PHILOSOPHIE ET SCIENCES
Hn rentrant en France je devais, d'après les ordres du Provincial de Naples, m'arrêter deux jours à Marseille et remettre moi-même au vieux marquis de Flaviac une lettre du médecin de sa belle-fille. Celte lettre contenait tous les détails de l'accident dont les suites pouvaient être si fatales pour la signera et pour Tenfant qu'elle portait dans son sein. Le médecin espérait cependant prévenir un événement fâcheux et l'illustrissime famille des- Flaviac ne serait pas déçue de ses plus chères espérances. Il se recommandait pour cela, comme devait le faire le pieux Esculape des Jésuites, à la sainte A^ierge et à saint Janvier, pour mener à bien une si belle entreprise.
Je n'eus rien à ajouter aux mensonges contenus dans cette lettre. Le vieux marquis n*eut pas la
pensée de demander ^es détails à ce petit Jésuite qu'il voyait pour la première fois, et qui lui paraissait être encore un enfant, II fut pour moi trèsaffectueux. Ma qualité de membre de la Compagnie de Jésus suffisait seule pour capter sa bienveillance. Jamais laïque n'a poussé aussi loin que lui le dévouement à l'Ordre. Après nous, ce qu'il aimait le plus au monde, c'était sa belle-fille. Aussi son inquiétude était extrême. Le vieillard rêvait depuis quelque mois de se voir revivre dans un petit-fils; si ce rêve ne se réalisait pas! Il me demanda de prier beaucoup pour sa chère Alphonsine, et pour cet enfant qui rCélaitpas encore.
Six semaines après mon arrivée à F***, je reçus une lettre de ma mère. Elle m'annonçait officiellement que la comtesse de Flaviac était accouchée d'une fille, à laquelle on avait donné le nom de Marguerite. On l'avait mise en nourrice, ajoutait ma mère, aux environs de Pouzzoles : la nourrice s'appelait Francesca. C'était la femme d'un pêcheur nommé Giuseppe.
Je sus gré à ma mère de me faire ainsi connaître que ma chère petite Marguerite était toujours avec cette excellente Francesca. J'aurais vu avec peine qu'on l'eût confiée à une autre nourrice. Et puis je connaissais la maison du pêcheur. J'en vivais fait de mémoire un petit dessin. 4e m'y transportais par la pensée : je voyais
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le berceau où ma chère enfant dormait ; et tous les souvenirs qui se rattachaient à elle avaient pour moi un charme inexplicable ; car je ne pouvais ^ me rendre compte à moi-même de ee que j'éprouvais; et je me demandais comment il se faisait que mon cœur, mon âme, ma vie tout entière fussent liés par des liens, que je sentais aussi forts que ceux que la nature aurait pu former, à cette frêle créature que j'avais tenue à peine quelques heures dans mes bras.
Ma mère ajoutait qu'elle reviendrait en France avec la comtesse de Flaviac à la fin de septembre, et qu'un an après. Félicité Morbini se chargerait de ramener à Paris la fille de la comtesse.
J'étais arrivé à F*** à la fin de la première quinzaine de mai. Je subis un examen sur les études que j'avais faites seul, à Pouzzoles, d'après le plan qui m'avait été indiqué, et il fut décidé que je reprendrais Ifes cours de ma deuxième année, au point où en étaient mes condisciples, et comme si je ne les eusse pas interrompus.
La philosophie de l'Ordre, c'est encore cette pauvre scolastique enseignée sur les bancs. Rien de plus. Je sais tout ce que donne de souplesse à la langue du raisonnement, l'habitude de l'argumentation syllogistique ; mais quand on a passé son temps à s'escrimer latine el m /brmd,^^ part cette petite facilité à tourner u» argument, res-*
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prit ^i s'est aoMisé à ce jeu, que les uttivœsîlés de rEurope oat proscrit eotmne puéril, ilemeure avee «il vide fiTrayant .
Si rOrdre craint de fornoer des penseurs, il fait bien de con^erwf , tant qu'il aura de vie, cette ' vieille méthode : c'est bien la mort de la raison ; la philosophie scolastique en est le suaire^ Je penche fort à croire que c'est par système que TOrdre conserve cette forme sorannée <f études. La méthode rationnelle mène si loin ! Elle ouvre tant d'horizons!
Elle place l'esprit sur le t>ord de tant d'àl înies , qu'un excès de prudence a pu conseiller ce suicide philosophique au sein de Tilhislrc Société.
Les rares écrivains en matière de philosophie qu'elle possède, comme les Pères Chastel et Ramière, ne se sont pas formés,, que je pense, sur ses bancs; et d'ailleurs ils n'ont abordé aucune des grandes questions que soulève celte magnifique science.
Il en est à peu près de même des études physiques et mathématiques.
Nous avons eu , au dix-huitième siède, des physi* ciens et des astronomes. Depuis sa résurrection, l'Ordre s'est misa la vie militante; et ce n'est que pour mémoire qu'il faut maintenant parier de scieiy^es exactes chez les Jésuites* Leshonimesqm ont pu s'y livrer sortaient du monde. Un Arago en*