‹ Le Jésuite: par l'abbéChapitre 17 sur 29 · UNE AUTRE DOULEUR · texte numérisé non relu

UNE AUTRE DOULEUR

Elle le coDsulta, à ce qu'il parait, sur ce qu'elle pouvait (aire par rapport à ce fils unique, quis'ob* stinait à vouloir éteindre en lui la race des Sainte- Maure.

Le Capucin songea à son ordre; il vint me faire quelques visites sous prétexte de notre deuil. 11 savait les idées mystiques dont on m'avait impré* gné. 11 exalta devant moi le grand saint François d'Assise. Mais, chez les Jésuites, il n'y a de vraiment saints que les saints de la Compagnie de Jésus, et je n'en connaissais pas d'autres, du moins que j'admirasse et que je voulusse imiter. Je ne tombai donc pas dans le piège du Capucin. Je tenais un peu pour fou ce digne saint François qui allait converser avec les bêtes, et appelait les carpes

, et les oiseaux ses frères et ses sœurs.

I Je sus que le Capucin avait dit à ma mère qu'il

I o'y avait rien à attendre d'un cerveau aussi obstiné

I que le mien.

Depuis notre retour à Paris, soit l'affection bien vive que je portais réellement à ma mère, soit la blessure commune faite à nos cœurs, nous nous étions rapprochés l'un de l'autre. Ma mère semblait avoir oublié la terrible scène qui s'était passée entre nous ; et je ne songeais pas à hii demander de me pardonner une action que je croyais héroïque. Seulement je me montrais pour elle plus affec-

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tueux que jamaÎB» Le malheur est use leçon puis* iftdiite, et, devant ce silence du tombeau qui régnait maintenant dans ce brillant hètd où j'avais vu

toutes les joies du monde, quelque chose me disiât que je devais laisser se cicatriàer les ][rfaîes Mies au cœur de l'épouse et de la mère désolée, avant de lui imposer une nouvelle douleur^ J'évitais done avec soin toute conversation qui pût lui faire pres^ smtir que ma résolution était irrévocable.

11 y avait entre nous une trévé tacite; mais cet état ne pouvait pas durer.

Probablement ma mère, qui m'observait, inter* prêta mon silence dans un sens fiavorable à ses idées. Elle ne s'en tint pas aux conclusions de son Capucin, qui lui disait qu'il n'y avait qu'à se rési^ gner sur mon compte ^, elle voulut essayer un der* nier effort.

L'entretien, cette fois, se fit avec un grand calme de sa part et de la mienne.

Mis en demeure de m'expliquer, je commençai par lui déclarer nettement que nos malheurs n'avaient fait que me détacher encore davantage du monde, et je lui rappelai qu'après la douloureuse scène du grand salon, elle ne devait plus cherchter d'autres preuves d'une détermination que nulle puissance ne saurait ébranler.

Elle n'insista plus, et eUe comprit qu'elle devait respecter la liberté que mon père mourant m'avait

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laissée. M)»is, Qhangeaot alors ses batterie» elle se rattacha à une dernière espérance.

— £h bien ! mon fils, au moins n'abandonne pas ta mèrç ! Entre ici dans le sacerdoce. Le séminaire de Paris est tenu par les respectables Sulpiciens. C'est de leur école qu'est sorti Fénelon. Us ont élevé tant d'autres prêtres éminentsdans l'Église! Tu suivras ainsi ta vocation, et j'aurai au moins le bonheur de te garder près de moi.

— Le sacerdoce est ma vocation, lui dis-je, mais je rie veux pas être prêtre séculier.

— Que veux-tu donc être?

— Je veux, ma mère, entrer chez les Jésuites.

— mon Dieu! chez les Jésuites! Certes je les ai beaucoup aimés, ces bons Pères; je les aime encore : eux seuls sont capables de bien élever la jeunesse. Mais si tu connaissais, comme moi, les temps où nous vivons, tu verrais que tu ne dois pas songer à entrer chez eux. Tu ignores qu'ils i^ tiennent plus en France que par un fil, et qu'a* vaut six mois le ministère sera obligé de les sacrifier. Si Charles X n'avait pas demandé un délai, la chose serait faite déjà. D'ailleurs, Jésuite, tu pourrais être envoyé aux extrémités du monde : tu serais perdu pouf moi.

— Ma mère, si Dieu m'appelle !

— Eh bien! est-ce que nos prêtres ne valent pas les Jésuites?

— Ma mère, il n'y a de boHS prêtres que les suites!

Elle ne répondit que par un sourire amer à cette naïveté, que je répétais comme un écolier bien appris.

Un problème se dressait devant moi : c'était ma mère consentant, après toutes ces luttes, que je fusse prêtre, et rejetant pour moi le plus grand honneur du sacerdoce , celui d'être Jésuite.

— Mais, malheureux! me dit-elle, tous les Sainte- Maure qui ont appartenu à l'Église ont été des prêtres séculiers, des abbés de grandes abbayes, des évêques, des cardinaux. Tu as là-bas leurs portraits, ajouta-t-elle.

Je ne saisis pas alors la pensée intime de ma mère. On est si peu ambitieux à dix-huit ans! Ce ne fut que plus tard, qu'éclairé par l'expérience, je vis très-bien que cette excellente mère, lorsqu'elle avait son atné destiné aux grandeurs du monde, aurait voulu, pour son cadet, les honneurs de l'Église, qui avaient illustré autrefois la maison des Sainte-Maure. Le Père Romanet n'avait jamais contrarié ses idées là-dessus, et, en me confiant aux Jésuites, elle espérait qu'on favoriserait ses projets; et puis elle se croyait assez maîtresse de mon cœur pour me faire prendre les ordres dans le clergé sécuher. Je me suis rappelé que souvent elle me

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parlait avec enthousiasme de deux ou trois jeunes gens du grand monde, parmi lesquels était le Jeune de Bonald, qui plus tard a été éyèque et cardinal, que leurs familles, toujours selon ma mère, avaient vus entrer avec bonheur dans le sacerdoce, avec la presque certitude qu'ils seraient uîi jour évêques. Je lui répondis :

— Ma chère mère, je n'ai d'autre but que d'obéir à la volonté de Dieu. Ma vocation m'appelle chez les révérends Pères; j'irai chez eux et vous serez assez bonne pour ne pas mettre d'obstacle à ma vocation.

— Je le vois, dit-elle, on vous a desséché le €œur ; vous n'aimez plus votre mère.

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