‹ Le jeu de la mortChapitre 11 sur 40 · PAUVRES AMOURS · texte numérisé non relu

PAUVRES AMOURS

Lucien n*eut pas plus tôt aperçu Serthe qu'il s'élança vers elle, montant le sentier à toutes jambes.

Ce fut à qui le suivrait, — - car pouvait-on montrer trop de tendresse et trop d'einpre^semept à cette chère petite demei* selle Berlhe ?

Olivette restait seule sur la plate.forme; elle s'appuyait contre la roche. Sa tête élait inclinée sur son sein qui battait et soulevait l'étoffe épaisse de sa robe. Les larmes s'éiaient séchées dans ses yeux.

Elle jetait un regard de côté vers le haut de la route ott Ber« the, entourée et fêtée, venait de s'arrêter.

Berthe souriait, heureuse, car Lucien était arrivé le premier auprès d'elle. Elle avait la main dans la main de Lucien. Il y avait soir ce front calme et pur comme un doux rayonnement.

Elle était belle de la suave et tranquille beauté qu'on donne aux anges.

Mais ses yeux grands ouverts, — ses yeux bleus si tendres et si bons, — regardaient en face le sofeîl qu'elle ne voyait pas.

Pauvre Berthe!...

Olivette pensait: •

— Eh bien! moi, j'y vois!... je ne changerais pas avec elle. Un sourire malicieux et jaloox était autour de ses lèvres.

— Quelle imprudence! disait Lucien. Berthe, je vous en prie, ne vous exposez pas comme celai...

Et les quatre bons hommes, f argeau, tforlû, Bernard et Menand de répéter en chœur :

— Quelle imprudence!..

-^ J'avais Chéri, dit Berthe en souriant et en se bals$ant pour caresser le joli petit chien blanc.

LE JEU DS Là mort 12&

Mais Lucien l'avait prévenue. Il tenait déjà Chéri dans ses bras et le couvrait de baisers.

— Touchant tableau! dit fiesnard à l oreille de Fargeau.

— Chull,.. fit le jeune monsieur.

Lucien avait donné le bras à Berthe. Tout le monde se prit à redescendre la montée.

Fargeau et Besnard ouvraient la marche. Horin cheminait seul ensuite, le chapeau sur la nuque. Berthe et Lucien causaient tout bas derrière lui.

Qui venait le dernier? c'était Menand, Menand rArlicbauk, Henand le notaire.

— Une fallait pas la gronder!... dit Berthe, répondant sans doute à quelque parole de Lucien ; — pauvre Olivette ! où eslelîe?

—Allez, Olivette, allez, ma fille, prononça onctueusement le leune M. Fargeau ; — allez remercier cet ange qui intercède pour vous.

Olivette ne bougeait pas.

— Eh bien! viens donc, Olivette s*écrîa Berthe; — croyetvous, Lucien, qu'il soit bien gai de conduire toujours une aveugle?... Je neveux pas qu'on la gronde... Viens m'embrasser, ma pauvre Olivette.

Celle-ci s'ébranla enfin. Berthe la balsa au front.

1— Tu m'aimes, toi, reprit-elle; — je lésais bien... Oh! ajouta-t-elle en passant ses doigts sur les Joues de la jeune paysanne ; — elle a pleuré...

Elle la baisa de nouveau et plus tendrement.

Sous ces caresses, Olivette changeait de couleur. Elle balbutiait et ne savait point répondre, elle, la fine langue qui d'ordinaire ne restait jamais à court.

Au bout de quelques secondes, elle s'éloigna.

Et tout en s*éIoignant, elle se disait :

— Ouï, oui, je l'aime bien, la pauvre petite demoiselle !... Le plus souvent que je la laisserai tromper par ce blondasse de Lucienl Ah non!... ah! mais non !...

Dans le creux du grand chêne de la Mestivière, à la place même oU s'asseyait naguère Yaume le pâtour, pour guetter ceniiment l'arrivée de Tiennet Blône, Lucien et Berthe étaient blottis l'un près de l'autre comme deux oiseaux dans m nid.

Chéri, le petit chien, blanc comme un manchon de cygne,

jouait dans l'berbe» attaché à une branche par son ruban rose.

Il n*y avait plus personne sur le tertre.

Fargeau, Morin, Besnard, Menand et Olivette s^étaient éloignés, parce que le jeune M. Fargeau avait fait observer avec beaucoup de discrétion que son cousin et sa cousine avaient peut-être quelque chose à se dire.

Olivette avait reçu Tordre de se tenir prête pour reconduire Berthe au château dans une demi-heure.

Les quatre amis, descendant le sentier occidental, étaient allés constater, sur les bords de la Vesvre, que l'inondation était bien finie, et causer un peu de leurs affaires.

Berthe et Lucien restaient seuls.

Lucien regardait Berthe de tous ses yeux et de toute son âme. Berthe écoutait battre le cœur de Lucien et respirait son souffle.

Ils s'aimaient comme on s'aime â vingt ans, quand on est simple et bon, quand on a le cœur vierge.

Pour Lucien, Berihe était tout. Pour Berthe, il n*y avait au monde que Lucien.

Ils furent longtemps sans parler, puis Lucien dit tout bas:

— Oh! Berihe! que tu es belle!...

La jeune fille tressaillit doucement au premier son de cette voix.

— Je ne suis heureux, moi, reprit Lucien, que quand je suis ainsi près de toi... tout seul avec toi... quand je puis te dire dix fois, vingt fois : je t'aime, je t'aime, je t'aime!

Berthe eut un sourire plus radieux.

— Tu m'aimes, Lucien, répondit-elle, — tu m'aimes!... 0ht tu ne me le diras jamais assez^ va !...

— Si tu savais combien tu es belle, ma Berthe chérie !... Berthe sourit avec tristesse.

— C'est vrai, dit-elle, — je ne sais pas... Mon Dieu! ce que je voudrais voir, ce n'est pas moi, Lucien, c'est toi... Il me semble que je te devine et que je te reconnaîtrais entre tous... Tu dois être si beau!... si beau!...

— Folle !... folle I... murmura Lucien en baisant ses che* veux.

— Quand tu me dis : je t'aime, poursuivait Berthe, — il me semble que je suis dans le ciel... Oh ! c'est trop de bonheur, vois-tu... j'ai peur !

— Peur !... répéta Lucien, — pourquoi peur ?

Berthe hésitait. — Elle mit sa tête sur l'épaule de Lucien.

— Le sais-jeP... prononça-t-elle tout bas; comment te dire cela?... ce n'est pas quand tu es près de moi que j'ai peur... oh! non !... — quand tu es là, ^ quand j'écoute ta voix chère qui me fait battre le cœur... eh bien I c'est étrange, Lucien, il me semble que ma nuit s'éclaire... quelque chose de brillant est autour de moi., je devine les rayons d'or de YOtre soleil... et ce beau ciel bleu dont on parle tant, ce ciel que mes pauvres yeux ne verront jamais... c'est comme un rêve qui m'éblouit et qui me charme...

— Mais quand tu t'éloignes, reprit-elle avec une soudaine tristesse ; — oh ! alors, les ténèbres reviennent... ce jour qui venait de mon cœur, ce ^our s'éteint... au dedans et au dehors de moi tout est froid, muet, triste... l'espoir s'enfuit... je retombe. ^ Et c'est bien vrai, Lucien, alors, j'ai peur 1 j'ai grand'peur!

Sa tête glissa contre l'épaule de Lucien comme pour chercher un abri meilleur dans son sein. Lucien la regardait. Il répétait sans savoir :

— Folle !... chère petite folle.

— Non, non, dit Berthe, je ne suis pas folle... Ecoute... si tu venais à m'^oublier...

Lucien lui ferma la bouche en se jouant. Puis prenant un ton sérieux.

— C'est mal, cela, Berthe répondit-il ; t'oublier, moi !... Tu crois donc que je n'ai ni cœur ni àme i...

— Pardon !... pardon 1 voulut dire la jeune fille. Mais Lucien s'animait.

^ C'est mal, poursuivait-il, car enfin, Berthe, ai-je une pensée au monde qui ne soit pour toi ?... Tu m'as donné ton cœur, moi je t'ai donné ma vie... Tu as fait plus, c'est vrai, toi, pauvre chérie, car les femmes ont cet avantage sur nous de pouvoir se jeter dans nos bras et nous dire : Tiens ! voilà mon âme tout entière, mon honneur en ce monde, mon salut aux pieds de Dieu... Tiens ! tiens! je suis à toi, toute à toi... Oh 1 Berthe ! Berthe! je te le jure sur la mémoire de ma sainte mère, qui t'eût si bien aimée !.. tu t'es livrée à un honnête homme .. Ne m'interromps pas pour me dire : je le sais, car je n'ai pas exprimé le quart de ma pensée... Berthe, Berthe ! tu es ma femme devant Dieu... Je vois tes douces lèvres remuer et je les sens qui répètent: aveugle... aveugle 1... Oh! pauvre adorée ! mais je t'aime cent fois mieux à cause de cela même...

tB JBU DE LA MORT

- Que tu es bon et noble 1 murmura Berthe.

— Tâis-toi! Je t'aime... c'est tout... Moi aussi, €piaûd Ui n'es pas là, Je suis triste... moi ^us^i, je te cbercbe, je te veux, je t'appelle ! Bertbet ma Berthe aimée!... II me semble qn% quand notre enfant sera \k, sur toi et sur moi, souriant à tou« deux... beau comme un ange, car il te ressemblera— U m» semble que Je deviendrai fou f

Bertbe avait baissé tes yeux, comme si sa proaelle eût en besoin, hélas! du voile de ses paupières...

— Écoute, poursuivait Luciep qui la soutenait renversée entre ses bras, écoute... Tu le verras, notre enfant.., oui*** le u sais pas si nous serons riches... mais quand Je vais être toâ mari... et cela ne tardera guère, va, ma petite Berthe.. ^ i^i^iii irons à Paris...

Sa voix prenait un accent de gfavité naïve.

— A Paris, ajouta-t-il, les médecins font des. miracles pour de l'argent... Je donnerai tout ce que j'aprai d'argent 4 ^ médecin... et tu seras guérie.

Berthe secoua la tète lentement.

— Et dans ce temps-là, Berthe, poursuivit le Jeune bqmme d'un accent de triomphe, tu ne diras plus : j'ai peur...

—Oh! que n'est-il venu, ce temps-|à! prononça Berthp avec un gros soupir.

Lucien se pencha sur elle pour T^xaminer plus aUentiver ment.

11 ne souriait plus.

— Tu as quelque Chose, Berthe, dit-il d*une voir changée — quelque chose que tu me caches 1...

Berthe leva les deux bras en Tair et joignit ses mains» der# rièrela tète de Lucien qu'elle attira vers elle.

— Tu ne te fâcheras pas? murmura-t-elle.

— Me fâcher ?... pourquoi ?

Elle se tut en un long baiser, puis elle reprit d'une voix lente et plus triste :

^ Ceux à qui Dieu refuse le don de voir. Dieu les dédommage par un sens subtil, inquiet, (}Ui n> pas de nom, mais que tout aveujgle nossèdé... On devme, on sent.«. oi^sa|tl ^-n. Éb bien ! moi, J*ai deviné qu'ils ne m'aiment pas !...

-Oui?...

^ Tous ceux qui nous entourent. — Peut-être que tu Qft me croiras pas... mais Je parlé à coup si^r... Il y a comme UQft ligue mystérieuse contre ton amour qui est ma vie... El,.,

Elle s*arrêU comme indécise, i—pula elle reprit :

— Et tu es si bon, Lucien J...

Le front de celui-ci se rembrunit.

— Tu veux dire si faible, n'est-ce fasî^ prononça-t-il amèreineot

— Peol^tre... répliqua Bertbe dont la voix baissa jusqu'au Burmure.

Lucien se redressa. Un édair brilla dans son oeil. Mais ce fut Taffaire d'un instant.

— C'est vrai! dit-p, •*- c'est vrai... je suis feible... et je le sais bien !... Mais si l'on s'attaquait Jamais à toi, Bertbe, oh ! je deviendraMii fofVv Ne crains rien, ma petite Bertbe... nu fempelo* Q«e j'aime à t'appeler ainsi !... Ne crains rien... ma UXb\e$^ n'est pas de la Idchetè.

<— B« la làehelél s'écria Bertbe qui, à son tour, se redressa orgueilleuse, — toi, mon Lucien, de la lâcbeté... oht je sais bien que tu es brave comme un lionl...

Lucien la ramena, docile, contre son cœur.

^ |l0rci, murmura^-il ; — * je «^rois que tu as raison, Berlb#.., Jesuls brave... mais cette faiblesse qui te £ait peur... c'est «lie ifu^ je erains aussi, vaon Dieul... c'est elle qui m'a fait te «Ifaer cette i^omesse de mariage.

Son regard glissa tout au fond du cbène creux et se reposa sur l'Mede ces eavMés poussues dont nous avons parlé.

Bien qu'il «e fftt a^réi^, Bertbe ne répondait point.

Mais sa 4gure parlait pour elle, sa figure d'aveugle, que Dieu aenilsdt avoir «odelée lelon toutes les délicatesses d'expression, comme pour remplacer l'expression absente du regard, •^ celle Ame visible.

Sa figure semblait dire :

-^M«)pauvreUieieii,tum'asfaittoud)er une fois un papier et tu m'M dit: C:;eci est ime promesse de mariage... Je t'ai cru, aonlAi^efi, eomffleje te crois toujours... et je t'ai remercié du fidful Al eoeur avec des larm^ dans tes yeux... mais pour noi tous les papiers se ressemblent...

^ Ttt gardes le sil^eet... dit Lucien qui lisaîtsur les beaux traits de Bertbe c(mm m m livre ouvert, la pensée que nous vfcBons de transcrire.

— Ta parole, Lucien , répliqua Bertbe, voilà ma vraie garantie. . •

Et cette réponse complétait » rédttemeBt îa série des idées sous-eateidues, qae Lucien ne put s'empê^ber de s'écrier avec reproche;

— Douterais-tu donc de la valeur de cette promesse ? —Moi !... ditBerthe étonnée; Dieu m*en préserve!... ce serait

douter de toi, Lucien... Je la garde, tu sais bien, celte promesse... je l'aime... je viens la toucher quelquefois quand personne ne m'épie... je la baise... c'est mon trésor, — c'est l'avenir de notre pauvre enfant !... ajouta- t-elle en cachant sabelle tête brune jusque sous le bras de Lucien ; ~ mais elle est tou jours là, cette promesse... Le jour où tu ne voudrais plus, tu saurais où la reprendre... Et qu'en aurais-je besoin, moi, pour mourir?...

Sa voix se perdait en un murmure doux et comme plaintif.

Lucien frappa du pied.

— Ah! voilà bien les femmes ! s*écria-t-il en colère; — mourir... mourir!... Pourquoi parler de cela?... — mourir! il s'agit bien de mourir! Je te dis, moi, que tu seras heureuse autant que tu es aimée... Voyons ! vite un sourire, ou je me fâche tout de bon 1

Le sourire vint, obéissant, sur les lèvres de Berthe. Mais Lucien restait triste.

— Allons ! dit-il en se levant brusquement, — j*en ai pour toute la journée... D'ici jusqu'à Vitré, je vais te voir pleurer et t'entendre me dire : Ai-je besoin de cela pour mourir ?... — Mourir ! oh 1 Berthe ! toi, mourir!... Va! si tum'aimais, tu laisserais mon pauvre cœur en paix...

— Si je t'aimais!... balbutia Berthe de cette voix basse et passionnée qui frémit et vibre tout au fond de l'âme.

Elle se pendait à son cou. «

Elle était belle d'amour chaste et à la fois ardent. — Belle, belle !

Lucien la soutenait à bras le corps. Leurs lèvres se touebaient. Berthe tressaillit et se rejeta violemment en arrière. /

— n y a quelqu'un là !... dit-elle; — là ! Son doigt tendu désignait la partie du chêne creux qui s'appuyait à la forêt.

— Eh bien! ce quelqu'un-là, dit Lucien à voix haute et e*>. riant, — je l'invite à nos noces... Ce quelqu'un entend-il?

Point de réponse.

— Tu te seras trompée, Berthe, reprit Lucien sérieusemeik* — mais ce que j'ai dit est dit... nous avons trop attendu... Je vais à Vitré porter une lettre de mon oncle, et au retour, je lui conterai nos affaires.

— Ohî... fit Berthe effrayée.

— Sois tranquille. r. Ah ! ah! je suis faible!... Je te dis, moi,

que >dans quinze jours tu seras ma femme devant le maire et le recteur... Ali !... je suis faible !...

Il saisit son fusil adossé contre Tarbre, et revint à Berilc qu'il embrassa encore.

— Au revoir! dit-il; — as-tu jamais entendu parler de ç . toi, M. Honoré Crébu de Pélihou ?

— Non, répliqua Berthe.

— A Vitré... acheva Lucien qui lisait la suscription d'ui» ^ lettre; — je croyais connaître tout le monde à Vitré... et su; tout ceux qui portent notre nom... Enfin, n'importe... au revoir I

Il sortit du creux de Tarbre et appela Olivette d*une voix retentissante.

Olivette parut presque aussitôt, raîde, digne, guindée.

— Tu vas ramener Berthe au château, Olivette, lui dit Lucien; — ah! j'y pense... je t'ai grondée tout à l'heure... je te donnerai un mouchoir de cou pour ta peine.

— Je n'ai pas besoin de votre mouchoir de cou, monsieur Lucien, répondit sèchement Olivette.

"— Hein?... fit le jeune homme qui crut avoir mal entendu.

— Je reçois mes gages pour faire mon devoir, poursuivit Olivette qui avait pris la pose d'une reine de théâtre ; — gardez vos cadeaux pour les demoiselles de Vitré!

Ceci fut dit avec cette juste mesure que la belle moitié du genre humain possède toute seule : assez haut pour que Berthe l'entendît, assez bas pour que Lucien ouvrit l'oreille et répétât : Hein?...

Olivette manqua cependant son effet, en ce sens que Berthe ne fit nulle attention â cela.

Lucien tourna le dos à la soubrette, embrassa Chéri à l'in- ^tention de sa maîtresse et descendit le sentier qui conduisait à la Vesvre.

Tandis que Lucien do^cendait vers la plaine, elle ne pouvait le suivre des yeux. — Mais elle écouta, longtemps aussi, jusqu'à ce que le bruit de ses pas se fît insensiblement à son ouïe exercée.

Alors, elle croisa les bras sur sa poitrine et demeura pensive:

Il y avait en ce moment sur le tertre Berthe, Olivette, et Fargeau Créhu de la Saulays.

— Est-il bien tard? dit Berthe au bout d'une minute. Olivette regarda Fargeau qui fit un signe.

— Non, répondit-elle.

— Le soleil esl-il coucbé?

Le soleil était coucbé; la brune tombait. Sur un signe de Fargeau, Olivette répondit : ^ Non, non^ mademoiselle, le soleil n'est pas eneorè «oiicbé.

Puis elle reprit :

— Vous êtes toute pâle, mademoiselle Bertbe... Asseyezvous avant de remonter au cbàteau... Vous avez tout le temps.

Berthé s'assit.

Ses pensées l'absorbaient. Elle avait le cœur plein. Les dernières paroles de Lucien retentissaient encore à son oreille.

Elle allait être sa femme!

Bertbe était beureuse de ce bonbeur trop violent cpii Messe Tàme.

Dans sa joie, il y avait de la souffrance et de la crainte.

Le coeur devine. — Ceux qui aiment ardemment sont propbètes...

Lucien venait de traverser la Yesvre rentrée dans son lit étroit et suivait en chantant la rojiite de Vitré.

GOIIÊDIB

La nuit venait, quoi qu'en dît Olivette, qui obéis$ait en eèla aux ordres muets de M. Fargeau Grébu de la Saulays.

Bertbe était assise sur une des racines du grand cbéne, op^ pressée par son bonbeur.

Elle rêvait, ou plutôt elle priait, car sa pensée allait vers Dieu.

Olivette s'était rapprochée de Fargeau.

— Tu as bien compris? lui dit celui-ci à l'oreille.

— Oui, répliqua Olivette.

— C'est le moment... va.

Olivette semblait bésiter.

— Écoutez, murmura-t-elle; vous me jurez bien que ce M. Lucien la trompe?

•— Sur mon bonneurl... — Allons, va!

— C'est que...

Fargeau baussa les épaules et tourna le dos.

Olivette bésita encore un instant, puis eile se dirigea du côté de Bertbe, trop éloignée et trop absorbée surtout pour avoir rien entendu.

— Mademoiselle Bertlie, dit-elle en adoudèsiBlia f0fx» — maiiiteDant 41» Je suis seule avee tous, }e ?o«dralt Iroas demander un petit hwX d'eKmse et vous dire que si J'ai nanqué * Biea deiNiîr» oe q*est ft^ de na feule.

— Tu sais bien que je ne t'en veux pas» ma pautpe Olivette, rèpfiAdil la jeune ille en sourianl, -«- et puis, quand bien même J*aHraia été fàaliée contre toi, Je te pardonnerais blea vilOé.. Je suis si heureuse!...

— Heureuse! répéta Olifette qui tieba de rendre êensible dans son aeenH le bocbemeni de tète que Beribe ne pe^lvait voir; — tant mieux! tant mieux si vous êtes iMureuseï ma bMH ^kffiolseUe..; Je croyais...

Elle s'interrompit. Fargeau était toi^oure là comme le sufleiUanl qui empècbe Yesdxve de faire trêve à son iravalL

— Tu croyais P.. . dit Berthe négligemment.

-^Qbl fil OKveilse,%* c'est que Je ne mérilais pas ke re- Voebes âe M. Lucien Oéku, au moins l..^ 4-^ Ne parlons pas de cela, Olivetle.

— Comme vous voudrez, mademoiselle... mats je né les |Bé- «llals pas... J*avals passé la journée tout entière à m'occtmer te vous... Ça tous étonne, mam'zelle Berthe, poursuivit OliiwHe m èletani la voix parce que Ber^e retombait dans sa rè> verie ; — ça vous étonne. . . Mais que je suis sotte, mon Dieu I... Je m'étais bien promis de ne pas vous parler de celai

Berthe se prit à écouter.

— De quoi se mèlent-ilS, bon 4ésus! de quoi se mèleni*ils! k*écria Olivette avec une feinte colère ; — âhl je leur ai (Ut ma Ûçon de penser... très bien! ... Je n'ai pas ma langue dau;^ m$ tioche... Cancaner comme ça sur ina cbèrë maîtresse!...

•^ Hais que racentesrtu donc là^ Olivette? demanda Berthe tranquillement.

Olivette avait de la sueur au front, tant elle ^^tSor^.

Elle ne savait plus trop comment fr84)per le grand coup. , toi It presque de Fargeau, peut-être eit-ette tenonoé I auB dessein; Sfeais Fargeau était tt, et Olivette s'oaa pas resl^ «çjtonia.

-*^Ça me fend le coeur, reprit-elle. — Yeye»-vous, mol, Je •epe«xpasdirenoniÇamefe&dleoûeur...Maderaoisd}e Ber^ lèelffoai^ par-ci... mademoiseUe Berthe trompée par-là.^, on croirait, ma parole, que ça les amuse de répéter de« b^ reurs comme ca! ^ ,

iS4 LE lEU DE U MORT

Berthe avait relevé la tète et une pensée inquiète était déjà sur son beau front.

Que toute cette ruse était lâchement dépensée I

La pauvre enfant était si facile à tromper!...

Ceux-là sont faulement ombrageux et jaloux qui se sentent aibles contre la trahison !

Berthe craignait sans cesse, parce qu'elle avait la conscience de son infêrioriié physique Ce qu'elle avait dit à Lucien, elle se le répétait bien souvent :

— Est-ce qu'on épouse une aveugle?...

Et puis, elle aimait si ardemment, si sincèrement I

Et puis encore, elle allait être mère...

Oh ! ne condamnez pas, vous qui avez le droit d*ètre sévères, vous les pures, vous les chrétiennes I

Ayez pitié plutôt ! c'étaient deux enfants, deux pauvres enfants!

Savez-vous combien la vie était triste et froide à ce grand château de Ceuil? lis s'étaient rapprochés comme deux voyageurs égarés dans les neiges se rapprochent et se serrent l'un contre Tautre pour éloigner les glaces de la mort.

Ils s'étaient aimés sans savoir, comme on respire pour vivre.

Ils s'étaient aimés, parce qu'ils se sentaient bons tous les deux, et nobles, et sincères dans cette atmosphère gelée d*égoïsme et de mensonge.

Us ne savaient pas depuis quand ils s'adoraient ainsi...

Et c'était un granddeuil, allez, depuis qu'ils avaient péché!...

Mais comment cela s'était-il donc fait?

Un jour, il y avait bien longtemps qu'ils s'aimaient, bien longtemps que Lucien avait dit à Berthe : Tu seras ma femme. C'était vers le soir ; le soleil d'automne avait laissé dans l'air de tièdes et molles senteurs.

Us avaient bâti de beaux châteaux dans l'avenir, tout le long de l'après-dîner.

Berthe voulut rentrer; Lucien la suivit.

En rentrant, Berthe se mit à sa harpe.

Chaque femme a son charme d'élite qui la fait irrésistible, quand elle est belle d'ailleurs et déjà aimée. Quand Berthe chia* tait, ce n'était plus une femme. Ce voile que Dieu avait mis sur son regard disparaissait en quelque sorte. Il y avait autour d'4)lle une auréole radieuse : tout ce que la poésie a de suave, tout ce que l'amour a d'entraînant tout ce que la naïve tristesse de seize ans a de séductions enchaniées,

..^ ~ . Digi^izedbyVjOOglC , .

Sa voix était vibrante et douce ; on y sentait son cœur.

Ce soir-là, la voix de Berthe tremblait Vous eussiez dit des pleurs sonores.

Son âme s^échappait et débordait. C'était la merveilleuse plainte de l'amour vierge, les soupirs embaumés, la tendre in» quiétude, la passion lente et profonde comme une fièvre..»

Lucien écoutait.

Lucien était en extase.

Dieu pardonne, ne condamnez pas t

Ce fut un rêve poignant, mais splendidè. Puis Lucien» étreigoant son front à deux mains, tomba sur ses genoux.

Berthe avait le visage inondé de larmes.

— Je te le jure I je te le jure î balbutia Lucien d'une voix entrecoupée, — Berthe î... tu seras ma femme !

Avant cette heure-là, Berthe n'avait jamais eu peur.

Hélas ! à dater de cet instant, elle douta. Ce voile qui était sur sa vue lui causa comme un poids horrible.

Aveugle ! aveugle 1 — Est-ce qu'on épouse une aveugle !...

Aussi, nous le repétons : toute cette comédie qu'on allait jouer autour d'elle pour la tromper, pour la désespérer, pour lui ôter sa foi et son espoir, cette comédie devait réussir à coup sûr...

Elle avait saisi la main d'Olivette.

— Que dis-tu donc là, ma fille ? prononça-telle d'une voix altérée.

— Eh bien I répondit la paysanne, —Je dis ce qu'ils disent... et que je me suis fâchée, fallait voir !... Quand même ce serait, n'est-ce pas, je vous demande un peu si ça les regarde I...

— Quoi P... Mais'quoi P... balbutia Berthe qui était toute pâle. ^ —Dame ! moi je ne sais pas si je dois vous répéter tout ça...

— Tu me fais trembler. Olivette !

— C'est pas l'embarras, voyez-vous... il y a de quoi !... Berthe lie parla plus.

. Fargeau fit de loin un geste d'approbation. — La scène &'engageait absolument selon son plan.

— Tant pis ! reprit la soubrette villageoise, j'aime mieux vous voir triste un peu pendant un petit moment que de vous laisser en risée à tout le monde... voyons I prenez votre cœur à po^ gnée, comme on dit, ma bonne petite demoiselle... U. Lucien se moque de vous.... là I

Berthe se leva droite et raide.

IM LB IID Dl LA MORT

^DMIla eoqrà une Jeune personne de Yitrè, contiimt OUvette.

Puis elle i^ottU en maidère de morale :

— Que c*est affreux, Je ne )e cache pas, et déçpoAtanI I... et bien di(^é de^ hommes !

-— Va-t*eù. inurmui^ terthe; — và-t*en, M flile ! Chèrl se dressa sur seè petites pattes et t«garda Olivette aTec colère.

Celle-d ne bougeait pas.

— ya-t*en, répéta B^rtbet -^ tp me trompés on tti té ti^liipes... Ce que tu dis ïi n'est pas possible.

— Vous tromper, tooi, mi éh^lre demoiselle ! s'écria OU^ vette, —oh I non !... et quant à nie tromper, moi, je le votidrais bien... mais faut pas se leurrer I... La servante du rec* teur est-elle une mauvaise langue, oui ou non?... Et pui^ je sais lire peut-être!...

Ici Olivette fouilla Vivement dans sa poche et ûé trotiva point ce qu'elle cherchait.

Elle se tourna vers Fargeau qui la comprit, roula en boule une fôuiile de papier et la lui jeta de loin.

Pendant qu*Olivétte ramassait lé papier, Berthé disait macbiiiatement i

—Tu sais lire !... pourquoi me dis-tu que tu sais lire P

— Parce que i>i lu une lettre^ répondit Olivette.

— Quelle lettre? ^

rr- Une lettre que M Lucien a prd)ie... et que I4 seN vàfite du fecieur ji trouvée, jlerthe perdait lé ^ouffte.

— Àb! .. fiUllé; — mais tu mens, n*est-ee pas ?... c'est pqur m'eifraver, tout çel:| ?

— iJné lettre où il lui di( qii'll l^aime... Pautre... poursuivi! Olivette, poussée pah le regard impêrieul de Èargeatt.

— Tp mens.,. |u mens I...

— Une lettre où H lui dit 4u*il ne vous aime pas... Qerthe poussa un cci.

— **Ët tu Tas lue, cette lettre f... pronon^-t-eùe avec effoH.

— Je la relis en ce moment même, répliqua bi paysanne,-^ car je Tai la-, dans ma main.

Berthe, comme si elle eût eu à cette heure le don de voir, sd Jeta sur le papier et l^ froissa entre ses doigts convulsivement.

— Tu mensl... ttl mens, répétait-elle sans savoir qu*dlé parlait.

U lEU DIS U MO^T iST

# Et cependant la rase ^ssière^vait un pWin succès. Ge chiffon blanc, arraché aux tablettes de ]\^. Fargeau, était pour la pauvre aveugle une preuve de son malheur.

Gé pâpiei' la brûlait. — U lui semblait que ses doigts sen- I talent l'écriture... i

— Je mens! s'écria Olivette avec reproche. *-0h! ma chère demoiselle, vous ne savez pat cmnme je vous aime!... après tout, un homme n*est qu'un homme... et il y en a tant/., un de perdu, voyez-vous, deux de retrouvés!...

Olivette parlait ainsi presque gaîment. Elle n'avait pas beaucoup de remords, d'abord parce qu'elle ne pouvait mesurer l'ètëndtie du coup qu'elle portait à sa maîtresse, ensuite parce qu'elle gagnait une dot, enfin parce qu'elle jouait un bon tour kJIL, Lucien qui l'avait humiliée.

Faree^u venait de diçpar^Ur^ derrière la roche. Au boub d'un Instant, il se montra de nouveau, Ç9 compagnie de l'homme d'affsiireÀ Besnard.

Tout était prévu dans celte comédie arrangée laborieusement àl'avance : les sorties comme ie^ entrées.

L'^robatlon de Besn^rd fut un signal.

— Ecoutez! dit brusquement Olivette.

Et comme Berthe ne Répondait pas, elle lui saisit le bras à son tour «t aiouta :

— Vous n avez pas entendu?-* Us parlaient de vous... Berthe ne répondit point epcore.

^ Et de M. Lucien... continua Olivette.

— Ah ! s'écria Berthe, — qui P

— M. Fargeau et M. Besnard.

— Où sont-ils P

*-ll8 viennent... toulez-vbus avoir la preuve de ce que Je vous ai dit P... et savoir peqt-étre quelque chose de nouveau P ■^caçhez-vous!

— Oui, dit fiertbe vivemept^ -? je vais me cacher.

— W... dans le chêne.

EHé entraîna la jeune Ûlle, qui se laissait faire. Fargeau et Besnard approchaient : è'était réglé edmolè It ■nlse en scène d'une pièce de théâtre.

— Suis-je bien cachée ? demanda berthe.

La pauvre enfant était au beau milieu de l'ouverture ; on la Walt en plein.

— Oui, répondit Olivette, — bien cachée l r* Fersonne ne peut me voirP

y<2oogk

— Personne... Mais chut! les voilai Bertbe se fit petite et tendit l*oreille. Olivette adressa au jeune M. Fargeau et à Besnard un signe qui voulait dire : Entrez en scène... on vous écoute!

INPAIIIB

Fargeau et Besnard prirent le diapason d*uQ entretien folT ani'.nô.

Et pour commencer, Besnard prononça trois où quatre îoh son fameux:

— C'est ignoble!

Qu il disait si bien.

• — Vous vous trompez, mon cher monsieur Besnard, répliqua Fargeau, — Je vous proteste que vous vous trompez...

-* Moi, je vous dis que je ne me trompe pas, monsieur Fargeau. — et j'ajoute, morbleu! que c'est une chose ignoble!... Prenez-le comme vous voudrez!

— Mon cousin est un honnête homme, monsieur Besnard I

— Honnête homme, honnête homme, monsieur Fargeau!.. Enfin chacun entend les mots à sa manière.

— Les voilà qui s'arrêtent i dit Olivette à Toreille de Bertbe.

Il est permis de penser que la jolie paysanne savait maintenant à quoi s'en tenir, touchant la vertueuse et sainte ipdir gnation de M. Besnard.

Bertbe demanda encore:

— Suis-je bien cachée t

«— Il faudrait être le diable pour vous apercevoir , repanit tout bas Olivette.

— Que vous défendiez votre jeune cousin, mon cher monsieur Fargeau, reprit Besnard en se calmant un peu, c'est tout naturel... moi, voyez-vous, je trouve cela tout naturel... Je ne vous le cache pas... mais tout le monde n'est pas forcé de voir les choses au même point de vue... et si votre affection vous aveuglé...

— Mais du tout I... voulut dire Fargeau.

— Allons! s'écria Besnard avec autorité, contre les faits on ne discute pas... Avez-vous vu fa lettre ?

— Folie de jeune homme!

— A la bonne heuie^ Folw de Jeune homme !,«. Parlait t-r^ rarlaii?...m»|>ar«#^

—Je puis vous affirmer, reprit Fargeau, qu'il a beaucoup d'amitié pour notre pauvre cousine...

-* Âh I ah 1 fit Besnard d'un accent qui perça le cœur de Berthe, — de l'amitié t.. . beaucoup d*amitié!... ça np l'empèeliera pas d'épouser l'autre, à ce qu'il paraît...

— Mais... voulut encore objecter Fargeau. Besnard lui ferma la bouche avec un vigoureux :

— C'est ignoble!'

Berthe avait les deux mains appuyées contre sa poitrine. Elle ' souffrait Jusqu'à mourir. — Mais elle écoutait.

Olivette la regardait en dessous. Elle se sentait mal i l'aise et le remords la prenait en face de ce silencieux martyre.

Elle se disait :

— C'est pour son bien... c'est pour son bien! Et elle songeait un peu à la dot.

Le tout pour se donner du cœur.

En causant, M . Fargeau et l'homme d'affaires s'étaient de plus en plus rapprochés de Tarbre.

Us étaient à quelques pas seulement des deux jeunes filles.

Besnard arrêta Fargeau.

—Ici, dit^-il, nous sommes à l'abri des curieux, cher monsieur; «- nous pouvons causer sans danger de vos affaires de famille... Veuillez m'écouter^ car je ne voudrais pas laisser un honnête jeune homme comme vous exposé aux périls d'une confiance mal placée... Il ne s'agit plus ici de votre cousine, mademoiselle Berthe, et si je continue à parler d'elle, c'est uniquement par rapport à vous... au demeurant, elle ne m'est rien, de près ni de loin, cette jeune personne... tandis que vous, Fargeau, vous êtes presque mon élève...

Oh 1 le digne élève et le vertueux maître ï

A les écouter, Olivette commençait son éducation.

4tfais comme elle n'était pas encore bien avancée, un insuriiK)ntable dégoût lui venait. Ce moyen qu'on prenait pour tromper la pauvre aveugle, ne l'avait-on pas pris tout à l'heure pour la tromper elle-même?

Au prologue de la pièce, c'était pour elle que Besnard disait son fameux : c'est ignoble !

Il lui prenait des envies de saisir Berthe par le bras et de lui crier :

— Ces deux hommes sont de misérables menteurs I Et de leur cracher au visage.

^elle eût fait ç^^, cette petHe «llvette, eHe %% 4evenee '

140 i« me PS M aïoET

sint iùn^ qnt (çnnête femme, car il y a if^ l^earea qui marquent notre destinée ! Bile eût épousé Taume, le pâlour i^ Ge^i|. Ellejiui^it eu )>e^n0oup d'enfants, dont fancin, Tvon,

foûacèé auraient été les parrains.

Ah dame ! oui d^p^e I -n lil^is ell^ t^p. fit p?^ cçla, \^ petite ^ Olivette.

C'était une hWeiié prudente» qui ne suivait point â l*étourdia seç pr^ier§ fnouveinept^* E!l^ réfléçlii^saît, ^uivaqt le précepte dii sage.

Et Du(s (a\ dot Ja dot I

Ëtl louage de Tiepnet fit6ne, avec sa taille hardii|^(se| longs cbeveux bouclés !

Elle ne fit p^ cela. Qh t quç noni aussi devint-ell^... ,

Mais nous verrons bien ce que devint Olivette.

Loin de suivre le conseil de son bon ange qui lui disait ^ prp%6r Bertbe coptre ces deux coquins de bas étagç, \kci^' ment ligués contre une pauvre enfant, elle donna eq ce m(\p ment ipémç u^ covp d*épaule à Fargeau et à Besns^rd.

tlne idée venait en eÎTet de traverser l'esprU ç|? ^^rlh^t

Vp soupçop vague qui ae fortifia bien vite, tani elle i^vdt grand désir 4^ sci reprendre k quelque esi)olr.

%\ifi se mt :

-7 tollM^s bommef^ qui Viennent justement ici parler de Lucien ç^t 0^ moi... Si Olivette avait eu la baguette hi tée^ eUeqeiçs aurait paa évoqués plus à propos... a|on pieu] mon pieu ( si tout cela était un jeu concerté... une comédie!

$lle se pencba a Toreille d'Olivette.

-i> £t Chéri P murmurà-t-elle; ils doivent voir Chéri ?... %U s'ils voient Chérli ils doivent bien deviner que je ne suis fafi loin.

C^i ét^t une épreuve*

11^ (mvette était preste à la réplique.

^ Ôhi ma i)0i)ne demoiseile, répondit-epe, je pétise ft tout moi... Chéri est là... daùs l'arbre... aussi bien cacoé quç uput*

Elle ne mentait pas.

(Ihéri n'était pas plus mal caché que Bertl^Q.

GeU^i pi ^rèveàses réflexioQSi parce (i^t M- Pesnard ft prenait la parole.

U allait porter le grand coup.

— Comprenez-moi bien, dit-il d'un ton confidentielt mon cbdr mK^tair Fj^rgaan... p parlait que votre oouain Luciep

avait fait une promesse de mariage à votre cousine Berthe.

— Je ne vois rieu là que de très naturel, répliqua Fargeau.

— Sans doute... assurément... votre observation vous fait h^neiir, mon jeune ami, aussi n'est-ce pas la promesse de mariage que je blâme...

•^ £l que blÂmez-votts, monsieur Besnard ?

— Ce que je blâme? -—Je blâme ce qui est ignoble!... Un acte dont la qualification serait incontestablement une injuro grive*.. Ce que je blâme! vous savez, mon cher monsieur Fargeau, si je suis un batailleur... £b bien! des hommes comme votre cousin, voyez-vous, me feraient sortir de mon caractère I

-^ Je vous prie de vous expliquer, monsieur Besnard, dli Fargeau gravement.

— Cf9 que je blâÉie» reprit Tbomme de loi qui paraissait s'échauffer beaucoup,— c'est le fait d'avoir repris cette promesse de mariage souscrite librement...

— Ob 1... fit Berthe qui eut un sourire.

Il y avait ceci d'étrange, que les deux acteurs de cette farce infâme pouvaient suivre l'effet de leurs discours sur la physionomie de leur victime. Ils étaient tout au plus à dix pas d'elle et ne la perdaient pas un instant de vue.

Le sourire de Berthe eut comme un double reflet sur leurs lèvres de coquins.

Et leur sourire à eux voulait dire :

•—Elle mord!.. «elle mord !... nous allons savoir tout ù rbeure où est la promesse de mariage!

Le sourire de Berthe signifiait, au contraire :

-- Les fousi... Et moi simple que je suis, et moi qui avait peur !

Elle prit silencieusenient la main d*01ivette et la serrs comme pour lui rendre grâces de cette conversation entendue.

L^ main d'Olivette était toute froide.

Olivette trouvait répreuve bien longue. Elle étSfl un peu au supplice.

Les deux dignes acolytes échangèrent un petit signe muet qui disait toute leur satisfaction. Puis Fargeàti reprit :

— Je ne vous comprends pas du tout, monsieur Besnard.

— Cela vous fait encore honneur, mon jeune ami... Je précise... Lucien» — et c^es| Ignoble! — Lucien a soustrait la promesse écrite pour la donner sans doute ^ holocauste à la Meprili^ *> Vifré.

— Ob !... fit Fargeau avec l'amer dégoût d'un honnête homme. Berthe gardait son sourire, mais déjà son cœur battait. Après tout, cette promesse, elle ne Tavait pas toucbée depuis

la veille.

Elle se tourna, d'instinct, vers la cavité moussue que Lucien avait regardée, lorsqu'il avait été question pour la première fois de la promesse.

fiertbe eut peur. Puis ce fut de l'angoisse. Elle se sentait défaillir.

La progression fut si rapide que le sourire restait encore à sa lèvre quand son pauvre cœur était déjà brisé.

Olivette fronçait le sourcil. Ce qui survivait en elle'4'honnète et d'humain allait se révolter.

— Le tour est fait! dit Fargeau à l'oreille de Besnard.

— Oui, répliqua celui-ci, mais Olivette va tout perdre. Il ajouta à voix haute :

•» N'ayez pas l'air de douter, mon jeune ami... Quand je dh une chose, c'est que je suis pertinemment renseigné... J'ai vu de mes yeux la promesse susdite...

— Entre les mains de qui ?

— Parbleu ! entre les mains de la bien-aimée. Berthe s'appuya contre l'épaule d'Olivette.

Puis elle serra son cœur défaillant à deux mains.

Fargeau mit son doigt sur sa bouche en regardant Olivette, et son œil douceâtre se fit si venimeux, que la jeune fille eut froid et tressaillit.

— Faisons semblant de nous en aller, dit Fargeau tout bas.

— Tandis que nous remonterons au château, reprit Besnard en marchant, je vous expliquerai comme quoi j'ai pu savoir...

Le reste de la phrase fut perdu pour Berthe.

— Sont-ils partis ? demanda-t-elle d'une voix éteinte. —Oui... répondit Olivette, toujours fascinée par le regard de

Fargeau qui se rapprochait sans bruit.

Un sanglot souleva la poitrine de Berthe.

— Oh 1... ob !... fit-elle avec désespoir, est-ce que cela est possible, mon Dieu.

Olivette ouvrait la bouche. Fargeau fit un signe. Elle baissa les yeux et se tut

Berthe venait de se redresser. 11 y avait sur son beau visage un solennel espoir.

— OKvette, dit-elle, — ma pauvre enfant... va-t'en... Je veux être seule...

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