‹ Le jésuiteChapitre 7 sur 32 · AUTEUR DU ICAVDIT ET DE LA EELIOEEUBE · texte numérisé non relu

AUTEUR DU ICAVDIT ET DE LA EELIOEEUBE

' FRVNCFORT s/M., CHEZ R. BAIST, LIBRAIRE ÉDTKUR. JJ

FAE

L'ABBÉ

AUTEUR DU MAJmn ET DE I,A BXUOIEirSX.

FBANCFORT s/H^ CHEZ B. BAIST, LIBRAIRE-ËDITEUR.

- : C^ li-^ ij "or T/ July 1, 1Ô14, Bequest of Q-eoi gina Lowell Putnam

Is liovieiat

(S«]te.)

Il me fallot bien loogtetops aussi pour me r<»Bpre à runiforimté des simagrées extérieures, auxquelles on donne, dans le noviciat, tant d'importance. J'avais été élevé, spécialement par mon père, à regarder droit, à bien regarder, c'était son expression. Le regard droit, ni bautain ni servile, annonçait, selon lui, une. âme noble. J'^avais été imbu de ces idées dès mon enfance, et j'avoue qu'il m'en coûta horriblement lorsque, conformément à ses instructions, le maître des novices voulut me corriger de mon habitude de mal regarder. Je ne compris pas d'abord. Tous les principes de ma première éducation étaient loin de aie laisser soupçonner qu'en regardant droit, sans aucune fierté, ceux auxquels je parlais, je fisse une chose contraire à une règle religiewu

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n m'expliqua qa'en présence de quelqu'un, surtout 8*il s'agit d'un homme en dignité, la vue devait être réglée d'une certaine façon; qu'il ne fallait pas le regarder en face. „Votre vue, me disait-il, doit toujours tomber au-dessous de ses yeux/* Il m'apprit que le visage devait se composer de manière à annoncer plus de gaieté que de tristesse. „Les mains, ajoutait-il, doivent être» quand on adresse la parole à quelqu'un, dans une sainte inaction.''

C'était en cela que consistait la perfection extérieure : tenir les yeux baissés, avoir les lèvres ni serrées ni trop ouvertes, éviter les mouvements aux narines et au front, de manière à ce ^lue l'extérieur témoipât toujours de la sérénité. il me fallut bien longtemps pour me mettre à œ maintien fa(;tice, qui ne rend jamais 1-élat réel ée Fâme. Mais notre Père saint Ignace avait compris les choses ainsi. „I1 voulait, disait nètre maître des novices, l'uniformité en tout, à l'extérieur comme pour Fa manière de penser."

Saint Ignace, j'ai le regret de le dire aujourd'hui, oubliait que c'était là la méthode de fiiire des automates.

On eut bien quelque peine à me plier à ce régime, qui me répugnait profondément; mais on me dit que c'était une condition rigoureuse pour être parfait. Cependant j'ai eu beau voir lès autres novices baisser à demi les yeux et ne pas regarder en face, il m'a été impossible d'arriver

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à ce genre dé perfection. Qii«|d j'y iHeMàiSi été ¥ant le maitre des norloeiv je^ commandaîe à mw paupières; hors de là, ia nature repreaait: aés droits. J'ai toujours reconnu les nôtres à ieiir regard oblique. Cet affreux début, que toute bcNone éducation devrait proscrire, et auquel jTei eu le bonheur d'échapper, s'est trouvé, par une aberration singulière, . un conseil de perfection.

Je dois convenir pourtant que, grâce à cette éducation mécanique qui règle jusqu'à notre sonsîre, j'ai perdu une mauvaise habitude, celle d^ froncer les sourcils en écrivant Ha mère m'avait souvent grondé pour cela; elle m'assurait qu'à vingt ans j'aurais des rides comme un vieillard. Cela ne m'effrayait pas beaucoup; maè, au noviciat, on me reprit si souvent là-dessus, on me répéta tellement que la sérénité. de l'àme devait se refléter sur notre front, sur lequel on ne devait se laisser former aucun pli, que je me corrigeai ; et si j'ai toujours paru beaucoup plus jeune que je ne l'étais réeUement, je le dois peut-être à mon maitre des novices.

Mais le point le plus sévère de notre règle, pendant le noviciat, était la délEènse des amitiés particulières. Pour cela, nous étions très-strictement surveillés. Je ne comprenais pas la raison de cette défense. L'amitié, ce. noble sentiment inspiré par la nature, ce doux épanehement auquel tout nous attire dans nos frères, leurs vertus, leur franchise, les grâces de leur esprit, l'amitié

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]MmMiil>«He (trejwMs un milif L^mfiie «ow ^monirMl ' Jéras ouvrant son cœur à ramitié, aimant -Jean son disciple, Lazare qu'il ressiiscka, Maëe- Msie la pécheresse, Marthe et Mirie, sœur» de Lazare; et voitii qu'une règle; qui me paraisaait aksurde, venait encore, après ks grands renoncements à la famille, comprimer l'élan si légitime du cœur enyers nos^ frères.

J'avoue que ce fàt le point de la règle' qui me froissa le plus, et dont je ne pus comprendre les raisons. Cette conviction intime que rien n*éCait doux à Fàme comme une bonne affection d'ami ne put i)as être ébranlée un instant par les beaux raisonnements du maître des novices. lié faisais tous mes efforts pour ne pas violer la •règle qui défendait de se trouver deux ensemble; je n*en demeurais pas moins dans cette pensée, que les Jésuites outraient en cela l'esprit de détach^nent

Il est vrai que j'avais un ami. C'était un condisciple de Saint-Acheul, qui était entré au noviciat un an avant moi, et dont les bonnes manières, la simplicité, le caractère droit et franc m'avaient de suite attiré. Je déguisais peu mes sympathies pour mon ancien condisciple; et six semaines ne s'étaient pas écoulées, que j'étais appelé chez le maître des novices pour recevoir une verte semonce.

J'argumentai avec le digne Père; il répliqua toujours que c'était contraire à la règle, contraire

à la perfection, «utraire à,L'e«prii de watlgnuoe»- Qu'avais-je à répondre devant des raisons de cetlci force? Je fua réprinandé^ur mon nbstination à Toir autrement que. les grandes lamières de la Société, et renvoyé, tout penaud, avec cette parole peu consolante, que, s'il y avait unct. raia<>jD puissante de ne pas garder un sujet dans le noviciat, ce serait une infraction bien constatée à la règle qui défendait les amitiés particulières.

Cependant, un jour de promenade au Robrberg, où nous avions une petite maison de cam^ pagne, je me trouvai causer seul avec mon ami. Nous parlions de la France, nous rappelions Qos souvenirs de jeunesse ; puis, comme tops ceui< qyji sont jeunea, nous faisions nos rêves d'avenir, nous nous transportions au temps où, devenus bommest profès dans l'Ordre, probablement nous serions renvoyés en France. Il émettait devant moi dea sentiments si nobles^ si élevés; je voyais là uw de ces natures si admirables de délicatesse et de dévouement, que, dans un mouvement de cœur» je me jetai dans ses bras, et que je lui dis en lui donnant un chaud baiser d*ami: „0h! que je TOUS aime de penser si bien! Puissions^nous nous retrouver un jour dans notre chère France I"

La promenade se termina. Nous rentrâmes à Brigues. Mais j'avais été espionné: on avait dé- QODcé mon crime. Je lus appelé, j'eus k subir on véritable interrogatoire.

Le maître des novices me dit alori les choses

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l68 pins étranges, que, dans ma nalreté, je ne comprenais pas.

— Quelle pensée a?iei*yous en l'embrassant? •7^ Mais aucune autre que celle de lui té--

moigner mon amitié.

— Sans doute ; mais ayiez-vous quelque désir?

— Je ne tous comprends pas, mon Père.

— Âviez-yous quelque désir coupable ?

— Mais vous m'étonnez, mon Père.

En effet, innocent comme je l'étais, ne soupçonnant aucune des turpitudes humaines, ces interrogatoires n'avaient aucun sens pour moi; et j'en vins à lui dire, à peu près comme l'Agnès de MoKère:

— Est-ce qu'on peut avoir des désirs coupables?

Ceci probablement sortit si naïvement de ma bouche, que je le vis étouffer un rire; mais, se hfttant de reprendre son air sévère, il me congédia, en me disant qu'il espérait que je saurais réparer le scandale que j'avais donné.

Le soir, je me mis à genoux dans le réfectoire, je m'accusai à haute voix d'avoir manqué à la règle d'une manière grave, et je demandai pardon à mes condisciples du mauvais exemple que je leur avais donné. Ces humiliations solennelles sont fort en usage dans le noviciat, et même après le noviciat. Pans le Oeah, on est toujours traité en enfant

Ce ne fut que plus tard, lorsque je pus lire

bsiuoMip, sort^ut le déî/dbppeaieal.dei flMcègleiw et que, plii9 ayaueé en âge, je CMODpria plus dt. misère» dans rhuraaoité, même dans les maiaoni reli^euses, que les affreuses raisons à l'endroît. des amitiés |iarticulières m'appanirent dttis toolt leur force*

0 mon Ueu! cela était-il possible? Et des hommes amenés à nne vie si parfaite araient-ib besoin qu'on leur interdit jusqu'à l'attouchement de la main d'un enfant (^)T Et la sainteté de cesvieillards qui avaient fui le monde, souvent ses spl^deurs, ses joies légitimes, pouvait-elle trouver, à tout instant, un écueil dans la présence d'un adolescent?

Je fus atterré, je Tavoue, de toutes les révélations de nos règles. Elles rappelaient les prescriptions de tous les précepteurs de moines, de ne jamais laisser aller les frères deux ensemble, et de Yoir toujours, dans toute liaison entre eux, omdtiam maie olentem (littéralement: amitié mal odorante). Saint Pacome disait: „Si l'un des frères est surpris à rire, à jouer avec des enfants, à avoir des amitiés de ce jeune âge, il sera averti à la troisième fois d'abandonner cette habitude.'* Saint Dorothée disait à ses moines: „Fuyez les entretiens des jeunes gens, et repoussez leur ami-

(^) Hane €rgo pudicitiae^ custodiam prùci Fatrea tpeetoêêe videntur imprimiê, càm juniorum contaotmih prohibeant (Begol. Oomm,, XXXIV, p. 642.)

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lié «num» rtmilié 4u éiable, ic^ M^tim dk^ MV^ Saint laiédre mel au rang dès fautes les phiS' grares 4e jouer et de liri^ aree tes eirfàQts« fas*^ sien défend de s'arrêter, même un îiistant, atec^ im des frères, surtout avec un plus jeufie qae> soi, de s'entretenir à l'écart et de se tenir par la aaaîii. Saint Théodore Studite diit „Tu ne recevras pas dans ta cellule un jeune disoqkfew^^ Saint Saba ne voulait recefoir parmi ses moioesi aucun imberbe, de peur qu'il ne fût un danger dans sa lawre. Et il était de i^gie, au monastère de Saint^Bernon, en Bourgogne (Vit, 8. 0dm.) ^. que le maître de l'école n'allât jamais seul avec un enfant seul, et n'osât jamais parler seul eu, secret avec un enfant, tU magùter scciœ maquam êolua cum solo puero progrederetUTy nec solus puer aecretius lUi loquî auaus esset

Notre père Aquaviva a renouvelé cette près-* cription {^).

La raison de tout cela est, en apparence, la. gravité; mais réellement, comme le disent nos règles {Beg, Gomm. XXXIV de Nemine^ p. 542), la conservation de la chasteté. Tactuê contigit et ignem aclolevit, dit saint Ambroise. fit Jean Qerson dit clairement que, parmi les tentations du diable, est celle de toucher ses amis spirituels,

(^) Cansultus de hâc re P. Claudine A^avwa prtiêpôsittts generaUê proâsimù annis^ reêertpêit exitaneoê iangere, et pueroë fraesettum, nêmim imh êUrûm licere. {B$gdL OoAm., XXXIV, p. 543.)

et que l'ainitié spirituelle se change par là en amour charnel, vertatur êpiràualù amar in lihiàinoêum camalemqtte amarem.

Enfin les prescriptions sont allées jusqu'à défendre de toucher des chats et des chiens (0.

Et Toilà ce qne retpérioiee a fait dire à des hommes graves! Voilà où cet entassement contre nature de reclus de tout âge, occupés à la vie oontemplatife, a mené sons toutes les dvilisadons» dans tous lea climats: en Thébaide avec aaiiit. Paoome, en Bourgogne avec saint Odqn, pouft qo'ii soit su ei bien su qu'un i4toocheinent da. main -peut conduire à ime inftnie pensée, et oban* ger en vils sodomites ceiJx qui se nourrissent: de la vie contemplative des anges. Cela est trop fort! Ou l'on a calomnié tous ces hommes, ou riostitution monaeale est, bien plus eaeore que le célibat, une insiitutioii profondément vicieuse.

P) tSemper à virù graviàuê, atque m viiâ epdHtuaU^ exercitatis autUvi, ne fêles quidem aut canes iongif à nostris opporterey requlam per eum tactum mîari : pœnasgue irrogari vtdi iis qui fêles per jo^' cWk Uttffùsent. (R«g. Comm., XXIV, p. 548.)

Lm proiiii«n tobv.

Mon noviciat était terminé. J'avais apporté à la Compagnie le dévouement da cœur le plus oliaad, l'abnégation la plus absolue. L'image de ma pauvre mère s'était présentée bien des fois à mon souvenir. Je la voyais dans mes songes, dans mes moments de rêverie involontaire. . Tout cela avait été fortement refoulé dans les abfmes du cœur, pour y être comprimé sans retour. J'allais naïvement raconter au maître des novices ces pensées, même ces songes. On me répondait que c'était la tentation, que Satan rugissait de rage de me voir renoncer aux joies de la famille et au monde; qu'il essayait de me prendre par là; qu'il fallait chasser le malin par la mortîlScation et par la prière.

La nature était vaincue. Ma mère ne m'apparaissait plus que comme une ombre dans le passé; je m'étais en réalité atrophié le cœur.

Mon exaltation était au comble. C'était le moment de mes vœux solennels.

J'avais vingt ans!

Je Os ces vteux avec un bonheur indicible.

Vœu de chasteté!

Je ne ni^éuis pas trouvé deux foi» dans ma vie. avec une adolescente dont le soufBe fût venu, même à distance, m'apprendre quej'étaîs bomme, par ces efQuves invisÂles qui préparent l'amour. Mon yœu de chasteté , lorsque je Tai analysé depuis, était une promesse de Finconnu. S'il voulait dire une détermination de ne pas me marier, rien de plus facile. Le mariage, dans tous nos entretiens, dans tous nos livres, était représenté comme œuvre de la corruption humaine, prédominance de la chair, transmission de la chute originelle, dégradation de Fâme, nature angélique, dans les jouissances grossières de la Jtrute. Ces idées admises, je pouvais promettre cela.

De plus, qu'un jour il se trouvât sur mon passage, dans la vie, un être dont le cœur aspirât vers le mien, et qui me fît comprendre d'un regard qoe j'étais tout pour hii, et qu'à vingt ans je prisse l'engagement sacré et perpétuel d'être chaste, de ne pas toucher cet être qui^ s'offrirait à moi, oui cela encore était possible. Mais ne pas Faimer, qaand d'un trait l'amour serait entré dans mon cœur, voilà ce qu'aucun vœu ne pouvait garantir. Je pourrais être matériellement chaste ; je n'avais pas besoin d'un vœu pour cela : il suffit de ne pas toucher une femme. Faire vœu de ne pas aimer! Mensonge! Est-ce qu'un vœu empêche une impression poissante et irrésistible?

H^as! il vous condamne à d'étemelles tortures. Vous n'avez pag été plus pur, plus saint, aui

11? Lfe fCSDlTE

yém de Dtéiu You Voua êtes knf œi de ciaeU remords.

Vœu de pâUTteté!

A vingt ans, quand on s^est dépouillé de la grande richesse de rame, Tamour, quand on a pu entrer dans l'immense rouage de la machine vivante destinée à comprimer toujours, renoncer à quelques parcelles de biens terrestres, à la possession privée de quelques pièces d'argent, c*est un jeu pour la volonté. Ce serait demander à l'aigle captif s'il regrette quelques-unes des plumes dont il fut revêtu au sortir de l'aire paternelle. Mais lui, du moins, il n'a pas accepté l'esclavage, et, pour protester, il cherche à toute heure à prendre son vol.

Mon éducation intellectuelle était tellement faussée, que ce fut là, à mes yeux comme à ceux de nos Pères et des autres novices qui firent leurs vœux avec moi, la grande, affaire, le côté hérofque de mon sacrifice. On ne me le disait pas, ttiais tous les regards semblaient, dans une espèce de joie triomphale, me dire: Que c'est beau! que c'est sublime 1 Le dernier des Sainte -Maure, dont la fortune s'élevait à plusieurs millions, venait, en toute liberté, à vingt ans, renoncer à la jouissance des biens de ce monde!

Je dois ajouter ici que, pour rendre sans doute mon sacrifice plus méritoire, les Pérès m'avaient fait émanciper. J'étais en possession de la fortune

PAS i«'iBBii*^ :13

"éê nm père, ad pltil^ Bb/sd étaMBt mi pfMÎMh «on.

¥iHi d'obéissancel

Je ne m'appastenais pas depuis mon enfanee: ilBi'étaif fecÂe ée disposer irrévocablement de moL On se doftne sans pdne à ceux qu'on aime.

Il m'en coûte horriblemeDt d'écrire ces lignes, qui sont en compiel désaccord avec Topinion reçue, dans le c»lbolicisme, sur la valeur des tcbux solennels oa retigyin. Que Dieu ait pour agréable la détermination énergique de pratiquer le bien, oê D*est pas ce que je viens contester ici ; mais, je le demjoide, que pouvait être mon vœu d'obéissance? Une promesse d'obéir, tant que les supérieurs me voudraient dans TOrdre, tant que moimême je n'aurais pas de raisons graves de sortir de l'Ordre. Rien de plus! Mais ne savais-je pas qoe, malgré mes vœux, ou ne me garderait pas, si je venais à trop déplaire, et que, si l'Ordre venait à ne pas répondre à l'idéal que je m'en étais fait , les supérieurs, le Pape au besoin, me laisseraient rentrer dans le siècle? Dès lors qu'était-ce que ce vœu, ce vœu perpétuel? C'est ce que je ne comprends pas, je Tavoue, même avec ma raison d'bomme, mûrie par tant de secousses.

Puis qu'était-ce qu'un vœu de pauvreté, dans Qn Ordre immensément ricbe et puissamment ordonné, qui sait tenir les celliers garnis et le vestiaire bien pourvu? Ce n'était pas la privation d'une petite bourse avec quelques pièces d'argent;

14 ' u Jiftirm •

pwiqoe^k fÊêcianmr^ Am/m foit.qwTouKftiiês pour une voyage, vous donne amplement le néow* saire, et même le superflu* Sur les ehemitts de :fer, qui a jamais roMpntré un Jésuite daâs les wagons de troisième et même de seconde classe?

Qu'est-ce qu'un vœu de chasteté, qui probablement ne vous met pas à Tabri d'un negi^d et de oe contact, à distance, des cœurs, qui réveille l'énergique sentiment appelé l'amour?

Vœu de pauvreté, quand j'ai la certitude de ne manquer de rien!

Vœu d'obéissance, quand je quitterai l'Ordre ou que l'Ordre me congédiera à un nooment donné 1

Vœu de chasteté, impuissant à arrêter un échange irrésistible de sympathies ! Et ce vœu, je le faisais à vingt ans; quelques-uns le font à seize et à dix-huit ; encore est-on censé avoir agi dans la plénitude de sa raison et de sa liberté!

Franchement, que faisais-je en prononçant des vœux?

Au moment où j'espérais mettre ainsi une étemelle barrière entre le monde et moi, au moment où l'on m'apprenait à dire: „J'avai8 une .mère," pourtant vivante et perdue depuis deux ans dans sa douleur, comme si j'eusse dit: „J'avais autrefois un arrière-grand-oncle,*' un de ces grands événements politiques appelés révolution s'accomplissait en France^ et avait son retentissement au- ;tour de nous.

H y eut, éaos Mr^re^une cstièeede .jm: Mtrèle i voir tomber .le Bourbon si faibk qui n-9h tait pas su résiéter aux exigeoees du Ubéralittue; et nott» acceptions oomnie le plus doux -des âOr ge8:'la atujNde pensée reproduite daoïs cerMuuwB écrits, que cet infortuné Charles X n'était: pai:U pour l'ejul que par une juste punition de la Providence de ce quil avait supprimé les Suites.

Je sus plus tard cependant que la révolution de 1830 avait fort abattu nos Pères, qu'ils voyaient fermée longtemps pour eux cette France, la première dans le mouvement pour toutes choses, et, comme je le compris bientôt moi-même, le sol béni où germent les grandes pensées de religion sérieuse et élevée, le foyer où se garde l'amour désintéressé de l'humanité, le sanctuaire où le bien et le vrai doivent resplendir jusqu'à leur épanouissement dernier sur le monde. Chassés de là, maintenant, comme corporation enseignante, ne pouvant plus s'y glisser que comme prêtres auxiliaires de ce clergé séculier, objet perpétuel dé leurs dédains, serviteurs protégés là où ils devraient être maîtres et protecteurs, la position était humiliante, et les dix-huit ans de règne de la seconde branche des Bourbons fut pour eux une longue et douloureuse épreuve.

Tantôt ils espéraient que, sous les émeutes des premières années, ou sous le coup des conspirsh tiens, la royauté de Juillet succomberait, et ferait place à une restauration qui n'aurait plus^ à leur

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