse feit devant un ami. J'ai oublié beaucoup de choses qui furent dites dans -c«t entretien; mais ce qui m'est demeuré présent comme d'hier, c'est l'inef-

faUe bf&nié da Pontrfe, ws sérieuses aspirations vers le bien , ses doutes cruels , et , ce qui me ' frappa alors commue un pressentiment de l'avenir, ces hésitations devant une ligne de conduite énergique dont il semblait comprendre la nécessité, mais qu'il se sentait lui-même impuissant à suivre.

Quand je lui eus raconté combien k Père G . . . et moi nous avions eu déjà de succès dans notre propagande libérale au sein du Gfesk, il parut charmé.

— Continuez avec lui, me dit-il; je vous bénis en ce moment Tun et Tautre. Ma pensée vous suivra au sein de cette citadelle où il fallait un ffliracle de Dieu pour qu'il entrât quelques idées nouvelles. #

Il se plaignit beaucoup, mais avec une admirable douceur et une sainte indulgence évangélique, de la conduite de notre Père Général depuis l'élection.

— Auparavant, dit-il, il soutenait l'Érainentis- $(ime Lambruâchini , c'était son droit: ils hurlent les mêmes idées, ajouta-t-il en riant Mais, depuis, venir me rendre tous les hommages extérieurs, et en même temps travailler avec mon implacable adversaire à une lutte qui n'irait à rien moins qu'à m'imposer une abdication, c'est bien fort et c'est par trop Jésuite.

— J'ai bien souffert de cela , Sainteté ; mais

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Dieu ne bâiira pas ces tentatives si peu diretieimes.

— Non, sans doute; mais le diable pourrait bien les faire réussir. Je ne me plaindrai pas. Je ne changerai pas envers le Père Générai, encore moins envers votre Société. Peut-être serezvous l'instrument d'en haut destiné à la réformer.

Déjà, je ne dois pas vous le cacher, mes amis dans le libéralisme me demandent l'expulsion de l'Ordre des États romains, par mesure politique. Ils disent qu'il n'y a pas de réforme possible tant que le Père Général et Lambruschini tiendront tous les fils des complots d'une réaction violente et seront les rois de fait, lorsque nous nous épuiserons dans de vains essais d'amélioration. Us peuvent avoir raison.

— Très-Saint- Père, faisons mieux que d'eipulser rOrdre , amenons-le à vous aimer, à vous seconder.

Je lui proposai alors ceci:

— Votre Sainteté consentirait- elle à réunir une assemblée générale de la Compagnie et à poser nettement, devant elle, la grande question de la réforme? Venant de vous, la réforme, pour le plus grand nombre de nos Pères, habitués à l'obéissance, paraîtrait un ordre d'en haut. Ce serait un coup d'État, mais le succès serait au bout.

— Nous réfléchirons^ me dit le Pape. Ce que

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VOUS proposez est grave; mais les conséquences en seraient capitales. Nous nous reverrons.

Il me congédia. Jie baisai de nouveau cette main destinée à bénir Rome et le monde, et je sortis.

Catarinella.

Rome est toujours le pays des prophétesses. Avec rimagination dont sont douées les populations italiennes, on peut compter que le goût du merveilleux ne s'y perdra pas de sitôt Les vieilles sibylles ont pris un autre nom, voilà tout. Elles n'écrivent plus sur des feuilles volantes des vers à double sens; mais changeant d'allure, elles prophétisent de la part de Dieu et de la Madone : elles ont des extases; elles montrent des stigmates. C'est toujours au nom de cette grande influence, que subit par instinct l'humanité, la religion, qu'elles agissent sur les masses. Aujourd'hui, comme il y a deux mille ans, un Dieu les touche ; Deua, ecce Deusl

On se rappelle le rôle que les ennemis de Clément XIV, après l'extinction des Jésuites, firent

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jaiier à une j^ayMnae de Vakaitatto, apipdée Bernardina Bemzzi Ceile iUiiminée faisait de» prédietioDs qui metUieiU le trouble d»D8 ie pays, et avaient tourné la tète des religieuses de plusieur» couvents. Il fallut que Tautorité s'en mêlât, «l la malheureuse, appréhendée par des sbires, fut renfermée dans un couvent de Montefiascone.

Les journaux français ont retenti, dans le temps, de la condamnation, faite par le Saint- Office, d'une illuminée du nom de Catarineiia. C'était une jeune paysanne qui tombait fréquemment dans l'extase, et avait, comme toutes les extatiques, pieuses, des entretiens avec Jésus, la Vierge et les anges. Son nom commençait alors à faire quelque bruit. On venait à son village de toutes ks parties de la campagne ronaaine p«ur la: consulter; et, de Rome, quelques esprits, portés au merveilleux étaient allés assister aux exJbibiliofi» de la béate.

Un jour un personnage mystérieux, pia^ti de graind matin de Rocae, arriva à. la maisoD de la Catarineiia et demanda à parler à l'extatique. Cet(]dt un religieux,, et on ne fit aueuse difficulté pour l'admettre.

Au momeni où il eatra dans sa chambre, elle s'était soulevée de son lit; soa «regard^ quoique doux, était levé et fixe. Ses beats el ses janbes avaient une rigidité particulière. C'était une statue vivante.

EUe teoakk à saiQûudk^^ sur ie ttava^V parF^i*

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trémité d'un ^eiil pied. Son eorps tout entier, immobile, se dressait entre la terre et le ciel,, au-^^ quel il semblait qu^elle était prête à monter. La pose était raviesante et digne d'un artiste.

Le Père cotntemplait cela avec un sentiment iodéfinissable. Peu fort en physiologie, ne supposant pas qu'il entre, dans les phénomènes naturels, des foits qui semblent être la négation des lois physiques, cette iille était pour lui un être placé sous l'impression d'une visite de DieUh

Dans ce moment, l'extatique avait avec le doux Jésus, ,,1'amoureiix de son cœur,'' un de ces entretiens dont le cbarme, même pour ceux qiû croient peu, est irrésistible^ Ces entretiens des ei^tatiques ne sont pas, comme on le croit dans le monde, une supercherie. Le phénomène est vrai, compkt. C'est l'àme sous l'influence de certains sens, transportant dans la sphère des amours surnaturelles tout ce que le déh're arracherait à dee extases d'une autre sorte. Plus on est chaste et étranger aux extravagantes paroles des passions, moins on suspecte ces dialogues, à côté desquels les mots brûlants de l'Épouse, dans le Cantique des cantiques, paraissent pleii^ de pâleur.

Cel». allait à l'attrait mystique du religieux; il croyait aveir trouvé sainte Thérèsa Mais ce n'é-* tait pas P9U1* les délices de ce spectacle qu'il avait été envoyé de Rome.

-^ Ma iiile, dit-^il quand l'entretien séraphique eut pris fin, j'aurais bien des choses à vous dire;

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Dieu fait de vous comme à ses prophètes, il soulève le voile de l'avenir.

Or de telles grâces ne sont pas données en vain. Dieu a son but: vous devez coopérer au bien dans le monde, par votre parole influencer ceux qui chancellent, consoler les bons, frapper les impies et les forcer de rentrer en eux-mêmes. Vous devez avoir une mission, une belle mission.

La jeune fille écoutait.

— Qui êtes- vous? dit-elle.

— Vous le saurez plus tard. Je viens vous porter des encouragements. Nous sommes dans un siècle mauvais, et Dieu veut que vos paroles retentissent jusqu'à Rome, jusqu'aux pieds du Très-Saint Père. Prenez, ma fille, prenez la défense de la sainte cause, la défense des ordres religieux que Ton voudrait exterminer de la terre, des bons principes qu'on veut détruire dans notre cher pays, pour mettre à la place le crime, la violence, le libertinage.

Mon enfant, j'appartiens à la grande famille des révérends Pères Jésuites. Éclairée par nous, vous pouvez être très-utile à la religion et à notre Très-Saint Père le Pape, que des méchants, ceux qu'on appelle des carbonari, voudraient entraîner en dehors des bonnes traditions des saints Papes.

Nous vous protégerons; vous n'êtes pas ridie: nous avohs dans le monde des amis qui vous soutiendront; nous ferons le bien les uns avec les autres.

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La mère de ia Catarinella, plus fine que l'extatique, et qui peut-être ne croyait pas trop aux miracles de sa fille, — nul n'est prophète parmi les siens, — vit du premier coup ce qui allait lui revenir de secours de toute espèce d'une source aussi opulente. La protection du Jésuite se changea dans son imagination en Pactole.

— Oh ! mon très-révérend Père, ma fille sera votre enfant soumise. Nous sommes trop honorées de vous recevoir.

C'était assez pour cette première scène.

Les visites du révérend Père furent fréquentes, It mit Catarinella au courant de tout ce qui se passait à Rome, et lui dépeignit le malheur pour l'Église que l'illustre et énergique Lambruschini n'eût pas été élu Pape, le deuil profond des gens de bien de voir un Pape, „ami de nouveautés," pactiser avec les révolutionnaires, être révolutionnaire lui-même, bouleverser toutes les institutions de la sainte Rome catholique.

Bientôt quelques personnages des grandes familles romaines vinrent voir l'extatique: les femmes trouvaient Catarinella ravissante, aussi belle qu'une madone; les cadeaux commencèrent à pleuvoir.

De son côté, Catarinella, bien faite à son rôle, sans qu'elle pût soupçonner comment une parole habile l'y avait façonnée peu à peu, ne tarissait pas d'éloges sur les Jésuites, prédisait sur eux des choses merveilleuses, et comme c'était le mo- . V 7

98) ut flfsWB.

iD^t OÙ Pie IX lançait i^n^ Qocycliq^e^ à lous Içs patriarches,. arcl^evéq,ue^ ^t évéqii^s. de l'Orient ppur les engager à rentrer daii3 le giron ^e 1%glise catholique, Çatarinell^ prédisait que l'Orient tou^ entier allait se convertir; et qqand qn Ipi deio^fi4ait comment, se fcirait, cette €onvqrsioi|. iperveilleuse, elle répondait que Dieu avajt réservé cette gloire aux Jésuites.

Tant que Çatarinella born^^. s($^ prédictions à. l'exaltation des bons Pères, o^ se préoccupai peu à Rome de cette visionnaire. ^\\e. n'était pas la SQul^ prophétesse que Ton cqnsul|[jà( su;r le succès d^s £|ffi^ires. Le publjq dévpt ipe^ttait ^ye;c airdeur à. l'qpr^qvQ cette science des coeurs q^^ Qieu ne donn^^ qu'à, des saintetés ex,cep|ipn|i/elle& Mais un beau joqr 1^ proti^gée d|es Jé^ites, copamençji^ à faire des. prophéties politiques^.

Voici, une; die ces. prophéj^es, ii^priqi^pe gro^ sièremei^t sur up pet^t çafxé ({(^.papiisr ^ninonçaqt le produit de quelque i^ç^uv^isci, tyj^ogr^pbi^ de pc;t|te ville;

„L'hommfi bla^nq e^\, n^^r/qH^ 441, 9p§9UUt d^ 1^ colèjre c^este,, Il c^i^t ^^^j^yé^, QOjin^, \^, ^pk^î: dans 1^ tf^upça):!,. p^j, 1111. paqte ave^. 1^ ho^oies de sang. Il est un Antéchrist II sera remrc^.. L^s^ fidèles eqff|.pts^ i^ l'JSgU$Q< 4oivei)t) le^ qataïujire. L*^5i rois cathoii^uçs deoj^nflpïîcipt qii'ii» çqif. d|Çpq^é (Je spja ^ié^e.. ft y dçûiT^ (|»ps|.R«mf h«WT coflp de. s^pg, l)Q^ucqgp. d^. l^^efk, à csyi^ de U pr^yaricatiqq dç, i;iw)|fiwe, lnjl^i^ l$f^. 1^ ^cfA

PAR l'abbé *** 99

Collège triomphera. Les justes seront consolés. Un Pape ferme, puissant contre les méchants, sera élu à la place de l'homme blanc, qui sera dégradé et renfermé dans un monastère."

Cette prophétie et plusieurs autres furent colportées h plusieurs milliers d'exemplaires, au moyen des ferdinandéens et des sanfédistes. Des prétrea prirent à la lettre cest belles choses f^riquéese par le parti, de LanifaruscbinL Quelques^^ uns allèrent même jusqu'à, prêcher c^dutne Pie IX..

Xete étaient Im procédés hontaux destinés» à. rarir aut Paper Famoui^ dés Romains*. PI11& tandis quand la réaction triomphante eut r^ssaîsi smempire, sur le faible Pie IX, la Gatarinellai fuf sacrifiée comme un instrument, inutile. Ses» névé« lations pouvaient devenir compromettantes^. On: lai dénonça à la; sainte; Inquisition, eti etlle fut condamnée, à dix. ans- de réclusian. Les pnopbéCessas; ne; manqpenl. pa» pouc celai dans lea Étato^na^ mains^ et dans tout le reste de:« L-ItaUe; Seulesment,. au< Ueu< de précilen la; obutei dia l'homme blanc asâocié aux> névoIutdORnaires^ elles prédisent tous les jours» son triomphe sur la société ui»i^ derne et »ur la: révolution.

100 LE JBSUITE

Conspiratioo.

Une ahnée s'était écoulée. Mon parti au Chs^ était puissant. Là étaient les hommes influents de la Compagnie. Mais il fallait un coup d'ÉtaU J'avais trop étudié l'histoire de toutes les révolutions humaines, pour ignorer qu'on ne fait rien sans l'énergique secousse d'une grande volonté. Volonté des masses, c'est alors une révolution terrible; volonté du maître, c'est alors la révolution pacifique.

J'avais vu une seconde fois le Saint-Père. Il avait été bon comme la première fois, plus expansif même. Il comprenait l'immense portée de l'introduction d'un esprit nouveau dans le Oes^.

— Ah ! mon fils, me dit-il en levant les mains au ciel. Si votre réforme s'accomplissait chez vos terribles Jésuites, je serais sauvé.

— Vous pouvez tout, Très-Saint-Père.

— Vous croyez cela?

— Sans aucun doute.

— Vous vous trompez. Votre Général est plus puissant que moi. Croiriez- vous qu'avec Lambruschini, l'Autriche et Naples, il machine contre moi une odieuse conspiration? Nous savons qu'eUe

PAR L'aBSÉ **♦ 101

existe; mais où la saisir? comment la prévenir même?

— Et vous pouvez en toute conscience accuser le Général?

— En toute conscience, mon fils; ces hommes-là sont des fanatiques. Ils croiraient, en me renversant, en me forçant à une abdication, sau- Ter la cause de la religion, sauver leur ordre, ^quoique je puisse dire devant Dieu que je n'ai rien contre lui.

J'insistai pour obtenir du Saint-Père qu'il intervint de son autorité suprême dans l'œuvre dont il voulait bien reconnaître l'importance.

— Nous sommes en état de crise, me dit-il; continuez votre travail pacifique. Si je triomphe nous serons forts, et votre tour arrivera.

J'avoue ma naïveté. Même après la déclaration si explicite du vénéré Pontife, qui aurait eu horreur 'd'une calomnie, je doutais encore que notre Général fût entré dans une conspiration contre le gouvernement de Pie IX. Il pouvait se faire que ces bruits vinssent de ces hommes qui, pour faire valoir leur zèle, créent autour des souverains des dangers imaginaires. Je fus bientôt convaincu.

Si j'avais réussi au Oesîi auprès de mes confrères les plus rusés, les plus intelligents, j'avais vu naturellement se grouper en face de moi la camarilla absolutiste, qui suivait d'un œil inquiet les événements et recevait, plus que moi, les con fîdences intimes du Général.

LE JCfiUtTE

Un soir, «n ^groupe tnès-aniMé, que Jte te* connus pour être en grande partie composé 4t mdanei, s'-était formé bous une des arcades du cloître. Je vis là mon Père G . . . , pkis habile qiie iBcd .à feindre , en sa «qualilé «d'Italien. Je m'apfODchai de lui presque s&o$ être aperçu da reste dn groupe. La onnverssftion était très-aninaée.

On parlait d'une garde civique qui devak être isiaugorée Je 17 juillet 1847, anniversaire de i'amnistie. Je recueillis les dernières paroles.

— II fera là une belle chose. Le cardinal €tiezi n'a pas craint de lui dire: „Le jour oà vous v^m& refaserez aux exigences du peuple, il yim» chassera avec les fusils que vous lui aurez éoxMés pour vous défendre.'' L'Éminenoe aura raison.

— Oh! disait un autre, on ne lui en laissera pas le temps.

— Comment? quoi? que dites-vous? •

— Oui, il se prépare un grand coup, une véritable délivrance de ce Pape des libéraux.

Je retenais mon haleine.

— Ce n'est pas possible! Quel bonheur! Ktes*i!ous cela.

£t l'interlocuteur expliqua, avec une grande précision, comment on était parvenu à organiser, dans le gouvernement même du Pape, la contrerévolution qui allait sauver TÉgiise. M. Grossellini, gouverneur de Rome, était entièrement dévoué au cardinal Lambrusçhini et ennemi juré, mais se-

^i^iy du Tégirte 'ttotfvèfau. Le coloWel Freddi, créfeitùre de Lambruschtni , venait d'être mis à là tête de la gendarmerie romaine. On était dôtac sûr de te coAniteàcê de toutes les autorités de 'lii vaie. De plus, Nardahi, — celui-là était un ^nfcie'n forçai du bagne de Naplies, âitcien dhéf de la police à ROtee, que Pie IX avait destitué «t rètivoyé, — avait teconstitué, à l'aide du célèbre'espion Minardi, la * police telle qu'elle était «oôs Grégoire XVI; et cette police secrète, plus ^)t!iissante et plus babile que celle da gouvernement, aiderait Texéculion du grand projet.

Il ajouta que ce projet serait exécuté le 17 juillet, au moment ^ù le peuple romain fêlerait l'anniversaire de l'amnistie. On enlèverait le Pape, on frapperait ses adhérente et tous les promoteurs de Tordre nouveau. On avait fait là liste des proscriptions. Le Père Ventura était des premiers. Une fois efalevé, on devait par dés menâtes obtenir l'abdication dii iPape, et ïe conclave nommerait d'acclamation Lambruschini.

— Notre Père Général est dans la joie, ajouta celui des nôtres qui avait parlé jusque-là. Il a eu bien de la peine à organiser tout cela avec Son Éminence Lambruschini; mais tout marché et l'on est sûr du succès.

Le groupe s'entretint longtemps de Tarénement d'un Pape selon le cœur de Dieu, et de rék)ignement de cet intrus. C'était ainsi que lé niaâifedte sanfédiste avait nommé Pie IX.

Je m'écartai doucement du groupe, et je me dis: Sa Sainteté avait raison, ses ennemis iaiplacables sont les Jésuites.

Le Général me fit appeler le lendemain.

— Vous allez partir pour Paris, me dît-il. Les révolutionnaires s'agitent partout Le Saint- Père, animé des intentions les plus généreuses, mais 'séduit par les utopies du Théatin Ventura, encourage en Italie le mbuvement libéral. Il ne tardera pas, si on le laisse faire, à être débordé; mais, en attendant, sa conduite encourage partout les ennemis de Tordre. Ah! mon cher Père de Sainte-Maure, nous enseignons que les Papes sont infaillibles dans Tordre religieux et dans Tordre moral; il serait difficile de soutenir qu'ils sont infaillibles en politique. Je vois tout en noir. Je crains pour le Sonderbund une issue fatale. Voyez à Paris, M. de *•* et tenez-moi au courant du mouvement en France. Tâchez de connaître au juste Topinion des hommes politiques sur le Sonderbund. Je reçois de nos Pères de la Suisse et de nos Pères de Paris des avis contradictoires. Écrivez-moi souvent, et ne me cachez pas votre opinion personnelle sur les événements présents et sur ceux qui se préparent, quand même vous croiriez que cette opinion pourrait heurter mes idées politiques.

Le Général avait-il réellement besoin de ma présence à Paris, ou, sur quelques doutes., sur quelque trahison, voulait-il arrêter dans le Oesh

PAR l'abbé ♦♦* 105

un courant d'idées qu'il réprouvait à l'égal de l'apostasie? En me disant de lui manifester librement mes opinions, ne me tendait-il pas un piège ? Cela pouvait être, et je me promis de me tenir sur mes gardes.

Mon bien cher Père G... devint le chef du mouvement parmi nos Pères, et je partis en lui disant:

— Travaillons toujours: il faut sauver le GeA.

xnr

Encore à Paris.

Ma première visite, en arrivant à Paris, fut, on le pense bien, pour Thôtel de Flaviac; j'avais eu avec Marguerite une correspondance très-suivie, et là j'avais continué à remplir mon rôle de professeur. Madame de Fiaviac, ne trouvant rien dans cette correspondance qui pût contrarier ses projets d'avenir pour sa fille , l'encourageait, au lieu de chercher à la restreindre. Sans doute elle croyait que le courant d'idées sérieuses dans lequel j'entraînais sa fille, devait plutôt favoriser ses projets que les détruire.

M« Seconde visite fut fibur l'bgënt té^KcliAA ^uè j'afvaîs rencontré à R^me , »èt ^i devait être de retour h Paris.

*— Eh bien! me dit-il, vôilà Rome eti pleine révolution. On demande de toutes parts la guerre (contre rAulriche. On veut ^'affranchissement du Bol italien jusqu'aux moniagttes 4vl Tyrol. Pie iX hésite, Pie IX se perdra. En secondant avec un véritable cœur de patriote le mouvement national, il placerait la papauté à la tête de l'Europe moderne; mais il n'est pas de taille à réaliser cette grande œuvre.

— Vous croyez? dis-je.

— Oui. Lors de mon dernier voyage à Rome, j'ai vu les choses de sang-froid. On me demandait ici une enquête ^sérieuse sur ce qu'il fallait attendre du mouvement libéral inauguré par Pie IX.

Ma pensée, c'est que tout finira par un avorte ment.

— Le Pape a pourtant de généreuses intentions : il consulte beaucoup Ife Père Ventura.

— Sans doute ; mais déjà mes correspondances m'apprennent qu'on est parvenu à le rendre suspect El puis, entre nous, l'ardent Théatin est un enfant en politique.

Quant à votre Ordre, ajouta-t-il, il suit une mauvaise voie. Votre Général est l'âme damnée de Lambruschini. Et celui-là, c'est l'absolutisme implacable.

— Hélas! je ne le sais que trop.

PAR l'abbé *** l'OÏ

Ve lui dis Mors qu'un «raTail secret mais pto^ fokid se faisait parmi nos Pères, et qu'aux ti^k «ifeinents de la Cotnpagnie du seizième sièdè succéderaient bientôt des tendances nouvelles irioiiA hostiles aux aspirations généreuses du temps.

— Je le désire. Quant à nos engagements pour l'avenir, dîtes à votre Général qu'il petit compter sur une liberté complète en France. Noufe espérons que TOrdre ne sera pas ingrat.

Il ajouta ensuite:

— Nous organisons des banquets patriotiques: Tîous nous comptons. Nous touchons à une résolution sérieuse. Servez la liberté, la liberté vous f)rotégera.

En sortant de chez M. de ***, je passai auprès d'un jeune homme qui s'arrêta tout à coup. Préoccupé dans ce moment, je le regardai sans le reconnaître. Mais lui me serra dans ses bras en me disant:

— Ouoi ! c'est vous, cher Père de Sainte-Maure ! je vous croyais à Rome. Quel bonheur de vous rencontrer ici!

Ce jeune homme était Gustave de Flaviac.

— Mon cher baron j ... lui dis^je.

— Ne m'appelez pas baron, s'il vous plaît^ mais bien marquis. Diable! ce titre est tout ce que mon grand-oncle n'a pu enlever au dernier des Flaviac, et j'y tiens à cause de cela.

— Eh bien! monsieur le marquis.

— Eh non! Entre nous, ni baron ni mat^

106 LE JÉSCITe

quis; appelez-moi Gustave. Et ce scélérat de Père Ruffin, qo'est-il devenu depuis qu'il a su si habilement faire tester mon oncle en faveur des Jé> suites?

— Le Père Ruffin est aussi à Paris.

— Tant pis pour lui; car si je le rencontre, je ne puis rien faire de moins que de lui donner une volée de coups de canne, pour le châtier de ses trahisons.

— Vous êtes donc toujours un peu fou, mon cher Gustave?

— Moi! tout au contraire, je suis le modèle des jeunes nobles ruinés. Je mérite le prix Montyon. Je ne joue plus, je ne fais plus de dettes» parce que je ne connais plus personne qui puisse les payer et que je ne veux pas faire de dupes. Enfin je travaille.

— Vous travaillez!

— Je travaille ; je chiffre depuis le matin jusqu'au soir chez un banquier. Il a une fille unique dont il a juré de faire une marquise de Flaviac. Moi, j'ai juré que cela ne serait pas. La jeune personne est bien, très-bien; elle a quelques millions en perspective; mais, vous le savez, j'ai une inclination. Je me marierai avec Marguerite, ou je ne me marierai pas.

Ne riez pas: cela est très-sérieux. Mais savez-vous, continua le jeune marquis, à qui je dois la position que j'occupe chez mon banquier? Vous ne le devineriez jamais. Je la dois à un

PAR L ABBE

Jésuite. J'avais juré, en quittant Rome, haine à mort à tous les Jésuites, vous seul excepté. J'allai à Lyon, où j'ai une vieille tante, vivant d'une petite pension viagère. Elle m'avait dit vingt fois que sa maison était la mienne; j'ai rencontré chez elle encore un Jésuite. La première fois qu'il est entré dans le salon, je me suis sauvé; mais le lendemain il dînait chez ma tante, et il a bien fallu le regarder en face. Ma tante lui a présenté son neveu le marquis de Flaviac. Le Jésuite était presque ému en me tendant la main ; je le regardai, et je sentis toutes mes préventions se dissiper. Quand je vous aurai nommé le Père de Montgazin, votre ami le plus cher, vous ne serez pas surpris de l'attraction irrésistible qu'il a exercée sur moi. Si tous les Jésuites étaient des Père de Sainte-Maure et des Père de Montgazin, on les adorerait, on se ferait soi-même Jésuite.

Le jeune marquis me raconta que les débris de son patrimoine étaient placés dans la maison du banquier. Celui-ci créait une maison à Paris, et Gustave devait être son principal agent On lui assurait des avantages considérables. L'excellent homme, disait Gustave, a cru devoir faire quelque chose de plus pour un marquis que pour un simple mortel. Ah! si ma cousine, la comtesse de Flaviac, savait que ses intrigues et celles du Père Ruffin ont fait de moi un homme de finances, tout son sang aristocratique lui monterait.

VtO BE j»iiinT«

«1 can^u,. eUe s'indignerait, et dla trouiiiicnîl qfà» je me conduis peu noblement, en. ne oae; laîasant pas mourir de faim. Chose singulière,, ^uta Gustave dans cette conversation,, quand yt parlais de vous et de Marguerite, le Père de Moulr^ gazin m'écQUtait avec ua intérêt marqué; il miin«-^ terrogeait même:*, quand il s'agissait de ma oaur flâne et du Père Ruffîn, il changeait ld< conversartion et semblait être sur des charbons, ardentç^

Je ne pouvais pas expliquer cette singularité à Gustave;, je le quittai ea L'engageant à venir me voir. Mais, un, jour que je préchais à Saint- S^lpice, je Taperçu» derrière un: pilier; il ne m'écoûtait, pas,, et je voyais son regard fixé constamment daa^ la même direction: il regardait Margiuerite,.

de jpur-lâi, j^ préchai, fort mal.

Bi&actim.ài Biome. -^ Sitna(ti<m nouFoUe..

Lf s. lettrées, suîvantea,. rapides Gpm»e' Ufk- àvétnementa et. parties d^ ,(?«rà;. dirent. mie^x que ja: ufy. le* racoAt^rais lej», derjiières: pbase$i du dswm politiqpa etirplig^x%aiiqN ji^iitoÂs:;

PAR h'MWé *** XH

,M G^^, 18, Mhi 184.7.

„Mfes lettres, à partir de ce jour, vous seront remises par une voie secrète et parfaitement, sûre. Je sais que vous avez le ai(fillum\ mais je ne m'y Qe pas. Je manquerai! à la règle, je vous y ferai manquer; mais nous obéissons à une loi supérieure, salua popvlî suprema lex. Si nous avions le bonheur de réconcilier le Oesh;, avec le monde moderne, quelle grande œuvre T La gloire vous en reviendrait, rpon révérend Père, que je ne veux plus qu'appeler mon ami. Mais réussirons- nous?

L'ip^Mpqè^ djQS effortis. dM Géoénal pour fpira; arrivi^r tan^hruschini à la p^ps^uté,. au i|)oyeni d'une: déchéance de; Pie^ IX, p^urrAit i^oavicoup nous, s/arvif^ Un, supérifmr Géi^^ral d'un; Ordre*, relig^^^, qqi.qqaspire Iiftutiem^qt cqntre. uja, ss^ut, Pape, ^ bjieii.. cdooniquamont» qui s$) fait l'ag^Pt de r^MK^cl^fW. qMi> sQudpi?^ des bandits, pour opiner uQe é^leu^e ^i^^ Rom^ qu Ip. j^s^pe^ serait enlevQ< et. forcé d» signer< sqi^ aMin^tii^^ i^'eçtrCA pas- u^i fait.qufoQ; croira t, enipruoié a^xi âges, de.v^lenc^v et de. barb9,riet qî(, iî sje passait (ile sité^raogQSt cbpe^s,? E;tt I9, Compagnie, cqnsuUéa en asse^blé/er générale, n'aurait-e^e; pa9 l^ driojt. de prendne; cette Qtr:8M9gfi prévj^riçatiqn. de aqn cîiaf^ ^ orime de conspiration patente contre un pape, ptw^Tr changer/ cQppt^tement sa direction générale, Tes-

112 LE JBSUITE

prit de son' institution, et se proposer un but nouveau au sein de la société chrétienne?

,,J'espère donc sur cela ; mais il nous faudrait le secours du pape lui-même ; et plus que jamais il recule et il a peur.

„Âu moment où j'allais clore ma lettre , j'apprends que le fameux complot Lambruschini a échoué. Cicirruachio devait être frappé par un jeune paysan que le sort avait désigné, et dont Cicirruachio avait secouru le vieux père. Agité de remords, il est venu lui-même prévenir sa victime.* Cicirruachio avait été déjà l'objet d'une menace publique de la part de Nardoni. Dans le moment, une lettre anonyme lui dévoilait tout le complot II est allé aux Théatins demander le Père Ventura. Celui-ci s'est rendu immédiatement auprès du Saint-Père. Pie IX a voulu éviter l'éclat, et il a fait prévenir les chefs du complot qu'il savait tout Le cardinal Lambruschini, Grossellini, Nardoni se sont échappés de Rome. On a arrêté le colonel Freddi et le capitaine Alaî, au moment où ils passaient la frontière. On dit le Pape furieux contre notre Général. Que n'êtesvous ici? On le presserait Peut-être obtiendraiton quelque chose? Mais je crains bien que Roothaan ne vous laisse votre mission en France que pour vous retenir loin de Rome.

„Je continuerai à vous faire savoir les événements.

PAB l'abbé ^^ 818

Deuxième lettre du Père G.,, au Père de Sainte-Maure,

«,... Notre Général eiC vittUement affecté depim quelque temps. Je sais parveoH à stYcôr à peu près l 'état -de son âai« par rjin de ees affidés, le Père *** , celui qui daous racontait aviec tant d'ébahissement les bdlles espéranoes du parti ratréme pocr déposer Pi« IX. Roothaan travaille maintenant à faine rei^enir LaïahruschtnL II ^A^ séde le Pape; et chose aînguiière, au iiea de 4ui dire: Vous êtes le premier coupable, le Pape es^ fiatye de le gagner et de s'efi Caire «n partisan.

^Voilà la situation nouvelle. Nous sommes de plus en pdus l'objet de la haine générale. Les comités savent que Roothaan était de la conspiration, et le voir accueilli favorablement t cette heure au Vatican fait dire de Pie IX d^étranges choses. Celui-ci vient d'accepter, par une lettré rendue publique, la dédicace du livre du Père Péronne sur la sainte Vierge. On lisait hier au pied de la statue de Pasquin: „i% IX est devenu Jésuite}*' On fait courir une caricature où le Pape est métamorphosé en tortue.

„Vous voyez que les beaux soleils déclinent.'^

114 LE iBftUITB

Troùihne lettre du Père O... au Père de Bainte-Maure.

Le (rérà, 12 septembre 1847.

,J1 y a ici grand remue-ménage dans le journalisme. Monsignor Gazzola a attaqué, dans le Gontemparaneo^ le parti politique qui, en Suisse, en Belgique et en France, a pris le nom de parti caiholigue. Il a démontré quelle imprudence il y avait, pour les catholiques, à sortir du cercle exclusivement religieux et à se perdre dans les conflits de la politique humaine. Mais comme il attaquait les Jésuites pour la conduite que nous tenons en Suisse, le Père Général a fait des plaintes amères; notre parti à Rome s'est ému; on est allé jusqu'à faire intervenir le confesseur de Sa Sainteté. On a dit au Pape que tout était perdu; qu'en raison de cette funeste liberté de la presse, qu'il a accordée, on commence à s'attaquer maintenant aux catholiques, aux Jésuites, et qu'on finira bientôt par s'attaquer, au miJieu de Jkome même, à la religion et au Saint-Siège. On avait choisi ce thème qui a été admirablement mis en œuvre. Le confesseur du Pape, gagné par notre général, a été foudroyant On a su qu'après sa confession le Pape avait beaucoup pleuré, et que l'impression de l'algarade du père de son âme avait été teUe qu'il s'était cru en état de damnation.

PAR l'aBMB *** 115

„n a fait immédiatement de l'arbitraire, ni plus ni moins que ne l'eût fait son prédécesseur. li a ordonné que Ton condamnât l'article dans le c/ouma/ officiel. Il a expulsé de Rome monsîgnor Gazzola; et le professeur Betti, coupable d'avoir laissé passer l'article, a été suspendu de ses fonctions de censeur.

„Notre Général et les partisans du Oes^ ont eu leur triomphe; mais ce triomphe a été court. Dès le lendemain, tous les journaux de Rome, par un accord tacite, ont cessé de paraître. Le peuple, qui s'est aifriandé à la lecture des journaux, plus libres qu*autrefois et discutant ses intérêts, a jeté feu et flamme. Et le malheureux Pape, fort embarrassé, a dû révoquer les mesures rigoureuses qu'il avait prises.

„€eci vous dit toute la position. Il est évident pour moi que le Pape, faible de caractère comme on le connaît, se laissera intimider par la faction rétrograde. Ce jour-là, nous sommes perdus."

Ces lettres me mirent dans une transe extrême. Quelque énergie que je puisasse dans ma conviction, j'avais vu de trop près le Oe»U pour croire que sans une main puissante, l'ébranlement que ma parole avait donné au vieux colosse pût suffire à le renverser. C'était une œuvre gigantesque ; et plus le moment approchait où je ferais

118 LE JBSOITB

dernière déception de notre ordre sur les sUceès

de sa politique retardataire.

C'était en novembre 1847. Lucerne^ le cheflieu et le dernier asile du Sonderbund, investi par soixante mille hommes de troupes disciplinées et audacieuses contre quinze mille catholiques attendant que les anges les délivrassent, et que les prophéties des extatiques, stylées par les Jésuites, eussent leur accomplissement, Lucerne tomba, au grand étonnement de nos Pères. Le corps diplomatique, et en particulier l'envoyé français, favorisa leur sortie de la Suisse. Ils purent s'échapper, honteux de cette malheureuse campagne qui sera dans l'histoire le déshonneur de notre ordre, s'il est vrai que l'excitation à la guerre civile par des hommes dont la mission est de prêcher la paix, soit le plus inexcusable des crimes.

U Univers et les Jésuites.

Je me trouvais dans un état d'esprit que j'essayerais vainement de décrire. Mes dernières illusions sur la valeur du vieux système de nos Pères Tenaient de tomber avec leurs belles théories mises

PAR l'abbé *♦♦ 119

à répreuve dans cette guerre fatale du Souder-* bund. Je m'écriai:

— Je ne me trompais pas, ils sont fous. Hais de tels fous guérissent-ils?

Ce que m'écrivait de Rome le Père G... n'était pas de nature à me faire espérer beaucoup de l'avenir.

„Cher Père de Sainte-Maure,

„Le Pape ne marche plus que parce qu'il est poussé. J'ai vu le Père Ventura, qui avoue déjà que son crédit baisse auprès du Pontife. Nous avons eu, le 15 novembre, l'ouverture de la Consulte. Pie IX, à qui les députés, en bons catholiques et en fidèles sujets, sont venus demander la bénédiction pontificale, les a reçus le front soucieux, l'air irrité, la parole sévère.

„Le mécontentement commence à percer de toutes parts. C'est déjà la marée montante. Gare au flot! Le peuple déçu est terrible...**

Suivaient des détails sur l'œuvre de la réforme au Oeaïb^ qui ne se ralentissait pas. La lettre se terminait par cette parole:

„Que n'êtes- vous ici? Il faudrait ne pas attendre que le Pape fût entraîné dans une dernière réaction pour s'appuyer sur lui. Si vous pouviez être bientôt rappelé!...**

Je me trouvai, l'on s'en doute, dans une perplexité extrême au reçu de ces nouvelles. Ma corres-

190 LE «UITB

p^nAnee «ecrètê aree ktt Général T'vrm» asses intéressé à ma mission en France paiir qu'il ne Mvigeàt pas à me retirer êe Paris^. ^ lui avais transmis cette parole de l'agent révolutfonnanre: ffLliiver ne se passer» pas qwe non» n'ayons une révolution.** Le Général m'»vaît écrit one lettre tout à fait louangeuse, où il se félicitait de mV voir en France pour le tenir au courant des événements graves qui se préparaient II me donnait ses ordres,, en cas de mouvement politique et du succès de la démocratie.

«^Faites tout pour flatter les républicains. Je comprends que seuls ils aient de b chance,, un jour de révolution à Paris. En cas de réussite, vous irez immédiatement voir H.**, rédacteur de P Univers^ qni nous est tout dévoué. Vous lui expliquerez que, dans ces premiers essais de liberté, notre ordre et la religion elle-même ont beaucoup à gagner. Vous le déciderez à applaudir au mouvement. Insistez beaucoup, et dites bien que vous lui parlez de ma part, et que nous lui en aurons une éternelle reconnaissance. Il sait bien qu'il nous doit tout.**

L'agent du comité républicain ne m'avait pas trompé. Elle eut Heu, cette révolution qui a exercé sur toute l'Europe une influence si capitale. On connaît les événements de février Î848. «Téta» paisible dans notre maison de la rue de Sèvres lorsque le canon tonnait, que le tocsin se faisait entendre, et que h royauté partait une seconde

PAR L*âMlk **♦ 121

fois peur Texil. No9 Pèred, eM» fois, trmnpbaienL Celui qu'ils avaient tant détesté était chassé han-> teusement Ces événements en ébranlèrent quelqaes-uns, et j'eus le benfaeur êe les amener à mes idées de réforme.

Le lendemain du triomphe de la démocratie et de la prodamation de 1» RépubKque b YUélél ée ViMe, je me rendis diez M.**, rédacteur de f'Uhwer», conformément aux ordres de Générai

— Voilà de grands événements, lui dis-je.

— Oui, bien grands, mon révérend Père* CTest le coup de tonnerre de la Providence.

— Dieir évidemment se manifeste, et vous jugez les événements en chrétien. L'Église n'a rien à redouter de la libertâ

— Vou» croyez que nous pouvons nous co»fier à elle?

^^ Certainement; nous tvtina tout i attendre ^ BUÊk triompheu

Je vis cet iMMDiiie quelque peu hésitant.

— Mais, lui dis- je, ces idée» sont celles de Pie IX; il faut les soutenir.

II me répondit:

— J'attends ua peu, pour apprendre l'impression que Rome aura éprouvée de la révolution du 1^4 février.

— Je puis vous édifier sur les idées de notre Général. Il a la parole que nous aurons en France loate liberté pour nos maisons et pour nos collèges, si les organes du catholicisme ne font pas

182 LB «BSUITE

ime opposition inopportune aux idées réiHiblî- Gùoes.

— Oh! c'est une très-bonne espérance!

— Plus qu'une espérance, lui dis -je. Tout était négocié à l'avance ; et c'est au nom de notre Général que je viens vous demander d'appuyer chaudement^la République nouvellement proclamée.

Pour lever toutes les hésitations, j'eus recours à ces habiletés d'éloges qui exercent sur certains hommes une influence merveilleuse. Je vantai le bien que sa plume nous faisait depuis si longtemps. Pouvait'il interrompre ce dévouement?

Le jour même, le publiciste de V Univers me rendait ma visite.

— Mais vous êtes trop bon, lui dis-je, de venir me voir dans des moments si graves. Je ne tenais pas...

— Oh! mon Père, mais c^était un bonheur pour moi... Je vous apporte un article qui va paraître. Je suis venu le soumettre à votre approbation. J'espère qu'il entrera dan^ le cadre des sages idées que vous développiez ce matin.

Et sortant un papier, il me lut les lignes suivantes, qu'il venait d'écrire avec sa verve habituelle :

„Dieu parle par la voix des événements: la révolution de 1Ô48 est une notification de la Providence. Ce ne sont pas les conspirations qui peuvent de la sorte boiileverser, de fond en com-

PAB l'amé ♦♦♦ 128

ble et en si pea de temps, les sociétés humaines» Une conspiration qui réussit allume instantanément la guerre civile. Le principe attaqué et renversé par surprise cherche immédiatement à se défendre. Qui songe aujourd'hui à défendre la monarchie? Qui peut y songer? La France croyait encore être monarchique, et elle était déjà républicaine. La monarchie succombe sous le poids de ses fautes. Elle meurt de gangrène sénile. Elle attend à peine qu'on lui dise : Nous ne voulons pas de toi, va-t'en! Le coup n'est plus nécessaire, le geste suffît/^

Je l'interrompis:

— Mais, monsieur, c'est très-énergique, tout cela. J'aurais demandé moins. Vous donnez là, pour nous, des gages magnifiques à la Révolution. Les hommes de la République vont être ravis. Yous nous sauvez!

Il reprit avec un sourire:

— Mais l'article est fait pour cela.

Je le priai de continuer.

„Un instinct plus fort que l^s armées crie en Europe que l'ère des couronnes est finie, et que la volonté des peuples n'est pas à la merci d'une bataille. Il peut y avoir quelque temps encore quelques hommes sur le trône; il n'y a plus de dynasties. La démocratie s'avance de tous les

124 LB téêmn

tùlè». à la fbw puittaBte^ irréristîMe, vielorieaBa, par femhousîMiiiê et Feifroi' qu^dle inipira

„Sai» doote Ifl démocratie trionipliera^ Cait Pie IX qm porte la doctrine de FlHiinaiiité ; ce n'eac pas le ezar, et ce n'est pas èatwznUife Ro* bespia*reou Louis, Biaoc. La terre ftatale de la démocratie, c'est FÉgliee/*

l\ s'arrête.

— J'ai voulu, me dit-îî, montrer comment fe mouvement actuel se lie au sage mouvement que Pie IX lui-même a imprimé à la politique italienne.

— C'est très-bien, répondî's-je. Je regrette seulement cette petite personnalité contre M. Louis Blanc.

n me dît avec assez de brusquerie:

— Âfa I tant pis, c'est un de» bommea. que je n'aime pas.

Je ne voulus pas le chicaner.

— Continuez, lui disr-je*

„Point de psrrti contraire au parti répuUîcain! Point d'équivoques sur h portée de ce principe: la meilteure des républiques, c'est la répirbliqua. n n'y a nulle anlre république possible que celte qui a pour devise: Liberté^ égaiMj firatemiMI Pour nous, catbollques, qui peut nous empêcher

PAR «.'avais ♦♦* 12$

d'embrasser de toute l'énargie «de no» âmes un av««ir "qui 3^o&e à nous raoroanaut de ^s trois symboles?"'

Je J'int^rrompU encore.

— C'est parfait! Yiius scèllei â'aUiance de k religion avec la république. Uexci, vous nous ouvrez les portes de la France.

-^ Vous Groy«2 «pie ^olre fiénéral sera conu»t?

•^ comment, tnonsieur **? «tais ans aucun 4oute. Vous ne pDU¥iez rien écrire qui enftràt mieux dans ses vues. La république des oarbo*nari pourra nous faire sortir de Rome. Dans cetle pré<rision, il est enchanté é% votre république, qui nom acc«eiilera comme des pros*crits.

Il ne me répondit que par un Bourire.

-^ Cet article va paraître immédîtleineilt? lui 4is*fe.

— Vous l'aurez demain matin en premiers- Paris, me dit-il. Voici maintenant celui que j'ai préparé pour qu'on soit favorable à voire ordre dans le Gouvernement nouveau. Vous verrez que je .n'y vais pas de main morte, et que |e prends le taureau par les cornesL Si je faisais timidenumi voire 4>pokiigie, on ne me lirait pas. Je vais vous peser comoie la pins Jiaute expression 4e l'idée déÊ^lmtiiHmmt.

— C'est hardi, cela!

— Écoutez plutôt Je n'en fais pas d'autres. Il faut éblouir son lecteur. C'est par ce singulier moyen que, depuis dix ans, j'ai accoutumé mon public, les évéques comme les autres, à se courber sous ma dictature.

Et il lut ceci:

„0n a osé écrire: — Le Jésuitisme, c'est la contre-révolution. — 11 faut être bien hardi pour avancer de telles erreurs. Non, le Jésuitisme n'est pas la contre- révolution, il est au contraire LA révolution!"

Ne vous étonnez pas, mon Père; vous verrez comment je vais leur faire avaler l'ajQTaire.

Il continua.

„La Révolution! telle qu'elle a été faite depuis dix-huit siècles par le Christianisme, dont il est la végétation puissante.''

— Le tour est habile, me disais-je; le Jésuite le plus retors n'eût pas trouvé aussi bien.

„Mais comment? — Le Jésuitisme, n'est-ce pas Vabaolutiàme , le despotisme, le droit divin? — Non. 11 place l'origine immédiate du pouvoir dans le peuple ; il sympathise avec les institutions américaines; il fonde ces Réductions du Paraguay,

PAR L'Aimé *♦♦ 127

lé plus briHant îdédi républicain qu'H ait été encore donné à f homme de réaliser. Étudiez soVi organisation intime: quel merveilleux rapport avec la société moderne! Tous les trois ans, il réunit en conférence générale les députés de toutes les provinces où il réside; il possède une Congrégation générale qui exerce le souverain pouvoir, qui législate; il élit son général, comme la République son président, à la majorité des voix. Ce général est chargé de l'exécution des décrets du pouvoir législatif; il ne gouverne pas arbitrairement ; il est des . cas où il peut être déposé ! Où est donc cet antagonisme incessant que l'on prétend introduire entre le Jésuite et la société moderne? Nous le cherchons, nous ne le trouvons pas. Nous trouvons même tout l'opposé (*)."

— Oh! monsieur ••*, lui dis-je, mais je vous aime trop! Ce sont mes idées que vous venez de développer et que je voudrais voir accepter par l'Ordre. C'est ainsi que nous ferions du bien dans le monde. En cessant d'entretenir le dualisme fatal entre notre ordre et les idées de liberté, en modifiant nos tendances, en nous imprégnant de l'esprit moderne, nous ferions un bien immense, nous cesserions d'être suspects...

— Prenez garde! me dit-il. Ce que j'écris

(}) GitAtion textuelle, ainsi que pour les articles pr^ «Menti.

128 t.B 4S8WTB

Jà, cVist pour le publie* fie n'est pas pour vous, «es r^érends Pires. Je veux ^u'en me lisant, on dise en France: — Ces bons Jésukes, comme on les calomnie ! Mais non pas pour que vos Pères disent: — Nous otions des absolutistes^ des amis des royautés, devenons les amis des constitutions dénKKcraliques 1 Je n'ai pas du tout ces pensées.

— Pourtant, monsieur, Tune des consàfueaces les plus simples de vos principes serait pour nous d'adopter au moin^ une ligne politique libérale.

Cet homme prenant une mine froide et jetant sur moi un singulier regard:

*- Mon Père, votre ordre a bit jusqu'à ce jour 4e grandes cboses. Qu'U continue sur ie même plan! Sint n'eut aunt.

Je ne me tins pas pour battu ett face de notre incroyable apologiste.

— C'est précisément pour qu'il fasse ce bien ^ue l'Ordre doit sympalbiser avec son époque. Vous cherches à le faire vous-même?

— Oh! moi, ce sont paroles de journalisle. Quand je dirai , dans quelques mois , le conUraire 4e ce que j'écris en ce moment, on me croira encore.. Faites comme moi. Je puis changer de paroles selon le temps; de ligne de conduite, jamais... Vous savez très-bien notre but défîmtif... seulement je retourne la casaque.

£t m'ayant salué, ce bizarre personnage, guj

PAR L'àRBÉ **♦ 129

chpû» a pesé si étrangement sur les destiiiécs> àm catlieilicisiiie et a exereé persomielkiiieiit sur Pie IX une. influence si néfaste, s'apprêta à sortir. Je le remerciai beaucoup. Je lui dis:

— Notre Gsénépal- recevra demain une lettrei qui lui apprendra avec quelle bienveillance, moiir sieur, vous êtes entré dans sou plan de conduite.

— C'est ce que je voulais, dît-iL £t il se retira.

Il y eut un étonnement général dans W monde^ à la lecture de ces philippîqu<>s républicaines; Jus* que sur le tapis vert où s'élaborait la feuille si souple aux volontés du Père Roothaaa, on avait repoussé, sur une première lecture, ces avances trop chaleureuses à la démocratie. Mais le ternibie dictateur avait tenu bon.

— Vous êtes des enfants! avait-il dit. Je ne risque rien, je ne m'engage à rien, fet je sers une Société puissante qui fait renouveler nos abonnements en province et à l'étranger. 0 hommes de peu de prudence! songez aussi à la caisse. Ce ne sont pas les curés qui diront au confessionnal: — Ne lisez pas les mauvais journaux; abonnez- vous à l' Univers I — mais bien ces bons Pères Jésuites, que nous ne saurions trop vanter.

— Vous nous engagez trop avec la République!

— Pas le moins du monde, messieurs! Si la République réussit, nous chercherons à obte^* nir. d'ellee le plus que nous pourjnons; et nous^

ferons valoir vis-à-yis d'elle notre enthousiasme du premier jour. Si elle succombe, nous nous jetterons sur elle arec assez d'entrain, pour que ses ennemis vainqueurs ne nous fassent pas un bien gros crime de quelques compliments échappés à la plume.

Nous flattons Rome pour le moment, et c'est beaucoup. Or Rome, pour nous, je vous l'ai dit cent fois, ce n'est pas le Pape, c'est le Général des Jésuites. D'ailleurs le Pape a eu la fantaisie de faire le libéral. Il ne peut pas se contredire en nous blâmant. Quand il repoussera le libéralisme, ce qui peut bien ne pas tarder, nous repousserons le libéralisme nous-mêmes, plus haut qu'il ne le fera. Le grand art, par rapport à Rome, c'est d'être toujours avec elle, dans sa politique du quart d'heure.

Émigration du Oesh.

Je fus heureux dans ma grande négociation en France. L'année 1848 ne s'était pas écoulée que nous étions forts sur toute la ligne, et que, sous la loi protectrice de la liberté, les Jésuites

PAR L*ABBÉ ♦** 131

pouvaient s'installer en France au grand jour, sans qu'il vint à Tesprit de personne de leur dire: f^Hommes 7u>irs^ £(yU sortez-vous f^^

Il est vrai que, dans mes espérances de réussir auprès de notre Compagnie, pour Tamener à une indispensable réforme, j'avais fait aux hommes de la République beaucoup de promesses, toutes renfermées dans cette grande idée , „que, bien loin d'être des ennemis de l'ordre nouveau, nous en aiderions le développement."

Notre parti était donc devenu puissant et du côté de la démocratie, qui, voyant ma loyauté, ne pouvait soupçonner d'une ingratitude l'Ordre dont j'étais auprès d'elle le représentant reconnu, et du côté des hommes de la réaction, comme on les appelait alors, qui comptaient beaucoup sur nous par notre double action dans l'enseignement et dans la propagande religieuse, convaincus qu'à un changement de régime, l'Ordre ne se ferait pas le défenseur des idées démocratiques et retournerait à ses chères théories absolues.

J'en fais aujourd'hui l'aveu, j'aidai, involontairement, les hommes de la démocratie à se faire illusion sur l'Ordre, et j'ai contribué puissamment à Ae faire revenir en France, triomphant et honoré, organisant de magnifiques collèges et ayant repris dans les provinces une influence morale qu'il eut à peine dans ses plus beaux jours, sous l'ancienne monarchie. Si ceux qui fièrent mes frères m'en gardent une parfaite

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ingratitude, je n'en ai pas moins la conviction ée rémineot service que iVi rendu à l*Ordre. Est Devs qm judzcet. Que Dieu prononce entre enx et moi!

Les seuls habiles, dans tout cela, avment été les honunes de la réaction' et le Père Rootfaaan, qui, je l'ai su depuis, traitait avec eux par un autre émissaire» lis se trouvèrent avoir catculé jusie. Les démocrates avaient été des crédules; moi, un enfant.

Cependant la coprespondai^e de mon boD Péffe G... me tenait au courant des événements de Home. Un cri unanime^ en Italie, demandait la gMrre contre rAutriche pour conquérir Fiadépendance nationale. Pie IX essaya de comptûmer ce mouvement, et refusa de s'associer à Télan général. Dans son double rôle de roi et de^ Pontife, il déclara que le I\>ntife devait pricner^ et qu'en qualité de père de tous les chrétiens il ne pouvait pas autoriser une guerre. Il écrivit à l'empereur d' Auiriche< une lettre natve', qui restera un curieux monument de la coolradiction absolue de ia> royauté et di» ponNfiicat ékms le même homme, par laquelle il conseiliatt à l'empereur allemand de se retirer de l'Italie du JNord^ parce que les Italiens ne voulaieiil plus de sa souveraineté. Délieteuse plaisa«iterie' faite sérieusement, en plein dix-neuvii^ne siècle, par le cliefi de. la catholicité, ayant l'honneur é'étre te' rel de l^s. belles provinces, appelées les États dSiTÉglisev

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<fui fupent airtirefois le ceotre de la grandeur romaine.

Qu'appès cet échantition ^e science gouverownentaie, les lioaitnes sérieux de Fltaite n'aieat pkifi regardé Pie IX que cofame un souverain complètement au-dessous de sa tâche ^ pis cpie eela, comme un transfuge, je me l'explique parivitement aujourd'hui. L'heure vint où elle se prononça, à Rome, eetlie parole qui était le i>eienda ùaaihago: „Plus de gouvernement des prêtres !^^ Le parti démocratique déborda en quel* ques mois ^ ces libéraux limkles qui attendaient, comme le Père Ventura, iout le développement de la liberté des concessions généreuses de Pie IX. Celui-ci ne fut bientôt qu'un réactionnaire auquel oo imposa an gouvernement représentatif, et qui, amoncelant les fautes, alla déclarer en plein consistoire, devant le Sacré Collège, qu'il tenait comme non avenu tout ce qui se ferait dorénavant dans le gouvornement temporel à Rome. Singulière dkh dication! Révolution proclamée par le souverain centre lui-métne ! Abandon à ses sujets du mettvement des affaires, c'est-à-dtre crise t^rible qui devait finir comme elle finit, par le départ du Pontife-roi et par l'appel de l'intervention étrangère, afin de mettre de nouveau sous le joug de l'absolutisme restauré des peuples devant lesquels la papauté la première avait fait luire des esporanoes de liberté!

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