ACTE III, SCÈNE Vin
vous êtes trop heureux que je rae taise. Que vous importent mes sentiments?
Dorante. Ce qu'ils m'importent, Lisette? Pfeux 7 tu douter encore que je ne t'adore? ^
Silvia. Non, et vous me le répétez si souvent que*je, 5* vous crois; mais pourquoi m'en persuadez- vous? Que voulez-vous que je fasse de cette pensée-là, Monsieur? Je vais vous parler à cœur ouvert. Vous m'aimez; mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour vous.. Que de ressources n'avez-vous pas pour vous en défaire? La 10 distance qu'il y a de vous à moi, mille objets que vous allez trouver sur votre chemin, l'envie qu'on aura de vous rendre sensible, 1 les amusements d'un homme de votre condition, tout va vous ôter cet amour dont vous m'entretenez impitoyablement. Vous en rirez peut-être au sortir d'ici, et 15 vous aurez raison. Mais moi, Monsieur, si je m'en ressouviens, comme j'en ai peur, s'il m'a frappée, quel secours aurai-je contre l'inipression qu'il m'aura faite? Qui est-ce qui me dedrauhagèr^ de votre pértë? Qui voulez- vous que mon cœur mette à votre place? Savez- vous bien que, 20 si je vous aimais, tout ce qu'il y a de plus grand dans • le monde ne me toucherait plus. Jugez donc de l'état où je resterais; ayez la générosité de me cacher votre amour. Moi qui vous parle, je me ferais un scrupule de vous dire . que je vous aime dans les dispositions 2 où vous êtes: l'aveu 25 de mes sentiments pourrait exposer votre raison; et vous voyez bien aussi que je vous les cache. 3
Dorante. Ah! ma chère Lisette, que viens- je d'erf* tendre! Tes paroles ont un feu qui me pénètre; je t'adore, je^tgjrespecte. Il n'est ni rang, ni naissance, ni fortune, 3^ qui ne disparaisse devant une âme comme la tienne; j'aurais honte que mon orgueil tînt encore contre toi, et mon x cœur et ma main t'appartiennent. /
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Silvia. En vérité, ne mériteriez-vous pas que je les prisse? Ne faut-il pas être bien généreuse pour vous dissimuler le plaisir qu'ils me font? et croyez-vous que cela puisse durer?
5 Dorante. Vous m'aimez donc?
Silvia. Non, non; mais, si vous me le demandez encore, tant pis pour vous.
Dorante. Vos menaces ne me font point de peur. Silvia. Et Mario, vous n'y songez donc plus?
10 Dorante. Non, Lisette; Mario ne m'alarme plus: vous ne l'aimez point; vous ne pouvez plus me tromper; vous avez le cœur vrai; vous êtes sensible à ma tendresse! 1 je ne saurais en douter au transport qui m'a pris; j'en suis sûr, et vous ne sauriez plus m'ôter cette certitude-là. 15 Silvia. Oh! je n'y tâcherai point; gardez-la, nous verrons ce que vous en ferez.
Dorante. Ne consentez-vous pas d'être à moi.
Silvia. Quoi! vous m'épouserez malgré ce que vous êtes, malgré la colère d'un père, malgré votre fortune?
Dorante. Mon père me pardonnera dès qu'il vous aura vue; ma fortune nous suffit à tous deux, et-le mftitfîJ^lL. la naissance^. Ne disputons point, car je ne changerai jamais.
' Silvia. Il ne changera jamais! Savez-vous bien que
: 25 vous me charmez, Dorante.
Dorante. Ne gênez donc plus votre tendresse et laissez-la répondre. . .
Silvia. Enfin, j'en suis venue à bout: vous. . . vous ne ■ changerez jamais?
30 Dorante. Non, ma chère Lisette.
Silvia. Que d'amour! 8
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