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blemant je souffrirai encore beaucoup, lorsque ces franches et humbles pages auront vu le jour, de rinjustice de ceux qui m'ont repoussé, de leur» violences et de leurs rancunes ; je dois m'altendre d'eux à la persécution sans relâche, à la vengeance sans pitié. Ils seront dans leur rôle; le mien sera de leur pardonner et de les plaindre.
J'ai pu craindre un moment que les dernières impressions que mon àme a ressenties lorsque j'ai quitté la Société, que les souvenirs trop amers de cette lutte suprême où je me suis perdu en cherchant à les sauver, déteindraient trop vivement sur mon récit. Cette pensée m'a quelque temps retenu. J'étais sûr de l'impartialité de mon cœur, je n'étais pas sûr du calme de mon imagination et de la placidité de mon style. Heureusement j'ai conservé, avec une fidélité scrupuleuse, une foule de notes écrites au hasard sur mes calepins, sur des feuilles volantes, aux marges mêmes de mes livres favoris. J'ai, de plus, des lettres précieuses, des extraits que j'avais faits des archives de l'Ordre, quand j'étais au Gesu. Tous ces documents sont de dates où je ne pouvais pas penser . que j*eusse jamais à m'en servir. Ils me garantissent à moi-même, je dois dire contre moi-même, une impartialité sans laquelle ces Mémoires auraient pu devenir un réquisitoire ou un misérable pamphlet.
Qijtôlque chaleureuse que je sente la pensée en moi^ je n'en ai pas moins rhorreur de ees exagérations de style, qui, en résunobé, aboutissent à la calomnie. £t, quoique. Dieu m'en garde l je n'aie pas à déverser de. calomnies sur aucune des indir vidualités de ce grand corps, être injuste envers lui me répugiierait souveoraînement : j'ai asseE contre lui de la vérité.
Puis je ne dois pas oublier que, si la couronne de la royauté que confère l'Ordre est tombée de ma tête, j'ai gardé la couronne plus modeste de mon sacerdoce. Je ne suis plus parmi les puissants de l'Église^ je n'appartiens pMs à la brillante avantgarde du catholicisme. Avec les humbles et les petits, qui luttent dans le siècle et y portent, selon le vieux mot, le poids de la chaleur et du jour, je me sens à Taise. Le Ge$ù n'a retenu de moi que mes regrets et mes souvenirs ; et je donne un démenti à ceux qui disent que le prêtre est moins prêtre quand il n'est pas Jésuite-
Je me console, avec mes nouveaux frères, dans la sohtude et dans l'oubli. J'écris ces pages, parce qu'elles doivent être de l'histoire, et que nul autre membre de l'Ordre ne serait amené à les écrire. C'est une dette dont je m'acquitte envers mon siècle. Je me sentirais coupable de mon silence, comme je me sens fier d'une bonne action.
De grands problèmes rehgieux et soci8«ix s'agi-
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tent à notre époque. Il est impossible de méconnaître que la Compagnie de Jésus, relativement petite par le nombre de ses membres, considérable par l'énergie fiévreuse qu'elle développe, ne soit, au milieu du dix-neuvième siècle, un ferment de mal ou un secours puissant dans le mouvement qui emporte la société moderne.
Avoir jeté quelques clartés sur les tendances de la Société de Jésus, sur son organisation, sur le mobile dont elle se sert pour imprimer, à toute heure, l'activité au sein de ses membres; avoir dévoilé ce que l'on appelle vulgairement le mot d'ordre, ce qui n'est pas, comme on le pense, un secret pareil à celui des sociétés secrètes, mais un principe de tactique tel que pouvaient le concevoir, dans l'art de la guerre, tm Fabius ou un Napoléon ; avoir montré l'abîme où marche rapidement cette association d'hommes ardents qui se sont promis, pour la plus grande gloire de Dieu, l'empire du monde, ce sera avoir produit une œuvre sérieuse, avoir résolu ce qui est presque encore un problème pour beaucoup d'hommes de mon siècle.
Les Sainte-Maure sont originaires du Poitou et l'une des plus anciennes familles de chevalerie de cette province. Je n'ai pas aujourd'hui de bien grandes prétentions nobiliaires, quoique, chez les Jésuites, on prisât fort les parchemins de ma famille, et que je fusse compté parmi les grands noms de la Compagnie, avec les Damas, les Ravignan, etc., etc., et quelques autres pères à particule. Étant plus jeune, cette pensée que j'étais un vicomte, que M. l'aîné, mon frère, était comte, que j'étais le fils du marquis de Sainte-Maure, grand'croix de l'ordre de Saint-Louis, chambellan de S. M. Louis XVIII, cette pensée chatouillait ma vanité, et Ton me croira quand je dirai que ce ne fut pas le plus petit de mes sacrifices, le jour où je
me déterminai à quitter le monde pour entrer au noviciat des Jésuites*
Mon père était assez jeune au moment de l'émigration; il suivit les Bourbons. Le comte de Provence, frère du roi, qui depuis fut Louis XVIII, se rattacha et en fit presque un ami.
Le marquis de Sainte-Maure, ainsi que le prince son patron, s'éprit chaudement, en Angleterre, des prihcipes politiques de ce pays; et, quand la Restauration eut lieu, mon père entra dans cette phalange de royalistes libéraux qui comptait , ehti'e autres notabilités, Chateaubriand, Hyde de Neuville, Martignac, Royer-Collard. Ceci, je le sais, faisait le désespoir de ma pauvre mère. Un père Jésuite, pendant l'émigration, l'avait dirigée, lui avait fait faire sa première communion et l'avait mariée. Quoiqu'elle ne manquât pas d'inteUigmce, il s'était tellement emparé de son esprit qu'elle ne petfeait, n'agissait que par lui. Je l'ai vu encore dans mon enfance. C'était un vieillard grave et doux, d'une haute taille, ne paraissant chez ma mère que mystérieusement, et se relevant à mes yeux de tout le prestige que donne l'inconnu et de tout Tintérêt qui s'attache aux hommes qui ont souffert la proscription. Ce vieillard, que ma mère entourait de tant de vénération, auquel mon père, quand par hasard il le rencontrait chez ma mère, rendait cette politesse
exquise» mais froide» qui dissimule mal une auti* pathie secrète, était le véritable maître dans Thôtel Sainte-Maure.
L'enfance vit tellement d'impresâons, que longtemps cet homme fut un problème pour moi. Je sentais que mon père Taimait peu,, quoique Jamais rien ne trahit sur ce point sa pensée intime ; et pour cela, par un instinct seoret, quelque chose me repoussait du Jésuite. Mais ma mère lui portait un si profond respect, en parlait devant moi comme d'une nature si grande, d'une sainteté si parfaite, que mes répugnances disparurent, que je ne vis plus de lui que Tautéole placée sur son front par la piété confiante et enthousiaste de ma mère. « Qu'il est beau, ce saint homme ! » disaitelle quelquefois. En effet, ce vieillard était beau. Il vint un moment où ce ne fut plus un homme à mes yeui^ où, sous cette enveloppe matérielle, dans ce grand corps déjà hnlSk par l'âge et par les chagrins d*un long exil, je ne vis plus qu'un ange de Dieu, un prêtre plus prêtre que fes autres, un prince du sacerdoce qm dédaignait le bâton pastoral et le diadème d'w ées évéques. Je crois qu'un sentiment bien vrai, bien sincère, m'attira à la vie du prêtre. Ce que nous appelons une voeati(»i m'a toujours para, diez moi, avoir été k fait d'une attraction vive et intime; OÊspeûàmU aujourd'hui même, je n'oserais pas af&nner que la ppésence
de ce vieillard, que l'on faisait entrer presque mystérieusement chez ma mère, qui me posait une longue main, aux doigts déchaméa, sur le front pour me bénir, et qui me disait : « Mon enfant, il faut aimer Dieu ! » d'une voii que je n'ai connue à nui homme sur la terre, n'ait pas été pour quelque chose dans l'attrait qui me porta au sacerdoce, au grand bonlfôur de ma mère, mais qui me jeta dans un noviciat de Jésuites, à son grand déplaisir.
Ceci sera expliqué plus tard.
Ma première enfance se passa en Angleterre ; et je n'ai gardé aucun souvenir des qiMitre années de ma vie qui précédèrent notre rentrée en France avec les Bourbons. L'anglais était ma langue maternelle autant que le français, et je conservai, plus longtemps que mon frère, un fort accent dont je ne me débarrassai qu'avec beaucoup de peine. Je me souviens qu'à l'hôtel Sainte-Maure, dans la rue de Varennes, en plein faubourg Saint-Germain, mes petits amis, quand nous nous rencontrions soit chez leurs mères, soit cheis la mienne, m'appelaient Inglishf sobriquet qui me resta et que mon frère aîné m'adressait, comn^e une injure, quand nous avions l'un avec Tautre quelques-unes de nos querelles d'enfant.
Le moment vint où il fallut nous donner un précepteur. Nous n'étions que demi frères dans la fa-
miUe, et n^^us n'avions pas de sœurs. Je me souviens qu'il y eut uqe longue lutte entre mon père et ma mère, pour le choix de ce maître.
Mon père était un homme de son temps. Son passage dans Vexil lui avait immen^ment profité ; il y avait, lui, appris quelque chose. Comme il était impétueux, ennemi de toute résistance, la lutte avec ma naère fut terrible. Ils eurent beau nous éloigner, mon frère et moi, pour que ces scènes d'intérieur ne nous eussent pas pour témoins, nous sûmes tout, et ma bonne anglaise, qui, .je ne sais pourquoi^ n'était pas sympathique au révérend Père, me raconta que M. le marquis voulait nous donner un professeur laïque, un homme qui avait fait ses preuves dans l'Université, maître très-distingué, pour lequel il était prêt à faire de grands sacrifices pécuniaires, afin de se l'attacher jusqu'à ce que mon frère et moi fussions de jeunes hommes. Il avait apporté d'Angleterre âon plan tout fait. A rencontre- de nos gentilshommes français^ bons et braves, mais inomensément retardés dans une inslruction sérieuse, il avait vu de jeunes lords, après de longues études et de nombreux voyage^, entrer dans la carrière de la vie publique avec une maturité de raison qui le disputait à .celle des vieillards. Ceci l'avait séduit, et il s'était promis de donner une éducation de ce genre, très-étendue, très-sévère, à ses fils, afin de les rendre aptes un
jour aux brillantes carrières que leur ouvrait la monarchie restaurée.
Je trouve parmi les papiers de ma famille, dont je reste Tunique rejeton, écrit de la main de mon père, ce plan d'éducation, daté de Londres l'année même où nous partîmes pour la France. Pauvre père, il rêvait de faire de mon frère aîné un diplomate, et de moi un général !
Ma mère n'avait regardé l'Angleterre, où elle s'était mariée, que comme un pays d'exil. Les institutions de ce pays, sauf celles qui consacrent le droit d'aînesse, les coutumes libres des Anglais lui semblaient des hérésies politiques, et la rehgion anglicane une rehgion de réprouvés. Le révérend Père l'avait entretenue dans ces répulsions. C'était un homme tout d'une pièce, qui en était à la politique du père Letellier et qui, en rehgion, eût fait brûler avec bonheur tous les Jansénistes. Toute idée de liberté signifiait, pour lui, révolution, bouleversement des trônes, anarchie, échafaud; les droits de l'homme étaient une création de l'enfer, et cette pauvre charte, donnée par Louis XVIII, une concession dangereuse à l'esprit philosophique du siècle, qui,' tôt ou tard, causerait la ruine des descendants de saint Louis. Ma mère n'avait pas d'autres idées que celles de son saint directeur; et Dieu sait les jolies choses que j'ai entendues, pendant ma jeunesse, sur ces libéraux qui allaient
f G6 LE JÉSUITE
perdre la monarchie ! On comprend quel singulier I ménage politique était le nôtre. Mon père avait des
moments terribles. Je Tentendais crier à ma mère : — Mais vous êtes folle ! mais vous ferez de vos enfents des idiots ! — Je veux en faire de bons catholiques et de bons royalistes, — était la réponse de cette chère mère, aus^i maîtresse d'elle-même que mon père était emporté.
La bataille dura longtemps. Quelquefois mon père croyait avoir gagné du terrain, et tout à coup rinflexible femme lui jetait ce mot terrible: — Que m'importe votre science moderne? Je veux sauver mes enfants. — Tantôt on disait, dans la maison, que M. le professeur universitaire allait venir ; et ces jours-là, où ma mère gardait ses appartements et ne paraissait pas à table, étaient des jours de tristesse. Nous disions, mon frère et moi : — Papa est méchant ; — nous lui faisions de petits yeux farouches qui lui disaient qu'il était seul de son parti. Tantôt la mère paraissait triompher, et nous entendions dire aux gens de notre service, que ce serait un abbé, comme on disait alors, bien honnête et bien bon, qui serait notre précepteur et ne nous donnerait pas trop de travail. Les gens trouvaient que, quand on était riche, comte et vicomte, on n'avait pas besoin de tant de science. Nous étions fortement de l'avis de nos gens.
Tout cela était propos en l'air, et le maître de la
maiâon, sans lequel décemment le bon et honnête abbé, quel qu'il fût, ne pouvait s'installer dans l'hôtel, joignait l'inflexibilité à l'emportement. Ma mère résolut de faire un coup d'État.
Je demande pardon à mon lecteur, au début dece livre, de lui raconter ces détails d'intérieur. C'est qu'ils tiennent à toute ma vie. Mon avenir se jouait entre ces deux inconnus, le précepteur universitaire, l'abbé tenu en réserve par le révérend Père.
Il y eut beaucoup d'allées et de venues dans la maison. Le révérend Père entra et sortit plusieurs fois, mystérieusement, du cabinet où se renferma ma mère pour écrire. Je sus qu'une lettre avait été envoyée par ma mère à M. le marquis, pour lui signifier l'ultimatum maternel. J'ai retrouvé cette lettre dans nos papiers de famille ; elle décida de mon avenir. Je soupçonne fort le révérend Père de n'avoir pas été étranger à sa rédaction. Je la transcris, comme on écrit une date terrible dans la vie, parce qu'elle brisa, du moins pour moi, les résistances de mon père.
c< Monsieur,
« Il faut en finir! La lutte dure depuis trop longtemps. Nos enfants nous jugeraient, et perdraient peut-être l'aflection qu'ils nous doivent, et à coup
sûr le respect. Je ne consentirai jamais à recevoir ici un maître laïque pour nos enfants. le vous Tai dit, je tiens à leur âme plus qu'à toutes les sciences du monde que ce laïque pourrait leur enseigner. Il faut qu'ils aient, avant tout, la science de Dieu. Le prêtre seul enseigne cette science. Je vois, autour de moi, trop d'exemples de cette mauvaise éducation donnée par vos hommes de l'Université, tous imbus des doctrines philosophiques et révolutionnaires, pour jamais leur confier mes enfants. Vous êtes aveugle, monsieur, profondément aveugle! Vous ne les connaissez donc pas ces hommes? Vos Cousin, vos Jouffroy, vos Villemain ne sont que des maîtres d'incrédulité. M. Cousin enseignant que la raison est le Dieu du genre humain; M. Jouffroy, que Jupiter et Jésus sont deux faces de la vérité également adorables y mais qui ont fait leur temps ; M. Villemain, que la divinité de Jésus-- Christ est un dogme obscur ^ une subtilité scolas tique , sont-ce là les maîtres de religion que vous donnez à vos enfants? Et leurs disciples de bas étage auront-ils plus de respect de notre sainte foi ? Rapportez -vous-en au cœur d'une mère! Pour moi j'aimerais mieux voir tomber morts à mes pieds mes deux enfants adorés, que de les savoir entre les mains des impies et des philosophes.
« Le révérend Père Romanet a eu la bonté de nous choisir un ecclésiastique pieux et recomman-
dable, dont il se fait garant. Ce monisieur se présentera chez vous demain, à midi, avec une lettre du révérend Père. Je vous déclare que, s'il éprouve un refus de votre part, ma résolution est arrêtée. Je n'ai pas le droit, je le sais, de prendre mes enfants parla main et de les arracher au poison de Terreur, mais ma conscience me commande de ne pas être complice de cet empoisonnement moral. Je sortirai à l'instant de votre maison, et je me retirerai dans quelque solitude pieuse, pour déplorer votre aveuglement et la perte de mes chères petites créatures que j'avais consacrées à Dieu. Pourm'arracher de ma retraite, il vous faudrait faire un scandale devant lequel vous reculeriez, je le sais. J'ai bien réfléchi : vous devez me connaître assez pour savoir que je vous tiendrai parole.
« Eléonore. »
Je ne connus pas tous les détails ; mais Teffet de cette lettre fut terrible sur mon père. Il resta toute la journée soucieux et sombre : il fit dire à'mamère qu'il ne sortirait pas de ses appartements, et qu'il ne descendrait pas au dîner. Ma mère était dans une agitation qu'elle cherchait vainement à déguiser.
Le lendemain elle reçut un billet que je reproduis également.
c( Eléonore, votre tendresse de mère vous égare. J'ai autant d'horreur que vous des impies; mais je n'admettrai jamais qu'un professeur laïque soit nécessairement un athée ou un déiste. Vous m'avez envoyé votre ultimatum ; voici le mien. Je destine mon lîls aîné à la carrière diplomatique; je veux qu'il reçoive une éducation qui prépare son avenir. Je sais que vous rêvez, pour l'autre, les honneurs de répiscopat. Si la vocation de cet enfant se développe dans ce sens, je le verrai sans peine. Je vous propose de nous en tenir à une espèce de jugement de Salomon. Confiez aux révérends Pères le plus jeune de nos enfants; je mettrai l'alné dans un de nos bons collèges de Paris. J'avais voulu faire élever nos enfants sous nos yeux et ne jamais nous en séparer ; votre obstination me prive de de bonheur. Je vous fais une pénible concession; c'est la paix que je vous offre; de grâce ne la refusez pas ! Vous me connaissez aussi.
« Sainte-Maure. »
Huit jours après, je partis pour le collège des Jésuites à Sàint-Acheul. Mou frère aîné fut mis au collège Charlemagne.
Je n'avais pas dix ans quand j'entrai au collège de Saint-Àcheul. Je serai court sur cette période de ma vie, où pourtant se développa en moi la double force de l'intelligence et du corps.
Nos maîtres se faisaient beaucoup aimer de nous» Ils avaient la grande habileté d'obtenir l'obéissance à la règle, sans aucune rigueur apparente. Rien n'était plus rare que les punitions» du moins celles qui sont rudes et humiliantes, telles que le fouet, depuis longtemps banni des collas de l'Université et conservé stupidement dans ceux de l'Ordre^ sans doute pour ne rien changer aux traditions de l'ancien régime.
J'ai depuis jugé plus sévèrement le mobile que les Jésuites mettent en usage pour conduire la jeunesse. 11 eut, je l'avoue, sur moi un grand empire.
Plus tard j'ai coiïîpris que c'était une arme dangereuse et qu'on ne combattait nos passions que par une passion, l'honneur, qui rentre un peu dans la plus terrible de toutes, l'orgueil. Les Pères se rendaient facilement maîtres de moi en me disant : — Un Sainte*Maure ! -^ Ce procédé si simple en apparence, qui a un côté par lequel il est vrai, l'estime que l'homme a de soi-même et des siens, est pourtant d'un immense danger en éducation.
Il y a quelque chose de plus haut que l'honneur, c'est la conscience, quelque chose qui commande plus impérieusement aux passions, le devoir. Le pauvre soldat mis en vedette, en face de l'ennemi, ne reste pas là immobile par respect de ses aïeux. On ne peut pas lui dire : — Vous êtes un Grillon ou un du Guesclin : soyez brave ! — Mais il est là par devoir. C'est par devoir qu'il ne bouge pas devant la mort.
J'ai plus tard combattu, dans les conseils de l'Ordre, cette base si fragile donnée à l'éducation des collèges de la Compagnie. J'ai en vain constaté que, si le procédé est bon pour la discipline exté* rieure, parce qu'on ne veut pas avoir à rougir, devant ses condisciples, d'une action que le gentilhomme ne peut pas se permettre sans manquer au nom qu'il porte, il devient d'une impuissance complète pour former l'homme moral, l'homme qui doit agir par un principe d'infaillible puissance sur
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le cœur humain, avec lequel la conscience n'ait à transiger jamais. Et il n'y en a pas d'autre que le devoir.
Gomment les Jésuites, auxquels on a prêté autrefois une grande connaissance du cœur humain, ont-ils été amenés à méconngdtre ainsi la notion du devoir, comme oase sérieuse du système de l'éducation, et à le remplacer par cette frivole vanité : — Vous êtes né, vous êtes d'une famille noble, ne faites rien d'indigne de votre nom? — Comment n'ont-ils pas compris que cette première gloriole, dont les vapeurs enivrent, durant quelques années, le cerveau de l'adolescent, n'est bientôt plus rien pour l'hommejetédanslemonde, placé en face de difficultés sérieuses, entre son plaisir et sa conscience, et n'a plus de puissance sur l'âme, pour la retenir dans la voie sévère de la vertu?
Je ne me le suis expliqué que par l'habitude funeste de la Compagnie d'être, en morale, d'une indulgence extrême, pourvu que le devoir extérieur fût accompli. Si ce n'est pas là ce qui constitue tout le jésuitisme, c'est-à-dire la nature même de l'esprit de la Compagnie, que je définirai plus complètement ailleurs, c'est un des côtés les plus dangereux et les plus coupables de cet esprit.
Il y a eu, dans l'Ordre, des hommes qui ont par-^ faitement compris l'extrême faiblesse du cœur humain, l'entraînement terrible de ses passions.
Quand ils ont prêché la casuistique indulgente, ils pouvaient dépasser les bornes, mais ils étaient plus dans le vrai que les rigoristes, auxquels n'appartiendra jamais la direction générale des masses que repousse une sévérité implacable. Ce qui était vrai dans le système médicinal de Tâme, quand il faut prendre le faible, le soutenir dans ses chutes, le mener peu à peu à la virilité morale, cesse de Fêtre quand il s'agit de direction intellectuelle et d'éducation. Ce compromis fatal entre les représentants de 1^ morale religieuse et la conscience, par lequel il est dit tacitement : Nous aimerions mieux que le fond de votre cœur fût pur; mais pourvu que vos actes extérieurs ne soient pas répréhensibles, nous sommes indulgents pour tout le reste ; un tel compromis est immoral au plus haut degré, et amènerait, avant peu, une décadence universelle, si ceux qui l'ont inventé devenaient les seuls guides religieux de l'humanité.
Je juge donc aujourd'hui, avec une légitimé sévérité, le système de direction adopté parles Jésuites ; et, quoi qu^il m'en coûte de dire le mot, ce système, dans ma pensée, ne peut conduire qu'à favoriser le plus odieux des vices, l'hypocrisie.
Du reste les faits ont parié ; et lorsque les collèges des Jésuites furent supprimés en France, il y eut un étonnement profond dans les autres étabKssements ecclésiastiques, dépendant des évêques, qui
recueillirent les élèves que les parents ne voulaient pas faire partir pour l'étranger, à la vue de 1 immoralité presque générale dont ces jeunes gens donnèrent l'exemple au milieu de leurs nouveaux comparons. Les élèves de Saint-Âcheul se disséminèrent dans les maisons ecclésiastiques du dio^ cèse d'Amiens et des diocèses voisins. Ceux de Montmorillon, en Poitou, allèrent au petit sémi* naire de S*.., qui avait une certaine céldarité. Un document, que j'ai trouvé dans les archives de l'Ordre, jette pour moi un jour complet sur cette question. C'est une lettre de M.***, supérieur de S... au Père ***, anciai recteur de Montmorillon.
« Je suis bien en retard avec vous, mon bon Père; mais vous n'ignorez pas combien mes occupations sont absorbantes. Je me reprocherais cependant de remettre plus longtemps ma réponse.
« Je voudrais vous donner sur MM. *** et ***, vos anciens élèves, des renseignements qui vous fussent agréables, ainsi qu'à leurs familles. Malheureusement ils me donnent peu de satisfaction. Je vous parlerai ici en toute confidence, mon cher Père, et comme en présence de Dieu. Sur près de quatre-vingts jeunes gens, qui nous viennent de Montmorillon, il y en a très-peu dont nous n'ayons pas à surveiller rigoureusement les mœurs. Comment cela se fait-il? Avez-vous emmené au Pas-
sage et à Fribourg vos élèves les plus sages pour nous laisser la portion la plus tarée de vos collèges? Je n'ose pas le penser. Dans les premier» temps, j'ai cru à une énorme exagération de la part des professeurs de l'établissement ; je les ai accusés de préventions contre votre Ordre, pour lequel j'ai toujours professé une si haute estime ; il a fallu me rendre à l'évidence. J'ai voulu voir par moi-même, et j'ai été convaincu. Je ne vous le tairai donc pas, mon digne Père, fat, été cntel-^ lement trompé. Nous serons obligés d'en v^nir à des exclusions, MM. *** et *** seront, je le crains, de ceux que nous devrons sacrifier. O mon Père, quelle douleur! Une maison où les mœurs étaient si innocentes, presque gâtée maintenant !
a Je le comprends, le siècle est bien mauvais ! Et, recrutant' vos élèves dans les maisons où le luxe de l'époque a introduit tant de relâchement, vous avez dû trouver, pour vos collèges, bien des élémep'ts vicieux. Jusqu'à ce moment, S*** prenait ses élèves dans les familles honorables et modestes dut pays. Nous avions des enfants dont les parents s'étaient spécialement occupés et par conséquent purs. Ceux de Montraorillon sont venus, et c'est maintenant un esprit nouveau introduit parmi nos élèves. Chasses, chevaux, plaisirs bruyants, sans parler de choses moins honnêtes, sont devenus la
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matière des conversations. La poliliquey que nous avions à peu près bannie du petit sémiiiaire^ nous a envahis. Quoique nous n'ayons que des enfants de familles bien pensantes^ nous avions jugé que des entretiens sur ces matières ne pouvaient que nuire aux études, et nous les avions proscrits. Quel a été notre étonnement, lorsque vos élèves nous ont dit qu'on ne parlait pas d'autre chose à Montmorillon et nous ont pris pour des hiboux et des retardataires !
« Mais je vois que ma lettre est déjà longue et que je puis abuser de vos moments. Gardez bien pour vous, mon bon Père, cette lettre toute confidentielle. Ébruiter le mal ne le guérirait pas. Après les vacances, nous en viendrons probablement à une épuration générale. Silence éternel sur ces tristes détails.
« Votre bien respectueux et bien dévoué en N.-S.,
***, sup'.
« s..., le 13 mars iS29. »
Quelle effrayante révélation! Hélas! moi-même j-avais été témoin de bien des misères à Saint- Acheul !
J'ai su depuis que des établissements, tenus par des prêtres séculiers, que des collèges même de
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l'Université, si suspectés en gà[*éral, étaient presque irréprochables au point de vue des mœurs» Comment nos maisoas <ie Jésuites n'ont-elles jamais pu arriver à cette si importante amélioration? Comment, avec des maîtres si vigilants, avec toute l'influence que donne renseignement rdigieux, n'ont-elles pas extirpé le vice qui est la honte des établissements publics? Je crois en avoir trouvé la raison; le système pèche par la base. La vieille doctrine pharisaïque est remise en honneur. On nettoie le dehors du vase; on laisse au dedans la souillure. On n'imprime pas dans l'âme de la jeunesse la notion austère du devoir, on ne fait pas aimer la vertu pour les joies et le bonheur de la vertu. De là une morale superficielle, et, dans le fond, un complet relâchement.
Depuis la restauration des collèges des Jésuites en France, opérée à la suite de la révolution de 1848, avec l'immense accroissement des sujets qui sont entrés dans l'Ordre et qui ont plus que décuplé les nioyens du professorat, j'avais dû penser que les hontes, dont j'ai été quelquefois témoin, avaient disparu, et que, maintenant, les saintes lois de la pudeur étaient généralement observées dans les collèges de la Société. Malheureusement ramélioration est peu sensible; le système vicieux contre lequel Je viens de ra'élever produit, conôr^ par le passé, des effets déplorables, et réclament, dans
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le collège des Jésuites d'une ville dont je tairai le nom» pourtant une des plus renommées pour Fostentation de ses principes religieux, une classe tout entière a été surprise en flagrant délit de libertinage.
Quand je viens à réfléchir, — maintenant que je ne suis plus dans le tourbillon de travaux et d'affaires, qui emporte la vie au sein de l'Ordre, — à ce singulier mélange de mœurs relâchées et d'habitudes extérieures de piétés dont se compose l'élément général de l'internat de ces collèges, et que je me dis : presque tous ces apprentis libertins scmt des otievaliers do Marie; qu'on sature tout cela d'ej^ercices religieux, exactement comme on le ferait d'un noviciat de bonnes sœurs, je me prends de pitié piour l'Ordre que j'ai tant aimé, en voyant son . impuissance radicale dans la seule œuvre où il avait acquis autrefois une supériorité incontestable*.
L'espioimage a été la conséquence naturelle du système vicieux que j'ai signalé. Là où la conscience n'est pas le gardien incorruptible de la vertu, il faut la police secrète avec ses procédés honteux. Quand je pense qu'on abusait de ma candeur d'enfaut pour faire de moi l'espion de mes camarades, la rongeur me monte au front. Et, sur œs pages, je. confesserais avec moins de peine je ne sais quelle action coupable, excusable dans les
adolescents par remportement de leur âge, que ce rôle abject auquel on me façonna peu à peu> et que Ton me fit regarder comme une œuvre méritoire, une preuve d'attachement donnée aux bons Pères.
C'était là en effet ma seule excuse : je les aimais. Ma mère, qui avait un but dont nous parlerons bientôt, ti^ouvait cela charmant, et n'en rougissait pas pour le nom honorable que je portais. Je dirai cependant qu'il vint une heure, dans ma vie, où il se fit un peu de lumière sur mon intelligence, dans laquelle Dieu avait déposé un ardent amour du bon et du vrai. Je m'arrachai peu à peu aux fonctions de mouchard. On avait de grandes espérances à mon endroit. On n'osa pas insister ; et je repris, comme un ressort comprimé longtemps, la droiture et l'indépendance de mon caractère.
Un autre mauvais côté de l'éducation reçue à Saint-Âcheul était les habitudes de flatterie que nous contractions auprès d'hommes dont nous obtenions presque tout, pour peu que nous fussions habiles adulateurs. On était bientôt fait à ce procédé qui mène droit à l'hypocrisie. Que de bassesses ai-je vues, que de flagorneries misérables, que d'avilissement des caractères! En grandissant, je sentais l'odieux de ces flatteries, auxquelles je voyais nos bons pères se prendre, comme les oiseaux à la glu. Il y avait là pourtant des hommes
de valeur; mais le vice général de FOrdre, l'ostentation, déguisait à chacun d'eux le piège, quelque grossier qu'il fût, où ils se laissaient prendre par des enfants. vanité!
Nous avions dans le collège un mot trivial, mais trop grossier pour être reproduit sur ces pages, par ' lequel les natures demeurées droites flétrissaient les adulateurs. Ce souvenir me relève, à mes yeux, de mon métier d'espion, trop longtemps exercé.
La simplicité avec laquelle j'ai fait l'aveu de cette faiblesse, le regret que j'en éprouve encore me font espérer que mes lecteurs n'en garderont d'autre souvenir que celui de mon malheur d'avoir été formé, enfant, à une telle école, où j'aurais pu descendre plus bas et m'avilir.
Mes études s'achevèrent ainsi.
M. DDPIN A SAINT-ACHEUL
Le supérieur et le fondateur de la maison de Saint-Acheul était le père Loriqu^t. Ce nom a ob^tenu une . espèce de célébrité. On sait qu'il fut chargé par la Compagnie d'écrire un cours d'histoire à Tusage des élèves. Ce cours portait en tête, au lieu du nom de l'écrivain, les majuscules A. M. D. G. — (A la plus grande gloire de Dieu.) L'auteur avait eu le talent de condenser dans un petit nombre de pages un très-grand nombre de faits; c'était là son seul mérite.
Il faut bien dire qu'on a beaucoup exagéré les licences historiques de ces petits livres. On a pré- . tendu que, d'un trait de plume, il avait supprimé l'Empire, et désigné Napoléon I^' sous le nom du marquis de Buonaparte, général en chef des armées de Sa Majesté Louis XYIII. Les Jésuites sont
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trop hsMes pour écrire de semblables sottises. Le père Loriquet a fait mieux que cela : il a conservé les faits, mais en les altérant, en les dénaturant. Napoléon F'' n'était pas nié dans ses Uvres', mais il nous était représenté comme le pins odieux des persécuteurs de l'Église. « Son gouvernement avait « substitué la ruse à la violence, et le système, « on l'avouait, n'était plus d'égorger ou d'écraser « le christianisme , mais de le miner sourdement « et de rétouffer. yy{Cours (F histoire A. M. D. G., Histoire ecdésiaslique, p. 101 .)
Pendant que, dans les collèges de l'Etat, on avait la prudence de ne pas toucher aux questions poli-' tiques, on nous faisait de cela chez les Jésuites un cours complet ; et pas un de nous ne doutait que Vogrede Corse ne fût rentré à Paris en 1815 aux cris de : « Vive l'enfer! »
Au reste, je puis édifier les plus incrédules sur la direction politique donnée à nos études, chez les Jésuites, en citant le passage suivant du Cours dlmtoire :
« Ainsi se termina la journée dite du 18 bru- « maire. Les Parisiens, depuis longtemps accou- <c tumés aux révolutions, restèrent tranquilles <( spectateurs de celle du 18 brumaire. Us avaient « oublié, ce semble, que le chef qu'elle leur donnait « était celui-là même qui avait égorgé leurs frères « dans les rues de la capitale ; du moins ils ne sa*
« valent pas encore ce que sa longue domination « devait coûter de sang et de larmes à la France; « mais il entrait dans les desseins de la Providence « d'établir sur leurs têtes celui qu'elle devinait à « être la verge de l'Europe et l'exécuteur de la jusce lice contre un peuple coupable de tous les force faits de la Révolution. » [Histoire de France, L H, p. 285, édition de 4816.)
Voici quelles sont les réflexions du père Loriquet au sujet de la fetaîe campagne de Russie :
« Telle fut, dit-il, l'issue de l'entreprise la plus ce insensée, mais aussi la plus funeste, dont les ance nales du monde nous aient conservé le souvenirce En parcourant l'histoire ancienne et moderne, a on reconnaîtra que jamais réunion d'hommes si ee formidable, soit par le nombre, soit par la va- « leur, soH par la discipline , n'éprouva de plus ce affreux revers. Pour trouver une catastrophe qui ce y soit comparable, il faut remonter jusqu'à Phace raon et aux six cent mille Égyptiens engloutis ce dans la mer Rouge.
ce Que si l'on veut se rendre attentif aux vues de ce la Providence, on reconnaîtra dans le désastre ce des Français, le châtiment des dévastations, de» ci massacres, des sacrilèges, des atrocités de toute ce espèce, dont i^e rendait coupable, depuis \ingt ce ans, celte armée toujours recrutée denfents de
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<c la Révoiutioû, et dévouée, moins encore par état « que par habitude et par goût , à tous les genres << de crimes et de forfaits. La justice divine s'en était « servi pour promener la terreur et la désolation « sur toute TEurope. Dès que cette verge redoutable « eut rempli sa mission, elle fut à son tour brisée « par le souffle du Tout-Puissant , et elle disparut « de la terre (1). » (HisL de France, t. II, p. 331, édit.del8ia)
On comprend qu'après avoir été saturé pendant cinq ans de cet enseignement historique, Tacceptant jusqu'au moindre iota, je devais être passablement fanatique. Pendant le temps des vacances, j'entendais murmurer autour de moi que mon père avait des idées libérales, et, ne pouvant séparer 1 idée de libéralisme de l'idée d'impiété, j'éprouvais pour son salut de sérieuses et de douloureuses inquiétudes.
Je savais pourtant qu'il accomplissait ses devoirs religieux avec exactitude. A la vérité il ne mettait à cela nulle ostentation, et il ne se croyait pas obligé, sous le spécieux prétexte de donner l'exemple, de se livrer à des démonstrations de dévotion extérieures tant recommandées alors. Les masses
(I) L'apologiste des Jésuites, M. Crclincau-Joly, en citant ce passage {Hi9i.ee la Comp. de Jésus ^ t. VI, p. 155) dit qu'il hlâme «es jugeioeotfi fi^/r sévères peut-être. Voilà un p€uù-éire cliarcuani!
refusaient de croire à la sincérité de œs hommes qoi faisaijBQt, comme les {parisiens de l'aneieiine ici, sonner la trompette devant eux* Mais à que* torze ans^ vivant au milieu de gens qui inventaient tous les jours quelque nouveïïe mise en scène religieuse, je voyais, dans ceux qui ne se prêtaient pas à ces pieuses exhibitions, des impies ou des jansénistes, et ces derniers surtout étaient pour nous Tobjet d'une sainte horreur. Quant aux gallicans , on gardait avec eux quelque mesure. L'Etat était gallican • Les évêques faisaient enseigner les quatre articles dans leurs séminaires; il fallait bien se contenter de nous enseigner à nous l'infaillibilité papale et de nous représenter le gallicanisme comme suspect. Il suffisait d'une phrase : « Tous les jansénistes sont gallicans. » Avec cela, si l'ancienne doctrine de TÉglise de France n'était pas condamnée, elle était au moins jugée.
Ce fut au moment où toutes les idées théocratiques se classaient dans mon esprit, et y produisaient cette conviction que celui qui ne marchait pas dans la ligne tracée par les Pères était dans le chemin de l'erreur, qu'eut lieu à Saint-Acheijl cette célèbre visite de M. Dupin dont les différents partis ont tant parlé.
M. Dupin, en défendant le Constitutionnel, dans un procès de tendance, avait fort attaqué les Jésuites. Toutes les ressources de son esprit sarcas-