‹ Le jésuiteChapitre 31 sur 32 · LE 1É8U1TB · texte numérisé non relu

LE 1É8U1TB

Tels forent le grand malheur et Tinconséquence visible de Pie IX.

On comprend que les premières menaces de la démocratie iMtée durent tomber, à Rome, sur le OesU. Le cauteleux Roothaan yit venir Forage avec un admirable sang^froid. Devenu l'ami de la réaction, sûr maintenant .des haines implacables de la démocratie romaine, il ne pouvait espérer que dans un bouleversement général.

A peine il sut qu'on avait demandé l'expulsion des Jésuites, qu'il alla trouver Pie IX.

— Très-Saint Père, on nous menace. Noos ne voulons pas ajouter ici aux douleurs de Votre Sainteté, et nous partons.

— Mais, mon très-révérend Père, la détermination est bien grave; on ne se décide pas de la sorte sur quelques cris proférés.

— Très-Saint Père, notre parti est pris, et en cela nous servons les intérêts de Votre Sainteté. Lorsqu'on verra que la Compagnie a été obligée de quitter Rome, l'Europe comprendra que votre position n'est plus tenable, que vous êtes prisonnier de ces misérables révolutionnaires, et elle viendra vous délivrer.

— Non, non, de grâce! ne faites pas cela! je vous le demande! Vous hâtez la catastrophe. Que vont devenir les autres ordres? Mon Dieu! que je suis à plaindre !

Roothaan, qui savait comment prendre le Pape, avait parlé d'abord en homme résolu. Venaient

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les lamentations; il n'était pas de trempe à s'en effrayer beaucoup.

— Très-Saint Père, croyez-en vos amis, sinon les plus intelligents, du moins les plus sincères, nous vous sauvons ! Oui, Saint-Père, il faut hâter la catastrophe ! Sans cela vous languirez dans des luttes impossibles, où vous perdrez tout: la paix de votre conscience, l'honneur de votre dignité royale, votre vie probablement, car de quoi ne sont pas capables ces infômes!

L'argument était direct.

— Partez donc! Mais, mon Dieu! que vais-Je devenir ?

— Gum autem 'persequentur vos in dvitate istây fugîte in aliam,

— Vous en parlez à l'aise! Vous trouverez un asile sur tout le globe ; mais les rois ne partent pas impunément de leurs royaumes.

— Sauvez d'abord l'Église! La royauté sera sauvée en même temps. L'Église, c'est vous, Très- Saint Père. Secouez la poussière de vos souliers sur ces méchants! Vous reviendrez triomphant, comme Pie VU, aux acclamations de deux cent millions de catholiques. Songez donc combien vous êtes fort! Les politiques eux-mêmes vous restaureront. Ils ont peur, allez! de l'opinion de ces deux cent millions de catholiques. Nous nous chargerons, dans toute l'Europe, de faire valoir l'argument.

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U en fallait meÎDs po«r conTahicre Pie DL II fut sur le point de répondre à R<)othaan: Vous ébtA UD frand homme!

Les Jésuites se disposèrent à quitter le Oesk. Leurs clients du Transtevere vinrent offrir à la Révérenoe leurs cœurs et leiirs Lras.

Elle répondit à ces braves:

— Nous reviendrons avec la papavté, qui ne tardera pas à s'exiler elle-même.

Les Jésuites donnèrent à leur départ tout le caractère d'un triomphe.

Toutes ces nouvelles, avec des détails minutieux qu^il serait trop long de rapporter ici^ m'arrivèrent à Paris et me causèrent un vif chagrin. Je n'avais plus à compter sur le Pape, devenu aussi Jésuite que Roothaan. C'était bien peu le moment de prêcher aux Jésuites un revirement complet de politique. Il paraissait bizarre de songer à donner le conseil d'une semblable stratégie.

Je m'y déterminai pourtant

PAR h'Axeé *** iSJ

Memorcmdum^

Je ne pensais pas que le Général pût me soupçonner, le moins du monde, dans l'entreprise hardie que j'exécutai à l'instant même. Je crus rfaeure venue de frapper fort, d'étonner cet homme implacable qu'une révolution n'effrayait pas, et qui se retirait le front calme devant la tempête. J'osai penser que, si cet homme était invulnérable aux coups du dehors, il ne le serait pas à cette arme nouvelle, qu'il ne soupçonnait pas pouvoir partir du sein même du Oesh.

Je rédigeai, sous la forme la plus simple d'un Mémorandum, mes raisons pour la Société de Jésus, dans la situation présente des affaires européennes, d'adopter une ligne de conduite morale, politique et disciplinaire, Yliffér^nte de celle qu'on suivait depuis sa restauration.

Je démontrai avec force, en quelques pages, 'que tout avait changé dans le monde depuis le siècle dernier; que les révolutions auxquelles nous assistions en étaient la preuve; que l'organisation sociale se formait sur d'autres bases ; qu'il y avait donc intérêt, pour l'Ordre, à se mettre au niveau de ces transformations profondes de la société

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