‹ Le jeu de la mortChapitre 12 sur 40 · LB 180 DB U VORT · texte numérisé non relu

LB 180 DB U VORT

— Mais, ma bonne demoiselle... commença la Jeune fllle bourrelée de remords.

Un second signe de Fargean l'arrêta conri.

Fargeau, lui aussi» l«i disait de loin, des lèvres et du geste :

— Va-l'en!

Elle courba la tète et fit quelques pas. — C'est vous qui le voulez, ma chère demoiselle Berthe. . . balhulia-t-elle.

— Oui, ma fille... va-t'en... va-t'en !

Olivette s'éloigna. — Avant de tourner la rocbe, elle s'arrêta, elle regarda encore Berthe, immobile à la même place.

— Allons ! dit Besnard qui était tout près d'elle de l'autre côté de la roche, — en route, petite i On n'a plus besoin de vous ici.

Olivette monta le chemin de Geuil...

Berthe demeura longtemps immobile et muette.

Fargeau et Besnard attendaient.

Les maihs de la jeune fille se Joignirent :

— Mon Dieu ! murmura-t-elle; — si cela est vrai, foitet-moi ourir avant d'avoir perdu tout espoir I

Il y avait dans cette prière une douleur si profonde et si ('ouce que Fargeau et Besnard se retournèrent à la fois pour voir si Olivette n'était point revenue par hasard*

Car OliveltCt ébranlée comme elle l'était déjà, n'aurait pu résister à cette prière.

Besnard n'était pas sans éprouver une certaine émotion.

Mais nous devons dire que la sage figure du Jeune M. Fargeau exprimait le calme le plus heureux.

Besnard n'était qu*un misérable, Fargeau était un esprit fort.

Berthe tâtonna, toucha les parois intérieures du chêne et s'orienta. f

— Pardieu, murmura Fargeau, la promesse doit être blen^ près d'ici.

— Nousbrûlons I dit Besnard, qui voulait faire le brave et qui tremblait.

Bcrihe s'arrèla brusquement, son oreille avait saisi un son.

— Y a-i-il quelqu'un ?... demanda-t-elle.

Cûnune perç- «ne ne réiî<>qdait, elle appela Chéri, qui mit

ses deux petites pattes blanches sur k robe de Sa tfiaf tresse.

— Y a-l-B quelqu'un, GhériP demanda eacore Betthe. Chéri connaissait trop Fargeaa pour aboyer. 11 resta lâduet. Berthe arriva devant la cavité moussue que novs aTons déjà

désignée plusieurs fois.

Elle se mit à genoux.

— C'est bien long 1... dit Fargeau.

Besnard était tout biène.

— Mon Dieu '. murmura Bertlie, — et irons, bome Mnte Yierge, ayez pitié de moi !... le suis bien malheureuse, taon Dieu I Je n'ai dans la vie qu'un refuge et qu'un espoir... Oh ! si ce refuge me manque... si cet espoir est brisé... prenez mon âme, mon Dieu... prenez mon âme bien vite !... Je tous le demande à deux genoux I... prenez mon Ims avattt ée lÂ*enlever ma dernière espérance !...

Besnard serra la main de Fargeau.

Il hésitait, — parce que la plainte de cette enfant rem^ait violemment ce qui lui restait de cœur.

Fargeau le repoussa.

~- J'ai des enfants 1... dit Besnard.

Fargeau se prit à sourire durement et répondît :

— Moi, je n'en ai pas.

^ Écoutez ^ reprit Besnard; j*aimerafs mieux la ttièrl Fargeaa haussa les épaules et entra sur la pointe des pieds. ifttait à deux pas derrière Berthe.

Le petit chien Chéri vint jouer entre ses jambes. Berthe se releva.

Besnard détoUJrna la tète pour ne pas voir ce qui allafl se passer.

LB PUITS MWDSIi

Nos personnages étalent placés ainsi : Besnard en dehors le tertre ; — Fargeau et Berthe dans le creux de l'arbre.

Il fallait une heure pour aller et revenir du Geuil,etlly avait bien une heure que Yaume le pàtour était parti, en corn* pagnie de ses vaches.

La nuit tombait rapidement. — C'était peut-être Taume le pMour, cette forme noire qui se cachait entre les grandes branches du ehêne, et qui, l'œil collé à l'un des trous supérieurs du tronc, essayait de voir.

C'était Yaume, ou .bien quelque grand singe échappé des

ménageries roalantes qui vont de Laval à Rennes, à Arest eu i Vannes.

Un singe passe !— mais le pàtour, que serait-il venu faire là?

Censément guetter Olivette. ..

Il grimpait comme un chat, le petit pâtour, voilà ce qui est certain. — Et il y avait une forme noire, immobile, entre les grandes branches du cbène de la Mestivière.

C'était une épreuve terrible que Bertbe allait tenter. Elle était làen face d*un témoin inflexible qui allait condamner Lucien ou rabsoudre, -^«'ést-à-dire décider de son sort à elle, de sa mort ou de sa vie.

De sa main étendue, elle pouvait faire parler l'oracle. Sa destinée était là : son bonheur et son malheur.

Car Fargeau ne s'était pas trompé.

La promesse de mariage se trouvait dans le creux du chêne.

Or, pour s* assurer de la vérité de ces accusations portées contre Lucien, Bertbe n*avait qu'un geste à faire.

Fargeau comptait là-dessus.

Bertbe n'avait qu'à voir si la promesse de mariage était toujours à sa place.

Si la promesse avait disparu, hélas ! tout était dit ; Lucien ne l'aimait plus ; cette conversation entendue était la vérité.

Pius d'espoir! plus de prétexte à douter ! Condamnée, condamnée!

Si, au contraire, la promesse n'avait pas bougé, oh! merci, bonne Vierge! Quelle joie! Lucien calomnié! Toutes ces accusations, mensonges ! De la confiance, et cette fois de la confiance que le doute ne pourra plus ébranler, de l'espoir à plein cœur, de l'amour heureux, — le paradis.

On doit penser si la poitrine de Bertbe battait et si sa pauvre main tremblait.

Elle n'osait plus interroger l'oracle; elle hésitait; tout son être défaillait.

Fargeau s'impatientait derrière elle, car il lui fallait retenir son souffle, et cette situation, en se prolongeant, ne laissait pas que de lui être pénible.

Enfin Berthe leva sa belle main blanche et retira du tronc un paquet de mousse, — puis deux. . .

Fargeau, qui s'était levé sur la pointe des pieds, vit, au fond jâe la cavité, quelque chose de blanc.

Berthe avança la main une troisième fois. Mais elle hésitait

encore. — La main de Fargeau fitt plus leste que la ;»ienne.

11 s'empara de l'objet blanc a\«c une habileté de prestidigita* leur.

La forme noire qui était en haut du chêne s'agita et murmura :

— Censément!... Ohl — Et M. Lucien qu'est à Vitré 1

Puis elle se laissa glisser le long d'une grande branche qui pentlait, en dehors du tertre, sur la route de la ville.

Besnard leva les yeux en l'air, et vit comme une masse som* bre qui roulait vers la Vesvre.

Il crut reconnaître le pâtour.

Fargeau sortait du chêne avec sa proie conquise.

— C'est fait, dit-il froidement.

Besnard lui montra d'un geste muet la forme noire qui descendait en courant.

Fargeau pàlil.

— Lucien est à Vitré I... murmura-t-il.

Puis il ajouta :

— Après tout, s'il faut parler aux Bombions... eh bien! on leur parlera.

Il prit le bras de Besnard, et tous deux se mirent à marcher lentement dans la direction du Ceuil.

En ce moment fierthe, domptant sa crainte, plongeait sa main dans le trou.

Ses doigts touchèrent le bois mort.

Elle chercha. — Elle chercha. — Puis elle poussa un cri déchirant.

Puis elle tomba brisée sur le sol.

Elle n'était pas évanouie, mais elle ne bougeait plus. — Chéri tournait autour d'elle et lui léchait les mains en geignant...

A cent pas des deux roches qui flanquaient l'entrée de la Mt'stivière, Fargeau et Besnard commencèrent à entendre un cri lointain et périodique, qui venait d'en haut et qui se rapprochait sans cesse.

Au bout de quelques minutes, ce cri se fit distinct et se cadença sur les notes plaintives de l'appel usité dans les campagnes de rille-et-Vilaine.

— Ho I ho ! monsieur Fargeau I ho I ho I

— C'est la voix de Pierre Mêchet 1 dit Besnard. Us pressèrent le pas.

— Ho! bol monsieur Fargeau I bol bol disait toujours la voix.

— Ho! fcd! cria Thomme d'affaires.

L'instant d'après on entendit un pas de èourse int Therbe, et Pierre Mêchet parut dans l'ombre qui atiait s'épalssîssant.

— Respect de vous, monsieur Fargeau! dît-ii de fùîn; c'est de la part de papa Romblon.

Page 1