‹ Le jésuiteChapitre 9 sur 32 · tE.mdnmri · texte numérisé non relu

tE.mdnmri

Je reçus dors une lettre de< ma pawrre nèrq^ em répoQse à la nouvelle que je lui dontms de mon engagemeût solennd ilans la Compagnie ida Jésus. L'amour est intarissable dans le iKBur des mères. Je vis là clairement .qu'elle foulait «ublier mon ingratitude , pour que j'eusse meins de re** mords de Tisolement où je l'avais laissée; et elle me disait que Dieu lui donnait une OUe adoptive dans la jeuije comtesse de Flaviac. Ma mère me donnait de grands détails sur cette intimité. Je ne connaissais alors madame de Flaviac que de nom.

Selon nos Constitutions, j*avais deux années à consacrer à l'étude de la rhétorique et de la littérature. Après la vie ascétique et rigoureusement cloîtrée du noviciat, c'est un repos donné à Tesprit, une déviation aux pensées trop exaltées du mysticisme, que de prendre le jeune religieux, enchaîné maintenant par des vœux éternels, et de le mettre quelque temps sous les brises rafraîchissantes de la vie littéraire. Si notre Père saint Ignace a vu cela, c'était un éclair de génie. Je voudrais lui faire honneur de cette grande pensée. Seulement l'habile instituteur de l'Ordre avait une visée moins idéale. Il prenait, dans son noviciat, des jeunes gens à peine lettrés. Il voulait d'abord les tenir sous les chaudes excita* tions de la solitude et dans les liens si graves du serment. Maître de ces âmes dont il avait, par l'ascétisme, développé l'ardeur outre mesure, il

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ftllak umgê» k ks rendre €fi|iaMes d'être rôgeMd dans les oôliéges, pfédk&teti^s datis les mmidMi eonfesMurs, professeuRi de théologie. Saint Ignace ne vit, dans cette savante combinaison, que le côté pratique, une instruction complète à donifer à ses religiem.

Ces études littéraires furent un bonbeur pour moi, un véritable souliagement A la poursuite de cette perfection idéale et absolue où se jette, foreénent une ème que l'on mène à grandes guides snr les pentes en mysticisme, il y a tout simplement à perdre la raison, ou du moins à lui donner «une direction tellement faussée, que Tiri-'' tejligence ne v^ie plus les réalités de la vie qu'à trayers an prisme, que la volonté «'égare an milieu des chimères, que le cœur, arraché à sa toi natareille d'affection vraie, s'étiole dans le vide, ott se perde dans l'extase. Je ne me le dissimule pas maintenant, j'allais directement à tous ces abtmes, quand mes bonnes études sur les histwiens, les orateurs, les poètes de l'antiquité, me sauvèrent. Les exercices extérieurs de l'Ordre continuèrent pour moi: méditations, communions, lectures pieuses, examen de conscience, confession, direction. Mais j'étais dans un monde nouveau. Homère, florace, Virgile, Juvénal, Démosthènes, Thucydide, Xénophon, Tacite, Cicéron, Sénèque, Plotarque, tous ces classique^, dont rasi>ect seul me donnait le dégoût, pendant mes études à Saint- AcIkuI , devinrent des amis dont je ne me sépa-

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rais plus qu'avec r^el. Je me seotaîs. devenir homme avec eux. Les grandes idées chrétiennes, que la subtilité mystique rapetisse, se retrouvaient pour moi, comme sous une large enveloppe, dans ces livres d'une si baut^e inspiration. On ne m'avait jamais fait sentir le génie religieux de l'antiquité : il arriva à mon âme avec tous ses parfums.

Par une étrange puissance d'assimilation de notre nature, après ces deux ans de vie intime passés avec les plus beaux génies du . monde a^ntique, il se trouva deux hommes en moi: le religieux, toujours avec ses aspirations ardentes jamais satisfaites, le lettré, avec le repos suave, journellement goûté, dans les régions placides où ses études l'avaient conduit

Mais ce que saint Ignace n'avait pas prévu, ce que je n'avais pas pressenti moi-même, c'est que je ne pouvais pas m'imprégner impunément de cette sève antique, sans qu'elle vint circuler, à mon insu, dans, tout mon être. J'avais greffé vainement sur l'homme, tel que la nature l'a pétri, l'homme arttûciel, tel que les méthodes ascétiques veulent le faire. Si j'eusse prolongé, toute ma vie, les contemplations étouffantes qui absorbaient mon âme pendant ma secpnde probation, la branche nouvelle eût végété tant bien que mal. Mais quand je me fus trouvé en contact avec toute cette antiquité si vierge, si primesautière, le mouvement factice s'arrêta, la na-

tara tomiiMMi^' à» i»èpreiidrti Mk droite; et,, dftèè tpie rien' afors li^ lêitt soup^onnei'; à éMé tfé h'Inrancbe: Is^giiissaifte, si pénil»leDfiefit greffé^ sortit* àDêF branche plus Tîgcwdreode , qui cotitimà en iDOpifiionitiie «i sa Téritabld vie. ':

Déeidé à ne' rien > déguiser de mes senâatidiis les pins inikkies, à me montrer tel que je puis m'mAjMr moi^méine mmntenant, dans leâi pbin ses dtrers0s que subit ifia nature, dous le régime si saYamment organisé de t'Otdre de saint Ignace, je raconterai la première révélation des' besoins du cœur qui se fit en tnoi.

Mon lecteur sait que je n'avais jamais songé à la femme. Je ne pouvais avoir vu que de pe^ tites filles éans les adolescentes près desquelles j'avais passé 6.ttr la rue, on avec lesquelles j'avais joué pendant les vacances de Saint-Acheul. F^ vais éétonrné ma pensée de la femme, dans ces rudes combats contre la cbair, que les maîtres en asc^ane appellent bêlement, devant les novices, éeB suggestions infâmes de Tenn^mi de nos âmes, p^idanl qu'elles ne sont, en elles-mêmes; que l'édosion de notre virilité* fy avais vu, comme mes jeunes frères du noviciat, des ten^ tations du diable, et j'étais fort en colère contre le méchant, \e fkahïioêus, de^ venir troubler jUEHqn'à mon somméâ. Mais, plus^ d'un an après mes vœux, quand là chaleur du néophyte se fût cal* mée, et' qu'à l'étude si sérieuse ^es historiens et des orateurs ent succédé cette, plus fascinante et

^ ip/9i. C'élail un; idéal quî'etttrd -abord fto dM^ tQHf» in(j|éjÛ4rroiaé3*, qui ^e revêtit 4a ^ftcer, d'înr^ |[ioç6nc6, . quelque :cbo$« da pur* comme' k plu» pur des anges, de douK comnAe unet iQinlaQiiléii^ q\ki] av9it souvent «esuMé^ nae . parler, dft'wtrant ^B.deux bras, la t^te oeuronnée d'élites .el io«t iant MU. serpent s^us m» pieds r lorsfue.Je te {HTiais de m'obtenir la grâce d'être toufours San» tKbe cQmrae elle. On aura de la peine k ereire 43e3 biaarr^^ asseckliovs, et cependani j'atteste <fHç cet idéal, à la fois ange, vierge, ifleur^ s^yoïi, diilr maot pojT, se transformait teUt à oeup en Tune de ces images que les poètes m'avaiei»! faîtea ù belles et; si séchiisia^es, laïaîve camme Geiatliée, passionnée comme Didon , cbaste comme Aadro^ iqiique.^ Elle venait à nioi, oontme une Galypso o« une Eiicharis qui me fascinait par «si Àarme suroajtureU

On comprend qu^e je ne manquais pas d-aller raconter ces rêverie» de mon. eerve^n à umb Père ^rituel. Mai^ je savais par avance s» répooee. il me citait les teotatiens de saint Aaloifie^ et «qe disait:

-^ L'imege sédaisaste qui voils poursuit, est m fantôme impur créé par le éémon.

Cependant je ne m'inquiéfais paa outms me^sure, m poi9t de «ue de ma conscience, de ees effets d'imaginaijoo^ qjHi évidemment tenaient à mes leoture» et à Jmn^ âge. Mai», eomoM. cette

PAIfflA'kMÉ <^^ tS

JaH# -«dédUe iine' n!iièiiait'>fiN^u«iniÉ<iit È^-^Veii* pvilj.ttdc lout«i jèe-forineB sèw- tesquelks je l'a^ ma (me, "C^e ■ qui répondall le pluB exactemeiit MXH«as|iiisaliottB invokntaireîs ée= mon cœur se ixai déiiiilive«eiit; et, maigre in^s efforts pour FéàMfBeF' destina pensée', je la vis ensuite,: lou^ jotinp la mène , oomnie une enfant bien naïve el Uen pure, Tenant me dire:

— Je* l'aime cMoaie doiveul »mer les anges.

Et, d^ns ces faaUucinatioB», tout mon éti» tressaHlaît é^iin S0ntimeÂt inconnu que je m'afvaii pas éprooré enoore.

Cette fiction, ie ne l'appelle pas autrenaent^ se présenta éi mm esprit pendant des mois entiers. L^instinct d'amour, dont tonte oauvre poé*' tique est Técho divin, m'avait été révélé par mes études sur cetle belle antiquité que mon enfonce n^avait pas comprise. Mais aussi, dés ce moment, par une lente élaboration qui se fit en moi, à mesure que les sentiments^ vifs et forts se déve-» ioppaient dans ime nature vierge et éprise du beau dont l'antiquité lui avait montré Tidéal, je Donmençai à comprendre la vie dirétietine, grande et forte , en dehors des méthodes mystiques. Je ne ffi^aperçus pas de ce premier changement. Ce lie iSat que quelques années après, qu^nd le coun» de mes études philosophiques et scientifiques fut •tenniné, > que, devenu régent dans un collège, roV iant ren»s e» contact avec mes auteurs fovoris^ lisant alors Fénelon, Bossuet, toute la littérature

du dit-ieptième jriiele^ dM^clmiit daÉ» lés Héwé

de rÈglise les grandes AoUons de U.i«ligiMi,.4H( 1» pbàos^pbie de?ait me montrer plus tard -far fragments, comme des écfaantiiloQB.4'uDe coulée de porpbpre qu'on em|M>rte dans aamai», il m ai sur eéla plus de lumière dans mon intelligjuieé* Je commençai à soupçonner que fesiméthodea artificielles pour conduire à Dieu pouvaient n'éUre qu'une escrime plus ou moins appropriée à tel àjge.de l'humanité, > et je pressentis qu'il devait y avoir une méthode naturelle qui menait à Dieu^ sans l'immense échafaudage inventé par une iagéAÎeuse scolastique.

Je n'ai pas eu besoin de dire que les études littéraires, chez les Jésuites, sont ce qu'elles se» raient partout dans une école spéciale. Les intel* Ugences vulgaires, douées de mémoire, prennent une teinture générale des lettres, gardent un soii* venir de quelques passages choisis des grands écrivains de l'antiquité. Entré homme médiocre dans ces belles études, on en sort homme médiocre. Les esprits de valeur y gagnent immensément, lorsque, ayant fait déjà des études classi^ ques, ils peuvent mieux goûter dans leur langue les beautés de ces écrivains. Les bons professeurs d'humanités, les prédicateurs distingués, yiennettt de ce noviciat littéraire, et je reconnais que pour ma part ces deux années furent très-fructueusies. L'Ordre possède, eu Europe, bon nombre d'horar mes qui, sans s'élever au premier rang^ parlejKt

paril'jmob ^** 26

leur tanglie 1ef . i'écif vent ftyiw goût. Ob .pcdl GTsàre dans le monde ifue les. Jésoitts, dont éft groedt toujours. la réfutation, ont de bonnes) mé** thodes littéraires pour former leilrs jeunes reli^^ gîeix; c'est une erreur' complète. Les maîtres qui sont là ne sortent pas d'une bonoraUe raé-> diocnlé.; On à^y forme soi-même^ voilà tout

Je idfs cela parce que cela est mi; là Cèmpagtiie manque presque complètement de profes^ seurs pour les hautes études.

Les Jésuites ont eu, dans les lettres, des hommes d'un mérite incontestable. On comprend que leurs ouvrages nous étaient proposés comme des modèles. Ce qui m'a toujours singulièrement frappé, et ce que l'on sait peu, c'est la liberté laissée, surtout au dix-septième et au dix-huitième siècle, aux écrivains de notre Compagnie. Un Jésuite, il est vrai, doit toujours être prêt à sacrifier cette liberté. Cette disposition sufGt; le taryr quam ac cadaver est un principe dont l'application n'est pas toiyours nécessaire^

Il y a, à toutes les époques, ud courant d'idées adopté par la Compagnie; il faut que tous ses membres s'entendent, et leurs voix réunies doivent former une seule voix destinée à propager la doctrine reçue. Nul n'a le droit de la discuter. Qti'dle répugne à ses instincts, à sa raison; qu'il la croie dangereuse, inintelligente, soit, c'est, son opîoioii personnelle; mais il loi est interdit de

Ûm^clm^ à lia uroadxittrëw < Les. cbefs ibiiWrAHi éîieatc -^ 'PïréehéZ''4)ette>iioetiiiMv infilire8'^lar*'éui» ksB'SDMBSNil» eu ) moyen 4è l'enseigiieffieviii, de lu ehaire^-'du xonfeasionnai^ de la direction', des^ #elaK tioda avec le monda II' fâcit oiiéir.' Là AimA ètve Mèviàei 'le tanquam oc- oadaver est de TÎf gueuf* Par exemple, au éix^eptièmë^ sièebo, ké epaepj^ dç&, Jésuites étaient lç$ , Jan$émste^4 toutes lç& (Qrcea vjLyes de TOrdre forent dirigées cpntre eux. 'On ferait un volume du catulogue.des livrer àe» brochures, des pamphlets, signés qu anonymes, écrits par les Jésuites contre leurs adversaires. iWâis, hors de cette querelle, ou du reste les Jésuites soutenaient lès droits de la liberté de l'âme humaine, les hommes de la Compagnie pour valent écrire à peu près tout ce quils voulaient Ils usèrent largement de celle liberté. De notre temps, quel Jésuite oserait faire Féloge de Molière et du Tartuffe, et dirait avec le Père Bouhours:

Ornement du théâtre, IncomjpanblB acte^ir. |

Ta mu60, en jouant l'hypocrite, • • A redressé les faux dévots.

Je conviens que la poésie était médiocre; maia coipprend^om Fébahissement de ta Secte uitraaiM«lakie de nos jours, si un iésuke, en robe kmgme -on en robe eourte , s'aVisait de faire 4^ lf«iière

Ht îBe<)i«»i0iln'ldt^>faià àisfisÊMii ,€M fi'aïkjour- &1l»*XiunMiraj 4'e(il.lMt! «llrajmoDtaiftv: â ai'iMk

mépriser in petto; mais il ne peut plus le»fiét(ir ostensiblement et il doit s'apitoyer, dans 'toutes les occasions possibles, sur ce bon M. Tartuffe, si méchamment calomnié par les libres penseurs.

Du temps du Père Bouhours, au contraire, Tartuffe était, selon les Jésuites, janséniste. Sa ?ie était austère, il prenait la baire et la discipline, et les révérends Pères, qui faisaient écrire la Dévotion aisée par leur Père Bauny, et le Pa^ radis ouvert h Philaaie par cent dévotions à la itère de Dieu aisées h pratiquer ^ par le Père Barry, flétrissaient les Jansénistes, qui, par un excès contraire, honorable, il faut en convenir, exagéraient les difficultés du salut.

Le père Rapin est très-estimé parmi nous, et son poème des Jardins , Sortorum libriy n'a pas été au-dessous des éloges qu'on en a faits; mais le plus grand mérite du Père Rapin était, aux yeux de la Compagnie, celui d'être un des plus implacables adversaires de la doctrine de Jansé-* nius. Gr'âce à ce beau zèle, il put publier pas mal d'ouvrages très-mondains, qui alternaient avec ses élucubrations anti-jansénistes, ce qui faisait dire de lui qu'il servait Dieu et le monde par semestre.

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-t> «iffanrup doifè, par ces études i>Utléir«îr^<ai il^ iira^mes pour 'anjeiiiie bôdiiiid, 'repris |MiëseMtbb ^moKiDétnc^aiiUBi cple ûâaiêit possible i à 'un ièsoilev

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