JÉSUS
Le Père Romanet avait élé prophète, et ma mère était bien renseignée sur ce qui se passait dans le gouvernement, par rapport aux Jésuites. Une ordonnance, qui manquait de dignité et de franchise, parut le 16 juin 1828.
Elle portait que les écoles secondaires ecclésiastiques « dirigées par des personnes appartenant à c< une congrégation religieuse non autorisée, et c< actuellement existant à Aix, Billoem, etc., sec( raient soumises au régime de l'Université, et c( que nul ne pourrait faire partie d'une maison c< d'éducation dépendante de l'Université, sans c< affu^mer par écrit qu'il n'appartient à aucune « congrégation non légalement établie en France.»
Une seconde ordonnance imposait Thabit ec-
SUPPRESSION DES C0LLÉ6BS M LA COMPAGNIE iS3
désîastique aux élèves des écoles secondaire»
ecclésiastiques, âgés de pios de quatorze ans, après deux ans d'études. Ces écoles, dans toute la France, ne devaient pas contenir plus de vingt Baille élèves. Les supérieurs de ces maisons devaient recevoir l'autorisation du gouvernement. Et, pour clore tout cela, on jetait au clergé huit mille demi-bourses de 150 francs chacune, destinées à ces établissements ainsi mis en suspicion et mutilés,
La première de ces ordonnances était signée Portahs, ministre de la justice, et la seconde, Feutrier, évêque de Beauvais, ministre des affaires ecclésiastiques.
On le voit, le nom des Jésuites n'était pas pro- QOiieé dans ces ordonnances. Us pouvaient donc rester en France, comme prêtres, et y exercer le mmistère sacerdotal. Mais un serment à prononcer ]m eiduait de l'enseignement. Â côté de cette mesure, se trouvait une législation peu Ubérale sur les établissements diocésains^ Le clergé témoigna le plus vif mécontement de ces ordonnances, et les Jésuites eurent la chance de se trouver victimes avec lui. Le clergé ne comprit pas qu'il allait recevoir le contre-coup de l'extrême impopularité des Jésuites. Il se fit follement leur défenseur; et les feuilles qu'il inspirait appelèrent ces ordonnances des actes de violence et de
lo6 LE JÉSUITE
persécution, qui ramenaieat FEglise au temps de Néron et de Dioclétien.
« Applaudissez, race d'impies et de sacrilèges, c( disait une de ces feuilles, écrivains factieux, ap* c( plaiidissez ! Voilà un prêtre (M . Feutrier) qui « vous livre le sanctuaire; voici un magistrat « (M. de Portalis) qui vous livre le pouvoir. Vous c< vouliez que Tépiscopat fût enchaîné; on fait « plus, on l'immole. Ce que la Révolution n'eût c< jamais songé à arracher i Buonaparte, deux c< ministres le font à la monarchie légitime ; tous « les deux rivalisent de zèle pour exterininer le sa- « cerdoce .dans sa racine, et pour accomplir ainsi « l'œuvre de la Révolution. »
Celle presse religieuse allait jusqu'à dépeindre l'évêque de Beauvais comme un mauvais ministre» « aussi lâche qu'hypocrite, conune un nouveau « Julien traître à ses frères, à sa foi et à son roi^ « que l'Eglise devait compter désormais au nomce bre de ses plus cruels persécuteurs. »
La royauté malheureuse, pour calmer l'irritation du parti libéral contre les Jésuites, avait eu la maladresse de mêler le clergé de France à la querelle. Les Jésuites profitèrent de cette faute ; ils prirent le rôle de victimes silencieuses et laisse^ rent au clergé le soin de les défendre, en se défendant lui-même. Dans cette circonstance, il$
SUPPRESSION DES COLLÈGES t>E LA COMPAGNIE 157
farent les habiles ; et Lamennais, qui ne les ai* mait pas, fut un des plus violenta adversaires des ordonnances.
L'épiseopat se leva comme un seul homme , et, par Torgane du cardinal de Clermont^Tonnerre, publia une protestation collective, où il prononça le fameux « Non possumus. » Le roi lui fit défendre de se présenter aux Tuileries.
Ces déclamations violentes furent, en somme, une défaite pour le clergé, qui se rendit par là impopulaire, et un triomphe pour les Jésuites. Beau* coup d'entre eux restèrent à Paris ; mais leurs collèges, à la frontière française, en Bd^que, en Suisse et en Espagne, reçurent ceux de leurs élèves auxquels les parents permirent de suivre la fortune de leurs maîtres.
Ce fut, malgré tout, un coup terrible pour la Compagnie. Ce n'était plus par mesure révolutionnaire, mais au nom du roi Irès-chrétien, d'un Bourbon, que leurs collèges étaient fermés, et qu'ils se trouvaient, sans existence extérieure légale, confondus avec ce clergé des paroisses, objet de leurs constants dédains. Aussi n'atlendaient-ils qu'un moment où le roi, maître de l'opinion, pourrait les rappeler, aux applaudissements du parti religieux. Us excitèrent toujours l'agitation des'esprits, dans ce sens. Des journaux firent la folie de menacer la France constitution-
138 tE JESUITE
«elle et la datamlnre ém dépotés du réveil :d(6& fwrmées wuééetïueê. Le grand mot de rallianoe de l'autel et du trône, qui pwd les trôneji sam Baiivw Fautel, ^»t commenté Joura^ment et pf oda^é camiae le salut pour Tavenir. ^
Les Jésuites, avaient vu leur correspoiidamse dé*voilée dans un procès en nullité de testaiiarat, qm se plaida devant l6 tribUBal eivil de Colmar. il 3'agisâait d'un legs universel fait aux Jésuites, au moyen d'un âdéi-*oommissaim, Mb Henri Beedk^. Le test|Ue9ir> avait voulu d'abord laisser sa fort^we au séminaire diocésain» ce parce que, éerivait^l au « Père Grivel , provincial des Jésuites , les séttiir c< naires sont capables de posséder, tandis que « votre Ordre n'a pas encore d'existence légale. »
Le père Grivel répondait :
« Notre Société est plus utile qu'un séminaire à c< la religion et à TÉglise. C'est donc à elle qu'il c( faut préférablement donner. Quant à la question « d'existence légale, Fexistence de notre Ordre a « la même solidité que celle des Bourbons sur le « trône. S^ils s'y maintiennent, nous serons ré- « tablis, reconnus, et nous ne cesserons d'exister ce en France que lorsqu'une nouvelle conspira- <c tion contre la religion viendra renverser les c< Bourbons. »
De tels documents mis au grand jour par la