M. DUPIN A SAINT'ACHEUL
tique avaient été mises en œuvre; et il avait pro* noneé cette parole qui est restée : « L'Institut de c( Loyola est ime épée dont la poignée est à Rome « et dont la pointe est partout. »
Quel ne fut pas l'étonnement général, quand on apprit que, peu de temps après cette virulente attaque , M. Dupin était allé à Saint-Àcheul , qu'il avait reçu des Pères Taccueil le plus cordial, qu'il avait dîné avec eux, et qu'à la procession il avait porté un des cordons du dais, de la façon la plus édifiante, ni plus ni moins qu'un bon marguillier de paroisse !
Les quolibets partirent à la fois et du camp des^ libéraux avancés et de celui des amis des Jésuites. Geux-ci mirent en circulation que M. Dupin, depuis son discours contre les enfants de Loyola, était persuadé qu'ils avaient juré sa perte, et qu'un jour ou l'autre ils lui feraient administrer une dose d'açua tofana. Or M. Dupin, par une de ces inspirations subites, qui n'arrivent que dans les cas désespérés, aurait résolu d'aller au-devant de l'ennemi, espérant sans doute l'adoucir par le charme de son éloquence , et lui faire révoquer cette sentence de mort, épée de Damoclès toujours suspendue sur sa tète; et il partit pour Saint- Adœul; et il accepta le dîner que les Pères^ lui offrirent; ce qui prouverait que, malgré ses visions d'aqua tofana , il ne croyait pas
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« les Jésuites capables d'abuser de Thospitalité.
Je puis donner de cette visite une explication beaucoup plus naturelle, et la voici :
M. Dupin était à Amiens, près de Saint-Acheul; il était Famide mon père, etil pensa lui être agréable en venant me voir au collège, il y avait peut-être bien un peu de curiosité dans sa visite, et pas mal d'audace, après les sarcasmes dont il avait criblé les Pères.
Lorsque le célèbre avocat demanda à voir le fils du marquis de Sainte-Maure, et qu'il eut décliné son nom, sans y ajouter ses titres et ses qualités, le Père chargé de recevoir les visites au parloir, en voyant ce visage un peu vulgaire, quand la physionomie au repos n'est pas animée par le feu de la discussion, cette tenue de voyage par trop négligée, ces souliers à triple semelle constellés d'énormes clous, — et vraiment je serais tenté de croire que ces souliers de 1826 pouvaient être les mêmes que ceux qui sont devenus célèbres en i 830, sous le nom de souliers de Neuilly , — tout cela ne présentant pas un ensemble bien impo* sant, ne se doutait guère quel personnage il venait d'introduire chez les Jésuites.
On me fit prévenir de me rendre au parloir ; et, selon la coutume, le Père chargé de ce soin me questionna sur le personnage qui réclamait ma présence.