SUITE DES LIBRES PENSEURS
Le Monde, en annonçant l'œuvre nouvelle de M. Louis Veuillot, a donné pour spécimen du style de ce spirituel écrivain Tarticle qui attaque l'auteur du Maudit et de la Religieuse.
Cher monsieur Veuillot,
Que vous êtes donc aimable de nous apprendre, par un écrit public, que vous êtes encore dans le monde ! VraiAient, je wus croyais au fond de quelque bonne et douce moinerie, mort à toutes les choses de la terre, et voua détectant à réciter pieusement votre chapelet. Cela Toas va si bien.
que je me figure toujours votre illustre personnage, dans cette attitude si humble, marmottant ses Ave sur les trottoirs, comme on peut vous rracontrer à la brune.
Et voilà que vous donnez une suite à \;os Lirbres penseurs !
C'est bien hardi.
Vous aviez tant d'esprit autrefois, qu'il vous faut une dose assez forte d'audace, pour oser croire que celui qui vous reste est à la hauteur d'un livre à sensation.
Vous vous êtes décidé cependant. Que Dieu vous soit en aide !
Je vais vous étonner, cher monsieur Veuillot, mais je vous dirai que moi, si amoureux de toutes les excentricités qui tombent de votre plume, je ne lirai pas votre Suite des Libres penseurs.
Pourquoi donc? Serait-ce parce que j'y suis attaqué?
Pas le moins du monde. C'est parce que j'y suis mal attaqué.
Comment ! vous n'avez que cela à dire contre l'auteur du Maudit et de la Religieuse ? Mais c'est pitié, monsieur Veuillot, c'est pitié !
Voys avez lu ce§ deux romans , et vous commettez l'étrange erreur de me prêter l'idée « de << diffamer le clergé pour diffamer la religion. »
Voilà qui est fort !
Us sont loin, monsieur, les jours où vous étiez une puissdnee ; où votre parole, tout imbibée de la sève de la virilité, imprimait un stigmate et coiTodait un nom, comme le feu. Vous ne Tavez plus cette sève, et, comme le vieux Priam réfugié près de l'autel, vous ne jetez qu'une flèche tremblante, telwn imbelle.
Je vous eusse redouté alors. Je ne voudrais pas aller à la postérité, avec les rudes coups de verges que j'eusse reçus de vous dans les Libres
, penseurs. 11 m'est indifférent aujourd'hui que voas me jetiez de grosses injures, dans cette queue de petites satires où vous serez méchant, quand il faudrait être incisif, et vulgaire quand il faudrait être plaisant.
Hélas! monsieur Veuillot, le mens diviniar vous a fui. Vous laissez cela aux plus jeunes, à ceux qui font encore ce beau rêve d'idéal qui s'est terminé pour vous dans le» visions de Marie d' Agréda et de sœur Ëmmerich. Perdu, noyé dans ce monde mystique* où l'on croit à toutes les folles qui ont des taches aux mains et au côté gauche, et où l'on se figure que Dieu parle par des images de
.la Vierge, en lui faisant rouler dévotement les yeux c< et doucement agiter le sein,» que pouvezvous nous dire maintenant de sérieux et de vrai?
, JugezHBU par mon exemple.
26 LETTRE A M. LOUIS VECÎLLOT
Comme tous les hmnmes àa 8acerdo(*e qui ont vu, avec douleur, la décadence effrayante où se traîne le Catholicisme, qui surtout ont étudié de près Finfluence néfaste que votre école exerce sur l'Eglise, école qui s'est constituée, depuis vingt ans, en une secte dominatrice et haineuse, voulant diriger le monde, comme les Jésuites ont la prétention de le faire et de l'Église et du Pape luimême, j'ai dû chercher à dévoiler le danger de l'influence de votre école, et à montrer l'abîme où court rapidement le Gaitholicisme.
Je pouvais remplir cette tâche difficile par des écrits de formes diverses : livres de polémique,, articles de journaux, discussions de toutes sortes. Avant moi, d'autres l'ont essayé ; et j'ai vu que cette guerre de plume ne les a pas menés loin. Ils signalaient les tendances de votre parti, ils relevaient, avec plus ou moins de force, quelques-uns de vos paradoxes ; mais la Secte qui s'appelle « légion » * sériait de ces escarmouches isolées dont elle ressentait à peine les blessures.
Décidé à entrer dans la lutte après eux, je conçus un {4an plus hardi. Je songeai aux masses et à la forme littéraire qui va le mieux aux mas- . ses, le rrarian. Le Maudit et la Bdigieu^ parurent.
Coupable vous-même de certains romans, entre autres de VHormêtfi Femme^ vous ne pouvez
LETTRE A M. fXKJIS VEOILLeT 27
pas me faire un crime d'avoir eu recours à ce genre Kttéraire.
Tbî été net, vigoureux, incisif, l'ai tourné et retourné te scalpel dans les blessures que je faisais. Sans pitié pour vos folies doctrines, je les ai étalées avec leurs nudités honteuses, je lésai faittoudier du doigt; et le cri d'immense douleur poussé par les vôtres, et que je vous ai arradié à vous-même, m'a prouvé que j'avais profondément sondé la plaie du Catholicisme, et que j^avais frappé juste.
Mais, monsieur, de ces attaques ardentes con* tre votre dangereuse coterie il y a loin, immensément loin, à ce que vous voulez bien appeler une attaque contre la rdigion. Il serait étrange que j'eusse pour but de diffamer la religion, comme vous le dite3, et qu'en même temps, je ne m'attaquasse qu'aux doctrines qui la défigurent, qu'aux hommes qui la font détester. A*4-on pmir but de déshonorer une , œuvre d'art, lorsqu'on se plaint du grossier èadigeon dont on l'a recouverte, aux âges de barbarie, lorsqu'on se me* à l'oeuvre pour enlever ce badigeon honteux? H est évident, pour tous ceux qui ont lu mes livres, que mon but est pm^isément de sauvegarder l'c&uvre divine dans l'Eglise, en cherdliant à la dégager des superfétatiens humaines.
Que je me trompe dans cette pensée, qu'elle soit ou non exécutable, que l'œuvre doive marcher
28 LETTRE A M. LOUIS YEUILLOT
telle qu'elle est, — c'est votre théorie, — avei; son cortège d'institutions nées aux vieux âges, ou se transformer, en s'assimilant le monde moderne, ce que je pense, et ce que pensent avec moi bon nombre de hautes et de belles intelligences, il n'en reste pas moins que vous me calomniez sciem* ment, en appelant « infâme » l'œuvre courageuse où je cherche à démontrer, pour le christianisme, le besoin de rompre avec les théories uséeâ, dont vous êtes encore le représentant dans la publicité européenne.
Je puis vous déplaire, beaucoup vous déplaire dans mes livres, puisque je ne pense pas comme vous ; mais qu'ils soient une attaque à la religion elle-même, c'est ce que votre parole ne persuadera à personne, parce que c'est une fausseté patente, une insigne calomnie.
Vous me demandez pourquoi alors je ne me nomme pas«
J'ai dit^ dans mes préfaces, les graves motifs pour lesquels j'avais dû taire mon nom. Si les livres étaient médiocres, sans portée, même avec un nom, tout sombrerait dans l'oubli, et le nom et les livres. S'ils avaient une sérieuse vateur,le nom devenait inutile ; et j'^SQpoisonnais , pour une gloire d'auteur, toute ma vie sacerdotale.
J'ai fait cela, et j'ai raispnné ainsi : c'était mon droit.
LETtRE A M. LOfIS VEOtLOT 29
Vous eussiez voulu autre chose, je le vois bien, excellent monsieur Veuillot. Vous, vous teniez immensément à savoir mon nom. Cela entre dans vos conditions de polémique. Quand vous avez maille à partir avec Navet ou avec Greluche, vous êtes enchanté de vous escrimer contre les noms de Greluche et de Navet. Vous trouvez cela spirituel. Et si Navet et Greluche ont eu quelques bonnes raisons contre vous, habile homme, vous comptez assez sur la naïveté de vos lecteurs du monde religieux pour savoir qu'ails se contenteront de vos facéties sur les noms de Greluche et de . Navet, et ne songeront pas à vous dire : Hé ! les raisons de Navet et de Greluche, y répondrezvous ?
Mon nom vous ayant doncmanqué, — je suis bien méchant, avouons-le, de vous priver d'une satisfaction aussi innocente, — vous m'en avez fabriqué un . Je suis pour vous : l'humble Trois- Etoiles. Ce n'est pas mal ; il y a là un petit rien de poésie dont je vous sais gré. Franchement, c'est plus honnête que Greluche, moins restaurantbouillon que Navet. Merci, merci! vous ne m'avez pas appelé Babouin. Votre dictionnaire ne se sent plus autant des fréquentations de votre adolescence. Ce qu'on gagne à vivre un peu avec les Jésuites !
Donc r humble Trois - Etoiles était devant
'àO L£TTRS ÂM. LOVIS VBI>1LL0T
VOUS , avec son arlillerie formidable. Je vous vois parcourant ces effrayantes pages.
— Mais c'est affreux ! Mais c'est terrible ! Mais il n'épargne rien, ce scélérat d'abbé! Oh! ces abbés qui écrivent! J'en ai bien éreinté, — Celuilà n'y va pas, comme ses pâles prédécesseurs, avec des coups d'épingles. Comme il manie la massue l — Peste de ton abbé ! Mais qui peut-il être ? 11 connaît bien Jes détours du sérail ! On jurerait un ex-secrétaire intime d'évêché, un exjésuite, qui sait? Peut-être plus encore. Mais ce n'est pas possible. Les enterrés de Saint-Denis n'écrivent pas. — Quel est donc ce diable d'abbé? . il me damnera, cet abbé.
. Vous avez dit cela, vous avez dû le dire. Mon petit doigt ne me trompe pas.
Mais vous n'êtes pas seul, il y a la sainte camarilla. Quels cris de paon ! Quel vacarme ! Elle a poussé d'immenses gémissements, comme une femme dans les douleurs. — Un prêtre ! un pi'être ! un prêtre m' attaquer, porter sa main sur moi immaculée, sur moi si dévote au Pape, si pure dans mes principes que toute opinion du Pape est un dogme à mes yeux ! Quelle horreur ! Monsieur Yeuillot, vengez-nous l il faut écraser cet infâme !
— Mais que faire ? grand Dieu !
— Bon! est-ce que vous êtes en peine? Faites comme autrefois, comme toujours. Dites que ce
iETTBE A M, LOl'IS VEGILLOT . &1
n'est pas ao prêtre ; que c'est un de ces histrions d'orgueil qui composent la Société des geos de lettres.
— Hum!
— Allons donc ! pas de vergogne. En auriezvous maintenant? Il faut marcher Jusqu'au bout. Monâeur, à l'œuvre ! un coup hardi ! Affirmez que le prétendu prêtre n'est autte chose qu'un libre penseur.
Vous avez trouvé l'idée passablement stupide. Un reste de raison qui a survécu au pathos de Borne et Lorette vous a dit que la France întelBgente, le monde littéraire, de Saint-Pétersbourg à Calcutta, ne croiraient pas cette facétie. Mais il fallait céder. Pauvre monsieur Veuillot, vous avez été maître absolu dans la coterie des purs, si maître qu'un beau Jour vous avez pris peu pdiment par la main un comte-marquis, un fils des croisés, et que vous lui avez dit : — Très-haut et très-puissant, vous ne resterez plus dans la boutique. — Les temps seraient-ils changés? Votre parti vous dicte-t-il des lois et vous a-t-il imposé l'obligation d'écrire l'article: L'humble Trois- . Etoiles? Cela n'est pas impossible. Et Je soupçonne le Mondey ce traître de Monde, de vouloir prouver , à toute la catholicité , que vous baissez terriblemeutdâûB voshomélies, et qu'on aurait bien tort de peaser que vos preraiers-^Paris éeV Univers
étaient supérieurs à ceux de MM. Coquille, Chantrel et Maumigny; et, pour preuve irréfragable, le Moiidey en annonçant votre Suite des libres penseurs, s'est hâté de donner, comme primeur du livre, votre article contre moi.
Ce malheureux numéro du 1*' octobre 1864 est allé aux quatre coins du monde catholique. On l'a lu chez les évêques : — Tiens ! M. Yeuillot baisse bien ! — On Ta lu chez les chanoines : — M. Yeuillot baisse bien ! — On l'a lu chez les Béliédictines, chez toutes les Sœurs : — Ce bon M. Veuillot baisse bien. — Les sacristains Font lu : — Ah! qu'il a donc baissé, M. Veuillot! — Et vous avez eu le coup de pied de l'âne.
•— Aussi pourquoi écrivait-il ce stupide article contre Fauteur du Maudit et de la Religieuse? Si tout son livre est de cette faiblesse, quelle chute î De profundis !
Mais revenons à votre mauvais article. Vous aviez contre moi des griefs à faire valoir : pourquoi ne l'avez-vous pas fait? Il fallait reprendre la thèse du Maudit et de la Religieuse, défendre, à vos risques et périls, la Secte que j'attaque et dont vous êtes le chef avoué. Vous étiez là dans votre rôle et dans votre droit. J'ai été sévère pour un certain dom Lecreux ; il fallait défendre dom Lecreux ; j'ai malmené l'évêque Bigut, et j'avoue que, pour un abbé, j'ai été un peu hardi ; il fallait
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me tancer de la liberté grande ; j'ai flagellé le publiciste, le grand publiciste Falot, qui a écrit la Malhonnête Femme, — vous, vous avez écrit r Honnête Femme ; — vous pouviez défendre Falot, vous porter fort pour Falot, me provoquer même, pour soutenir la gloire de Falot. Je vous aurais aimé de vous poser ainsi, devant moi, eh loyal adversaire. Nous aurions échangé quelques bonnes pages; cela fait toujours passer une heure ou deux au public qui aime les gens d'esprit.
Pas du tout : vous entreprenez une thèse impossible : que je suis un membre de la Société des gens de lettres, un chose, un pauvre diable ; quoi de plus? « un Labre littéraire. » Oui, vous me comparez à saint Labre. Voilà du complet mauvais goût. Et je déclare que ma conscience, bien calme et bien innocente devant elle-même, malgré ses hardiesses contre votre Secte, ne souffre pas le moins du monde «de la vermine que Labre se contentait de souffrir sur sa peau. » Par cette vilaine comparaison, qui est de vous, et que moi, tout infâme que vous me dites, je ne me permettrais pas, quand il s'agit d'un mendiant canonisé par Pie IX, vous n'êtes pas honnête pour ce malheureux saint, et, soit dit entre honunes qui écrivent, vous êtes grossier pour moi.
J'ai été malmené, dans une de vos revues, par
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un monsieur qui ne se gêne pas pour employer des termes équivalents à ceux de vermine^ de gaz qui asphyxie^ de boue, d'infection ^ et autres élégances qui composent votre palette littéraire et dont vous émàillez Tarticle misérable que vous m*avez consacré ; mais je le tiens pour un garçon qui a quelque franchise, mauvais écrivain, oui, distillant l'injure jusqu'à rimpudeur, exactement comme vous, mais ne prenant pas, quand il s'agit de moi, le nom d'un port pour un nom d'homme. Il lui a répugné d'entrer dans cette pauvre voie de défense contre les deux « romans fameux, » — vou^ les appelez ainsi, — qui consiste à ne pas en accorder la paternité à un prêtre, pour la décerner à quelque membre de la Société des gens de lettres. Ceci est bonnement stupide, et ce monsieur brutal envers moi, autant qu'on puisse l'être envers un abbé anonyme, n'a pas voulu être stupide.
Vous, à bout d'idées et de raisons, pour allonger votre maigre article, vous vous êtes jeté sur cette pitoyable invention :
« Il ne se contente pas de taire modestanent c< son nom ; il prend encore une qualité qui ne lui « appartient pas : Fabbé Trots-Êtciks. Il diarge « sa pauvre conscience d'un mensonge qui est en « même temps un vol... Il faut pourtant s'attendre « à le voir assumer sa gloire. Un Jour, étant lui- (c même son masque et montrant son viss^ plus
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« vil encore, il dira tout fier : « C'est moi, un tel, « de la Société des gens de lettres. »
Vous avez écrit cela, monsieur Veuillot, vous l'avez écrit. Et, pour mieux rendre votre idée, vous me mettez beaucoup au-dessous du larron qui dérobe un mouchoir^ bien convaincu « qu'on ne vous reprochera pas de faire des assimilations odieuses. » Saint homme! Non, vous n'êtes pas capable de comparaisons peu chrétiennes! Vous trouvez tout naturel de dire que f enseigne Viramoralité, que je diffame le clergé pour diffamer la religion, que je fais une œuvre malhonnête, un travail infâme. Tout ceci coule sous votre plume avec une facilité charmante ; vous ne soupçonnez pas qu'il y ait rien là contre la charité. Vous ne craignez pas de charger votre pauvre conscience de mensonges et de calomnies. Vous ne voyez rien là contre la justice qu'un homme attend d'un autre homme; votre sens moral ne- s'élève pas jusquelà; et, si mon nom était à mon livre, et que je fisse appel aux tribunaux de mon pays contre les imputations calomnieuses de vous et des vôtres, vous seriez tout surpris de vous entendre condamner pour diffamation : — Ces misérables juges, diriezvous, se sont laissé gagner par les toges maçonniques.
' C'est qu'il y a un honneur, une justice que vous* ne soupçonnez pas. Vous distillez, avec une
merveilleuse candeur, l'injure la plus outrageante, comme la bonne petite abeille condense son miel. Rien, hélas! ne vous corrigera sur ce point. Vous pensez plaire à Dieu par vos haines, sauver la foi en jetant Tinsulte au front de quiconque vous paraît un adversaire. Le mensonge, pourvu qu'il soit pour la bonne cause, vous semble une arme pure. Ce sont des ennemis, dites-vous : quis in hoste reguirat ?
Il vous faudra les clartés d'une autre vie pour éclairer votre conscience sur ces singulières aberrations de polémique chrétienne. Vous allez à la communion, au rosaire, en sortant de vos élucubrations vénéneuses, après avoir pris un homme que vous ne connaissez pas, que votre foi vous commanderait d'aimer, si vous compreniez votre foi, et, après avoir entassé sur cet homme plus d'injures et de brutalités de paroles que n'en soupçonna jamais le plus acharné païen, votre conscience ne vous fait pas un reproche. Et vous vous dites avec bonne foi : « Mais je suis un fervent catholique. » Et vous ne voulez pas que les hommes du monde, incapables de s'expliquer par quels détours étranges de barbare casuistique, on arrive à de telles aberrations en fait d'honneur, de charité et de justice, prennent en horreur les robustes catholiques de votre force, et préfèrent mille fois les honnêtes incroyants qu'ils rencontrent sur la rue.
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Vous les avez pourtant amenés là. Moi qui ai étudié de près des hommes qui vous ressemblent, je me rends compte de cette bonne foi effrayante par laquelle, comme il est dit dans TÉvangile, on croit servir Dieu en persécutant les hommes. Je vous comprends, malheureux égarés par des haines fanatiques ; et, au moment où de sang-froid vous déversez sur moi le plus de fiel que vous pouvez tirer du fond de votre cœur, je n'ai qu'une chose à faire, vous donner votre pardon, comme on pardonne à l'imprudent qui vous heurte, au buisson épineux qui vous déchire la main.
Et d'ailleurs, monsieur Veuillot, vous étiez ainsi fait. C'était votre nature; vous aviez besoin de haïr. Mais vos haines vous servent mal. Vous ne pouvez pas comprendre que vous donnez un baptême de gloire à toute œuvre sur laquelle vous portez vos souillures.
Les nobles et douces paroles que j'ai reçues, de toutes parts, sur mes deux premiers romans, me sont bonnes au cœur. Toutefois je puis y supposer au moins de l'indulgence. Mais quand ils sortent de vos mains, qu'ils ont passé sous votre souffle, que votre regard de bestiaire les a dévorés, comme des suppliciés dans un amphithéâtre, ils sont pour moi des martyrs. On peut mettre sur eux la palme, et- écrire en lettres d'or au frontispice : Insultés par Veuillot.
88 LETTRE A M. LOUIS VSDILLOT
Vous décernez donc rauréole aux écrivains que vous pensez flétrir. Quelques natures chagrines, ennemies de ce qui est grandeur, lumière, liberté, peuvent vous écouter et s'en tenir à votre parole. Les masses courent aux livres que vous leur défendez. Elles n'ont pas de guide plus sûr, pour discerner des pages chaudes et généreuses, que votre haine.
Je savais ces choses» et il me semblait déjà que vous manquiez, par votre silence, à la consécration du Maudit et de la Religieuse. Tout cela m'est venu à son heure, et je le regarde comme une bénédiction. Toutefois je ne vous remercie pas. On ne doit rien à qui nous jette l'injure, môme quand cette injure devient, aux yeux de tous, légitimement un titre de gloire; mais je prends acte, pour mes livres, de la violence des coups que vous avez dirigés contre eux, des colères qu'ils vous ont inspirées.
Puisque vous m'y avez forcé, j'ai dû régler définitivement mon compte avec vous, et montrer ce que valent vos attaques haineuses.
Selon vous, f insulte à Dieu, à la conscience, à la pudeur.
Selon vous, je diffame tels et tels honnêtes gens.
Selon vous, je ne suis pas un abbé, mais un membre de la Société des gens de lettres.
LETTRE A M. tOUIS VEOILLOT 39
Je crois bien résumer là, dans toute leur énergie, les griefs pour lesquels vous me faites figurer parmi les libres penseurs.
Or quelle ne serait pas la surprise des lecteurs du Maudit et de la Religieuse^ qui vous auraient cru sur parole, lorsqu'ils liraient des pages dans lesquelles pas une allusion même ne blesse la pudeur, où tout est foi, dévouement, sacrifice, où les héros sont purs autant que des anges, comme Julio, dans le Maudit, ou reviennent courageuse* ment à la vertu, en présence des tentations les plus séduisantes, comme Loubaire, dans la Religieuse.
Ajoutons que Je suis resté scrupuleusement, et par conviction, dans la donnée catholique; et, je le demande, où sont donc les grandes insultes à Dieu et à la coasbiencè?
Il est vrai, puisque ces livres sont des romans, ils mettent en drame les théories qu'ils veulent rendre populaires, ou qu'ils veulent combattre. Quand Molière créa son Misanthrope, son Avare, son Tartufe, il prit dans la nature quelques types d'avares, de misanthropes, d'hypocrites ; il ne diffama pas pour cela tels et tels honnêtes gens. A votre compte, il n'y aurait pas de scène dramatique possible; vos honnêtes g^ns se reconnaîtraient partout, et crieraient, comme vous, à la diffanjation.
Qu'ai-je fait de plus, à part le génie, que Mo-
lière dans ses pièces immortelles? J'ai choisi mes types; mais j'ai groupé autour de chacun d'eux tout ce qui pouvait les compléter, en faire Tidéal que je voulais offrir à la verge du ridicule. Et voici que vous allez prendre ces conceptions de l'art pour des portraits! Il y a un certain Falot, un certain dom Lecreux, un certain évêque Bigut. Vous croyez donc que j'ai si bien peint mes hommes d'après nature, qu'on n'ait plus qu'à décliner le nom de chacun d'eux?
Quel est dom Lecreux?
— C'est bien simple, direz-vous. C'est dom ***.
— Ah! malheureux! Vraiment, il y aurait un religieux, en France, auquel conviendrait, trait pour trait, l'image que j'ai faite de cet ambitieux éconduit qui a voulu absolument de la crosse? Tant pis pour dom ***, s'il se reconnaît là : vous lui faites plus d'injure que moi. J'ai peint un idéal, et il se trouve que dcm *** a, selon vous, joué le rôle misérable de mon dom Lecreux : qui de nous deux diffame dom ***, vous ou moi?
— Mais , l'évêque Bigut , nous le connaissons ! .
— Pas possible ! il y aurait un cerbère de l'épiscopat français aussi violent, aussi tenace, aussi ennuyeux que moii Bigut? £t vous le connaissez? Vraiment je n'en reviens pas. Tant pis encore pour ce révérendissime évêque. G^est vous qui atta
LETTRE A M. LOUIS VEUILLOT 4i
chez son nom au portrait de fantaisie que j'ai esquissé. Vous dites que c'est Mgr Tévêque de ***. Et voilà que d'autres ont la maladresse de nommer Mgr P... évêque d'A... auquel, je le jure devant Dieu, je n'ai jamais pensé.
Vous voyez que mes masques se trouveraient convenir à beaucoup de visages. Vous êtes bien peu respectueux pour nos évêques.
Je gagerais que vous avez raisonné de la même manière pour Falot. Celui-là est un des types les plus étranges qui aient pu être crayonnés de notre temps. J'aime assez ce Falot. Il est original, rageur, vrai malandrin de l'Église, tout taillé pour porter la tiare laïque, en égrenant ses chapelets, vrai Jésuite à faire marcher les Jésuites, mauvais coucheur en littérature, s'il en fut, ayant toutefois la verve du *quart d'heure, au demeurant, un fort jouteur.
Vous me dites :
— A qui ferez-vous croire que ce Falot n'est pas un personnage réel? Mais je le connais intimement ce Falot; mais il est moulé sur nature. Et quaad vous lui faites jouer son rôle, je sais si bien mon homme par cœur, qu'il me semble le regarder passant devant mes yeux, comme devant un miroir.
Monsieur Veuillot, prenez garde : il ne faut pas tant pénétrer les . choses ici-bas. Auriez-vous la
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prétention de soutenir qu'il y a entre Falot et votre nom plus d'un autre rapport que celui de la rime? Vous seriez impf udent. C'est donc vous qui allez dé^ nicher là votre image, qui prenez l'amère volupté de vous regarder dans ce portrait, portrait qui n'est pas toujours beau, bien que l'idéal de mon livre ne soit pas, à coup sûr, un malhonnête homme. Je n'ai pas aussi maltraité mon Falot que vous l'avez fait de Greluche, des deux Navet, de Babouin, etc, etc. Mais franchement je vous dirai, à mon tour, que vous vous êtes imposé un rude martyre, en vous reconnaissant dans Falot. Le pauvre Labre ne souffrait que sous ses haillons. Vous vous êtes donné la torture d'un homme qui se déchire le cœur de ses propres mains.
Pauvre monsieur Veuillot ! je vous croyais plus de résignation chrétienne î Cela vous a donc fait bien du mal? Ah ! pluipe cruelle, voilà de tes ravages ! tu as fait au cœur de M. Veuillot une éternelle blessure !
Je m'explique encore votre extrême sensibilité à l'endroit de Falot ; mais de quel 'droit osez-vous me dire que j'ai insulté des hcnnmes « parce que je « savais très-bien que ceux que j'attaquais ne c< donnent pas de coups de bâton ? »
Je soutiens que je n'ai insulté personne dans mes livres. J'ai attaqué des doctrines dangereuses; c'était mon droit, je ne l'ôi pas dépassé. Mais vrai-
LETTRE A M* LOUIS VEGtLLOT 43
ment c'est de l'effronterie, quand on s'est posé comme vous en insulteur public, de venir parler ainsi* Est-ce que, par hasard, quand vous avez insulté jadis tant d'honnêtes libres penseurs, de ces libres penseurs, selon vous, capables de tout, vous auriez reçu quelques coups de canne? Cela ne peut pas être. Car enfin, si vous aviez ces amers souvenirs de votre première œuvre, vous n'iriez pas, malgré la largeur de vos épaules, recommencer contre eux un second libelle ; et vous voilà bien forcé de convenir que les libres penseurs ne sont pas plus capables d'un guet-apens que Falot et autres, que vous prétendez reconnaître dans le Maudit et dans la Religieuse.
Si les libres penseurs se permettaient de donneur des leçons de ce genre aux folliculaires qui les insultent, vous pourriez avoir un compte sérieuxà régler avec mon honorable éditeur* Ne craignez rien, monsieur : s'il vous rencontrait un soir dans les rues de Paris, disant votre chapelet^ il ne s'abaisserait pas à lever sa canne sur vous, il vous dirait i —Vous m'avez traité, dans votre article, en termeig qu'on ne se pardonne pas dans le monde entre gens qui se respectent^ mais, quoique libre penseur, je ne vous tirerai pas les oreilles. Je suis tolérant devant vos injures ; ne vous targuez donc pas de ce que vous et les vôtres n'allez pas provor quer les romanciers qui vous mettent en scène. Il
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y a longtemps que les libres penseurs vous donnent l'exemple de la modération.
Vous dites enfin, monsieur, que je ne suis point un abbé, mais bien un membre de la Société des gens de lettres.
Je pourrais être l'un et Tautre. Mais j'affirme que je n'ai point Thonneur de faire partie de la* Société des gens de lettres, et que je n'ai point usurpé un titre en prenant celui d'abbé.
Au reste, monsieur, vous les connaissez bien peu ces hommes du monde lettré, en supposant que, pour être lus, ils vont s'affubler du bonnet sacerdotal. M, Louis Ulbach a relancé vigoureusement les vôtres, quand ils lui ont prêté ce déguisement. Outre que c'eût été une mauvaise action, un homme de sa valeur n'a pas besoin d'avoir recoiirs à ces misérables subterfuges. V Homme noir luimême a-t-il paru avec le titre d'abbé ? Le griffonneur de ces très-mauvaises pages n'a-t-il pas voulu y attacher son nom ?
Hé ! monsieur, si cela n'engageait pas sa conscience, un abbé, pour être lu, renoncerait à son titre, et prendrait celui de membre de la Société des gens de lettres ! *
En me supposant un membre de la Société des gens de lettres, déguisé en abbé pour un motif de spéculation, vous vous êtes trompé lourdement. Ce titre d'abbé a été si peu la cause du succès de
mes livres, qu'il vous est facile de faire une expérience personnelle. Vous êtes bien convaincu de votre valeur d'écrivain ; eh bien ! publiez, n'importe chez quel éditei/r, un roman, frère de votre Honnête Femme, et, comme le premier, fortement épicé de gaillardises ; gardez, conune je l'ai fait, un anonyme absolu; signez seulement : Par l'abbé *** ; et je vous fais la gageure qu'il ne s'en vendra pas cinq cents exemplaires.
Comprenez-vous la force de l'argument ?
Mais mon nom, monsieur Veuillot, eût donné à mes romans un retentissement plus grand encore. Et s'ils ont été accueillis du public, c'est qu'ils frappaient juste. Le monde de notre époque, inquiet des extravagances de l'idée théocratique, menacé de ses envahissements souterrains, de ses provocations de toutes les heures, a vu, dans mes livres, la grande Secte démasquée, flagellée, et cela par une main courageuse appartenant au sacerdoce lui-même. Le monde s'est trouvé fort de ces révélations venant d'un honune qui n'était pas un ennemi, mais un hardi réformateur. Voilà mon histoire, et voilà ce que vous n'osez avouer.
Votre article, contre moi, dans la suite dé vos Libres Penseurs, vous fera, comme écrivain et comme chef de la Secte, un tort immense ; et voici
comment.
Vous êtes là écrivain médiocre, vieux lion aux
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ongles usés, vous répétant d'une manière misérable, et épuisant ce vocabulaire de mots mal odorants dont vous avez toujours assaisonné vos écrits. Je vous ai porté malheur : vous faites une pauvre rentrée dans la publicité littéraire.
De plus on voit, à toutes les lignes, que vous n'êtes pas sincère, que vous écrivez pour les besoins de la Secte, que vous ne croyez pas un mot de ce que vous écrivez, que vous savez pertinemment que Qiose, — c'est votre style, — est bien une personnalité de TÉglise, assez habile de la plume pour que vous ne le confondiez pas avec le premier Chose venu qui vend sa conscience à un éditeur, en échange de quelques misérables billets de banque. Vous savez comme moi-même que je n'ai pas vendu ma conscience, que j'écris de conviction, de foi, de sentiment intime et douloureux des plaies de l'Église, à laquellevotre fougueux appui a été si fatal. Vous savez cela, parce que cela s'échappe de toutes les pages de mes livres, parce qu'il n'y a pas eu un seul de tant de milliers de lecteurs de ces livres, qui ne se soit dit, s'il a été de bonne foi : Voilà un écrivain profondément convaincu.
Dès lors votre attaque violente dans le fond, grossière dans les termes, uniquement piquante d'intention, n'est plus, pour le monde qui possède un grand sentiment de justice, qu'une réplique
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officielle d'un chef départi qui se trouve battu.
Oui , monsieur Veuillot , mes livres, •sons la forme légère de roman, ont fait un mal horrible à votre Secte; ils l'ont montrée à nu; ils l'ont fait voir haineuse, mesquine, personnelle, jouant un rôle, dépourvue absolument de grandeur, de plan dans l'avenir, attachée à la lettre pharisaïque, feisant mille fois plus de mal à l'Église et à la papauté, par ses procédés incroyables de polémique, que ne lui en firent jamais ses adversaires les plus acharnés. Ceci est senti, démontré, mis en scène, à toutes les pages des fameux romans / La déconsidération est tellement attachée maintenant à cette Secte, que^ nul de ses chefs les plus avoués, vous le premier, n'avez osé vous mêler aux séances de l'assemblée de Malines, où vous saviez à l'avance que vos doctrines n'auraient pas la majorité, où il aurait fallu vous effacer devant ces hommes qui sq sont décidés à rompre avec vous, tant vous meniez rapidement le catholicisme à sa ruine.
Je m'explique donc très-bien que vous ayez contre le Maudit et contre la Beligieuse une haine implacable. Ces livres-là vous tuent.
Mais ils ne tuent que votre école, entendez-le bien. Us ne feront jamais d'iacroyants. Nul après les avoir lus ne sentira la foi affaiblie dans son cœur ; mais il comprendra peift-ètre mieux comment on adore le Père en esprit et en vmlé. Ce
ne sont pas les livres comme les miens qui ont produit les Solidaires; ce sont ceux de la Secte dont vous êtes Tâme. Vous avez fait tant de bruit, tant débité d'extravagances, au nom de l'Église, que ces hommes ont cru que vous étiez TÉglise, que vous aviez le droit de parler en son nom ; et ils se sont éloignés d'elle avec horreur. Je le comprends. Mes livres serviront peut-être à dissiper leurs illusions ; et seuls vous serez responsables de leur erreur.
Que direz-vous maintenant du Jésuite? Qu'il
est aussi de quelque membre de la Société des
^ens de lettres ? que je diffame d'honnêtes gens ?
Vous direz cela ; mais il sera prouvé que je rends toute justice aux vertus privées des membres de la Compagnie de Jésus, que j'attaque seulement son plan dangereux d'influence sur le monde, la voie fatale où elle s'est engagée, en se plaçant dans un antagonisme violent avec toutes les aspirations de la société moderne. Gomme j'ai signalé la Secte coupable qui a perdu le catholicisme, j'ai signalé l'Ordre religieux qui veut reconstituer son ancienne puissance, en reprenant la société par la base, et en voulant qu'elle revienne aux errements de l'ancien régime, pour que lui-même dirige, de nouveau, les royautés et les aristocraties.
Voilà ce livre. H y a là discussion honnête, démonstration ^par les procédés que peut avouer
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un écrivam qui se respecte. Libre à vous de faire encore de ce frère du Maudit et de la Religieme un livre infâme. Vous serez dans votre rôle : moi je serai dans la logique et dans la raison.
Terminons cette lettre , monsieur Veuillot* Je ne vous soumettrai plus qu'une considéralion. ,
Comment se fait-il que , — à part les injures adressées à mon éditeur sur l'envoi des prospectus qui annonçaient le Mavulil et la Religieusej — j'aie reçu des contrées les plus éloignées, d'hommes et de femmes pour lesquels je suis complètement un inconnu, des lettre où l'on rend toute justice à la pensée qui a dicté mes livres, au courage que j'ai eu d'attaquer la Secte, au service immense que par là j'ai rendu à l'Église? Comment se fait-il qu'il y ait des prêtres, des membres même de» ordres religieux, assez sévèrement traités dans mes livres, qui aient voulu s'unir à ce concert d'éloges?
Qui a obligé ces esprits cultivés, occupés des hautes questions sociales et religieuses, leurs lettres le prouvent, à venir m'offrir un hommage qui ne peut être suspect, s'ils n'eussent pas eu la convicticwi de l honorabilité de l'écrivain et de l'immense portée de l'oeuvre ?
J'ai à me prononcer entre leur jugement et le vètre. Vous êtes l'homme dont les idée» sont le plus attaquées dans ces livres. Ëui sont de simples
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spectateurs des luttes du siècle. Naturellement vous êtes» pour moi, partial, extrêmement partial, comme le sont tous nos ennemis. Mes lecteurs, au contraire, par là même qu'il leur est impossible de me connaître, sont à mes yeux dans les conditions de l'impartialité la plus absdue.
Pouvez-vous me blâmer d'accepter leur juge* ment sur mes livres, de préférence au vôtre ?
Je pourrais joindre à ma lettre quelques-uns de ces jugements portés sur mes deux premiers livres; et vous me diriez si j'ai dû soupçonner d'une complaisance coupable des lecteurs qui, n'ayant rien à màoLager avec moi, ne me devaient que la vérité. '
Je désire même, dans Timpossibilité où je suis de répondre au grand nombre de lettres de ce * genre qui mie sont adressées^ profiter de cet écrit pour remercier publiquement le monde intelligent de ses chaudes sympathies.
Adieu, monsieur VeuiUot^ nous sommes aux deux pôles de l'idée religieiise.« Vous la voulez avec tout le despotisme, avec c^i qui écrasera le plus rame humaine ; je la veux avec toute la liberté, avec celle qui lui donnera des ailes d*or pour s'élever jusqu'à Dieu. Je ne vous convertirai point à la liberté ; vous ne me ferez point descendre à aimer le despotisme, dont j'ai, avec tous les fiers esprits de mon iHècle, une invinciUe horreur.
Reste de se dire, vis-à-vis de vos funestes doctrines, un loyal et franc ennemi; vis-à-vis de votre personne, un serviteur respectueux.
Ce que j'ai l'honneur d'être.
L'abbé