‹ Le jésuiteChapitre 6 sur 32 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Et je la vis s'affaisser et s'agenouiller devant moi.

— Ma mère, ô ma mère, de grâce, ne m'im* posez pas cette douleur de vous résister à vous, suppliante à mes pieds!

Et, la relevant par le bras, je la fis asseoir.

— Mon fils! mon fils!

-^ Pauvre mère, soyez courageuse 1 Mais ne me taez pas. Je ne puis pas être au monde.

— Ah ! fàis^moi ce sacrifice.

— Non, ma mère, n'insistez plus. Vous reniez le triomphe trop méritoire pour moi, devant Dieu, parce qu'il me coûte trop.

— Tu n'as pas de cœur!

— Ma mère, souvenez-vous de sainte Chantai: elle eut le courage de passer sur le corps <ie son fils, pour suivre l'appel de sa vocation.

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Le monde entier a aBmiré ce trait dliéroiBme. Direz-¥0U8 qu'elle manqua de cœur?

— Eh bien! je ferai comme son fils.

— Que di(es-yous, ma mère?

Je me levai effaré.

Je me sentais comme en déUre.

— Calmez-?ous, ma mèrel lui dis-je, sous une impression indicible.

— Oui, fils dénaturé, je veux savoir si tu auras le cœur de fouler aux pieds le sein qui t'a porté neuf moisi

Et, se précipitant vers la grande porte du salon, alors à demi ouverte, vers laquelle je dirigeais mes pas, comme si j'eusse été atteint tout à coup d'une horrible folie, elle y arriva avant moi, et, s'étendant en travers devant la porte:

— Ose! me dit-elle, ose!

Mon Dieu! pardon!

Ma mère était là, immobile comme un marbre, se roidissant, pour faire de son corps un obstacle matériel qu'une dernière pudeur me commandait de ne pas franchir.

Mon Dieu! pardon! J'eus l'horrible courage de sainte Chantai!

PAA l'a«b ♦^ 136

Une autre douleur.

Je n'avais pas fait trois pas dans le vestibule, saisi d'horreur de moi-même, comme si j'eusse commis un parricide, qu'un courrier, arrivant tout haletant de Seine-et-Marne, entra, suivi du concierge de Thôtél. 11 nous annonçait que mon pauvre père venait d'éprouver une crise dangereuse, et qu'il réclamait, à la hâte, sa femme et son fils.

Ma mère, qui s'était relevée, reprit un calme glacial. Elle ne me parla plus.

Nous partîmes à l'instant même.

Quand nous arrivâmes, mon père vivait encore.

Ma mère, d'abord, entra seule dans la chambre du mourant Elle vint bientôt â moi.

— Hâtez-vous de venir recevoir la bénédiction de votre père.

La scène fut déchirante. Mon père nous dit qu'il se sentait mourir. Sa douleur, qu'il n'avait jamais pu dominer, le conduisait au tombeau. Ma mère, qui jusque-là n'avait pas cru à une maladie sérieuse, vit tomber toutes ses illusions. Elle versa des larmes de désespoir. Mon père me fit ap-

ISé LE ëésont^

procher de son lit de mort, me combla de ses plus tendres bénédictions.

— Pauvre enfant! me dit-il, je voudrais bien te demander de ne pas laisser s'éteindre les derniers Sainte-Maure, et de remplacer, dans le monde, ce frère sur lequel j'avais fait reposer de si légitimes et de si folles espérances. Mais pourquoi te demander cela? Est-ce que tu t'appartiens, à cette heure? Je sais toutl Prêt à entrer dsms mon éternité, il me répugne de faire la moindre violence à tes instincts. Si tu Favais voulu, tu m'aurais donné la dernière joie humaine que je pusse emporter d'ici-bas. Mais je ne veux pas que tu aies un jour le remords de m'avoir répondu par un refus. Sois libre, mon enfant chéri^ l'unique reste d'une famille qui a eu sa gloire dans l'ancienne société, et que j'ai cru représenter noblement dans la société nouvelle. Qu'elle revive par toi ou qu'elle s'éteigne, ce sera de ton plein gré. Monsieur le marquis de Sainte-Maure; votre père vous donne sa dernière bénédiction, et ne vous commande qu'une seule chose, d'-étra sur la terre un homme de bien.

Je fondis en larmes; mon cœur se brisa; et, aujourd'hui , après les longues années écoulées depuis cette séparation douloureuse, j'éprouve^ en me rappelant ce souvenir, le même déchirement^ dans tout mon être, que si ce digne père, prenant cette voix solennelle des mourants, me éièsàii — Sois libre, mon enfant chéri!

PA» l"ab»b ♦** 137

JLes paroles* de. ma mère, ises inétenceg et set larmes ae m'avineiit pas ébranlée Le respect de «Ma père pour la dignité de son 4Élemier desceii* dant et pour ma coiwcieRce d'bonme m'émut profondément le me jetai dans ses bras; je Kmmdai de larmes. J'avais si peu ^écu avee luit Notre stupide éducation nous entère aux chaudes étMtnt^de la famille, à Tâge oà deviendraient iadestruistibles des affections* qui se portent ail* leurs, en laissant dans le coeur, vide à peu près, la place où Dieu a voulu que fût Tamour pour notre père et po«r notre mère.

Dans ce moment, j'aurais vdlontiers donné ma ▼ie p^ur que mon père vécût encore. L'effort p'il avait fait sur lili-méme, les impressions qui l'avaient agité hâtèrent le moment fatal. Il me regarda cependant, comme s'il eût attendu de moi une parole. Ce regard bouleversa toutes mes pensées et tontes mes résolutions^

— Mon père ! mon bon père ; m'écriai-je en le serrant dans mes bras par une dernière étrante, je vous jure que je ferai...

— Non, non, interrompit^il d'une voix faible. . . Sois libre, mon enfant!

Ce fut la dernière parole que iwus entendîmes de sa bouche. Nous n'eûmes plus qu'à lai rendre les devoirs funèbres.

Qttelqoes jours aprj^s, ma mère quittait ce château, qui ne lui inspirait plus que de l'horreur, et nous rentrions à Paris, pour y passer

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les longs BMHS de notre deiaL Toiles les joies de ma vie avaient pris fin. Cette solitude de la famille, où deux êtres seuls se trouvaient et échangeaient leurs larmes, exerça sur moi une impression profonde. L'adolescent avait disparu^ et,^ si je n'étais pas encore un homme, je me sentais prêt à entrer dans tout le sérieux de la vie.

Ma mère se livrait plus que jamais aux exercices de la piété. Le iPère Romanet, qui avait eu assez de bon sens pour modérer quelquefois les pieuses exagérations de ses pénitentes, était mort, et ma mère avait pris pour directeur un ancien Capucin, fanatique s'il en fut jamais, et croyant fermement que du rétablissement de j^'ordre de Saint-François dépendaient la gloire et la prospérité de la France.

Elle le consulta, à ce qu'il parait, sur ce qu'elle pouvait faire par rapport à ce fils unique, qui s'obstinait à vouloir éteindre en lui la race des Sainte-Maure.

Le Capucin songea à son ordre; il vint me faire quelques visites sous prétexte de notre deuil. U savait les idées mystiques dont on m'avait imprégné. Il exalta devant moi le grand saint François d'Assise. Mais, chez les Jésuites, il n'y a de ' vraiment saints que les saints, de la Compagnie I de Jésus, et je n'en connaissais pas d'autres, du | moins que j'admirasse et que je voulusse imiter. Je ne tombai donc pas dans le piège du Capucin* Je tenais un peu pour fou ce digne saint Fran-

• PAR L'àm **^ 189

{(H8 qui aUdt eOB^«rser arec les bètet, et appelait les carpes et les oiseaux ses frères et ses Mears.

Je sas que le Capucin a?aît dit à ma mère qu'il n'y avait rien à attendre d'un cerveau aussi obstiné que le mien.

Depuis notre retour à Paris, soit raffectîoa bien vive que je portais réellement à ma mère» soit la blessure commune faite à nos ccBurs, nous nous étions rapprochés l'un de l'autre. Ma mère semblait avoir oublié la terrible scène qui s'était passée entre nous; et je ne songeais pas à lui demander de me pardonner une action que je croyais héroïque. Seulement je me montrais pour elle plus affectueux que jamais. Le malheur est une leçon puissante, et, devant ce silence du tombeau qur régnait^ maintenant dans ce brillant hôtel où j'avais vu *toutes les joies du monde; quelque chose me disait que je devais laisser se cicatriser les plaies faites au cœur de l'épouse et de la mère désolée, avant de lui imposer une nouvelle douleur. J'évitais donc avec soin toute conversation qui pût lui faire pressentir que ma résolution était irrévocable.

11 y avait entre nous une trêve tacite; mais cet état ne pouvait pas durer.

Probablement ma mère, qui m'observait, interpréta mon silence dans un sens favorable à ses idées. Elle ne s'en tint pas aux conclusions de son Capucin^ qui lui disait qu'il n'y avait qu'à

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M résigner aur mon oooiftvvdfe VoUhit.eBsajrer uo dernkr ^ort.

L'eutretien, cette fois, se fit avec un . grand calme de sa part et de la mienne.

Mift en demeure de m'expliquer, jcèoinmençai par lui déclarer nettement que nos malheurs nV valent, fait que me< détacher encore davantage du monde, ^ je lui rappelai qu'après la douloureuse aoène du grand salon, elle ne devait plus chercher d'autres preuves d'une détermination que nulle puissance ne saurait ébranler.

Elle n'insista plus, et elle comprit qu'elle devait respecter la liberté que mon père monrant m'avait laissée. Mais, changeant alors ses batte* ries, elle se rattacha à une dernière espérance.

— Eh bien! mon fils^ au moins n'abandonne pas ta mèrel Entre ici dans^ le sacerdoce. Le séminaire de Paris est tenu par les respectables Sfulpicienë. C'est de leur école qu'est* sorti Fénelon. Ils ont élevé tant d'autres prêtres éminents dans rÉgliée! Tu suivras ainsi ta vocation, et j'aurai au moins le bonheur de te garder près de. moi.

— Le sacerdoce est ma vocation, lui dis-je, mais je .ne veux pas être prêtre séculier.

— Que veux-tu donc être?

— Je veux, ma mère, entrer chez les Jésuites*

— 0 mon Dieu! diez' les Jésuites. Celtes je les ai'l)eaucoup aimés, oes bons Pères; je les

PAH l'abbé **♦ 141

ahne encore:, eux seiil^ sont capables .de bieB élever la jemesse. Mais s» tu connaissais, comKe mmj les temps oà nous vivons, tu verrais qwe «tu ne dois pas songer à entrer chez eux. Tu ignores qu'ils ne tiennent plus en France que par un il, et qu'avant six mois le ministère sera obligé de les sacrifier. Si Charles X n'avait pas demandé on délai, la chose ser«k fait déjà. D'ailleurs, Je* suite, tu pourrais être envoyé aux extrémités du monde: tu serais perdu pour moi.

— Ma mère, si Dieu m'appelle!

— «Eh bien ! est-ce que nos prêtres ne valent pas les Jésuites.

*— Ma mère, il n'y a de bons prêtres que-lQS Jésuites!

Elle ne répondit que par im sourire amer à e^e naf^té, que je répétais comme un ée«lier bien appris.

Ua problème s'adressait devant* mof : c'était ma >mère consentant, après toutes ees luttes, que je fusse prêtre^ et rejetant pour moi (le <plu9 grand honneur du sacerdote, celui ^d?ètreJé9uite.

— Mais, malheureux! » me* dit««elle, tous les fiamte-^Maure. qui ont appartenu à 'FÉglise ont été des prêtres . séculiers^ des abfoés:de grandes •:ab^ bayes, des évèques, des cardinaux. Tu as là-bas leurs portraits, ajouta-t-elle.

Je ne saisis pas alors la pensée intime de ma mère. On est si peu ambitieux à dix-huit ans! Ce ne fut que plus tard, qu'éclairé par l'expé-

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rience, je .tîs très-bien qae cette excellente mire, lorsqu'elle avait son aine destiné aux grandeurs du monde, aurait voulu, pour son cadet, les haor neurs de l'Église, qui avaient illustré autrefois la maison des Sainte-Maure. Le Père Romanet n'avait jamais contrarié ses idées là-dessus, et, en me confiant aux Jésuites, elle espérait qu'on favoriserait ses projets; et puis elle se croyait asseï maîtresse de mon cœur pour me faire prendre les ordres dans le clergé séculier. Je me suis rappelé que souvent elle me parlait avec enthousiasme de deux ou trois jeunes gens du grand monde, parmi lesquels était le jeune de Bonald, qui plus tard a été évéque et cardinal, que leurs familles, toujours selon ma mère, avaient vu entrer avec bonheur dans le sacerdoce, avec la presque certitude qu'ils seraient un jour évéqofis. Je lui répondis:

— Ma chère mère, je n'ai d'autre but que d'obéir à la volonté de Dieu. Ma vocation m'appelle chei les révérends Pères; j'irai chez eux et vous serez assez bonne pour ne pas mettre d'obstacle à ma vocation.

— Je le vois, dit-elle, on vous a desséché le cœur; vous n'aimez plus votre mère. .

PAR l'abbé ♦*♦ 148

Suppreflaion des coUégei de La Compagnit de JéinB. .

Le Père. Romanet avait été prophète, et ma mère était bien renseignée sur ce qui se passait dans le gouvernement, par rapport aux Jésuites. Dne ordonnance, qui manquait de dignité et de franchise, parut le 16 juin 1828.

Elle portait que les écoles secondaires ecclé* siastiques ^dirigées par des personnes appartenant à une congrégation religieuse non autorisée, et actuellement existant à Aix, Billoem, etc., seraient soumises au régime de TUniversité, et que nul De pourrait faire parti d'une maison d'éducation dépendante de l'Université, sans affirmer par écrit qu'il n'appartient à aucune congrégation non légalement établie en France.''

Une seconde ordonnance imposait l'habit ecclésiastique aux élèves des écoles secondaires ecclésiastiques, âgés de plus de quatorze ans après deux ans .d'études. Ces écoles, dans toute la France, ne devaient pas contenir plus de vingt mille élèves. Les supérieurs de ces maisons devaient recevoir l'autorisation du gouvernement. Et, pour dore tout cela, on jetait au clergé huit mille demi'bourses de 150 fnncs chacune, desti-

m £G ilBaÙIT&

nées à ces établissements ainsi mis en suspicion et mutilés.

La première de ces ordonnances était signée Portalis, ministre de la justice, et la seconde, F^utrier, éréque de Beanvais, minutre des affinred ecclésiastiques.

On le voit, le nom des Jésuites n'était pas prononcé 4ans ces o(rd(»inances. ils plouvtiient donc rester en France, comme prêtres, et y exer* eer le ministère sacerdotal. Mais un serment à prononcer les excluait de renseignement. A eôté de cette mesure, se trouvait une législâtioii p^i libérale sur les- établissements diocésains.. Le clergé témoigna le plus vif mécontentement de ces ordonnances, et les Jésuites eurent la cbanoB de se trouver victimes avec lui. Le clergé ne cotniprit pas qu'il aUait recevoir lé eontre--oeii]i de i'»xtréme impopularité des Jésuites. Il se fit foUement leur défenseur; et les. feuilles qu'il inspirait afs^eièrent ces ordonnances des actes. de vioteace et de persécution, cpui ramenaient FÉgiise au ttmpa dé Népim et de Diocfétien.

„ Applaudissez^ race d'impies et de saci^éges, (disait une de ses feuilles, écrivfiiins feictieux, ap«fplandissez I Voifià un prêtre (M.' Fedtrier) qui vous Jitro le sanetuaire-; voièi un magistrat (Mi «de Portalis) qui vouls livre le < pouvoir. Vous vcnliee rqat l'épiseopatfûtenobafné; on fait^plos, on l'iia*- -Éiole. Ce. que k Révolution -n'eût jamais songé à

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oricber à BuoDspiurte^d^x mioktfes lefonl.à la monarchie légitime; tous les deux rivalisent de zèle pour exterminer le sajcerdoçe dans sa racine, «t pour accomplir ainsi l'œuvre de. la Ré^ Tolution."

Cette presse religieuse allait jusqu'à dépeindre l'évéque de Beauvais comme un mauvais ministre^ „aussi lâche qu'hypocrite, comme un nouveau Julien traître à ses frères, à sa foi et à son roi, que l'Église devait compter désormais au nombre de ses plus cruels persécuteurs/^

La royauté malheureuse, pour calmer l'irri* tati<>n du parti libéral contre les Jésuites, avait eu la maladresse de mêler le clergé de France à la querelle. Les Jésuites profitèrent de cette faute; ils prirent le rôle de victimes silencieuses et laissèrent au clergé le s<)ip de les défendre, en se défendant lui-même. Dans cette circonstance, ils furent les habiles; et Lamennais, qui ne. les aimait pas, fut un des plus violents adversaires des ordonnances.

L'épiscopat se leva comme un seule homme, et par l'organe du cardinal de Clermont- Tonnerre, publia une protestation collective, où il prononça le ïameuT „Non possumiia/* Le roi lui ht défendre de se présenter aux Tuileries.

Ces déclamations violentes furent, en somme, une défaite pour le clergé, qui se rendit par là impopulaire,, et un triomphe pour les Jésuites.

Bauiooiip d'enlre eux restèrent à neids; mmàkttw» iiolUgea, à la froatièfe frapfai&e^ en Beififucw en fiuiase et ea Espagne, neçurem mux dq le«ns élér vee aux4|uêls les parente peivoifent 4^ suivre i« fortune de leurs maîtres.

Ce fut malgré tout un coup terrible pour la Compagnie. Ce n'était plus par mesure révolutionnaire, mais au nom du roi très-cbrétien , d'un fiourbon, que leurs collèges étaient fermés, et qu*il8 se trouvaient, sans eiietenee extérieure légale, confondus avec ce clergé des paroisses, objet de leurs constants dédains. Aussi n'attendaiènt-ik qu^un nement où le roi, mailre de l'opinion, pourrait les rappeler, aux applaudissement du parti religieux. Us existèrent toujours ragilaiioa des ' esprits, dans ce sens. Des jeurnaux firent la foUe àe menacer la France oonstituiioanelle et la cbamr bre des députés du réveil des armées veodéenBea. Le grand mot de l'alliance de Tautel et du trône, qui pepd les trônes sans sauver Tautel, était com^ mente journeldeinent et proclamé comm» le salut pour l'avenir.

Les Jésuites avaient vu leur carreapondance dévoilée dans un procès en nullité de testamjeot, 4(ui se plaida devant le tribunal civil de Colmar. U s'agissait d'un i^gs universel fait aux iéeuitea, au moyen d'un fidéi-commissaire, M. Çenri Beeck. Le testateur, avait voulu d'abord laisser sa fortune au sémiuaire diooésaio, ,4)arce que, écrivailril au Père Grivel, provincial des Jésuites, les séminaires

Pàn ^*imé ^^ 147

•ont ««pable» déposséder, tandis foe ^mu^Otàrfê n'a ipas «noare d'«xistenoe légale*^

Le père Grivjel répondait:

,J9otre société est plus utile qu'un séminaire à la religion et à l'Église. C'est donc à elle qu'il faut préférablement donner. Quant à la question d'existence légale, l'existence de notre Ordre a la même solidité que celle des Bourbons sur le trône. S'ils s'y maintiennent, nous serons rétablis, reconnus, et nous ne cesserons d'exister en France que lorsqu'une nouvelle conspiration contre la religion viendra renverser les Bourbons.'*

De têts documents mis an grand jour par 1» presse n'étaient pas faits pour réconcilier l'opi'^ nion poUiqoe avec la Compagnie de Jésos. Elle se résigna à sêu iso^ment, en caressant ses chères espérances. Singulièri» leçon donnée à ses P^ res les phis habiles et les phis doués de pénétration, ce ne fut pas la maison de Bourbon, ce devait être la République qui leur permettrait da reparaf tre et d'ouvrir par toute la France de brillanu collèges!

Les premiers mois de mon deuil étaient passés; nous étions au commencement de 1829. Je m'étais mis à quelques études fort négligées k Saint-ÂchenK J'avais classé tous les papiers à^ mon père, qae je parcours, je le reconnais, assev saperfieieUeaMflil, et dans lesquels plus tard j'ai

143 LE wdktb. .

Irouf é d0» ^ooiiaients précieta* .Letomps Vécotdar ainsi. Je redoutais le momeDt où il fa^idraii quitter ma pauvre mère , et je me reprochais cett e anxiété comme une coupable faiblesse.

Fanatisme.

C'est une singulière chose que la fascination exercée par Tenlhousiasme sur la conscience humaine. Il n'y a pas de fanatisme que je n» m'explique aujourd'hui.: Ces jeunes hommes que le Vieux de la Montagne lançait en assassins au* tour de lui obéissaient avec une volupté brutale, et bravaient la mort: le Prophète les attendait dans son paradis. Je dois faire l'aveu de riodignité de ma conduite à l'égard de ma mère. Je me dis maintenant, avec toute la sincérité d'un repentir inutile, que je fus infôme. Pauvre mère I elle avait à supporter les amères douleurs de tous les délaissements. L'ainé de ses enfants avait eu une lin funeste; elle venait de perdre mon père. Je voyais tous les jours que son profond chagi^, contrairement à la loi générale des peines de cœur^ augmentait avec les mois de son deuiL Elle avait

PAK l'abbé ?^* 149

«n faiii espéré 'que l'âge, ki -réflexion, à défaut de tendresse filiale, me feraient eomprendre la sain-^ leté du devoir enrers ^le. Son silence même était une leçon délicate, en même temps qu'une prière muette que je devais écouter. Tout cela fut foulé aax pieds. On m'avait fainatisé.

La Société, après les ordonnances du 16 juin 1828, avait abandoiHié les huit collèges qu'elle possédait en France, vendant à l'encan son mobi^ lier. Elle avait mis beaucoup de fracas et d'ostent tation à cet acte, de soi fort simple, oubliant qu'elle donnait raison aux libéraux qui n'avaient jamais voulu accepter que les Jésuires français eussent la modestie de se mettre professeurs dans des écoles appartenant aux évêques. Naturellement j'applau-* dis beaucoup à cette maladresse qui compromet-tait la parole de l'épiscopàt et le mettait, avec les Pères, en flagrant délit d'escobarderie. On ne s'arrêtait pas alors pour si peu. C'était un moment «ftncroyable effervescence. Ma seule irritation de l'expulsion de mes bien-aimés Pères me portait aux résolutions les plus extrêmes. Je n'attendis pas la fin de notre deuil. Mon confesseur, on le devine, était l'un des Pères que Ton avait laissés à Paris dans la maison de la rue du Bac J'allai le trouver un jour.

J'étais à l'une de ces heures, rares chez les natures ardentes , où un peu de calme arrive à la pensée, et où l'imagination, comme un coursier qui 86 modère dans sa course ra|Mde, s'arrête de-

160 LE JÉfOlTB

vant tes «paiMmeirts ie h raÎMii «t 4e la coii»r etenee. J'exposai toat «u koo Père, filîateoieiit^ Hfttpknent C'est «a CmM» sonlageneiit à mee renords que de pouvoir me ëîre, anjottrd'èoiy qu'il eût obtenu de «loi une cenpièlè ebéissaiioe si» écoutant lui-même les (4us vulgaires notÎMis de b justice, eontiH^ bquelle nen i^e prescrit, il m'eût ciMiiinaiMlé de rester auprès de ma* mère et de me rendre à ses désirs, d'auCant plus qu'après tout, ^e me laissait libre d'entrer dans le sacerdoce.

Le Père, qui prit les doutes qve je loi sou** mettais pour dès hésitations, n'écouta que l'ardeur d'un zèle outré, ou peut^tre, oserai^e le dire, les intérêts matériels de son Ordre, ie n'arriferaia qu'avec des millioBs au noviciat 11 me répugne** rait de calomnier cethsmme; mais, en y peasant depuis, en ayant sous les yeuK tant de preuves analérielles de l'âpreté des Jésuites à convoiter les riches dots et les grands héritages, je me suis dit, hâen des fois, que les mtliions des Sainte-Maure avaient dû peser de quelque poids sur la chaleureuse décision que ose donna le Père, et que je reçus comme un oracle venu du ciel.

Il me semble que Je les entends encore, ces pa-^ rôles qui fixèrent pour jamais ma destinée, et qui firent de moi un homfake ingrat. J'étais dans la chambre du Père, agenouillé sur ua pnc-Di«u« Le Père était assis à côté de moi; sa main étoîl passée doucesieBli aulour de moa ceu^> el fwmaia

PAU L'iâiW *>♦ Ifll

De ont élPCMilef un enteetiiMiit pétenael, ipn «MTçait .«or tnei uae incPigraUè. magDétiaalioiL fet m* ftoDUikt beutei» là, quoiqu'un dernier iast tindy avertissement Irop souvent inutile du libN arbitre dan» FânlÉe^ me fù comprendre que rhonnriè akdiqueil en moi pmir jamais.

--! L'heure eM venue, mon enfatnt aimé^ mè dt(?iK dn la prendre, cette grande déterraînatioB d'appartenir pour jamais à Dieu, dans la satilte Société à laquelle vous devez le bienfait d'une éducation chrétienne. Il y a des vocations sur lesquelles j'hésiterais à me prononcer. Je serais coupaÙe devant ma conscience, devant Dieu-, si je ne vous disais pas: Dieu vous veut avec nousl

Ni le monde ni le sacerdoce séculier ne sont digues de vous. Vous êtes appelé à une vooadon plus haute; il vous faut sur la tête la royauté du sacerdoce ; et c'est dans la sainte famille des enfants de notre grand Père saint Ignace que cette couronne se conserve sans tache et glorieuse, regaie sacerdotium.

La Providence, mon enfant, a brisé tous vos liens. Voti'e mère, me dites- vous, désirerait vous gardier auprès d'elle dans le clergé séculier. Vous m'avez avoué qu'il vous semblait découvrir, derrière' eëtte pensée, excusable cheî une mère, un sentiment de vanité, une espérance de vojqs toff arriver aux pius haules difinités de l'Église. Notre Ordi'e, mon fils, a volontairement renoncé à ses dignkéBwt Neuft dommes plus que des oardi^

152 LE -fféMITV '

naux et des é#qiM»>; nous* MuniaeS' le oêê^ d^te du cathoikisiiMi* Que' noos importe la» gtoriole d-ane mitre sor le front? Votre -mèrtr' Va* laissée aller là, tout doucement, à une pensée d'orgueil, que nous dovotls pardonner à la M«blesse de la femme. Elle a parlé comme la mère des fils de Zébédée à Jésus. Nous lui ferons la réponse- de Jésus: Elle ne sait de quel osptrit elle est

Mais, dites- vous, cher enfant, ma mère est courbée sous le poids d'un double malheur: doisje la laisser sans consolations? Ayez confiance en Dieu, mon cher fils ; il enverra Marie, la consolatrice des afQigés, à votre mère. Dieu vous veut à lui, dans l'état le plus parfait C'est lui qui blesse et qui guérit Craindriez-vous donc de lui confier votre mère?

Puisque vous attendez de moi une décision dernière et irrévocable, la voici, au nom de Dieu : Partez! nouvel Isaac, consommez votre sacrifice! Plus vous immolerez les grandeurs et les affections ménre légitimes de ce monde, plus ce sacrifice sera précieux devant l'adorable majesté, plus votre immolation sera belle.

Je veux être le premier de notre sainte Société à vous bénir comme notre frère.

Et, élevant alors ses deux mains sur ma tète, il prononça des paroles si pathétiques qu'elles me firent pleurer. Puis, quand je me rdevai, il

PAa h'êmi ^'^ ISt

prit dafl9 Ses bras^ «t me domaht par antîdpa^ tion le mm de Père, i Hie dh:

^— Père de Sainte-Maiure, qae je rein em*^ braflsei

Je ne cru» pas que la mise en scène de ce petit drame fôt préparée. Elle pooTait l*étre, ou do moins les habitudes du pathétique oratoire purent Famener. Toutefois elle fit sur moi Tufie des plus grandes impressions de ma viiç.

Resimt le plus embarrassant pour moi: Texé* cuUon. On est gaucbe et maladroit dans la jeunesse. Le Père savait cela. C'était une nide affaire que la signification à ma mère de mon départ pour le noviciat. Cela mé tourmentait terriblement déjà; et la pensée seule du chagrin que j'allais donner à cette mère , dont j'étais l'i^ dole me jetait dans une perplexité effrayante. Le Père, ^us expérimenté que moi, vit mon embar-^ ras cruel, et, par un coup hardi, leva toute difficidlé.

■— Mon enfant, croyez-moi, épargnez à votre mère la torture d'une séparation dernière. Le coup sera moins rude pour elle, quand vous ne serez pas là pour rendre son désespoir plus poH ([nairt encore. Ead de domo et cognatione tuâ. Faites comme Abraham, faites comme tous les saints qui ont généreusement foulé au]|L pieds la chair et le sang. Est-ce que saint François Xavier, partant pour les Indes, ne passa pas devant la maison de sa mère, en s'imposant le doulou-

Mqi Merifice >d« aie pa» loi dir» )e.d(Nr«Mr aditi»} Prétextez l'absence A*vm jour à la campugiie,! m qu'un» kitr« revive à voir« mère;^ le lîetdeiiiaiDy lui apprenne votre irrévocable déterminatiod.^ Av#0 do la< fatUessOt oo peut tout pordiîe* Vu boa Je- Miiie pousse le eourage jusqu'à i'héroEsaiew

Ce dernier trait me décida. Abraham «( son souvenir avaiant eu moins de pouvoir sulr asm quç mon ardente admiration p0ur les Pères, le voubxs être digae d'eux. Huit jours après, jfétais à Brigues. «

Riea ne m'avait arrêté, ni les larmes 4|uo j'avais vues couler des yeux de ma mère chaque jaup, ni le procédé grossier de cette sortie de la naiso* paternelle à Taide d'un subterfuge. Men Jésuite s'applaudissait de sa chaude rbétoiriquey et moi^^roémé je Croyais faire une œuvre de haêle perfection^ prouver à Dieu un amour surbuoMiio* êins un nouveau François Xsavier, lorsque je vior lais les saintes lois du respect filial, de la ^fPMté perseneellev qui viennent de Dieu et qui sont eotisacrée» par rÉvangile, el que j'ouvrais dkhi àve à cds dangereuses impressions d'un mysti* cisme sans frein , où trop souvent se perdent le seiHiinaefil du devoir et les dernières lueurs de la fMSQo. A l'âge où la loi eii^le nie me permettaH pas enooce de disposer de moi^-méme, un relH gîeiûx, sons le vain prétexte que j'étais appelé à «■e sublime p«*fectioB, me faisait violer aatie serupole non^seulemenl cette loi, «ak bie» plu»

iieore «ille de fiteu mêmêt Mmmm Mtatmm iêê

M» lettre à m» «èr» «Nrit été vague et bamaiée; ^uel^oe» trails éeiMppéS' ad «amr lui j^iTaieBt aeub on Mate ëe piété ttiàè^ Je aua qu'elle r«¥aît jetée Élt feu eo disant: — Je a'ai ]te de itel

EUe m>'a«aU jugé.

Le noviciat

Mon BeYÎdat d&rait durer devx ans^ eoofor^ mément aux réglée de la. Compagnie. Ifalgré i* vie de rigottrei». aseéUanie et d'înterminablea nii^ mtiea qyi marqua *oee deux années, ellea s'éooiH lèrait pour moi avec en chavme indicible»

Pauvre oobut htMiain, il fiMit* que tu aines l Tu ne vis que de passion; et j'étai» à l'âge où l'on surabonde de passion. Arriver à un noviciat it Jésattess c'était pour not> mettre le pi^d dassi le vestibule du palais même de Dieu, x'étailî bbo mékv aux anges de la terre^ jusqu'à' oe que YÎwà l'béore de eliMtter léa bymms sans in avec lesi aegee du. ciel, et de a^eiaivrer m torreai des»

t6$ LE ftelTS '

toliplét élernMIes. Pntâifiit éeux années, je'iie Tîs que cela. Je me mis , ayec une ihcroyaMe aréeur, à ces exereiees nMiltipliés de dévotion, ^ai aiworbent rame et les sens: véritable m«Hehine, aux mille engrenages, dans laquelle, nne t»ia entré, vous ne yoos ap^rtenez pins, et qui prend l'âme humaine comme ces mécaniques mo* dernes qui prennent l'argile, la. battent, la roalent, la découpent, la compriment et la font sortir toute moulée, prête à subir la cuisson du four à potier.

Aujourd'hui que je juge arec sang-froid mes enthousiasmes d'adolescent, je me rends très-bien compte de ce qui me passionnait alors si vivement. Je poursuivais un idéal, et, cet idéal, je le créais, dans mon imagination, le suprême bien, ie suprême beau. Avoir pris l'être tout entier, ses facultés puissantes, son expansion d'amour et de volonté, sa capacité d'intelligence, ses sens même, organes toujours si rebettes aux compressions combinées par la théorie ascétique; avoir réduit tout cela à n'être plus qn'un instrument docile de la grâce d'en haut; avoir tué Tbomme charnel pour exalter l'homme spirituel, et amener celui-ci aux délices ininterrompues de la contemplaion et de l-amour, me semblait le but le plus élevé de la vie humaine, et je croyais pouvoir l'atteindre. Je me passionnai donc pour ce but Ce que l'amant le plus épris s'impose, pendant des mois entiers, dans une poursuite ardente, de contraintes et dé

Pàmh'àmà**^ im

flaerafiees; ce ifSk*à défiore de refus* de la peut d'uoe rebelle, jusqu'à ce qu'il Iriofliq^he d'elle ^ à force de se mettre sous sce. pieds, je me rimposaî avec toule l'ardeur' de mon àfe et de mon e9r nctère, poiu* réaliser en moi eet bemme- pariut que les 'ascètes ont si siagiilièreaient synthétisé dans cette révoltante, image.: Tanquam àe co* dauer.

Mon lecteur ocNOiprendra quelles luttes j'eus i soutenir, ou mieux, il comprendra que je suc^ combai sons la lutte, comme ont succombé, s«ns en excepter une seule, toutes les natures ardentes qui se sont* jetées à la poursuite de «et idéal in* saisissable. Mais je dois être. ?rai: jeos toutes les âpres voluptés de cette longue veillée des armes. Mes facultés s'exaltèrent outre mesure, non pas ]N)nr mieux aimer Dieu ,. ce qui serait eacor» ra* tiooneL si l'amour sérieux et pratique se mesurait y par l'intensité de la flamme plutôt que par les ^ persévérances du dévouement, mais pour réalisear le type*du parfait novice, tel que les règlements le tracent, tel que les supérieurs le compreftnent. Autant je mettais d'ardeur dans cette tâche singulière, autant je rétrécissais l'horizon déjà si borné de mon iotelligence. Il me fallait faire le Tide autour de moi: oublier famille, patrie, fortune, cette effrayante et magique chose appelée le monde, l'éternel croquemitaine des ascètes, tout aussi redouté que Satan, et prêt à nous jouer.

Ht^npe beiire-è l'«ut»e, kB mèmmk tofurs; e»- «ffrant ies «lémM sédMctMns.

Ce vhb «6 St. Comme j^mnh reçu «ne grande neetîlude de âegKfiie, je ne m'arrêtai pa» en ek»* Min. Ikfallail fiitr et haïr te monde: la fuHe iuàl fkUe. J'étais dana ia aoiitttde la plue absolue. M ne ^yaia rien du mofide qne les montagnes du Valais. Hafr était le dernier terme de la perfeetiMi. Je mè mis done à hafr, <n gMoy ce monde que j'avais si peu connu, ie ne sais pas si, dans mea aberraliona aseétiquea, il n'y eut pas dee moments où il m'arrira de repeneser l'image si légitime^ ment adorée de ma mère, par nn sentiment qui, dépassent l'oubli, aurait atteint les premières limites de la haine.

0 mon Dieul pardonnec<'mei cette erreur, si

jamais la perfèetîen, rêvée par les ascètes, m'a*

^ mena à Tioler, même par une simple pensée de

' délaissement, le saint amour Ittial que ces van-*

dales ont flétri, comme tout le reste, dans la folin

de leurs anatbèmes(^)! *

Mais ces joiee frénétiques, je les appelerai ainsi, ne duraient pas toujours. Il fient un au^ ment où toute passion, comme le cratère d'uo volcan après ses éjections^les pins vk»lentes, s'af«<

. (1) Oft m dam lf0 GonHitQtiwis, E»amm général^ y, 29: ,^ûyr <)ue le carnctère du langue Tieune au se* cours des sentiments, il est d*usage de s*habituer à dire, non pas : fat des parents, fax des frères ; mais : f avais des parents, f avais des fràrea."

PAB M/émà ^** IBB

8*exalter encore.

Yiennant akra le» flbvt^s et k rai^n. Après ces bouleversements contre nature des puisamces iitiioas 4le Fâme, j'éprauw ces écAain de vérité 0è, éomm» ^u «ndieii d'une wût obscure, ilkm»- ■ée tfiiit a coup par un knheau étoile du eui qm MB dégage d'épaisses vapeura , je me dis ^ue je poujisuiydjs une felle idée ; où la simple >eoair paraison de quelques pensées de TÉvangile, teUts ^e eelle*Gi: „Dieu «st au-^dedans 4e vaus;'* — ^Soyes comme des enfanits/* avec le mécanisme eompliqiié de la perfectiao monacale ^ me révéla q«c le CbristianisMe ne sérail qu'une pèle ini«tstian dea religions indiennes, s'il avait pour iNit de proposer la oomemplation mystique, .01 Fatro«pbie clés forces bumaioes dans èe eadftoer, comne hdéal du bien au sein de rbumaftité. Mais oa D'étaieot que des lueurs. J'étais dans l'alft^eux eogrenage; il fallait le suivre. Pour élre eansér qu^nt avec moi-même, je devais aller découvrir aa maltpe des novices ces pensées, ees doutes, ces knaginationa, ces ImiBtwnSf cooiioe elles soiit appelées dans les exercices religieux.

Là, tantôt j'étais doucement consolé, la^téC tancé' vertement, commet ayant eu l'orgueil de trouver quelque cbose à blâmer dans l'oeuvre de la sagesse des siècles. L'orgueilleul qui avait voulu aire la leçon à saint Paeome, à saint Bruno «et à moi Ignace &^ était quitte pour s'bumilier bea»«

'lâO LR Mêunm

•coap «tifiiMir seieeaaettiie à sa lâche d'amiihilatioD et de iQorL

Une pensée me poursuivait surtout Je me

Je Yeux être Jésuite: cet ordre me platL Je cnsîs qu'une vocation sérieuse m'y appelle. Maintenant je fais mon noviciat, après lequel je ferai des vœux perpétuels. Jusque-là rien de mieux. Je suis venu ici librement; je m'y engagerai libre-

Mais,- pour s'^agager avec quelque prudence, il est de toute justice que l'on sache à quoi Tod s'engage. Or le meilleur moyeu de connaître un ordre, c'est de connaître les hommes qui le composent, c'est de juger leur esprit, c'est de voir, même dans des entretiens intimes, s'il n'en est pas beaucoup, parmi eux, qui aient à se repentir aujourd'hui d'y être entrés.

Or une règle sévère, et inviolablement observée, défend à tout novice de parler à quelque Père que ce soit, excepté à celui que le supérieur a désigné pour le former. Cette règle s'éleod aux simples domestiques appelés frères-lais^ „afin que, dit saint Ignaee, ne parlant à personne, il paisse plus librement peser sa vocation." (Regulœ communes, page 467.) La raison est médiocre, je le vois maintenant; mais c'était celle qu'on me donnait J'ai lu plus tard, dans le même recueil, qu'une autre raison motivait cette défense: „Dans toutes les congrégations, il y exà

PAR l'abbé **♦ 161

a (foi sont moins parfaits et qui désirent qae le plus grand nombre leur ressemblent De là ils ont coutume de s'adresser aux jeunes, qu'ils e^ 'pèrent, en raison de leur simplidté, entraîner facilement h {miter leurs moeurs. Ils vomissent des axiomes absolument contraires à ceux qu'ils ont appris du maître des' novices, et que je rapporterais, dit le naïf auteur, si je ne craignais pas que leur expression ne fût plus nuisible qu'utile à ceux qui me lisent." (ReguL comm.^ p. 470.)

Il y a donc parti pris de ne jamais mettre le novice en contact avec ceux qui pourraient l'éclairer sur l'Ordre, jusqu'à ce que, lié par des engagements irrévocables, il n'ait plus qu'à se livrer à de stériles regrets. C'est habile peutêtre, parce que autrement on perdrait beaucoup de sujets; mais ce n'est ni loyal ni chrétien.

Je ne sais pas pourquoi j'étais blessé, plus que tout autre, de celte règle. Ils ont donc peur, me disais-je, de quelques révélations, qu'ils ne nous laissent jamais parler à aucun Père?

J'eus bien des foi$ maille à partir, pour ceh, avec mon guide spirituel. Il devenait furieux sur l'article, lorsqu'avec ma bonne foi, enfantine presque, je lui soumettais la peine que me faisait une règle si soupçonneuse, dans un Ordre où il me semblait que je ne devais rencontrer que des bommes édifiants et des saints.

— Tous peuvent ne pas être saints, me ditil un jour, avec un ton bien singulier. 1 u

162 LE JÉSUITE PAR l'aBBB **^

Depuis ce moment, je cherchai à refouler ce senliment dans mon cœur. D'ailleurs, le maître des novices s'en tirait toujours par ce mot sté«réotypé: Mon enfant, ce sont des tentations du démon!

FIN DO TOME PREMIEIl.

àB m, B«IM^ Jl^ttmstùH ê. H»

En Tente à la m^me librairie:

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