‹ Le Jésuite: par l'abbéChapitre 13 sur 29 · SCÈNE TERRIBLE AVEC UNE MÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE TERRIBLE AVEC UNE MÈRE

— Âhl quand vous aviez un fils à qui étaient réservées toutes les splendeurs de votre position dans le monde, vous n'étiez pas fâchée de me voir renoncer à la belle part de Fhéritage de la famille, pour que cet éclat de fortune fût plus grand encore ; vous trouviez alors ma vocation belle et légitime... Ma mère, rappelez vos souvenirs. Vous m'avez dit vingt fois que rien n'était plus beau, dans les grandes familles, que de voir les cadets renoncer au monde pour se dévouer au sacerdoce.

— Cela est vrai.

— Et ce n'est plus vrai aujourd'hui?

— Non, mon fils, vous ne vous appartenez plus.

— C'est bien singulier, mère, que je ne m'appartienne plus, et que j'appartienne à cet être idéal appelé une race, lequel je doive perpétuer malgré mes répugnances !

Je vis ma mère s'irriter. Je touchais là une corde sensible.

— Puisque vous avez si peu d'honneur, que vous savez si peu ce qu'est une race, allez, avec vos goûts de roture ! Je vous salue, monsieur.

Elle garda un profond silence ; moi-même je ne dis plus rien. Je voulus prendre sa main et la baiser ; elle retira sa main. Je sortis de sa chambre, sous son regard hautain de grande dame que

j'avais blessée dans son orgueil le plus indestructible.

Retiré dans ma chambre, je m'abandonnai à tous les sentiments, souvent contradictoires, qui devaient naître en moi après une telle scène.

— Ah! oui, ma vocation pour le sacerdoce était une belle chose, quand j'étais le cadet des Sainte- Maure! J'aurais vivement blessé ma mère si, à l'âge de vingt-cinq ans, je lui eusse dit : Ma mère, j*ai Un amour passionné pour mademoiselle *** ; veuillez demander sa main à M. le marquis son père. Et, aujourd'hui, parce qu'un affreux malheur me rend fils unique, ma vocation religieuse est une désobéissance, je devrais avoir le goût du mariage ! Pourquoi ne pas me sacrifier? Est-ce métier si dif* fiçile que de donner tin ou deux descendants aux Sainte-Maure? Voué à l'autel il y a six mois, il faut que je renonce à tous les rêves de mon adolescence, pour me mettre à accepter une héritière qu'on aura choisie et avec laquelle j'aurai la tâche d'empèchçr mon nom de s'éteindre ; c'est un peu fort ! Et j'ai de la peine à croire que^e n'aie été mis sur la terre que pour cela.

Je promenai dans ma tête ces pensées et bien d'autres, plus ou moins logiques, plus ou moins saugrenues.

Quelques jours s'écoulèrent. Ma mère me bou-<

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