i£ liWBrs
mèm, doMt von» éle» ea<H>i^ le r#|^é9«iila9t 4iii» k publicité euroféenoe.
Je puis vous déplaire, bèaucAup voua déplaire ëaiis oaefl lifres, puisque j<» ne pense pas owame voua; i«h»s f«'ils saient une aiiaque i la jreHgion eèle*Biéai9, e'est oe que Toire parole q^ pcffana^Nm k pcirsonne, parce que c'^st une faipseté patenter nnei 'mégm calodainieu
Voua me demandez pourquoi alora je ne ni9 noeame pas.
J'ai dit, dans mes préface^^ lea gravoa motiS» peur lesquels j'avais dû taire mon n«m* Si U» ([n'es étaient médiocres, sans portée, même av^ wi nom , teut sombrerait dans T^ubli , et I0 mm. et lea livres. S*ila avaient une sérieuse valeur, fe Bom devenait inutile; et j'empoissonnais, pour mae glaire d'auteur, toute ma vie sacerdotale.
J'ai fait cela, et j'ai raisonné ainsi: c'était mon droit.
Vou9 eussiez voulu autre cbos<^, je le vois bien, excelleni monsieur Yeuillot. Vous, vous temfts imnensém^nt à savoir mon nom. Cela emtr^ dan» vos Gonditi<His de polémique. Quand vous a,v«2 maille à partir avec Nav^ ou avec Greiucbe, vo^a étea enobanté, de vous escrimer contre les aonaa de Gretucbe et de Navet. Vous trouyez cela api* ijtufl Et si Navel et Grelucbe ont eu qu^lqtie» boMsa raisons contre vous» babÂle bomma, ?oiift cQ»[^z assas sur la naïveté de "vm laciam^ d§i
PAR l'MIB ^^ »
iMUrfe religieux pour sa?onr qafih se eonteBU^ ront de vds facéties sur ke noms 4e Crretudid ë( 4e Navet, et ne songeront pad à tous dire: Hé! les raisons de Naret et de Greludie, y répondrec^ ▼on»?
Mon nom tous ayant donc manqué, -^ je suis Men mécliant, avouons^^Se, de tous priter d'nœ iatisfection aussi innocente, — tous m'en avec fabriqué un. Je sois pour tous: L'ugsbi^ Tro»- Étoeles. Ce n'est pas mal; il y a là un petit rien de poésie dont je vous sais gré, Franehcn ment, c'est plus honnête ifue Greluche, moins restaurant^bomlkm que NaTet. Merci, merci I toRs ne m'avez pas appelé Babouin. Votre dictionnaire De se sent plus autant des fré<{uentations de Totre adolescence. €e qu'on gagne à vtTre un peu avec les lésirites!
Donc Phwnble Trme'-ÉtMea était deTanC vous, BTec son artillerie formidable. Je vous vois parcourant ces effrayantes pages,
•-^ Mais c'est ain*eox t Mais c'est lerriblel Mais il n'éparg^ne rien, ce scélérat d'abbé! Oh! ees abbés qui écrivent! J'en ai bien éreinté. '— Ge- Idi^à n'y ta pas,- comme ses pâles prédéceesewrs, avec des coups d'épingles. Comme il manie la massue f — Peste de ton abbé ! iMs qui peut-il être? n cotmatt bien les détours du sérail! On jurerïiit un ex^secrétaire intime d'évêché, un exjésuitè, qui sait? Peut^tre plus encore. MaiSice DTeit pas poAnble. Les entërréi de Saint^ttMis
80 tzmonM
B^iemeBt pas. — Quel est donc ce diable d'jAbéf il me damaera, cet abbé.
Yous avex ^dU cela, vous ave? dû le dire. Mon petit doigt ne me trompe pas.
Mais TOUS n'êtes pas seul, il y a la sainte emnarilla. Quels cris de paon! Quel vacarme! Elle a poussé d'immenses gémissements, eomn» ame femme dans les douleurs. — Un prêtre 1 un prêtre ra'attaquer, porter sa main sur moi immaculée, sur moi si dévote au Pape, si pure, dans BMS principes que toute opinion du Pape est un dogme à mes yeuxl Quelle horreur! Monsieur Yeuillot, vengez-nous! il faut écraser cet infâme!
— Mais que faire? grand Dieu!
— Bon! est-ce que vwis êtes en peine? Faites comme autrefois, comme toujours. Dites que ce n'est pas un prêtre; que c'est im de cesAiS^trûms d^crgueU qui composent la Société des gens de lettres.
— Hum!
— Alkms i&fkt I pas de vergogne. En auriez- Tous maintenant? Il faut mardier jusqu'au bout. Monsieur, à l'œuvre! un coup hardi! Affirmez que le prétendu prêtre n'est autre chose qu'un libre penseur.
Yous avez trouvé l'idée passablement stupide. Un reste de raison qui a survécu au pathos de Borne et Lorette vous a dit que la France intelligente, le jnonde littéraire, de Saint-Pétersbourg à Calcutta, ne croiraient pas cette facétie.
PàM h'àmà *^ SI
MttB il faHait céder. Pauvre newiewr VeMUoi, TOUS avez été maitre absolu dans la calcrie dea pon, si maître qu'un beau jour yous atei pris peu poliment par la main un comte-marquis, tm iils des croisés, et que vous lui avez dit: — Très-èaut et très-puissant, tous ne resterez pk» daw b boutique. — Les temps seraient^iis changés? Votre parti tous <Kcte*t-il des lois et vous a-t-il imposé l'obligation d'écrire l'article: L'homiLB Tacm-ÉToiLEB? Cela n'est pas impossible. Et je soupçonne le Monde^ ce traître de Mùnâsy de reubir prourer, à toute la catholicité, que tous baûsez temblement dans tos homélies, et qu'on aurait bien tort de penser que tos premiers* Paris de V Dmvera étaient supérieurs à ceux de MM. Coquille, Cbantrel et Maumigny; et, pour preuve irréfragahte, le M&nde^ en annonçant Totre jSnàe dw Ubres peMewSy s'est hâté de donnw, ôoBune primeur du liTre, Totre article contre moi.
Ce malheureux numéro du V^ ootobre 1864 est allé aux quatre coins du mmide catholique. On l'a la diez les évèques: Tiens! M. VenÛlot baisse bien! — On J'a lu chez les chanoines: — M. ¥eaillot baisse bien! — On l'a lu châz les Bénédictines, chez toutes les Sœurs: — Ce bon M. Veuillot baisse bien. — Les sacristains l'ont h: — Ahl qu'il a donc baissé, M. YeuiUot! — Et TOUS aTes eu le coup de pied de Fane.
— Aussi pourquoi écrivait-il ce stunide artide contre l'aoteur du MaudA et de 2a JUU-
giêmel Si teui son livre est d6 cette ^ faibleaie, quelle chtttel De profmdtal
Mais revenons k T«tre mauvais article. Yens aviez contre moi des grieb à faire valoir: pourquoi ne Favez-^vous pas fait? B fallait rq[»eiidre la thèse du Maudà et de la Religieuse^ défendre, à vos risques et périls, la Secte que j'attaque et dont vous êtes le chef avoué. Vous étiez là daos votre rôle et dans votre droit. J'ai été sévère pour un certain dom Lecreux ; il fallait défendre dom Lecreux; j'ai malmené l'évéque Bigut, et j'avoue que, pour un abbé, j'ai été un peu hardi; il fallait me tancer de la. liberté grande; j'ai flagellé k publiciste, le grand publiciste Falot, qui à écri^ 2a Mcdhoninête Femme, — vous, vous avez écrit t* Honnête Femme; — vous pouviez défendre Falot, vous porter fort pour Falot, me provoquer même, pour soutenir la gloire de Fak^ Je vous aurais aimé de vous poser ainsi, devant moi, en loyal adversaire* Nous aurions échangé quelques bonnes pages; cela fait loiqours passer «ne heure ou deux au public qui aime les gens d'esprit
Pas du tout: vous entreprenez une thèse impossible: que je suis un membre de k Seciété des gens de lettres, un choee, un pauvre diable; quoi de plus? „un Labre littéraire." Oui, vous me comparez k saint Labre. Voilà du complet mauvais goût Et je déclare que ma oonseience, bien calme et bien imioeente devant eUe^méme^
PAR l'abbé ♦♦♦ âS
malgré ses hardiesses contre votre Secte, ne souffre pas le moins do monde „ci0 la vermine que Lobre se canfientaU de souffrvt sur sa pemê,** hr œtte THaine comparaison, qoi est de tous, et qne moi, tout infâme que tous me dites, je ne me permettrais pas, quand il s'agit d'an mendiant eanonisé par Pie IX, vous n'êtes pas honnête pour oe malheureux saint, et, soit dit entre hommes qui écrivent, vous êtes grossier pour moi.
J'ai été malmené, dans une de vos revues, par un monsieur qui ne se gêne pas pour employer des termes équivalents à ceux de vernsCne^ de gcus qui asphyxie^ de boue, A^infecHon^ et d'autres élégances qui composent votre palette littéraire et dont vous émaillee l'article misérable que vous m'avez consacré; mais je le tiens pour un garçon qui a quelque franchise, mauvais écrivain, oui, distillant l'injure jusqu'à l'impudeur, exactement comme vous, mais ne prenant' pas, quand il s'agit de moi, le nom d'un port pour un nom d'homme. Il loi a répugné d'entrer dans cette pauvre voie de défense contre les deux „romans fameux,** — ▼OQs les appelez ainsi, — qui consiste à ne pas en accorder la paternité à un prêtre, pour la décerner à quelque membre de la SocMté des gens de lettres. Ceci est bonnement stupide, et ee nonsiem* brutal envers mot, autant qu'on puisse fétre enven un abbé anonyme, n'a pas voulu être stupide.
^ Yons, à bout d'idées et de raisons, pour al« I »
kn0»r Yotpe «ivgr« avtîcle, ^w v«Pi^ èU» ji|é sar celte pitoyable inv^oUon:
«n ne se contaato pa» de {«i» loodesteiaem sm nom ; il praiud encora we qualilJi qui ne M appartient pas^: Vçièbé TroianBtoik». U i^arge aar {âwve ccoiaçience d'w measoojg^ qm est on même temps im vol . . . U &ut pourtant s'^ittendre à 1^ YW assumer sa gloire. Un joiu*, étant lui-même s9n masque et montrant sen visage plue yjj encore, il dira tout fier: ^C'est moi, un tel, 4e la Société des gens de lettres^''
Yous avez écrit eela, .monsieur VeuiUot, V0u& l'avez écrit. Et, pour mieux rendre votre idée, leus me mettez beaucoujp au«4essoas du larrov^ qm dérobe \m inMimihoir^ bien oonvaiDca. y,qa*4Ma ne s^ous reprochera pas de faire des^as6Îioiiaiyion^ odieuses.'^ Saint homme 1 Non, vous n-étes pias oajpiahle de comparaisons peu chrétieuaqesl V<uin trouvez* tout naturel de dire qw f^ime^e PA»^ Tm^alùéi qm j^ d^arns. le dergé p<mr diffamer Uk Treligiofo,, que je fois um ouvre fiwlhifmit^ «m t^cwail infâme. Tout ee^i ^cfouk S0fis wtce phime avec une facilité charmante*; vous, noeo^mh* Qonnez pas qu'il f ait rien là eonirci la- idharitiw Yons ne craignez pas de cAanjrer vot^re jMktmr^ oûMci&aee de, meneoffigee etde'cakm^Êie». Yjw» ne voyez rien là cosotre la justice iq|u'«n hiewungi attend d'un autre tj^mine^ votive, lens moral ab s'élève pas jusque-là; et, si mon nom était ii min. Uti^ef.et que ie fisse aiiflpel.auxai«bim«iX'4einoa
PAS L'AttB ^^ i5
pifs 0Mikm im in(wUtion9 dribttweoMi de twi» et des "fiôlreiiy iMs seii» tout wirpm de «ow entendre condamner ipeur difikniatioD s — €ei mi^ sénèles juges, diiiei^vocis, se 8«^ lakisé gigiMMP ptr les loges naçomdqaes.
Cest qu'il y a un honneur, mie jusliee qm «sas UB soupçonnée pas. Vous ^lîscil}^, «ree une BRrmHenso candeur, Tinjure la pins outraf^ante^ eoihme la bonne petite abeille condense son mek Rien, hélas! no tous oorrigm^ snroe point \wè penses plaire à Dieu par vos haines, sacrer la foi eo jetant l'insulte au front de quîoonqoe vmm parait im adaernra Le monsonge, pearvn qn'il soit powr kl boHM canse^ i^ous semble «ne apma pore» €e oont des ennemis, dîtes^ous: fins ifn ho9$e nguânmêt
. Il TOUS faudra las clartés d'une autae vie poor édaiper i^tno conaeience «or ces singulières irfoer^ rations de polémique chrétienne. Vous ailes à 4a oonniQnioii^ «n posairer^ «n sortant «de vos ^cubtationa iiré»é»eus6a, aprèa avoir pris un bom«iè qae iwos ne conoaiaeea pas, ^e -votre fci voua eoHDaanderait d^aMer, si vovs oawpneniea tertre M,- et, apaës avoir entassé sur cet bamme pins d'injures et de brutalités de pénales que n^en aonpQonna jaiMûa le plas adhalué pfalon, totre oaMoieDee ne ttaus fait pas un reproâns. fit vons ▼oe» ditei» «voc •bonne dinc „Maia je «uis va» fe»* vent calbctfiquei'^ It wub ne «onlee: pas quel lies #1 nanda, incapaUH «e^ s'eaplii^ar par
86 LE mtUTi
fuels détour» étranges de barbare casuistique, oa arrive à de telles aberrations en fait d'bonneur, de charité et de jostioe» prennent en horreur les robustes catholiques de votre force, et préfèrent mille fois les honnêtes incroyants qu'ils rencontrent sur la rue.
Vous les avez pourtant amenés là. Moi qui ai étudié de près des hommes qui vous ressemblent, je me rends compte de cette bonne foi effrayante par laquelle, comme il est dit dans l'Évangile, on croit servir Dieu en persécutant les hommes. Je vous comprends, malheureux égarés par des baînes fanatiques; et, au moment où de •ang-fr(»d vous^ déversez sur moi le plus de fiel que vous pouvez tirer du fond de votre cœur, je n'ai qu'une chose à faire, vous donner votre par* don, comme on pardonne à l'imprudent qui vous heurte, au buisson épineux qui vous déchire la main.
Et d'ailleurs, monsieur Veuillot, vous étiez ainai fait C'était votre nature; vous aviez besoin de hrir. Mais vos haines vous servent mal. Vous ne pouvez pas comprendre que vous donnez un bapléme de gloire à toute œuvre sur laquelle votis portez vos souillures.
Les nobles et douces paroles que j'ai reçues, de toutes parts, sur mes deux premiers romana. me sont bonnes au cœur. Toutefois je puis y supposer au moins de l'indulgence. Mais quand ils sortent de voa mains, qu'ils eaH j^aaé. aaua
PAA L'âWÉ ♦♦* 31
votre Muflle, que votre regard de beetîatre les a dévorée, comme des suppliciés dans un araphi* théâtre, ils sont pour moi des martyrs. On peut mettre sur eux la palme, et écrire en lettres d'or au frontispice: JhmUtés pcar VeuiUat.
Vous décernez donc l'auréole aux écrivains que vous pensez flétrir. Quelques natures chagrines, ennemies de ce qui est grandeur, lumière, liberté, peuvent vous écouter et s'en tenir à votre parole. Les masses courent aux livres que vous leur défendez. Elles n'ont pas de guide plus sûr, pour discerner des pages chaudes et généreuses, que votre haine.
Je savais ces choses, et il me semblait déjà que vous manquiez, par votre silence, à la consécration du Mimait et de la Religieuse. Tout cela m'est 'venu à son heure, et je le regarde comme une bénédiction. Toutefois je ne vous remercie pas. On ne doit rien à qui nous jette l'injure, même quand cette injure devient, aux yeux de tous, légitimement un titre de gloire; mais je prends acte, pour mes livres, de la vio^ lence des coups que vous avez dirigés contre eux* des eelères qu'ils vous ont inspirées.
Puisque vous m'y avez forcé, j'ai dû régler définitivement mon compte avec vous, et montrer ce que valent vos attaques haineuses.
Selon vous, finavUe h Diem^ h la conacience, à la pudeur.
88 LE ëiutjm
Selon ?auSy fe ns sm$ poM «n aibi^ maû uu vè&mire de la Société deê gentt de lettres.
Je crois bien résumer tt, dans toute kur énergie, les griefs pour lesquels tous me faites figurer parmi les libres penseurs.
Or quelle ne. serait pas la surprise des lecteurs du Mavdtt et de la Religieuse, qui vous auraient cru sur parole, lorsqu'ils liraient des
Eages dans lesquelles pas une allusion même ne lesse la pudeur, où tout est foi, dévouement, sacrifice, où les héros sont purs autant que des anges, comme Julio, dans le Maudit, ou reviennent courageusement à la vertu, en présence des tentations les plus séduisantes, comme Lonbaife, dans la Religieuse.
Ajoutons que je sois resté scnïpuîeusemfent, et par conviction, d^ans la donnée catholique; et, 'je le demande, où sont donc les grandes insultes i Dieu et à la conscience?
H est vrai, puisque ces Kvres sont des romans, ih mettent en drame tes tbéortes qu'ils veulent rendre' popnlsrirtes, dtr mfîls veulent combattre. Quand Molière créa soii misanthrope^ soti Avare, Bon Tartufe, il prit dàns^ la mtfire quelques ty- 1^8 d'avares^ de mîsrantbropes, d*lrfpocrites; il ne diffama pas pour eefe tels et tels* heimétesr gens. A votre compte, M n'y aurait pas de soèae dramatique possible; vos honnêtes gène te reoen-*
PAU i/àMi *♦♦ 38
«MtMéént ^«ilovt, «t €f ieraîent, comme yooS) à là diSiiiialîon.
Qv^i-je fiiU de ptan, à part le génie, qae lali^ dans ses pièces iniraortellee? J'ai choisi nés lypee; mais ^ai greopé aatour de chacan d'eux teul ce qm poorait les compléter, en faire l'iééal que je Yovlais ^rir à h verge du ridicule. Et Toiei que toos sdka prendre ces conceptions de Fnt pour des portraits! Il y a un certain Falot, un cerUnn deoi Lecrenx, un certain évêqne Bigot Vans croyes donc que j'ai si bien peint mes hommes d'après nature, qifen n'ait plus qu'à dèdiner le nom ^ chacun d'eux?
Quel esc dora Lecreux?
— C'est bien «inpie, direz -vous. C'est do«*»«.
— Ah! malbeiffeiix! Vraiment, â y anraiC «n religienz, en France, auquel conTÎendrait, trait pour trait, l'image que j'ai faite de cet ambition éconduit qui a voulu aèselument de la crosse? Tant pis pour dom***, s'il se reconnaît là: vous loi faites plus d'injure que moi. J'ai peint un idéale el il se trouve que dom *^* a, selon. vons, jeoé k rôle nisérahle de mon dom Lecreux: qui de nous deux diffame dom ***, vous ou moi?
— Maia, l'évéque Bigut, nous le connais*
SOBSl
— Pas possible! il y aurait un cerbère de Féinseopat français aussi violent, aussi tenace, aMm emnifeux que mon Bigot? Et vous le oon-
40 LE JiJBSUTB
«laj^ez? VraiineDt je n'en reviens puu Taoi piê encore pour ce révérendissime évêque. C'est Vfus qui attachez son nom au portrait de baiaisie que j'ai esquissé. Vous dites que c'est Mgr 1'^ véque de ***. Et voilà que d'autres ont, la ma* ladresse de nommer Mgr P... évèque d'Â... auquel, je le jure devant Dieu, je n'ai jamais pensé.
Vous voyez que mes masques se trouveraient convenir à beaucoup de visages. Vous êtes bi^a peu respectueux pour nos évéques.
Je gagerais que vous avez raisonné de la même manière pour Falot Celui-là est un des types les plus étranges qui aient pu être erayoïH nés de notre temps. J'aime assez ce Falot II est original, rageur, vrai malandrin de l'Église, tout taillé pour porter la tiare laïque, en é|^e* nant ses chapelets, vrai Jésuite à faire marcher les Jésuites, mauvais coucheur en littérature, s'il en fut, ayant toutefois la verve du quart d'heure, au demeurant, un fort jouteur.
Vous me dites:
— A qui ferez-vous croire que ce Falot n*est pas un personnage réel? Mais je le connais intimement ce Falot; mais il est moulé sur nature. Et quand vous lui faites jouer son rôle, je sais si bien mon homme par cœur, qu'il me semble le regarder passant devant m'es yeux, comme de^ vant un miroir.
Monsieur VeuiUot, prenez garde: il ne fout pas tant pénétrer les choses ici^bas. Auriez^veus
PAa l'abbb ♦♦♦ 41
la piéleotioii 4e «mleiiir qu'il y a «mre Falot et* ?otre Bom plus d'un aatre rapport que celui de la rine? Voas séries imprudent C'est donc vous qoi ailes dénicher là votre image, qui prenez Tamère volupté de vous regarder dans ce por^ traitf portrait qui n'est pas toujours beau, bien qae l'idéal de mon livre ne soit pas, à coup sûr, un maUiminéte bomme. Je n'ai pas aussi maltraité mon Falot que vous l'avez fait de Greludie, des deujL Navet, de Babouin, etc., etc. Mais femebemeiit je vous dirai, à mon tour, que vous TOUS êtes imposé un rude martyre, en vous re* connaissant dans Falot Le pauvre Labre ne souffrait que sous ses haillons. Vous vous êtes donné la torture d'un homme qui se déchire le cœur de ses propres mains.
Pauvre monsieur VeuîUot! je vous croyais plus de résignation chrétienne! Cela vous a donc fait bien du mal? Ah! plume cruelle, voilà de tes ravages! tu as fait au cœur de M. Veuillot une étemelle blessure!
Je m'explique encore votre extrême sensibilité à l'endroit de Falot; mais de quel droit osez-vous me dire que j'ai insulté des hommes „paroe que je savais très-bien que ceux que j'attaquais ne donnent pas de coups de bâton?''
Je soutiens que je n'ai insulté personne dans mes livres. J'ai attaqué des doctrines dangec^était mon droit, je ne l'ai pas dépassé*
42 Ltf jésOITfir
Mak vranMmt c^sl de > l'alrMiteHei, qiiMé en i^eal posé coaiaie tows^ en imulteiir publie, de Tenir parier ainsi» Esl-«e que, par hasard, ifciavd vous, avca insntté jadis tant d'faonnétes^ libre» pen*seurs, de ces libres penseurs, selon vous, capables de tout, voos auriez reçu quelfiie^ coupa de canne? Cela ne peut pas être. Car enilii, si vous aviez ees aoiers souvenirs de vcrtre prenJètn omivre, voas n'iriez pas, Hialgré la largeur de vos épaules, recommencer contre eux «m aecemd lu belle; et vous voilà bien forcé de oonvenir ifae les libres penseurs ne sont pas plus capaUee d'isn goet-apens ^ue FaJot et autres, ^e vmis
£ Détendez reconnaître dans le Maudit et éms I Selïgieuse.
Si les libres penseurs se* permettaient de don* ner des leçons de ce genre aux folliculairee qui les insultent, vous pourriez avoir un compte sérieux à régler avec mon honorable éditeur. Ne craignez rien, monsieur: s'il vous rencontrait un soir dans les rues de Paris, disant voire cba|»elet, il ne s'abaisserait pas à lever sa canne sur vous, il vous dirait: — Vous m'avez traité, dans votre article, en termes qu'on ne se pardonne pas dans le monde entre gens qui se respectent; mais, quoique libre penseur, je ne vous tirerai pas les oreilles. Je suis tolérant devant vos in- )nres ; ne vous targuez donc pes de ce que vous et les vdtres n'allez pas provoquer les ronanoîerB qui vous Mettent eft scène. B y a kngtenp»
PAS h*kmà *** 48
que k» Vbres peDstôr» xom ^oamt Veimufk ée la modénfCioD;
Vous (Ùtes enfin, monsieur, que je ne suis point un abbé, mais bien un membre de la Société des gens de lettres.
Je pourrais être l'un «t l'autre. Mais j'anirme cjpie je n'ai point Thoniiem' 4e faire partie de la Société des gen» de lelUres, ^t que je n'ai point usurpé un titre en prenant celui d'abbé.
Au reste, monsieur, vous les Qoa&aissfiz bien peu ces hommes du monde lettré, en supposant que, pour être lus, ils vont s'affubler du bonnet sacerdotal. M. Louis Ulbach a relancé vigoureusement les vôtres, quand ils lui ont prêté ce déguisement. Outre ^ue c'eût été une mauvaise action, un bomme de sa valeur n'a pas besoin d'avoir recours à ces misérables subterfuges. VJBhmme noir lui-même a-t-il paru avec Te litre (Tabbét Le griffbnneur <fe ces |rès-mauvaises pages n'a-t-if pas voulu y attacher son nomî
Hé! monsieur» si cela n'engageait pas sa cou-*science, un abbé» pour être lu, renoncerait à son titre, et prendrait celui de mejnbre de la Société des gens de lettres!
En me su|^|iosapt un membre do la Société des gens de lettre», déguisé en abbé pour un motif do spécubtioii, vous vous êtes trompé. lourdeaient Ce titre d'abbé a été si peu l^ «Kise du
gucoè» de flMS livres, qu'il vous est facile de faire une expérience personnelle. Vous êtes l>ien convaincu de votre valeur d'écrivain; eh bien! publiez, n'importe chez quel éditeur, un roman, frère de votre HonnJête Femme ^ et, comme le premier, fortement épicé de gaillardises; gardez, comme je l'ai fait, un anonyme absolu; signez seulement: Par l'abbé ***; et je vous fais la gageure qu'il ne s'en vendra pas cinq cents exemplaires.
Comprenez-vous la force de l'argument?
Mais mon nom, monsieur Veuillot, eût donné à mes romans un retentissement plus grand encore. Et s'ils ont été accueillis du public, c'est qu'ils frappaient juste. Le monde de notre époque, inquiet des extravagances de l'idée théocratique, menacé de ses envahissements souterrains, de ses provocations de toutes les heures, a vu, dans mes livres, la grande Secte démasquée, fls^ gellée, et cela par une maiu courageuse appartenant au sacerdoce lui-même. Le monde s'est trouvé fort de ces révélations venant d'un homme qui n'était pas un ennemi, mais un hardi réformateur. Voilà mon histoire, eC voilà ce que vous n*osez avouer.
Votre article, contre moi, dans la suite de vos Libres Penseure, vous fera, comme écrivain et comme chef de la Secte, un tort immense ; et voici comment.
PAU L'ABtE *^ 4»
Vous êtes là écrivMn médiocre, vieux lion aux ongles usés, vous répétant d'une manière misérable, et épuisant ce focabolaîre de mots mai odorants dont tous avez toujours assaisonné vos écrits. Je vous ai porté malheur: vous faites une pauvre rentrée dans la publicité littéraire.
De plus on voit, à toutes les lignes, que vous n'êtes pas sincère, que vous écrivez pour les besoins de la Secte, que vous ne croyez pas un moi de ce que vous écrivez, que vous ^avez pertinemment que Choae^ — c'est votre style, — est bien une personnalité de l'Église, assez habile de la plume pour que vous ne le confondiez pas avec le premier Chose venu qui vend sa conscience à un éditeur, en échange de quelques misérables billets de banque. Vous savez comme moi-même que je n'ai pas vendu ma conscience, que j'écris de conviction, de foi, de sentiment intime et douloureux des plaies de TÉglise, à laquelle vot|« fougueux appui a été si iatal. Vous savez cela, parce que cela s'échappe de toutes les pages de mes livret, parce qu'il n'y a pas eu un seul de tant de milliers de lecteurs de ces livres, . qui ne se soit dit, s'il a été de bonne foi : Voilà un écrivain profondément convaincu.
Dès lors votre attaque violente dans le fond, grossière dans les. termes, uniquement piquântA d'ÎDtentioii, n^ast plus, pour le monde qai pos* sètie vm pnnd aentineiil de jostiM^ qu'oM té*
m CE
plM|u& Afiicielte dllsm «hif ie pacti fui sê ti^uve
Oui, monamt* 'Yeirillot, mei livres, mva lu fbraie' ^gère de roman, ont fait un mal horrible è 'rotre ISede ; ils l'ont montrée à nu ; ils Tout fait voir haineiise, mesquine, personneHe', jouant un rôle, dépourvue absolument de grandeur, de plan dans f avenir, attacbée à la lettre pharisaîque , faisant mille ibis plus de mâfl à l^fl^ise et à la papauté, par ses procédés incroyables de polémique, que ne lui en liront jamais ses advei^ saipes les plus acharnés. Ceci est senti, démon^ tré, liiis en scène, à toutes les pages des fcnnetÊX romèmal La déconsidératiMi est tetlemettt atta*cbée maintenant à cette Secte , que nul de ses ehefe les plus avoués, vous le premier, n^av^z osé vous mêler aux séances de l'assemblée de Matines, où vous saviez à l'avance que vos doctrines n'auraient pas la majorité, où M aurait f^lln vé^ë effacer devant ces iiomm^es qui se sont déridés à rompre avec vous, tafut vous meniez ra^ pidement le catholicisme à sa ruine.
^ Je m^exçlique donc très-bien ^ue vous ayez contre le MaudU et contre la Édigieuaè une haine implacable. Ces livres*-!^ noua tuent
• MalB -Se ne toent que ¥6tre école, entendezle > IneÉ. ik • ^ne feront jamais ^incvdyantA. MaI api^èslfs -éMér lot ne^œntini la^éM aSiâilie jdais
PAU ïJàni ♦♦* 41
oeumenti 4hi adora iB^Bim m\ e^furit et •«b^ Tenté. Ce ne «ont fiaa- les liiiivai» «oniQ^ les bnqim qui ont produit ke^ Solii^vee^ ce- s<Nit «em de la Seete émt vous, éte& L'âme. Vous aveat fait tant de bruit, 4aat débité d'-exlrimgaiioea» au nom. ide l'Église, que ces hommes ont cru que tous éiiea rÉglise^ que tous aviez le droit de parler en son nom; et ils se sont éloignés d'elle avec borr«ar. Je le comprends. Mes livres serviront peut-être à fliisiper leurs iUusions ; et seuls vous serez respontaUes de leur erreur.
Que direz- vous maintenant du Jésuitel Qu'il est aussi de quelque membre de la Sodété des gens de lettres? que je diflEEUiae d'honnêtes gens?
Votis dires cela; mais il sera prouvé que jt rends toute justke aux vertus privées des mem* bri» ^ la Compagnie de Jésus, que j'afttaqué seulement son plan dangereux d'influence sur le monde, ta voie fatale oà elfe s'est engagée, en se plaçant dans un antagonisme violent arec toutes les aspirations de la seciétë mo^Nitie: Comme j'ai ittgoalé la Secte ceupaUe qui a perdu le ca- Ihjlicisme^ j'ai «ignalé i'Ohdra religieuK qui vent reoMfllitiier* son ianoieiino poissaacA» en pëpMBttuI la 8«ioîétA j^ h hase, «t es vealanlMqq'etti mk mnue an .ememtonla ^ l'aneieB ré^iaiè, qjioutf que lui-même dirige, •doiiK^ttvaau, les irufHiliu >et les anat9<;rptiei^.O ,
vYMUi.dî..iiviiaw' 41 T a( là disQiiaaion hmiMk
48 LE jésuiTB-
démonstration par les procédés que peut atoner un écrivain qui se respecte. Libre à vond de faire encore de oe frère du Maudit et de la Beligteuêe un livre inttme. Vous serez dan« votre rôle: moi je serai dans la logique et dans la raison.
Terminons cette lettre, monsieur Veuillot Je ne vous soumettrai plus qu'une considération.
Comment se fait-il que, — à part les injures adressées à mon éditeur sur Fenvoi des prospectus qui annonçaient le Maudù et la Sdtgteuse, — j'aie reçu des contrées les plus éloignées, d'hommes et de femmes pour lesquels je suis compléter ment un inconnu, des lettres où l'on rend toute justice à la pensée qui a dicté ^ mes livres, au courage que j'ai eu d'attaquer la Secte, au service immense que par là j'ai rendu à l'Église? Comment se fait-il qu'il y^ait des prêtres, de» membres même des ordres religieux, assez sévère* ment traités dans mes livres, qui aient voulu s'unir à ce concert d'éloges?
Qui a obligé ces esprits cultivés, occupés des hautes questions sociales et religieuses, lewrs lettres le prouvent, à venir m'offrir un honmage qw ne peut être sospeet, s'ils n'eussent pa» eu la conviction de Fhonorabîlifeé de l'écrivain et de l'imm^ifle portée de l'œuvre?
J'ai à me prononcer entre leur jugement et h vdire. Vous êtes l'homme dont les idées sont
PAR l'amb *** 49
le pittft attaquée» dana eea litrea. Eux soat de amples spectateurs des luttes du siécleL Naturelleméat vous êtes, . pour moi, partial, extrêmement partial, comme le sont tous nos ennemis. Mes lecteurs, au contraire, par là même qu'il leur est impossible de me connaître, sont à mes yeux dans les conditions de l'impartialité la plus absolue.
Pou?ez-?ous me blâmer d'accepter leur jugement sur mes livres, de préférence au vôtre?
Je pourrais joindre à ma lettre quelques-uns de ces jugements portés sur mes deux premiers livres; et vous me diriez si j'ai dû soupçonner d'une complaisance coupable des lecteurs qui, n'ayant rien à ménager avec moi, ne me devaient que la vérité.
Je désire même, dans l'impossibilité où je suis de répondre au grand nombre de lettres de ce genre qui me sont adressées, profiter de cet écrit pour remercier publiquement le monde intelligent de ses chaudes sympathies.
Adieu, monsieur Veuillot, nous sommes aux deux pôles de l'idée religieuse. Vous la voulez avec tout le despotisme, avec celui qui écrasera ie plus l'âme humaine; je la veux avec toute la liberté, avec ceUe qui lui donnera des ailes d'or pour s'élever jusqu'à Dieu. Je ne vous convertirai point à la liberté; vous ne me ferez point descendre à aimer le despotisme, dont j'ai, I é
50 t% jéiiiiTfi
a«ec Has km fie» ei|>ril» de bob àiulst mm iih- ▼indMe horreur.
Reste de se dire, Tis-à-Tis de vos fiineste» doctrines, m loyal et franc ennemi; vi»-à-Tis dft TOtre personne, un serviteur respectueui.
Ce que j'ai l*honnear d^étre.
L'abbé ***.
PAR l/iHK «H^ &1.
PREMIJSAB PARTIE.
LES ENTRAINEMENTS.
Vi ttfattre ni mn^ad.
Je viens d'atteindre la* cinquantième année de ma vie, et f en ai passé près de trenle dans la Compagnie' de Jésus. JPai aimé eet ordre; ce fl'est pas as9e2 dire, j'ai été passienné pour lui Fj entrai avec tont l'enlhousiafitfte d'un dœor dt) dix-liuit ans, qui ebercbe l'idéal et qui pense ravoir trouvé. Dolfr-Je avouer toute Itr vérité? même aujourd'hui, en écrivant ces pages, où je m'épancherai en toute liberté, oà j'aurai k dé^ voiler beauooQp de choses, pénibles peur mor* méaie comme pour l'ordre célèbre ao^el j^ai appartemi, où il me faudra tout le courage d'une âme qni n'a pas cessé d'adorer le vrai, afin de Umt dire, même ce qui sera le {dus dur à iiioii
53 LE mOITB
amoar-propre et à celui des hommes qui forent mes frères, aujourd'hui que j'ai brisé à jamais le lien qui me retenait à eux et que, pour merci d'un dévouement immense et d'une colossale fortune que je leur ai de grand cœur abandonnée, je n'ai recueilli de leur bouche que cette parole de cruel dédain: Cecidit corona de capiie ejua, je sens que je les aime encore, que là a été ma famille adoptive, le foyer où mon cœur a le plus chaudement vécu, le champ fécond où mon intelligence a laissé tomber ses sueurs avec le plus de joie.
Je ne suis' donc pas l'ennemi de ces hommes, et ma conscience me dit que je ne suis pas un traître. Et cependant, sur le point de livrer ma vie tout entière à la publicité, d'écrire cette longue et douloureuse épopée d'une âme vaincue dans ses plus grandes aspirations, meurtrie sous les coups d'un absolutisme implacable, je sens qu'une ligne ne sera pas tracée par ma plume, qu'un fait qui concernera la célèbre Société, — et ma vie n'est pas autre chose que l'histoire de la Société elle-même pendant ce siècle, — ne sera pas déposé dans ces pages, sans que ces hommes ne disent: „Le traître!*' sans que le parti haineux et violenta qu'ils dirigent ne s'écrie Qontre moi: „C'est un ennemi!"
Je dois accepter cette condition pénible, telle qu'elle m'est faite. Je souffre à l'avance, et probablement je souffrirai encore beaucoup, lorsque
PAR l'aube ♦♦♦ 63
eet fraoches et bomblet pages auront ru le jour, àe Pinjostice de ceux qui m'ont repoussé, de leurs Tblenees et de leurs rancunes; je dois m'attendré d'eux à la persécution sans relâche, à la yengeance sans pitié. Us seront dans leur rôle; le mien sera de leur pardonner et de les plaindre.
J'ai pu craindre un moment que les dernières impressions que mon âme a ressenties lorsque j'ai quitté la Société, que les souvenirs trop amers de cette lutte suprême où je me suis perdu en cfaercbant à les sauver, déteindraient trop vivement sur mon récit Cette pensée m'a quelque temps retenu. J'étais sûr de l'impartialité de mon cœur, je n'étais pas sûr du calme de mon imagination et de la placidité de mon style. Heureusement j'ai conservé, avec une fidélité scrupuleuse, une foule de notes écrites au hasard sur mes calepins, sur des feuilles volantes, aux marges mêmes de mes livres favoris. J'ai, de plus, des lettres précieuses, des extraits que j'avais faits des archives de l'Ordre, quand j'étais au Oesh. Tous ces documents sont de dates où je ne pouvais pas penser que j'eusse jamais à m'en servir. Ils me garantissent à moi-même, je dois dire contre moi-même, une impartialité sans laquelle ces Mémoires auraient pu devenir un réquisitoire ou un misérable pamphlet
Qaelqoe chaleureuse que je sente la pensée en mw, je n'en ai pas moins l'horreur de ces exag^tions de style, qui, en résumé, aboutissent
54 LE «BOTB
à I4 calomnie. Et, quoiciue, Amu mW gMllel je n'aie pas à déverser de ealommes sur aitoaoe dee individualités de ce graod cmrps, être iiqiiste envers lui me répugnerait souyerainement: j'ai^istfos contre lui de. la vérité.
Puis je ne dois pas oublier que, si ta couronne de la royauté que confère FOrdre est tombée de ma tête, fai gardé la couronne plus modeste de mon sacerdoce. Je ne suis plys parmi les puissants de PÉglise, je n'appartiens plus à la brillante avant-garde du catholicisme. Avec les humbles et les petits, qui luttent dans le siècle et y portent, selon le vieux mot, le poids de la chaleur et du jour, je me sens à l'aise. Le Oe^ n'a retenu de moi que mes regrets et mes souvenirs; et je donne un démenti à ceux qui disent que le prêtre est moins prêtre quand fl n'est pas Jésuite.
Je me console, avec me^ nouveaux frères» dans U solitude et dans l'oubli. J'écris ces pagee, parce qu'elles doivent être de Tbistoire, et qaé md autre membre de l'Ordre ne serait amené à les écrire. C'est une dette dont je m'acquitte envers mon siècl& Je me sentirais coupable de , jDQB silence^ comme je me sens fier d'une )K)n<ie action.
De grands prcAlèmes religieux et soiobux s'agitent à notre ^oque. Il est impossible 4e mé*connaître que 1» ConapagHis de Jésusi, relativeviQiil
PAB L'âtté f** tt
petite par le nombre de ses membres, considérable par l'énergie fiévreuse qu'elle développe, ne soit, au milieu du dix-neuvième siècle, un ferment de mal ou un secours puissant dans le mouvement qui emporte la société moderne.
Avoir jeté quelques clartés sur les tendances de la Société de Jésus, sur son organisation, sur le BBObile dont elle se sert pour imprimer, à toute bcwe, l'activité au sein de ses meoibres; avoér dévoâé ce que Ton appelle vulgairement le raét d'ordre, ee qui n'est pas, comme on le pense, mi Merci pareil à celui des sociétés secrètes, mais «B principe de tactique tel que pouvaient le Qon«cevoir, dans l'art de la guerre, un Fabius ou un Napoié<m; avoir montré l'abîme où marche rapidement cette association d'hommes ardents qm je srat promis, pour la plus grande gloire de IMett, l'empire du mojide, ce sera avoir produit Mie œuvre sérieuse, avoir résolu ce qui est presque eneore on pMiblème p«ur beaucoup d'hommes 4» ■MU mècle.
56 l'B /isinri
Lutte dans la funiUe.
Les Sainte-Maure sont originaires du Poitou et Tune des plus anciennes familles de chevalerie de cette province. Je n'ai pas aujourd'hui de bien grandes prétentions nobiliaires, quoique, chez les Jésuites, on prisât fort les parchemins de mi famille, et que je fusse compté parmi les grands noms de la Compagnie, avec les Damas, les Ravignan, etc., etc.< et quelques autres pères à par* tieule. Étant plus jeune, cette pensée que j'étais un vicomte, que M. l'ainé, mon frère, était comte, que j'étais le fils du marquis de Sainte-Maure, grand'croix de l'ordre de Saint*Louis, chambellan de S. M. Louis XVIII, cette pensée chatouillait ma vanité, et l'on me croira quand je dirai que ce ne fut pas le plus petit de mes sacrifices, le jour où je me déterminai à quitter le monde pour entrer au noviciat des Jésuites.
Mon père était assez jeune au moment de l'émigration; il suivit les Bourbons. Le comte de Provence, frère du roi, qui depuis fut Louis XYin, se l'attacha et en fit presque un ami.
Le marquis de Sainte-Maure, ainsi que le prince son patron, s'éprit chaudement, en Angle-
PiR l'amb ♦♦* . 67
terre, des princtpee pclitiqiM» de ee paye; et quand Ja RestaoratioD ent Ueu, mon père entra dans cette phahiige de roplûtes libéraux qui comptut, entre autres notabilités. Chateaubriand, Hyde de NeuviBe, Martignac, Royer-CoHanL Ceci, je le sais, faisait le désespoir de ma pauvre mère. Un, père Jésuite, pendant Témigration, l'avait dirigée, lui avait fait faire sa première communion et l'avait mariée. Quoiqu'elle ne manquât pas d'intelligence, il s'était tellement emparé de son esprit qu'elle De pensait, n'agissait que par luL Je l'ai vu encore dans mon enfance. C'était un vieillard grave et doax, d'une haute taille, ne paraissant chez ma mère que mystérieusement, et se relevant à mes yeux de tout le pre^ige que donne l'inconnu et de tout l'intérêt qui s'attache aux hommes qui ont souffert la proscription. Ce vieillard, que ma mère eirtourait de tant de vénération, auquel mon père, quand par hasard il le rencontrait chez ma mère, rendait cette politesse exquise, mais froide, qui dissimule mal une antipathie secrète, était le véritable maître dans l'hôtel Sainte- Maure.
L'enfance vit tellement d'impressions, que longtemps cet homme fut un problème pour moi. Je seutais que mop père l'aimait peu, quoique jamais rien ne trahit sur ce point sa pensée intime; et pour cela, par un instinct secret, quelque chose me repoussait du Jésuite. Mais ma mère loi portait un si profond respect, en parlait de-
S8 LE «nuiTi
naot moi: comiBt 4'«ne mtare n gmnde, #wie «aÎDteté ai paifaite, fue ines pépogmnoeB iB^fttnirent^ que je. ne fis pkis «ie lui qu» i'auréoie placée aur soalroiiC par k piélé «mnfiaate et en^tbousiaste de ma mère. „Qt'il est beau,. ce saiilt bafome!'' cMsaît-elle quelquefois. En effet, ce wiir laiFd était beau. Il vint un moment «è ce ne fut plus un homme à mes yeux, où sous cette emekppe matériette» dans ce grand corps déjà braeé par Tâge et par les chagrins d'sn long exM^ je me vis plus qu'un ange ée Difu, un préire plrâ prédre que les autres, un prince du sacerdoce qui déd^nût le bâton pastoral et le dâdème d'or des évéques. Je cn»s qu'un sentiment bien lorai, bien sÎDCère, m'attira à la vie du prêtre. Ce que Bo«8 appelons une vocation m'a toujours paru, diez moi, avoir été le fait d'une attraction vive et intime; cependant, aujourd'hui même, je n'oserais pas affirmer que la présence de ce vieillard, que l'on faisait entrer presque mystériooeement chez ma mère, qui me posait nue longue main, aux doigta dédiâmes, sur lé finont pour me bénir, et qui me disait: „Mon enfant, il faai aimer Dieal" d'une voix ^pie je n'ai connue à nul Iwnme sur la terre, n'ait pas été pour qaelqae chose daus l'attrait qui me porta au aacerdooe, au grand bonheur de ma mère, mais qui me jeta dans un noviciat de Jésuites, à son grand dépiaîair.
Cad sera eapUfué plus lard.
PAi l'amé ^** ®»
lia yenûèFfr éotaceee pHueB Anglétenrar; €É p n'ai gardé au«n -saufeair das tpiaira a»nées «de np vie qui pnécédèrefirt notre renlaée m Franea avae les Bourbons. L'anglais était ma langae maftemetta autant que le français, et je cmi^ aenai, ploe laogtenps que aaon frère, ira io9i aseeiit è»! je ne me débarrassai qa'oTee beau^ soop de petne. Je me souyiens qu'à ^kêUrnl Saime» Hattre, èum la rue de Varei»es, en plein foivbourg Sûnt^Geraiain, mes petits amis, quand nous noas renoontrions soit chez leurs tnères, sait dies fa mieime, m'appelaient IngUsh, sobnqnet qtii me resta et que mon frère ateié m'adressait, comme ooe injure, qvand nous aTioas l'un airec Fautre quelques-unes de nos querelles d'enfast
Le moment Tint oè il fallut na«8 domier im précqiteBr. Nous n'étions que deux frères dass la famille, et nous n'avions pas de sœurs. Je me MMmens qu'il y eut une longue lutte entre mon père et ma mère, pour le choix de oe miiiltre.
Mon père était un homme de san temps. tSeii paasage dana l'exil lut avait immenséuMnt profité; ii j «rait, kd, aqppris qudque chose. Comme il était inapétueux, ennemi de toute résistance, fa faite avec ma n^e fiât terriUe. Ils eurent beau BOUS éloigner, mon frère et moi, ponr que ces aoènes d'intérieur ne nous euasant pas pour té^ moÛM, nous steies tout, et ma bonne angfaiae, qui, je ne sads pourquoi, s'était pas sympathique au férérand Pèse, me noonta 191e M. fa marquis
M) LE JFttUITE
rfûiilait DOua dosoer un ftoUmmr Wque, ud bomiM qui a?ait fait aes preuw^g dans i'Univeraité, maître trèa^diatÎBgué, pour lequel M était prêt à faire de grands sacrifices pécaniaires, afin de se l'attacher jusqu'à ce que mon frère et moi fussions de jeunes hommes. Il avait apporté d'Angleterre son plan tout fait A rencontre de nos gentilshommes français, bons et braves, mais immensément retardés dans une instruction sérieuse, il avait vu de jeunes lords, après de longues études et de nombreux voyages, entrer dans la carrière de la vie publique avec une maturité de raison qui le disputait à celle des vieillards. Ceci l'avait séduit, et il s'était promis de donner une éducation de ce genre, très-étendue, très-sévère, à ses fils, afin de les rendre aptes un jour aux brillantes carrières que leur ouvrait la monardiie restaurée.
Je trouve parmi les papiers de ma famille, dont je reste l'unique rejeton, écrit de la main de mon père, ce plan d'éducation, daté de Londres l'année même où nous partîmes pour la France. Pauvre père, il rêvait de faire de mon frère aine un diplomate, et de moi un général!
Ma mère- n'avait regardé l'Angleterre, où elle s'était mariée, que comme un pays d'exiL Les institutions de ce pays, sauf celles qui conaacreitf le droit d'ainesse, les coutumes lilures des An^nis lui semblaient des hérésies politiques, et la rali*gîon anglicane une retigion de réprouvés. Le ré-
Téreiri Fère IVaît ^itreleniie dans ces répvbîoiM. C'teît nn homme tout d'une pièce, qui en était à la politique du père Leldlîer et qui, en religion, tAi ÙA brûler avec bonheur tous les Jansteistes. Toute idée de liberté signifiait, pour lui, révolu^ tioo, bouloTersement des trônes, anarchie, échabad; les droits de l'homme étaient une création de l'enfer, et cette pauvre charte, donnée pw Louis XVIIl, une comsession dangereuse à l'esprit philosophique du siècle, qui, tôt ou tard, causerait la ruine des descendants de saint Louis. Ma mère n'a?ait pas d'antres idées que ceUes de son saint directeur; et Dieu sait les jolies choses que j'ai étendues, pendant ma jeunesse, sur ces libéraux qui allaient perdre la monarchie! On comprend quel singulier ménage politique était le nôtre. Mon père avait des moments terribles. Je l'en* tendais crier à ma mère: — Mais vous êtes folle! sNâs vous ferez de vos enfants des idiots! — Je veux en faire de bons catholiques et de bons royalistes, — était la réponse de cette chère mère, aussi maîtresse d'elle-Bnéme que mon père était emporté.
La bataille dura longtemps. Ouelquef<»s mon père croyait avoir gagné du terrain, et tout à coup l'inflexible femUne loi jetait ce mot terrible : — Que m'importe votre science moderne? je veux sauver mes enfants. — Tantôt on disait, dans la maison, que M. le professeur universitaire allait venir; et ces jours-là, où ma mère gardait ses
9Si LE léSi'tTE
af^Miteinenlft -et m panissiît pat' à tM^ ées jittra 4e Iriilessew Nous dmonft^ mon dèr« ei moi-: — Papa est médiaDt; — nom Uu. faiskiiis de petîta yem, farovciiaa qui; lui- disaient qu'il était sft]l< de 80B parti.
Tantôt la mère paraissait tnaaqpber, et noua entendions dire anx gens de notre service, qné oe aerfiit un abhé, comme on disait alors, bien kon*' aéte et bioi bon, qui serait notre précefpteur et ne nous donnerait pas trop de traTaîl. Les gens trouvaient que, quand o& était riebe, eomis et fiooBite^ on n'a?ait pM besoin de tant descîenea. Nous étions fortenaent de Favis de nos geas.
Tout cela était propos en l'air, et le maître de k maison, sans lequel décemment le bon ea honnête abbé, quel qu'il fût, ne pouvaH s'installer dans l'hôtel^ joignait rinflexibilité à Pemport^nent* Ma m^^ résolut de faire un coup d'État
Je demande pardon à mon lecteur, au débat de oe livre, de lui raconter ces détails d'intérieur. C'est qu'ils tiennent à toute ma vie. H(m avenir se jouait entre, ces deux inccinnus, le- précepteur universitaire, l'abbé tenu en réserve par le révé^ rend Pèire.
£1 y eut beaucoup d'allées et de venues dans la maison. Le révérend Père entra et sortit phi* sieurs fds, mystérieusement, du cabinet où se renfiMrma ma mère pour écrire. Je su» qu'une lettre avait été envoyée par ma mève à Mv le mvq«6, pour lui signifier l'ultimatttffi matennri^
J'ai fttrawiré cettt kfU» iêB» aoA ptpiMv dit ùr niila; elle décida àm moa a«aiiîr. Je aoopfoaiMi fort fe jévéreiid Para é» s'avoir paa élé «araiger à sa lédadion. i% k tranacris, comme, «i éoril laa date Icrvibie dans la fie, paroa qu'elle brita* de moîi» pour meiy lea résiMaBoea de non péra
,,Monsîeur,
^11 faut en finir! La lutte dure depaia trop; longtemps. Nos enfants nous jugeraient , et per- ' draient peut-être Taffection qu'ils nous doivent, et à coup sûr le respect Je ne consentirai jamais à recevoir ici un maître laïque pour nos enfants. Je vous l'ai dit, je tiens à leur âme plus qu'à toutes les sciences du monde que ce laïque pourrait leur enseigner. Il faut qu'ils aient, avant tout, la science de Dieu. Le prêtre seul enseigne cette science. Je vois, autour de moi, trop d'exemples de cette mauvaise éducation donnée par vos hommes de l'Université, tous imbus des doctrines philosophiques et révolutionnaires, pour jamais leur confier mes enfants. Vous êtes aveugle, monsieur, profondément aveugle! Vous ne les connaissez donc pas ces hommes? Vos Cousin, vos Jouffroy, vos Yillemain ne sont que des maîtres d'incrédulité. M. Cousin enseignant que la raison est le Dieu du genre humain; M. Jouffroy, que Jupiter et Jésus sont deux faces de la vérité également adorables, nuns qmi onifait leur temps; H. Yillemain, que
6é^ LB JÉMUTB
la âùsimU dé Mmtê-Ckri^ êgt tm dogme obmmr, mme êvbtUité êcoloÊtique^ 8<Hit-ce là les mattres de religion <jpie tous donnez à voe enfanls? Et leurs disciples de bas étage auront-ils pins de respect de notre sainte foi? Rapporlez-vovs-ea au cœur d'une mèrel Pour moi j'aimeraôs mteiix Toir tomber morts à mes pieds mes deux enfants adorés, que de les savoir entre les mains des impies et des philosophes.
„Le révérend Père Romanet a eu la bonté de nous choisir un ecclésiastique pieux et recommandable, dont il se fait garant Ce monsieur se présentera chez vous demain, à midi, avec une lettre du révérend Père. Je vous déclare que, s'il éprouve un refus de votre part, ma résolution est arrêtée. Je n'ai 'pas le droit, je le sais, de prendre mes enfants par la main et de les arracher au poison de l'erreur, mais ma conscience me commande de ne pas être complice de cet empoisonnement moral. Je sortirai à l'instant de votre maison, et je me retirerai dans quelque solitude pieuse, pour déplorer votre aveuglement et la perte de mes chères petites créatures que j'avais consacrées à Dieu. Pour m'arracher de ma retraite, il vous faudrait faire un scandale devant lequel vous reculeriez, je le sais. J'ai bien réfléchi: vous devez me connaître assez pour savoir que je vous tiendrai parole.
„ÉLBONOaB.^^
H ne 'cotioiw pas» tops ies' défaite'? ipais I^ffet dtt> céltfe lettre ftil «srHble. sai* lÀoti |iètei il netlà toute la journée soucieux et wmbrki il fil) dire à ma mère qu'il ne sortirait pas de ses appartements, et qu'il ne descendrait pas au dîner. Ma mère était dans une agitation qu'elle cherchait Taioement à déguiser.
Le lendemain elle reçut un billet que je reproduis également
„Éléonore, votre tendresse de mère vous égare. J'ai autant d'horreur que vous des impies; mais j« n'aïknéttrai jamms qu'on professeur laïque soit néoessairement un athée ou un détsta Vous mV vez envoyé vott^e «Itimatum: voici le mien. Je destine mon fils attié à la carrière diplomatique; je veux qu'il reçoive ane éducation qui prépare son avenir. Je sais que vons rèvez^ pour l'aulrei les honneurs de l'épiscopat. Si la vocation de cet enfant se développe dans ce sens, je le verrai sang peinew Je vous propose de nous en tenir à une espèce de jugement de Salomon. Confiea SQx révérends Pères^ le plus jeune de nos enfanta; je mettraâ l'aîné ê^m nn de nos bons collèges de Paris. J'avais vonlu- faire élever nos enfants sous MM yeux et ne jamais nous en séparer; votre obstination me pnve de ce bonheur» Je rmm fois une: pénible concession; c^est la pak que je TOUS offre; de grâce ne la reflisez pasi Vons me onin«flBe29 ausài
„SiiimpMA«i|E,^
66 tE WCCTB
Buit jours après, je partis pour le coUégades iésuites à SaiQt«-Acbeni. Mon. frère àtoé fut mis au collège Charlemagoe.
ni
Saint^Aefaenl.
Je n'avais pas dix ans quand j'entrai au col-* lége de Saint-ÀcheuL Je serai court sur cette période de ma vie,. où pourtant se développa en moi la double force de l'intelligence et du corps.
Nos maîtres se faisaient beaucoup aimer de nous. Ils avaient la grande habileté d'obtenir l'obéissance à la règle, sans aucune rigueur apparente. Rien n'était plus rare que les punitions, du moins celles qui sont rudes et humiliantes, telles que le fouet, depuis longtemps banni «des collèges de l'Université et conservé stupidement dans ceux de l'Ordre, sans doute pour ne rien changer aux traditions de l'ancien régime.
J'ai depuis jugé plus sévèrement le mobile que les Jésuites mettent en usage pour conduire la jeunesse. Il eut, je l'avoue, sur moi un grand empire. Plus tard j'ai compris que c'était une arme dangereuse et qu'on ne conoiNitlait nos pas* jsions que par une passion, l'honneur, qui rentre
PAR l'ibbé ♦♦♦ 67
QD peu dans la plus terrible de toutes, ForgiieiL Les Pères se rendaient facilement maîtres de tnoji en me disant: — Un Sainte-Maure I — Ce pror cédé si simple en apparence, qui a un côté par lequel il est Trai, l'estime que l'homme a de soi*^ même et des siens, est pourtant d'un immense danger en éducation. Il y. a quelque chose de plus haut que l'honneur, c'est la conscience, quel* que chose qui commande plus impérieusement aux passions, le devoir. Le pauvre soldat mis en ve* dette, en face de l'ennemi, ne reste pas là immo<bile par respect de ses aïeux. On ne peut pas lui dire: — Vous êtes un Crillon ou un du Guésclin: soyez brave! — Mais il est là par devoir. Cest par devoir qu'il ne bouge pas devant la mort.
J'ai plus tard combattu, dans les conseils de rordre, cette base si fragile donnée à l'éducation des collèges de la Compagnie. J'ai en vain constaté que, si le procédé est bon pour la discipline extérieure, parce qu'on ne veut pas avoir à rougir, devant ses condisciples, d'une action que le gentilhomme ne peut pas se permettre sans man* quer au nom qu'il porte, il devient d'une impuissance complète pour former l'homme moral, rhomme qui doit agir par un principe d'infaillible puissance sur le cœur humain, avec lequel la conscience n'ait à transiger jamais. Et il n'y en a pas d'autre que le devoir.
Comment les Jé3uites, auxquels on a prêté
68 LE jé^tTB '
autrefois une grande oonnaissiatieer du «oeur hu«ttiain, eùU^ïh été amenés à méconnaitre ainsi la notion du devoir, oomme base sérieuse du syg« tèdde à^ l'édocation, ei à lis remplacer par cette fhivole vanité: **^ Vqus éUs tté, vous êtes d^une famil^i noble, ne faites rien d^indig<ne de votPê nom? ■*- Oonmient n'ont-^ils pas compris que celt0 première gloriale, dont les vapeur» enivrent, 4«raf|it «quelques années, le cerveau de Tadolëscent, nVst bientôt* plus rien pour Thomme jeté dans le monde, placé en face de difficultés sérieuses, entre son plaisir et sa conscience, et n'a plus de puissance sur Tâme, pour la retenir dans la voie sévère de la vertu?
Je ne me le suis expliqué que par Ttobitude funeste de la Compagnie d*étre, en morale, d'une indulgence extrême, pourvu que le devoir extérieur fût accompli. Si ce n*est pas là ce qui constiÊoe tout le jésuitisme, c'est-à-dire la nature même de l'esprit de la Compagnie, que je définirai plus complètement ailleurs, c'est un des côtés l0s plus dangereux et les plds coupables de cet esprit. '
Il y a eu dans l'Ordre, des hommes qui ornrt parfaitement compris l'extrême faiblesse du cceitr humain, Tentrcklnement terrible de sep passions. <}uand ils ont prêché la casuistique indulgente, il^ pou'vaient dépasser les bornes, mais ils étaient, plus dans le vrai que les rigoristes, auxquels n'appartiendra jamais la direction générale' des
masses que repousse une séyérité implacable. Ce qui était ?rai daos ie sysCèine médidsaal de V^% quaad il faut prendre le faible • le soutenir 4aiis ws chutes, le mener peu à peu à la virilité mo-r raie, casse de Tèlre quand il s'agit de dâreotioft intellectuelle et d'éducation. Ce compromis btal entre les représentants de la morale religieuse et la Qonscienee, par lequel il est diC tacitement: Mous aimerions mieux que le fond de totl*e OioBur fût pur ; mais pourvu que vos acteg extérieurs ne soient pas répréhensibles, nous sommes indulgents pour tout le reste ; un tel compromis est immoral au plus baut degré» et amènerait, avant pen» une décadence universelle, si ceux qui Ve^ in*? venté devenaient les seuls guides religieux de ThU" manité.
Je juge donc aujourd'hui, avec une légitimé sévérité, le système de direction adopté par les Jésuites; et, quoi qu'il m'en coûte de dire le mot» ce système, dans ma pensée, ne peut conduire qu'à favoriser ie plus odieux des vices, rhypo«crisie.
Su reste les faits ont parlé-, et lorsque les collèges des Jésuites furent supprimés en France» il y eut un étonnement profond dans les autres établissements ecclésiastiques, dépendant des évè-*ques, qui recueillirent les élèves que les parents De voulaient pas faire partir pour l'étranger, à la vue de l'immoralité presque générale dont ces jeunes gens donnèrent l'exempte au milieu de
t() '■ LE léSDlTK
l«Urs nouveaux cdtnpagnotifi. Les âèves de f Aûbeul «e disséiDinèrent dans les maisons ecclésiastiques du diocèse d*Armens et des diocèses Toisins. '€eux de MontmoriUon, en Poitou, allèrent an petit séminaire de S..., qui avait une cer* taine célébrité. Un document, que j'ai trouré dans les, archives de l'Ordre, jette pour moi un jour complet sur celte question. C'est une lettre de M. ***, supérieur de S... au Père ***, ancien recteur de Montmorillon. •
„Je suis bien en retard avec vous, mon bon Père; mais vous n'ignorez pas combien mes occupations sont absorbantes. Je me reprocherais cependant de remettre plus longtemps ma réponse.
„Je voudrais vous donner sur MM. *** et ***, vos anciens élèves, des renseignements qui vous fussent agréables, ainsi qu'à leurs familles. Malheureusement, ils me donnent peu de satisfaction. Je vous parlerai ici en toute confidence, mon cher Père, et comme en présence de Dieu. Sur près de quatre-vingts jeunes gens, qui nous viennent de Montmorillon, il y en a très-peu dont nous n'ayons pas à surveiller rigoureusement les mœurs. Comment cela se fait-il? Avez-vous emmené au Passage et à Fribourg vos élèves les plus sages pour nous laisser la portion la plus tarée de vos foUéges? Je n'ose pas le penser. Dans les premiers temps, j'ai cru à une énorme exagératiou
lie II paoi ie» fr^tmat^ ëe rétobiisMffient; )• les a acoittéft de pré?entioB8 contre votre Ordre, pour lequel j'ai toujours professé une si haute estime; il a Mu fne rendre à révidence. J'ai voulu voir par moi-même, et j'ai été oonvaincu. Je ne yot» le tairai donc pas, mon digne Père, ; W été cruellement trompé. Nous serons Mk* gés d'en venir à des exclusions, MM.*** et *** seront, je le crains, de ceux que nous devrons sacrifier. 0 mon Père, quelle douleur! Une maî*son où les mœurs étaient si innocentes, presque gâtée maintenant!
„Je le comprends, le siècle est bien mauvais! Et, recrutant vos élèves dan» les maisons où le luxe de l'époque a introduit tant de relâchement, vous avez dû trouver, pour vos collèges, bien des éléments vicieux. Jusqu'à ce moment, S*** prenait ses élèves dans les familles honorables et modestes du pays. Nous avions des enfants dont les parents s'étaient spécialement occupés et peur conséquent purs. Ceux de Montmorillon sont venus, et c'est maintenant un esprit nouveau intro-^ duit parmi nos élèves. Chasses, chevaux, plaisirs brayants, sans parler de choses moins honnêtes^ sont devenus la matière des conversations. Ld polAique^ que fwuB avions à peu près bannie du petit êéminairey nous a envahis. Quoique oouft n'ayons que dcfs enfants des familles bien pensantes^ nous avions jugé que des entretiens sur ces madères ne pouvaient que nuire ami
éixiimj et JMHM Iqs iwum^ lUMcriU» Q«bI « été ^olM éUNUieaifiitt, ior^qua vo» élènrea «tua oMt dit ^^'m ne iMrlaU |m» d'uiAra cbo^p à MoiiImmk nllon ei bwb ont fvis pour des hiboux et dM jretardaUiresl
^Mais je v4ns que noa leltfe est déjà longue «C 4ua j« puis al)user de tos flUNneols. Ganiez bien pour yoii6, jnon lH>a Père, .cette lettre touto coafidentieUe. Ébrui/tav le mal ne le guécirait pas» Après Jes yaoanees, nous en nieodrons pnobable-^ nf at à une épwoiiofk générale. Silence iteernei sur ces tristes détails.
„yoCre bien respectueux «C bien dévoué en N/*6.,
*•^ sfp^
„S...» Lb U. man 1090.''
QueU/e effrayante riivélation ! Hélas I mQinmivm j!avais été téjuoin de bien des misères k Sninih Ac))eul !
J'ai su depuis que des établisseipents, ttnuo par des prêtres séculieiw, que des .collèges mMim de rUnjyersité, » suspectés en fierai éuieat presque irréfrocbaUes au point d^ vue dçs mmw». Comment nos maisons de Jésuites n'ontnelles j»» mais pu arriver à cette si importante anéliûr»T ûmi ConHuent, aveo des maîtres si vigile nta, avec tonte riofluen^e que * donne lU^nseîgneineiil religiena» n'ont*ieUes pas eitijrpé le vice qui ent k honte ^es étabUeeemenfs puUica? Je «rois .«n
PAU VéMi ♦♦♦ W
nmt brouvé kt raisot; 2e syslèiiM fkbe fftr It toe. L> TietUe doQtriœ fèafisaEque efll iMiiflf €« bomusiir. Oo «eMaie lie dehors du vase; op Uwe a« dedai» la isoaillttre. On n'^mpritte ^as dans Vàmt de la jjewiease la Jioiian auatère du i0W9ky OD fie fait pas aimer la vertu pour le» jim» et le bonheur de te vertu. De là une 01e* mie superficielle, et, daœ le fond y ub complet rdtabement
Depuis la restauration des collèges des Jésukes $n Fnittce, opérée à la suite de la révoiutioli de 1848, avec rimqaease accroissement des sujets qiti sont entrés d^ms TOndre et qui ont plus que dér tofié les moyens du professoi^at, j'avais dû penp eer <|iie lee lv>ates, dont j'ai été quelquefois tàr* 9oim avaient disparu, et que, maint»naeit, les niâtes lois de la p«d^ur étaient généralement observée»» dane les collèges de la Société. Malheu-* feoMHBent Tawiéiioratioo est peu sensible; le sys^ tème vicieux oontre lequel je viens de m'éleveir produit, coonme par le passé, de» effets dépk^ faUea, et réeemmeol, dans le collège des Jésuitee d'une viUe do«i je tairai le nom, pourtant une des plus renommées pour l'ostentation de ces piin^ fiiyee reli^ttx, une claese toute entière a été lorpriae en flagirant délit de libentinage*
Quand je viens à réfléchir, maJatenant que je ae eaîe filus dans le tourbillon de travaux et d'af- Ures, fni emporte la vie au sein de TOrdi^e, -— » à ee sîMfulier w1elan9e.de mmva» rdftohées et d'iMr?
74 LE fétOlTK
Mtudtes extérieures de piété, dont se eompoM féiénuenl général de llntemat de ce» coUéges, et que je me dis: presque tous tes apprentiB •liber'» lins sont des chevaliera de Marie\ qu'on sature tout cela d'exercices religieux, exactement comme i9n le ferait d'un noYÎciat de bonnes sœurs, je me prends de pitié pour l'Ordre que j'ai tant aimé^ en voyant son impuissance radicale dans la seul« œuvre où il avait acquis autrefois une supériorité incontestable.
L'espionnage a été la conséquence naturelle du système vicieux que j'ai signalé, kà où la conscience n'est pas le gardien incorruptible de la vertu, il faut la police secrète avec ses procédés honteux. Quand je pense qu'on abusait de ma candeur d'enfant pour faire de mot l'espion de mes camarades, la rougeur me monte au front. Et, sur ces pages, je confesserais avec moins de . peine je ne sais quelle action coupable, excusable dans les adolescents par l'emportement de leur âge« que ce rdle abject auquel on me façonna peu à peu, et que l'on me fit regarder comme une œuvre méritoire, une preuve d'attachement donnée aux bons Pères.
C'était là en efiet ma seule excuse : je les aimais. Ma mère, qui avait un but dont ^ nous parlerons bientôt, trouvait cela charmant, et n'en rougissait pas pour le nom honorable que je portais. Je dirai cependant qu'il vint une heure, dans ma vie, où il se lit u» peu de lamière sur moa
PAK L'aIWÉ'*** ^é
inti^igviice, daoB laquelle Oiew imU rié|>4Mé M ardent amour du bon et do tral. Je m'arraehai peu à peu aux fonctîonB de uioocfaard. On avait de grandes espérantes à mon endroit. On n*osa pas insister ; et je repris, comme un ressort comprimé longtemps, la droiture et l'indépendance de mon caractère.
Un autre mauvais côté de l'éducation reçue à Saint-Acheul était les habitudes de flatterie que nous contractions auprès d'hommes dont nous obtenions presque tout, pour peu que nous fussions habiles adulateurs. On était bientôt fait à ce procédé qui mène droit à l'hypocrisie. Que de bassesses ai-je vues, que de flagorneries misérables, que d'avilissement des caractères 1 En grandissant, je sentais l'odieux de ces flatteries, aux^ quelles je voyais nos bons pères se prendre, comme les oiseaux à la glu. Il y avait là pourtant des hommes de valeur; mais le vice-général de l'Ordre, l'ostentation, déguisait à chacun d'eux le piège, quelque grossier qu'il fût, où ils se laissaient pren-^ dre par des enfants. 0 vanité I
Nous avions dans le collège un mot trivial,' mais trop grossier pour être reproduit sur ces pages, par lequel les natures demeurées droites flétrissaient les adulateurs. Ce souvenir me relève, à mes yeux, de mon métier d'espion, trop longtemps exercé.
La simplicité avec laquelle j'ai fait l'aveu de cette faiblesse, lé regret que j'en éprouve encore
pe £(ipi.«spérar «via.me^ l?(Clieiir$ p'en garderopt jÂ'4utre «Quvfloii* ^u^ celui 4e awD; malheur d'a<- Pfoir étfé fo/rmé, eotot, à une telle éc0le, au. j'iiu* ms pu descelle plus bas ei ni'avUir.
Mea étttdea s'acÂoyèrerU aioai. .
IL Supin à Samt-AohanL
Le aupérieur et le fondateur de la maison d^ Saini'Acbeul était le père Loriquet. Ce nom a obtenu une espèce de célébrité. On sait qu'il fut cl»ai:|;é par la Compagnie d'écrire un cours d'itistoire à Tusai^ des élèves. Ce cours partait en tête, au lieu du nom de rôcrivain, les majuscules A. Itt. IX G. — (A la plus graaide gloùre de Dieu.) L'auteur a?ait eu le talent de condenser dans MB petit nombre de pages un trèsgrand nombre de faits; i^'était.là son seul mérite»
U faut bien dire qu'on a beaucoup exagéré les licences bistoriques de ces petits livres. On a prétendu que, d'nn traii d.e plume, il avait supprimé l'Empire, et désigné Napoléon P' sous le nomi du marquis de Buonaparte, général en chet des armées de Sa IM^ayesté Louis XVIIL )Ue9
PAU L'âlfcé'*** î*Jf
Jésaitei^ 9»m< tv6p babtiei- pour étr'trt àe' setOh bMleB sottises. Le père LoriquiA a fait mku que cela: il a d^nservé )m^ ftiit», MM» en lëft alitèrent, en leâf défidiurant. Nap^ofi !*■ it^étalt fm nié dfeiDti ses livrés; mais il noae était représemé cofome le pitis odieux des pet*sécu0etifs dé l'Église. ^Son gdtiverïfeaient avait substitué la Fii^e à la violence, et le système, on Tavouait, n*ét9»t plw d'égorger ou d'écraser le christianisme, mais de le rainer sourdement et de rétouffen" (Cours f histoire A. M. D. 0, , Histoire ecdésiastiquef p. 101.)
Pendant que, dans les cotlégés de l'État, on' ardit la prudence de ne pas toucher aux questions politiques, on nous faisait de cela chez les Jésuites un cours complet; et pas un de nous ne doutait que Y ogre de Corse ne fih rentré à Paris en 1815 aux cris de: „Vive l'enfer!"
Au reste, je puis édifier les plus incrédules sur la direction politique donnée à nos études, chez lès Jésuites, en citant le passage suivant dû Cours â! histoire:
„Ainsî se termina la journée dftje du 16 bru^ maire. Les Parisretïs, depuis K)ngtemps aeootitit^ mes aux révolutions, restèrent tranquilles* speeta* teors de celle du 16' brumairei Ils avaient oubJié, ce semble, que le chef qu'elle leuf donnait étâk celui*là même qui avait égorgé kwrs*fi^re« dans les rues dé' te capitale; dniiMèin» ite^ ne «arai««t
73 tE iimn
pas encore ee que sa longue domination devait ^ter de sang et de larmes fc la France^ mais il entrait dans les desseins de la Providence d'établir sur leurs tètes celui qu'elle destinait k être la verge de l'Europe et l'exécuteur de la justice contre un peuple coupable de tous les forfaits de la Révolution/' (Histoire de France ^ t II, p. 285, édition de 1816.)
Voici quelles sont les réflexions du père Loriquet au sujet de la fatale campagne de Russie:
„Telle fut, dit-ii, Tissue de Tentreprise. la plus insensée, mais aussi la plus funeste, dont les annales du monde nous aient conservé le souvenir. En parcourant l'histoire ancienne et moderne, on reconnaîtra que jamais réunion d'hommes si formidable, soit par le nombre, soit par la valeur, soit par la discipline, n'éprouva de plus affreux revers. Pour trouver une catastrophe qui y soit comparable, il faut remonter jusqu'à Pharaon et aux six cent mille Égyptiens engloutis dans la mer Rouge.
„Que si l'on veut se rendre attentif aux vues de la Providence, on reconnaîtra dans le désastre 4les Français, le châtiment des dévastations, des Q9assacres, des sacrilèges, des atrocités de toute espèce, dont se rendait coupable, depuis vingt ans, cette armée toujours recrutée d'enfants de la Révolution, et dévouée, moins encore par état «lue par habitude et par goût, à tous les genres
de crimes et de forfoita. . La. juslîca divine ê'em était seiri peur promener la terreur et la déso* latioo 8ur toute l'Europe. Dès que cette vei^e redoutable eut rempli sa mission, elle fut à son tour brisée par le souflQe du Tout-Puissant, et elle disparut de la terre (^)/' (HùL de Framce, l II, p. 331 , édit de 1816.)
On comprend qu'après avoir été saturé pen* dant cinq ans de cet enseignement historique, l'acceptant jusqu'au moindre iota, je devais* être passablement fanatique. Pendant le temps des va* cances, j'entendais murmurer autour de moi que mon père avait des idées libérales, et, ne pouvant «éparer l'idée de libéralisme de l'idée d'impiété, j'éprouvais pour son son salut de sérieuses et de douloureuses inquiétudes.
Je savais pourtant qu'il accomplissait ^ses devojr» religieux avec exactitude. A la vérité il ne met* tait à cela nulle ostentation, et il ne se croyait pas obligé, sous le spécieux prétexte de donner l'exemple, de se livrer à des démonstrations de dévotion extérieure, tant recommandées alors. Les masses refusaient de , croire à la sinc^ité de ces hommes qui faisaient, comme les pharisiens d^ rancâenoe loi, sonner la trompette devant eux.
(') L'apolo^ste des Jésuites, M. Grétincean-Joly, en dtxDt ce passage (Hist de la'Comp. de Jésus ^ t. TI, p. 156) dh qti*U blâme ces jugements trop séoères peutitre, Toilà un peut-êtrer^nmkwil
8(^ LE riimm
Mais à' quiitÀiiM tn», vivant an <inllfei]> dc^ g«iii3> qtti hivetitaieiit' %&q9 les jours quelque^ muiMelte inide «tf scène religieuse, je V0y&ig> datt» «eux qai ne ^prêtaient pas- à ces pieuses e^tlfibiikynà, <té& im-' pies ou des- jansénistes , et ces dernier» surtout étaient pour nous l'objet d*une sainte barreor. Quant aux gallicans, on gardait avec eux quelque mesure. L'Etat était gallican. Les évêques faisaient enseigner les quati^ articles dan» leurs sérriinairéH\ il fallait bien se contenter de nous enseignct à ncTus infaillibilité papale et de nous représenter le gallicanisme comme suspect. Il suflisait d'une phrase: „Tous les jansénistes sont gailicang.^^ Avec cela, si l'ancienne doctrine de rBglise de France n'était pas condamnée, elle était au moins jugée.
Ce fut au moment où tontes les idées tbéo* cratiques se classaient dans mon esprit, et y prodnisaient cette conviction que celui qtii ne mar* chiit pas dans la ligne tracée par les Pères était dans le chemin de Temeifr, qu'eut lieu à Satnt^ Âcbeul cette célèbre visite do M. Dupin dpnt les différents partis ont tant parle.
M. Duprn, en défendant le Consûieutiofmel^ dans un procès de tendance, avffit fort attoqué k»9 Jésuites. Toutes les ressources de son «»|>rît sarcaslique avaient été mises. en œuvre; et il avait prononcé cette parole qui est restée: „L'Insiiiut de Loyola e^t une épée dont la poignée est à Boixie et dont la pointe e«t partoHt^^
PAR l'abbé *** 81
Quel ne fut pas rétonnement général, quand on apprit que, peu de temps après cette yiriîlente attaque, M. Dupin était allé à Saint- Acheul, qu'il ayait reçu des Pères l'accueil le plus cordial, qu'il avait diné avec eux, et qu'à la procession il avait porté un des cordons du dais, dé la façon la plus édifiante, ni i^us ni moins qu'un bon marguillier de paroisse!
Les quolibets partirent à la fois et du camp des libéraux avancés et de celui des amis des Jésuites. Ceux-ci mirent en circulation que M. Dupin, depuis son discours contre les enfants de Loyola, était persuadé qu'ils avaient juré sa perte, et qu'un jour ou l'autre ils lui feraient administrer one dose $aqwx tofana. Or, M. Dupin, par une de ces inspirations subites, qui n'arrivent que dans les cas désespérés, aurait résolu d'aller audevant de l'ennemi, espérant sans dou^ l'adoucir fsr le charme de son éloquence, et lui faire révoquer cette sentence de mort, épée de Damoclès toujours suspendue sur sa tête; et il partit pour Saint- Acheul ; et il accepta le dfner que les Pères lui offrirent; ce qui prouverait que, malgré ses nsîons é'aqua tofarux^ il ne croyait pas les Jésuites capables d'abuser de l'hospitalité.
Je puis donner de cette visite une expUcation beaucoup plus naturelle, et la voici:
M. Dupin était à Amiens, près deSaint-Acheul; â était l'ami de mon père, et il pensa lui être agr^dble en venant me voir au collège. U y avait I 6
8d LE jésurrB
peut-être bien un peu et curiosité dan« sa tjsite, et pas mal d'audace, après les sarcasmes dont fl avait criblé les Pères.
Lorsque le célèbre avocat demanda à voir le fils dtt marquis de Saint-Maure, et qu'il eut dé* oliné son nom, sans y ajouter ses titres et ses qualités, le Père chargé de recevoir les visites au parloir, en voyant ce visage un peu vuigaire, quand la physionomie au repos n'est pas aniaiée par le feu de la discussion, cette tenue de voyage par trop négligée, ses souliers à triple semelle constellés d'énormes clous, et vraiment je serais tenté de croire que ces souliers de 1826 pouvaient être les mêmes que ceux qui sont devenus célèbres en 1830, sous le nom de souliers de Neuilly, — tout cela ne présentant pas un ensemble bien imposant, ne se doutait guère quel personnage il venait d'introduire chez les jésuites.
On me fît prévenir de me rendre au parloir; et, selon la coutume, le Père chargé de ce soin me questionna sur le personnage qui réclamait ma présence.
— Ce monsieur Dnpin est probabieiiieiit l'homme d'affaires de M. le marquis de Sainte* Maure?
— M. Dupin est son avocat, dis-je, rongtBsant jusqu'aux oreilles, en me voyant forcé d'avouer les relations de mon père avec cet ennemi de la Compagnie, que j'avais si souvent entendu
PA» iJmi ♦** • V 8»
U»îler de janséniste à SainlrÀcbeul,. swrtoul defm r4i0aire du Opn^titiUùmn^l.
-^ Coomient! que dites- vous? Quoil ce se^ mi ii H. Dupin, M. Dupia l'ayocat?
-^ Oui, mon Père, ce doit être lui.
— C'est bien. £t ouvrant la porte du par* loir, il m'y fit entrer et se retira.
On coaipiFeod que je riconte cette aventure lelle que je l'ai comprise depuis, en me remé* morant mes souvenii*s, en causant avec les Pères et même avec le célèbre avocat.
M. Dupin m'embrassa, me parla de mon père, me questionna sur mes études; il parut satisfait de naes réponses. Le Jésuite qui assistait à la conversation triomphait en me voyant répondre ad hoc à toutes les questions qui m'étaient po-* sée3.
Tout à coup la porte du parloir s'ouvrit, et je vis paraître le Père LoriqueL II avait Fair assez affairé, et saluant sans presque regarder, il dU:
— Père Morio, on a besoin de vous à l'éco- Domat: je vais vous remplacer ici. Et, se retour* naot, il regarda M. Dupin, auquel je venais de dire tout bas;
— C'est le recteur du collège, le Père Longuet
— Comment, monsieur Dupin! vous ici? dit le recteur en tendant sa main à l'avocat et don-
4 son visi9ge l'expression de la jubilaUon»
84 LE IBSUITÈ
M. Dupia, probablement, comptait faire «me visite d'un quart d'heure et repartir sans atoir trahi son espèce d'incognito. Il fut un moment stupéfait de se voir ainsi accueilli par le recteur lui-même. Sa conscience lui rappela les traits les plus piquants de son plaidoyer, et il se disait à part lui: ^
— Si ces gens-là reçoivent ainsi leurs ennemis, que font-ils donc pour leurs amis? Diable! tenons-nous sur nos gardes!
Timeo Danaos et dona ferentea.
Un avocat ne perd pas longtemps son aplomb^ surtout quand cet avocat est M. Dupin atné. D mit sa physionomie à Tunisson de celle du révérend Père; seulement il. y avait quelque chose de moqueur dans son accent quand il lui dit:
— Je ne croyais pas, mon Père, avoir l'honneur d'être connu de vous?
— Vous ne voyez pas tous ceux que votre parole tient si souvent sous le charme, dit le Père Loriquet. J'ai eu le bonheur d'être un de ces privilégiés, et rien ne pouvait être plus agréable pour moi que de * trouver une occasion de vou» exprimer mon admiration pour votre beau talent.
— Je voudrais bien savoir, se disait l'avocat, si c'est mon discours du 19 novembre dernier qu'il a entendu.
— Mon révérend Père, dit-il en serrant aflfeotueusement la main que le Jésuite lui tendait
PAR l'abbé *** 85
pour la seconde fois, je suis vraiment trés-flatté de Taccueil que tous me faites.
— Mais je veux que toute notre maison, in* terrompit le Père, sache quelle célébrité a fran* chi aujourd'hui notre humble seuil. Chez les Jésuites, monsieur, tout est commun, les joies comme les peines de ce monde. Vous visiterez notre éta- Uissement, n'est-ce pas?
— Avec grand plaisir.
— Voyons, monsieur Dupin, dit le Père Loriquet en prenant un air bonhomme, avouez-le, TOUS ne pensiez pas, en venant ici, y apporter tant de joie?
— Le fait est, mon révérend Père, que je pouvais redouter de votre part quelques préventions. Je suis aujourd'hui encore plus persuadé que jamais que les Jésuites sont des hommes d'esprit, qui comprennent leur temps et les exigences de la position de chacun.
— Certainement, certainement, dit le Père en riant, et vous n'êtes pas si diable que nous sommes noirs. Vous avez eu un peu trop d'esprit contre nous; mais vous y étiez obligé, n'estce pas?
— Mon révérend Père, j'ai toujours distingué les hooimes des institutions; et puis un avocat, il ne £aiat pas le condamner sur ses paroles.
— Nous le savons, nous le savons, pas plus qu'il ne faut condamner une corporation pour les opinions de quelques-uns de ses membres..
86 LE iésuitH
Tons atei, pour le besoin de ta caifiie, un peu surfait notre importance. Il y a aussi cette mè^ taphore hardie par laquelle vous comparez notre ordre à une épée dont la poignée est à Rome et la pointe partout %
--^ Ceci est échappé à Timproyisation, dit M. Dupin, fort embarrassé pour défendre Tandadeuse métaphore.
Le Père Loriquet se chargea de ce soin.
— Ce que vous avez dit là a son côté vrai: la parole évangélique est un glaive, et ce glaive, nous voudrions le porter jusqu'aux extrémités de la terre. C'est bien là le but de notre Ordre. On n'a pas compris la portée de votre parole ; il est probable qu'au fond elle est mieux interpré* tée par nous que par nos- ennemis.
— C'est en effet très-probable.
C'est le cas, se disait l'avocat, d'adopter la doctrine du probabilisme et même du probabiliorisme si chère aux révérends Pères. Cet hommelà est vraiment charmant: il parait décidé à tout prendre du bon côté. Il est très-probable aussi qu'il ne pense pas un mot de ce qu'il me dît; mais, puisque je suis là, je ne serai pas filiehé de voir cet établissement.
Le Père Loriquet ne fit pas grâce à son visiteur du plus petit détail: dortoirs, réfectoire, saUes d'études, bibliothèque, infirmerie, tout fut parcouru, et M. Dupin convint qu'il était diffidle de trouver ailleurs qu'à Saint^Acbeul un ordre
PAR l'aBBB ♦** g7
plus intelligent et nne entente plus parfaite des besoins d'nne maison de ce genre.
J'assistais à. cette visite, tout ébahi des gracieusetés qui s'échangeaient, avec une vivacité de riposte incroyable, entre le Jésuite et le Jansé* niste. Le Père Loriquet eut pourtant un moment d'embarras.
On connaît la passion des écoliers pour écrite et pour dessiner sur les murailles; et celles de la cour des récréations étaient chargées d*inscrip* tions. Toutes témoignaient de notre royalisme ardent et de notre ferveur religieuse. Le jour de la visite de M. Dupin, il y en avait une dont les lettres n'avaient pas moins de deux pouces de hauteur. On y lisait:
L'EXPULSION DES JÉSUITES PAR LES JAN- SÉNISTES A ÉTÉ LA CAUSE DE LA RÉ- VOLUTION.
M. Dupin l'aperçut, et se tournant vers le Père Loriquet, il lui dit en lui désignant Tinflcription :
— On ne dira pas, mes révérends Pères, que vous êtes ennemis de la liberté d'écrire.
— Et comme toujours on en abuse, dit le recteur, qui, voyant pour la première fois la malencontreuse sentence, fut visiblement déconcerté. n me dit:
— Connaissez-vous l'élève qui s'est permis ce barbouillage?
88 tE JÉSUITE
— C'est moi, mon révérend P^.
— Vous sayez que cela est défendu.
Je ne répondis rien.
— Il parait que la tolérance aux infractions est grande, dit M. Dupin, et vous avez raison, mon Père. Pour moi, j'aime tant la liberté que je suis ravi que vos élèves aient celle d'écrire même cette maxime.
Et il lui désigna ces mots tracés en lettres moins gigantesques que les miennes, mais enjolivées de fleurons et d'arabesques:
LE PAPE EST INFAILUBLE: IL EST LE ROI DES ROIS, AU SPIRITUEL ET AU TEMPOREL.
— Vous avez, mes Pères, continua-t-il, protesté tant de fois que vous n'aviez garde d'enseigner rien de contraire aux constitutions de l'Église gallicane, qu'il est bien évident que ces inscriptions ne peuvent être que l'expression du sentiment particulier de vos élèves et non des vôtres. Oh! la liberté! mon Père, la liberté! c'est une belle chose; et vous avez trop de bon sens pour ne pas reconnaître que vous avez plus à attendre d'elle que du despotisme.
Bien que le Père Loriquet eût beaucoup d'esprit, il n'était pas de force à lutter contre M. Dupin, et il ne trouva pas • un mot à répondre aux éloges ironiques de celui-ci.
Le recteur, tout en accompagnant son hôte, avait donné ses ordres; et, à midi, un diner splen»
PAR L;âHBE
Me se trouva senri dans le réfectoire des Pères. M. Dupin refusa d'abord de l'accepter. Il Youlait, disait-â, partir immédiateméht Mais les instances furent si pressantes qu'il ne put se défendre de passer le reste de la journée à Saint*Acheul. Je fos admis à ce dîner; M. Dupin mangea beau** coup, et si, comme on l'a tant dit depuis, il redoutait une potion semblable à celle qui fit périr misérablement Clément XIV, à coup sûr il était bien imprudent de fournir aux Jésuites une si belle occasion de la lui administrer.
Le diner fut suivi de la récréation. J'allai rejoindre mes condisciples. J'ai su depuis que tous les Pères réunis avaient paru transportés de joie en voyant au milieu d'eux une des gloires du barreau français. 11 s'échangea, entre les Jésuites et l'avocat, bon nombre de compliments et de flatteries où la pointe de l'épigramme se cachait quelquefois sous les fleurs de la rhétorique. M. Dupin loua dans la Compagnie toutes les qualités qu'elle n'a plus et celles qu'elle devrait avoir. Remarquant que les plus spirituels semblaient se demander s'il ne se moquait pas d'eux, le malin ^rsonnage prenait alors si naturellement des airs ie bonhomme, il devenait si expansif, que les mystiques espéraient que le chemin de Saînticbeiil'^Bvait été pour lui le chemin de Damas, H que, comme un nouveau Saul, il allait désorms défendre ce qu'il avait si vivement attaqué.
Le Père Loriquet ne se faisait pas de telles
96 LE JttCJITB
ShiflioDs, et rogner tant soit peu, par la flatterie, les griffes et les dents du lion lui suffisait Les excellents Tins de 1# cave des Révérends, vins des meilleurs ^us, pieux tributs oilferts par les hautes et puissantes dames de l'aristocratie aux bons Pères, n'avaient pas nui aux projets du rec* teur, et M. Dupin, qui savourait d'excellent eafé et de précieuses liqueurs des tks, devenait de plus en plus aimable, quand la cloche se fit ext* tendre.
— Monsieur Dupin, dit le recteur, aujour* d'hui, jeudi, est la fête du Saint-Sacrement: nous la célébrons avec beaucoup de pompe. Les vêpres seront chantées par les Pères et par nos enfants; BOUS ferez* vous l'honneur d'assister à cette pieuse cérénaonie ?
— Assurément; je me fais gloire, mon rêvé* rend Père, de mes sentiments religieux.
L'avocat alla à la chapelle. On lui donna nne place d'honneur. Après les vêpres, un des Pères monta en chaire; il parla sur la puissance de l'éloquence sacrée ;^ il trouva moyen de faire l'é* kge de l'éloquence profane et de glisser un conaplîment à l'illustre orateur qui se trouvait dans cette enceinte. M. Dupin subissait de plus en plus le charme; il était presque attendri.
On déposa tout pour la procession. L'officiant se plaçait sous^'le dais. Sur l'ordre donné d'avance par le père Loriquet, je m'avançai vers M. Dupin, un gros cierge à k main, et, en le
PAB l'aI»B ♦*♦ 91
lai présentant, je lui dis à demi-voix que le ré« Térend Père recteur ne croyait pas pouvoir lui donner une plus grande marque de considération qu'en lui offrant de porter un des cordons du dais avec le maire de Saint-Acbeul, VL le comte de *^, et son lils. M. Dupin ne pouvait pas réfuter un tel honneur, et il s'acquitta de son emploi de manière à édifier l'assistance.
En sortant de la chapelle, il trouva, dans une des classes, les élèves réunis. Un rhétoricien hn récita un compliment en vers latins fort biea tournés. Ce fut là le bouquet Or les flatteries du recteur, les vins fins, les chants religieux de h chapelle, le sermon, peut-être les cordons àm dais et l'improvisation du rhétoricien produisirent m tel efifet, que M. Dupin, transporté, ému, prît congé des Pères par un petit discours où lui aussi prodigua Tencens, mais ^ns le moindre mélange éptgrammatique.
Le lendemain, vingt lettres apprenaient à Paris que M. Dupin avait dîné chez les Jésuites, à Saintr Acheul, et porté les cordons du dais. Ces lettres moqueuses jetèrent un ridicule sur Tavocat; l'esprit de parti exploita l'aventure. Les Jésuites eurent la gloire d'avoir dompté un instant leur ennemi
93 LE jéHTITIS
La France et la Société de Jésni.
Notre société n'avait en France, sous la Restauration, que huit collèges. Encore nos Pères n'étaient pas là comme cbefe indépendants et maîtres de ces collèges, mais comme directeura et professeurs de petits séminaires appartenant aux évéques. Légalement ils étaient de simples prêtres. On les connaissait sous le nom de Pères de la Foi, et c'était avec ce déguisement qu'au temps de l'Empire ils étaient rentrés en France. En 1814, ils avaient été rétablis, pour toute la catholicité, par une bulle de Pie VII. Mais cette bulle n'avait pas été. promulguée conformément aux lois; et au milieu des agitations politiques du temps, ce grand acte passa, à peu près inaperçu.
A cette époque, nos Pères, qui étaient à peine au nombre de deux cents dans toute la France avaient eu la maladresse de soulever contre eux le pays . tout entier. Au lieu de rester à leur tâche modeste de professeurs des maisons queleur confiaient quelques évéques, il leur parut que ce rôle était trop obscur; que, réintégrés solennellement en Italie, en Autriche et en Espagne, ils devaient avoir en France le même honneur;
PA» l'abbé ♦♦* es
qu'il fallait laisser là ce nom de Pères dé la Foi, sous lequel ils étaient tolérés et pouvaient faire quelque bien, afin de prendre hautement celui de Jésuites, pour lequel, ils ne voulaient pas se l'avouer, il y avait en France des répugnances ioviocibles.
C'était dans les dernières années de nos études. Depuis longtemps notre maison de Saint-Achenl était moins l'asile silencieux du travail qu'un foyer d'agitation politique. J'ai parlé de la surprise de M. Dupin lisant sur nos murs les inscriptions les plus burlesques de notre royalisme exagéré et de nos. haines contre les ennemis de nos adorables Pères. Je n'étais pas, je l'avoue aujourd'hui, le moins violent de ces politiques imberbes qui voyaient des suppôts de l'enfer et des buveurs de sang dans tous ceux qui attaquaient la Congrégation et les Jésuites.
J'avais marché assez rapidement dans mes études. Arrivé aux humanités, ne connaissant l'histoire moderne que par celle de notre père Loriquet, histoire, on le sait, écrite par un pamphlétaire plein de passion plutôt que par un his-torien calme et impartial ; écoutant, tous les jours, la chronique des événements contemporains de la bouche de nos maîtres, chronique plus passionnée encore que les dernières pages de l'histoire à notre usage, je prenais un intérêt ardent à tout ce qui se passait alors, dans le monde politique, au nqet de l'Ordre.
M lE mon%
DtpwB le limeux |daîd#yer M M* {kupin ûsm k procès du ComtUuêionnei^ l'altentioo publique avait été éveillée, plus yive que jamais, sur Ve%if^ tence des Jésuites. Le joumaJisme libérai »e taris* iMt pas, chaque jour, sur les dangers de cette corporation non autorisée par les lois. Cvétait pour lui une oiioe inépuisable; et il comprenait trop bien l'art de la mise en scène, p<Hur ne pas exploiter jusqu'à la fin t<Mites les rancunes des masses contre elle; il vint un moment où l'on ne parlait plus en France que de la Congrégation et des Jésuites.
La presse royaliste, comme on l'appelait alors, mettait trop d'ardeur dans la lutte pour ne pas aider au fracas. Nous étions le grand danger de la France, pour le libéralisme; nous étions le sa lut de la monarchie, pour nos apologistes. Sans nous, aux yeux de ces derniers, le trône allait de nouveau être renversé; la philosophie moderne, c'était le mot consacré, était prête à s'asseoir sur les autels. Ce qui s'est dépensé alors en exagérâlions pour et contre cette pauvre Société ae saurait se rendre.
Les Jésuites trouvaient qu'on n'en disait jamais assex à leur gloire, La maison de MDOt>rouge, près de Paris, oi se trouvaient les Pèrea ks plus influents, les phis mêlés aux intrigues politi<|pies de l'époque, était dans une impatience fiévreuse de voir eofin la monarchie bourbonienne, représentée par un homme qui les aimait sin^re»
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nnit, procismer leur eiistoace ooimne iofllitiit religieux, à la face de la nation. Mais la cboM était difficile: il fallait irafrer trap d'antipaiiies, trop de faaines.
L'heureaK nio»ent arrÎFa toutefois. C'était ta mois de mai 1826. 11 y avait, à la chambre des députés, des discussions ardentes. L'opposition ne demandait pas mieux que de provoquer le ministère. L'alarme répandue dans les masses par les journaux, qui représentaient la France enveloppée du vaste réseau d'une Congrégation dirigée par les Jésuites, espèce de carbonarisme religieux, redoutable comme toutes les sociétés secrètes, devait avoir là son retentissement. A cette tribune livre, l'accusation allait prendre les formes les plus véhémentes et les plus passionnées. Ce fat le député Agier, un meoibre dont on ne pouvait suspecter le dévouement aux Bourbons , et qui appartenait à l'opposition de droite, qui porta la question à la tribune. Il dénonça la Congrégation en termes modérés, mais énergiques. U la distingua des associations méritoires créées pour de ▼raies bonnes ceuvres, et ne craignit pas d'avancer „qu'elle avait juré haine à nos institutions.^^ n montra son esprit inquisitoi'ial, le lèche espionnage de ses agents les plus subalternes, ses dénonciations injustes, ses calomnies indignes. U alla jusqu'à dire „qu'elle faisait trembler les pré«fets, les sous-préfets, sons son inAuence secrète,
qtMiid ils ne sont pas ses adeptes; qu'elle domi* nah le ministère lui-méfne.''
Il y eut un mouvement prolongé dans toute l'assemblée, devant une accusation aussi nettement formulée. L'orateur s'écria alors:
„D'où lui vient donc cette puissance qui lui fait donner ou ôter les emplois dans l'armée comme dans le civil? Si nous avions la corruption de l'hypocrisie devenue un moyen d'avancement, le caractère de loyauté qui appartient à notre nation s'altérerait, et par suite, la religion serait compromise et la monarchie menacée."
Et il termina en disant:
„Que le ministère brise résolument le joug de cette puissance occulte qui ne tarderait pas à le renverser lui-même; qu'il vienne la combattre à cette tribune et désavouer les projets qu'elle médite contre nos libertés publiques et religieuses !^*
Le coup était terrible, et le ministère resta muet Pendant près de dix jours il hésita "ne pouvant ni désavouer ni combattre cette fameuse Congrégation dont M. de Villèle et ses collègues étaient membres. Il se détermina cependant, sous la pression générale de l'opinion, à faire donner des explications à la tribune, non plus pour démentir l'existence de la fameuse Congrégation et e rétablissement des Jésuites, c'eût été s'attirer a risée universeUe, mais pour nier l'influenoe at-
tribttée ivOL ÔongrégamitteiB et jtàS&et lé irétotif de la Compagnie de. Jésus.
M. Févéque* d'Hermopolis, mîmsti^e des affairé»' ecclésiastiques, fut chargé de prendre h pa^le. Dans la séance du 25 mai 1826, fl affirma que le clergé n'avait, ni dans sa doctrine, ni dans se^ actes, rien qui donnât le moindre prétexte aux accusations d'enyahissement amassées contre lui, et d'hostilité au nouveau code du royaume. Abordant enfin la fameuse question de la Congréga^ tion, il avoua son existeàce, mais la déclara corn*piétement inoffensive, et affirma qu'U était faut qu'elle exerçât sur le gouvernement aucune irt-^ fluence mystérieuse.
L'opposition n'était pas vaincue, on le pense,, par ces simples dénégations. Elle triompha même de l'aveu du ministre. ^Prenons acte, s'écria Casimir Peirier, de là déclaration faite par le gouvernement lui-même; Le fait matériel, la Congrégation, n'est pas un vain fantôme I"
Toutefois le nom de nbs Pères n'avait pas été mis en cause. Le ministre n'avait pas parlé déi^ Jésuites. H. d'Hennopolis, plus sage que ces derniers, redoutait de soulever l'orage en avouant leur existence.
Ici commence la faute capitale qui les perdit Je sus plus Uird, par ma mère, toute la scène qui se palssà à Montronge pendant la nuit qui suivit le £scours du ministi^e en fevëui' de la Congrègitk/û, et' dont je i^trouve le détail exact dails I 7
S(8 LE IWUITS
^^e lettre extrèinement curieuse du Père RoDiaof^t On verra, par ce documeut, écrit avec beaucoup de laisser aller et destiné à l'intimité la plus absolue, quelles étaient les prétentions extrêmes de Montrouge, et combien étaient superflus, dans ce moment, les timides avis de l'expérience et de la raison.
„Nous nous perdons, ma pauvre amie, nous nous perdons ! Vous savez le résultat de la séance d'hier à la Chambre des Députés. Le discours de M. d'HermopoUs a été digne et habile; il ne nous a pas nommés. Ses aveux sur la Congrégation ne peuvent pas beaucoup tirer à conséquence ; et je ne m'en inquiète pas outre mesure. C'est un os à ronger à messieurs les libéraux. Mais voici bien le revers de la médaille.
„A peine le compte rendu de la séance a été connu ici, que le conseil s'est réuni pour délibérer sur la conduite que nous avions à tenir dans cette circonstance. — Le moment est venu! Le moment est venu ! se sont écriés les plus ardents, je dirai les plus imprudents des nôtres. Pourquoi Monseigneur fait-il la lâcheté de ne pas dire tout haut que nous existons? Jamais occasion plus belle ne se présentera.
„Le conseil a duré très-longtemps. Il a été plus tumultueux et moins sage qu'on ne devait l'attendre de gens auxquels on fait la réputation d'être si habiles. Je vous affirme que nous som-
PAR l'abbé *♦♦ 99
IBM les geos les moiss habiles de la lerre, et, Je le dis en gémissaiil de^nt Dieu, nous sommes les plus fous. Quoi! nous avions pu, après la toarmente révolutionnaire, rentrer paisibles dans notre patrie; nous avions, sous le protectorat des évéques, nos collèges où noos faisions le bien; que pouvions-nous demander de plus? Il fallait attendre de longues années avant de produire notre nom, objet des vieilles rancunes des Jansé* nistes et des philosophes.
„J'ai exposé tout cela à nos Pères. Je leur ai ^t que, par une malheureuse précipitation, ils allaient tout compromettre. J'ai cherché à leur faire comprendre que le caractère français est singulièrement irritable; que l'idée fixe du parti libérai est de se servir de la question des Jésuites comme d'une arme de guerre contre le gouvernement; que ce parti sait très*bien que nous sommes, à côté de lui et des forces dont il dispose dans. la nation, une bien petite puissance; que ce serait jouer son jeu, devenir ses compères, que de réclamer du ministre une reconnaissance bruyante à la tribune! que nous n'y gagnerions qu'une vaine satisfaction d'âmour-propre, et que nous risquions d'exciter contre nous une violente tempête, précurseur infaillible d'une expulsion prochaine: on ne m'a pas écouté.
„ — Vous êtes trop timide, sage Père, m'a dit presque avec ironie le père Varin, un de nos plus ardents. Il faut compter sur la Providence. Elle
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6tt pour Muat Tovt mm » loms. Le Roi i aine. Si nous nuoiquoss «ette occamov m re^ présentera-i-elle?
mEI aotres baUvernes de ce genre qui m'ont bit pitié.
,9 — La ProTÎd^iee n'est pas pour ks inpnir dents et pour les fous, ai-Je répondu.
,,n y a en un bourra uniirersel. Tout le monde parlait à la fois. Un ou deui de» plus âgés, qai comprenaient la suprême maladresse que noua attons feire, ont essayé timidement quelques remarques. Us n'ont pas été plus heureux, qse moi. Tous ces hommes, exckés oomme des énergu-» mènes, paraissaient impatients^ et, s'ils eussent pu, seraient allés, la nuit, à Parisy dire au prudent ministre: — Nommez-nous à la face de là France!
„J'ai fait un dernier effort. J'ai conjuré qu'on attendit encore, qu'on envoyât à Rome un de nos Pères, pour exposer les faks au révérend Père Général. On ne m'a pas laissé achever, et l'on m'a répondu que cette démarche était bien superflue, toutes les lettres du Général insistant pour qu'on obtienne du gouvernement français notre reconnaissance, et le Pape lui-même témoignant fréquemm^t ce désir à notre Général.
„J'étais vaincu* Ge père Varin, le plus em* porté de tous, a été chargé d'aller, aujourd'hui même, avant la> séance, cflâEqurer IL. d^fiermopoli» de eompléter son œuvi^e,. et, après, avoir es le
fldiimgft de défenàn), en plein tiibeiiév ia GmÊtè^ grifràoB, de preekmer béatement Tiaiatenee de k Compegnie de Jésns.
^e SUIS aUerré^ ma digne et etœUente amie* D semble que l'esprit de feitsge sait dans cette {MOfre Société! Je se retrouve plus ihs homniee de quelque prudence^ mais ées gens éoer?elée» fiéhsl les pauvres fous ne me laisseront pas mott-^ rir en paix, dans ma chère France et auprès des miens. Je n'ai pas besoin d'être prophète pour leur dire qu'ils n'en ont pas pour longtemps avec ce système. Les Français vont vite en besogne. Puisse Dieu m'appeier à lui avant le dentier orage!
^ le père Vans est de retour de Paris quiiid viendra votre valet de chambre, j'aurai le tempe de vous dire encore deux mots.
„RoifAHET, Sw J.
„Mon«roiige, 26. mai 1828.^^
„P. 8. — n est deux heures; le père Varin vient d'arriver triomphant (^). Â l'heure où ma
(^) „0n a ttouT^ dans lea arohivaa dtl*ministàre dH Affaires ecclésiastiques, use déclsratioa faite en 1809 i Portails par le Père Varin, dans laquelle il assurait qtùe m lui ni ses confrères n'étaient Jésuites y qu'ils ne U seraiêifa jmnms; qu'ils avaient toujours enseiçné êê qu'ils enseignetaisnt toujours les maxùuss galheanes* Or il se trouve que c*est le même'^ère Yarin qui est ▼enn, il y a deux ans, déclarer à Frayssinous qu'ils éiéÊêoni Jésuites et qu'Os avaient tôwfours ou 9im^. tenHou de Vèk^e. Jugez de Veflet que pioditOMlMit toatii:
lOf tK JMtnrs
■Min tnemUadte tnee ces ligms, noire trionsphe 4» vanité et notre arr^ de mort se prononeent en même temps. Le père Yarin a pourtant avoué à«un de nos Pères que H. d'Hermopolis lui avait dit: — Vous en prenez la responsabilité? — Oui> Hionseigneur, avait*il dit, le très-saint Père et notre Général^ le désirent ardemment — Le ministre n'a plus rien dit, et en saluant le Père Varin, il n'a eu que cette parole: Alea jacta
L'histoire a enregistré le reste. Le 26 mai, M. d'Hermopolis prit de nouveau la parole „peur achever, disait-il, le discours qu'il avait commencé la veille."
Ayant fait une solennelle profession de foi en faveur des libertés de l'Église gallicane, chose fort odieuse pour les Jésuites, mais dont Os avaient peu de souci pour le quart d'heure, il continua :
„0n me le dira: — Vous êtes partisan des libertés de l'Église gallicane, nous le savons ; mais n'avons-nous pas au milieu de nous une Société qui veut se rendre maîtresse de l'instruction publique, s'emparer de l'esprit de la jeunesse, lui in* sinuer ses idées et renverser toutes vos doetri-
€«B belloi déclaratioDs/' (GorrespoBdince de Lamêimsls, W féwl«r 1838.)
PAÉ t*Al«B ♦^ lOS
nés? FfaTons-nous pas au milieu de nous h» Jêimteêf
n se manilesU à ce moment, dans TAssem* blée, le même mouvement qui avait, eu lieu, la veille, pour l'aveu de Texistence de la Congrégation, tin grand nombre de membres quittèrent leurs bancs et vinrent se grouper au pied de la tribune. La curiosité était excitée au plus haut degré. Le ministre allait-il, oui ou non, avouer l'existence de ces terribles Jésuites.
11 avait une réponse bien facile , s'il eût eu le cour9ge de résister aux folles, prétentions de9 Pères, si mena non lœva fuisaet: — Nous ne reconnaissons en France qu'un clergé séculier, sous la direction de l'Épiscopat. Libre aux Évêques de recueillir, parmi les débris de l'Église de France échappés à la Révolution, les hommes qui ont pu appartenir aux anciens ordres religieux. Ce ne sont plus que des individus. Ces anciens ordres n'existent pas et ne pourraient exister que sur votre autorisation formelle.
Ces paroles eussent tranché la question, et peut-être ealmé la tempête.
Il n'en fut rien. Le ministre commença par l'aTeu formel „de l'existence de la Société célèbre;" ce fut son expression. Il dit que, sur trente-huit collèges royaux, plus de soixante collèges communaux, près de huit cents maisons d'éducation par-. ticalière, quatre-vingts séminaires de théologie et
lui LE mom
m mmB cent éodes eccUmslkiiies ou fvtitf m minaires, pas un seul de ces établissemettU, mfm sept petits séminaires, ^n'était dans les mains de ces boinmes si redoutables, cennn sous le nom de Jêmdiéa.''
U avoua maladroitement que Napoléon avait été sur le point de les expulser.
„Voulez-vous, dit-il, savoir l'histoire de leur réapparition? Elle date de 1800. Le premier établissement qu'ils fondèrent se forma à Lyon, sous les auspices du cardinal Fesch, oncle de .Bonaparte. Ce dernier voulut les expulser en 1804; mais sa colère s'apaisa, et depuis ils sont restés dans l'enseignement^
L'Excellence, on le voit, compromettait les Jésuites et les rendait suspects, en rappelant cette oolère de Napoléon, que l'on pouvait supposer provoquée par de justes griefs. Mais l'existence des Jésuites était officiellement reconnue, à la grande jpie de l'opposition libérale. C'était là qu'on attendait le ministre. Il eut encore besoin de s'expliquer sur les édits et sur les arrêts qui interdisent le territoire français aux membres de la Société de Jésiis, et qui n'ont pas été abrogés. Ce fut dans un troisième discours qu'il donna des explications sur ces arrêts d'expulsioo* U reconnut que ces arrêts avaient eneora toute Jeur force, mais qu'ils avaient été modifiés sup-r
pabi^'amé »^ 10»
«Mifenent» «t ^uVm «Tait diDié aux JéMalei^ (}Bi imwt élé frifpés» la peroMMÎoii Ae nvenîr di Jaur exil. P^urf uoi eût-iw élé plut sévère en- Tcrs ceux qui «faieai survéeu à la tourmeirttt. réïolBlionDaire?
Et il termina en disant:
nSans doute^ s'il s'agissait de donner à cette Société une existence civile , il faudrait non pas seulement une ordonnance, mais une Ipl Hais nous n'avons pas encore à délibérer s'il faut admettre ou rejeter cette Société."
Ces mots furent presque accueillis par des murmures.
Le retentissement de ce discours flit immense. Les Jésuites, pas plus que le gouvernement, n'en avaient retiré aucun avantage, l'apaisement de Topinion moins que le reste. On se demandait partout, jusqu'à la Chambre des Pairs, comment une Société pouTait exister de fait, avoir des étabiis6em«ats brillants sur le sol de la France, sans qu'une loi sanctionnât son existence. Le célèbre eomte de Montlosier déposa, au greffé de la Cour royale de Paris, une dénonciation en forme €OAtre ks Jésuites et, leur pouvoir occulte. Les tèlea 66 moQtèreat L'ÉpiiQopat se mit aux lettres pialeralfis, où Ton attaquait „riiiferaal6 Uoenee de la presse»" où Ton appelait les écrivains du libéralisilM ,^m énissaircfi de Satan," et où kt
lOS LE jétlTITt •
Sociélé de Jésus éliit «xritéev ^connie un otéré oélèbre, perpéluei objet des ploB noires calomnies, environné de tant de glorieux suffrages, riche des InMraux de plus -de huit mille apôtres et des sept cents martyrs qu'il a fait monter dans les cieux"
De son côté, la presse ministérielle, plus imprudente encore que le pauvre évêque d'Hermopolis, se donnait libre carrière pour les invectives et les louanges, invectives contre les ennemis de Tordre, louanges passionnées en faveur de „cette institution sainte, source de force pour les gouvernements et pour la religion,'' à laquelle devait être confiée l'instruction de la jeunesse.
L'arrêt de la Cour royale de Paris, véritable arrêt de condamnation, le plus terrible qu'il fût possible de porter contre les Jésuites, vint prouver que la magistrature elle-même, la plus haute, la plus indépendante, était dans les rangs de leurs ennemis. Ce n'était plus une lutte d'un moment, que le temps se chargerait d'assoupir, c'était un duel à mort entre la Société de Jésus et la France nouvelle, tout imbibée des principes du libéralisme.
. Une autre lettre du Père Romanet à nisr mère, que je trouve "dans mes papiers de famiHe, lettre aussi conidentieUe, et remise secrètement au valet de chambre envoyé à Montrouge pour avoir* des nouvelles du vieiliard -deveoii in--
PAB h* Ami ♦♦♦ 107
inM, peut «D q«elqmii mots la situalioo é6ê
««..Voas voyez que nous allons à la dérive. Notre triomphe aura été de bien petite durée, et nos joies bien légères. Vous ne vous douteriez jamais du brillant procédé que nos jeunes Pères ont ijDagioé pour s'assurer, disent-ils, une victoire éclatante. A l'aide des membres de la Congrégation dont ils disposent dans toute la France, ils veulent organiser, au sein des Conseils généraux, une grande manifestation de Topinion publique qui réclamera le rétablissement des congrégations religieuses d'hommes, — sous -entendu de notre Ordre, — l'abolition de la liberté de la presse, ou du moins de fortes restrictions à cette liberté, h célébration du mariage religieux avant le mariage civil, la suppression de TUniversité, etc., etc, H mille autres demandes impossibles dans un temps trop rapproché des anciens commottooa politiques. Ils espèrent que, devant ce vœu des proTioces, le parti bruyant du libéralisme sera aUerré.
„Moi, pauvre Cassandre, je me suis tu cette ^•is. Mais je me suis demandé s'il n'y tfvait pas ^ Piovidesee vengeresse qui, voulant punir l'or- NI oà nous sommes tombés, nous aveugle à ce I^Qt, pour mieux nous perdre. Nous faisons tout ^qa'il tant pour précipiter la catastrophe; e^ si> ^choses marchent encore quelque temps de ce