‹ Le jeu de la mortChapitre 17 sur 40 · LE«S IT LIBÉRALITÉS · texte numérisé non relu

LE«S IT LIBÉRALITÉS

Le testament continuait ainsi :

« N'ayant point l'espérance de vivre plus de Irôis Ou tjuatre ans, alors même que je me garderais de nies p^réhts et de n^ amis, je laisse aller les cboses à la voloàlé dtl bHëafd, le seul dieu qui ait jamais régi le nlonde.

« Et je dispose de mes biens niéubles et ihiMeûbi^s laihsi qu'il suit :... »

II y eut un soupir de bien-être autour de la table.

Le succès se dessinait.

Cousin- et- Ami Ût un geste digne pour démaudelr le silence, et poursuivit :

« Je possède environ deux millions de fortune conquis à différents métiers. Si l'argent conservait Todeur de son origine, peut-être que le mien ne sentirait pas bon. Mes hériliers auront l'obligeance de passer là-dessus, j'en suis sâr.

« Je donne et lègue :

« 10 A madame Marion, rentière, avéé laqtielle j'ai pu passer à l'occasion quelques heures agréables, un flacoh d'eau de Cologne entamé qui est dahs ma table de nuit, d'eux pois de pommade et une bouteille d'eau-de-vie, — le tout l^uV ttii'elle ait bon souvenir de moi.

a go A. M. Fargeau Créhu de la Saulays, mon neveu à la mode de Bretagne, la onzième partie de tous mes biens meubles et immeubles, à la cbargt d'acquitter sa part dû legs précité.

U IBU mi U MORT tM

« Mon neveu Fargeau est un ptnvre garçon iiut tnit tout intérêt i se faire bonnéte bomme. En suivant la llgno droite, il aurait eu toutes les chances possibles d'être très ricbe. Mais empêchez donc un limier de cbasserl Mon neveu Fai^^eau, constitué en coquin, est un coquin, et sera toujours un coquin.

« Je Tai nourri dès son enianee; je l*ai traité à peu près comme mon fils. Depuis qu'il a Tdge de raison^ il songé à m'envoyer dans un monde mdlleur : c'est pour cela que je lui donne la onzième partie de mes biens, car, en définitive, voilà éomm ou quinte ans qu'il a TAge de raisc» ; il attrait pu lO défaire de moi plus tôt.

< Je le prie de recevoir mes remeretments... »

— Méchant, mêuie après sa iBort! grommela Fargeaa qui ëcumait de rage.

Tout le monde riait sous cape. B^snard IttiHuème iw pouvait maîtriser son hilarité. Cependant^ Fargeau Taya&t règîrdé en face, rbomme de loi prit une figure da cireonaCtBoe ot murmura au hasard :

— C'est ignoble !«.. igooblel

« 30 Heprenait le testamenti — 4 M. iMkm €lréhu de la Saulays, mon neveu à la mode de Bretagne, k la charge d*ae^ quitter sa part du premier legs précité, je lègve égalMcat la onzième parUe de mes biens meubles et imneubtes.

« Lucien n'a que vingt ans. -*- Ses vices ae sent pas fiMinés, Cela viendra.

« 40 A M. le docteur Morin, moamédeeift, je éonne €( lègne. pour ses bons soios, la omiéio» partie de mes Ucbs melibles èl immeubles, à la charge d'acquitter sa part du prep^er legè ci-dessus, au profit de madswe Marîeo, raatlère,.

« Je ne pourrais que répéter à l'égard du docteur Moria et

Îuej*ai ditâ l'égard de Far#eatt. — Il y a dix-huit fi» «pie le octeur me traite : je lui dois éOBù j«ste dix-hail ans. « Bans la grande famille formée désormais par mesliéiitSer^ Fargeau sera la yj^ètt, et le bon doMtor éaca mlMtoa de renouveler fOB veuia.

« 6^ k É. de MaudreuiL.. >

— Messieurs, s'interrompit Cousin-et-l«Éi loima Mit mm artiolet mam% KtM 4es auMo, ^sêbê^ pmmr uÉte t^Mbe..^ Nous savons tous que notre vénérable ami ^el cowito «?aiC«i naturel caustique^.

— àUez, allez l dit-oa à la roade.

lEt le fantôme ajouta Innocemment :

i9S Ll IBU DE LA MdAT

— Allez, allez, allez, allez I

« 50 A M. de Maudreuil, la onzième partie, etc., à charge d'acquitter, etc.

« Quoique M. de Maudreuil ne soit à ma connaissance ni un voleur dans la rigoureuse acception du mot, ni un assassin, je veux bien néanmoins le comprendre dans la liste de mes libéralités testamentaires. — Cet homme est, en effet, pourvu de l'amour immodéré des successions. Bien dirigé, cet amour-là peut mener à tout.

« J'espère que M. de Maudreuil fera beaucoup enrager ses cohéritiers.

« Je place ici une mention qui a son importance. Maudreuil m*a fait trois mille visites; je l'ai reçu trois fois. Il m'a dit pis que pendre de tous les honorables parents et amis qui ont leur place dans mon testament... >

— Oh ! fit l'assemblée indignée.

«... Il en est de même de Fargeau, reprit Cousin-et-Ami sans s'émouvoir, du cher docteur Morin, dé Besnard et des autres.

« Mes enfants, je vous ai choisis vous détestant tous. Vous êtes dans les meilleures conditions pour vous entre-dévorer. Ne trompez pas Tespérance d'un mourant. Aiguisez vos dénis, et pas de paresse!... «

Ma foi, le fantôme se frotta les mains à cette apostroplie véritablement éloquente.

Les héritiers avaient pris leur parti et buvaient assez bien.

Quelques-uns commençaient à voir les chandelles doubles.

« 60 A M. Houëi, je donne et lègue la onzième parlie, etc., ft la charge d'acquitter, etc.

« A ceux qui s'étonneraient de me voir favoriser ainsi un vieux grimaudqui jouit d'une réputation passable, je répondrai ceci :

« Le vieux Houëi est somnambule. Une nuit, il prit dans ses bras ma cousine Houëi, sa femme, et la mit au fond de l'étang de Bréhaim... »

— Horreur !... s'écria le bonhomme Houëi.

— Prenez garde! dit Cousin-et-Ami, si vous repoussez le motif du legs.,.

Houêl but up coup.

— Bah! ftt-il avec résîgnatîon, puisqu'il dit que c'était en dormant; allez toujours !

« 70 A M« Menand jeune ( même formule de donation), fotrjours à charge d'acquitter le premier le^ en faveur 4e piadame Marion, rentière.

tE JEU DE LA MORT 193

« Henand Jeune e^t notaire, stupide et filon.

< Trois bonnes choses qull faut encourager... »

L'Artichaut ne broncha pas. Seulement, au mot filou, il tira de sa poche une échalotte quil pela avec effronterie.

Etait-ce donc vrai PMenand jeune, notaire, s'adonnait-il à de coupables détournements?

Citoyens! nous ne vous l'avions pas dit, mais il paraît vraiment que l'Artichaut n'avait point de moralité.

« 8^ A M. Besnard, homme de loi ( même fêrmule ).

« Normand, recouvert de Breton, et doublé de Manceau. * « J'estime qu'il n'y a pas, de Rennes à Laval, un drôle plus impudent que ce Besnard.

« Il jouera son rôle dans notre affaire, et le diable sera con tent de lui.

« 90 A mademoiselle Olivette, la onzième partie, etc. »

— Bon! pensa Menand jeune, qui croquait son échalotte avec une acre volupté, — voyons ce qu'il dit de ma femme î

« — Joli brin de fille, tous les bons germes dune peste. Ambitieuse, orgueilleuse, menteuse.

« Je compte énormément sur elle.

« Auprès de cette charmante enfant, madame Marion, rentière, est un cœur sensible.

« 40» A TiennetBIône... »

11 y eut comme un mouvement derrière le rideau.

Mais outre que personne ne faisait attention au rideau, il y avait de la fumée de rhum dans toutes les tèies, et l'orgie, pour être sérieuse et presque isomnolente, n'en allait pas moins son train.

« ... A Tiennet Blône, la onzième partie, etc.

« Ceci est une faiblesse, ce que les sots appellent un devoir.

« Mais l'enfant pourra bien casser par-cï par-là une tête, et ce n'est pas à dédaigner.

« C'est égal. Le remords de ma conscience me dit que je fais là une bonne action... »

Et penser que ces audacieux paradoxes ne produisaient pas le moindre effet.

0 brutes Yitriâses ou Yesvronniens ! étiez-vous dignes d'écouter ce sublime testament ?

0 Jean-dela-Mer! ô philosophe ! pourquoi jeter ainsi tes perles aux pourceaux?

« 1 1* A M. Félix de Guérineul (même formule).

« 11 faut dans toute farce un gentillàtre grotesque.

if4 il IBU Dl LA MORT

« Que mon eoMStn Guérineul aH i'obligoaBce â*icoe^r ce rôle, dont il s'acquittera ai bien««. >

^ Nom de Meure 1 dit Gitérineul, -^ al qtielqu'an de vivant vent répéter ça» ]e l'arranterait... à moitia pourtant qu'il aé paie la mêaM prix qua le vitux fou» noni de foiaurel

« 42<> Enfin, Je donne et lègue à M. Honoré Cfélin do Pélihoui mon bien*aimé frère« qui prêta à la petite aamaine dema le culde-sac du PuitS'Rondel) k Vitré, soua le nom de M. Honoré, le happe-monnaie» la ooaième partie restante) è charge, etc. (Toq|ours la legs an faveur de madame MarloA» itnâère.)

« Et Je le nomma mon ^é^uteur testamemaire. »

Un soupir de soulagement courut aatour dé la table*

-^ Nom d'un petit nom de nom! a'écHa Chiêdnatil) ^ voilà un vieux qui était embêtant comme Tembêtement en tjrand (..* Cest fini» paa vrai?

*- Ça m*a Tair flnii dit le vieux Houël«

— Nous avons toua notre affaire, igonta Beanard : -^ éeè ii^urea et de Targent»

Cependant Gousin-et-Ami, qui oontinusdt de lire tout bas, était soudain devenu presque aussi bl^im que le jeune M. Fargeau.

— Non, messieurs, dit-il d*un acoemt ptaMir^ «^ non, ce n*est pas fini!... et nous sommes perdus f..^ Notn» ami et cousin, que Je ne qualifie pas td» s'est moqué de nous de la feçon 1^ plus inbumaine.

Toutes les figures s'allongèrent, excepté celte du fantôme. Honoré le happeHMonnaie, qui ne pouvait plus s'allonger, souà peine de rentrer dans la définition de la ligne géométrique.

— Qu'y a-t-il donc ? qu'y a4-il donc? d^nanda toi^ le monde à la fois.

— Ecoules» dit Gousin-et-Ami aveclasolenallédudésespoir: « Chacun des légataires ci-dessus dénoaMièa oMeadlra te

délivrance de son le|^ k «a diligence.

« Pour ce, il devra signer un acte coHeotif ^ chacun des lè^ gataires s'engagera à verser amiuellemf m, sutvani les fermes réglées dans des instructions remises par moi âuion bien-aknè frère, te MalMé 4es reveava anmets aBèrents 4 son !<^» dans une caisse commune.

* La souMne provenant de cëa iFersements devant appartenir en totalité au dernier survivant de met^a légataires, à 11 charge par lui éè iarvlrle teél VftfMk en ftveiur de madame Manon, rentière*

W iW d| LA MORT iW

« Faate par mesdito légataires de remplir toeitemeal «eUe conditioB el de s*y engager par avanœ^

« Je dèelare donner el léguer la totalisé de mes biens ttea« blés et immeubles à Bertbe Grébu de la Saalays» ma niôee» **f à la cbarge par elle d'acquitter le legs r^ervéi eomme il est dit k l'article premier du présent aote^ en ùtveur de madame Iblion, rentière; >

Ce fut comme un coup de massue asséné sur toutes les têtes*

Personne ne fit atlientioll à la mauvaise piaisanteHe du legs (le madame Mârion» rentière, qui revenait t^yours, et qui consistait en un flacon d*eau de Gologte entamé, deux pots de pommade et une bouteille d'eau-de-vie*

L*aimable gaHé qui avait accÉeiUi le décès de Jei»-de»la4ler s*était envolée pour toujours!

Une caisse commune ! une caisse oft il IsyiHt que ebaque lé* gstaire versât là t^tûkté de ses revenuSi

Pour le tout appartenir <parlonS un peu ce deux français des tangues noires), pour le tout appartenir au dernier survivant de la bande.

Un siècle à attendre!

En somme, an lieu d'une succession, une tontine I

L'assistance fut bien dix minutes à te remettre.

Guérineul prit le premier la parole.

— Alors, ça nous passera sous Je nezP dit-H» -^e'est du propre!

— Voyons, insinua le vieux fiouêl, — est-ce qu'il n'y au* l'ait pas moyen ?.^. Kous soÉftmes ici entre mhs.

— Arranger?... murmura Besfiard.

— Supprimer P^.. appuya ce bon docteur Morf». *^GorrtgerPu. reprit Gousin-ec-Ami ^i regarda Menand

jeune.

n ajouta en caressattt répautedel'Anicbaut :

— Dans votre état, monsieur et ami, on n'est pas sans s»* voir donner à pt^opOs un petit coup de grattoir..-.

L'Artichaut souHl aVec une malicieuse candeur^ œmrtfc une f^iliètte é qui l'on dH qu'dle a dé b^eaui yeux.

Ge sourire fioit comme un rayon d'espoir. Besttard, Ifaudreuil, Hoùël et Gnérinctal emplirent leur verre i lu santé 4» Menand ]eutitt qiif àitiifl peM-€tre sauver la pitrie4

A force de réfétbiir, Ù\ Fai^geau, qui était ta raîiiMi mtim^

IM LB l£0 DE LA MORT

revenait à penser qu'il ne faut point bouder contre ses propres intérêts. 11 avait espéré mieux, c*est vrai. Mais les choses semblaient prendre une tounmre assez bizarre pour que la pêche en eau trouble fût bonne. .

Il fallait se tenir prêt.

Besnard tira un grattoir de sa poche.

— Allons, Menand, dit-il, travaillonis un peu çat

— Tonnerre de Landerneau, mon vieux Artichaut, s'écria Guérineul, *- si vous nettoyez ce chiffon -là, je vous paie tout ce que vous voudrez.

Et tout le monde de caresser ce digne Menand et de dire :

— Allons, Menand ! mon petit Menand ! à la- besogne. Menand jeune prit le grattoir.

Mais au moment où il allait montrer son savoir-faire» le manche à balai qui servait de bras au fantôme s'allongea subitement.

M. Honoré ne voulait pas.

— Permettez, permettez, permettez! dit ce bon petit spectre avec politesse; vous perdez votre temps, mes chers consorts!... Je ne suis pas bégueule du tout, au moins... Oh! du tout, du tout, du tout!... Un petit faux entre amis, ça se fait... C'est simple comme bonjour... Mais le vieux Gréhu qui nous regardait, tous tant que nous sommes, comme des coquins honteux, pardon de l'expression, a pris ses précautions... Oui, oui, oui ! • ^

— Expliquez-vous, dit Maudreuil.

Le fantôme mit le grattoir dans sa poche. Il ne faut rieo perdre.

— Bien volontiers, bien volontiers, bien volontiers ! répliqua-t-il, — je vous aime déjà comme si vous étiez tous mes enfants... Oui, oui !... Voilà donc l'histoire... Jean Créhu a déposé un double de son testament chez M. Robillais, notaire royal, à Rennes, place du Champ-Jacquet, n* J, à Teritresol.

Toutes les figures exprimèrent la plus complète consternation.

Un testament pareil, déposé chez un notaire!

—Écoutez-moi, mes agneaux, reprit le fantôme, —et ne pleurez pas... Le double, qui est chez le notaire, ne contient que le préambule philosophique et renonciation des legs... On n'y parle point des mérites de chacun de nous. ^ Ce que M. de Maudreuil vient de lire est une pièee confidentielle... Tout cela est parfaitement expliqué dans mes instructions.

LB JEU Dl LA MORT 197

— Vos iDstroctîons f répétèrent quelques Toix.

— Ouf, oui, oui, mes chères créatures "J... ie vais* vous en donner loyalement connaissance... Mais buvons un peu pour avoir le coeur gai, n*est-ce pas?

11 avala un formidable verre de rhum » et chacun Timita, parce que chacun sentait instinctivement qu'il allait avoir besoin de courage.

La peur combattit Tivresse, avant que l'ivresse ne vînt dompter la peur. Elle était lente à monter, l'ivresse.

Le fantôme mit sa petite tabatière d*arg?ntà côté de lut, posa sur son nez mince et recourbé des lunettes de fer, en pincettes, et prit plusieurs papiers dans la poche de sa houppelande...

Derrière le rideau, Tienaet et Berthe étaient immobiles et retenaient leur souffle.

Tiennet avait son œil à la fente de la draperie.

BerthV écoutait. — C'était pour elle comme un rêve étrange et pénible.

M. Honoré déplia une lettre et lut :

« Mon frère,

« En ne me donnant point signe de vie depuis quinze ans que je suis de retour au pays, vous avez fait preuve de prudence et de discrétion.

« Je n'ai aucune espèce d'envie de vous voir, mais je ne répugne pas à vous fournir une marque de bon souvenir.

« J'ai fait un testament en faveur de onze personnes, vous compris; sur les onze, il y a, vous compris, neuf flefifés misérables. — J'avoue que si j*en avais trouvé plus de neuf dans le pays, j'aurais pu étendre le cercle de mes libéralités.

« J'ai bien pensé aux Romblon, —mais j'ai besoin des Rom* b]on ailleurs.

« Vous trouverez ci-joint un acte d'adhésion aux clauses du testament- Votre premier devoir est de le faire signer à tous mes héritiers.

« Gomme il ne faut pas que le caprice d'un seul nuise aux intérêts de tous, une clause^ consignée dans mon testament déposé, établit que l'acceptation de la majorité des héritiers validera l'acte.

« Les dissidents perdront leur part qui retournera à lamasse.

« Votre second devoir est de veiller à ce que soit faite avec soin la délivrance du legs alloué à madame Marion, rentière.

19S h» m ra Là non

« Votre troMtae dtfofarMl de Mrvfr â» etfissk» àra^^oelattofi ^e fémerdnt met léritiertf fl«r )e né yeux pa» qu'on verse lee revenoe ftilieiiri ^iadMie m tnm ïAuà ûùb.

« Les versements se feront amMellement, softs peine de déchètneé, el teis le forme qiri sera dèllUèrée an lovper des funérailles par mes feéritters esJHBéBMS*

< Enfin, votre quatrième devoir est d'expliquer un pea à oes drMes le fond de ma pensée q«e vOds trenVeres dmis une lettre ci«)olnle, lettre qse to«a vendrez bien briler awssitôl s^rès FaVotr lae.

« Le double dé mon testemenl se trouve, ele«r^ ele*» eto. »

Le reste de la letire n'apprendrait non au lecteur, ^ sauf pourtant certain paragraphe qui porta au comble la constema- Uon des héritiers.

Ce parai raphe disait :

« Vous aurez à prévenir ces messieurs de ee foit que mon testament déposé leur donné vingt ans pour jouer leur partie. Après ces vingt ans* comme il finit que tout ait une In, s'ils n'ont pas terminé V affaire, la clause résolutoire précitée sor* tira son effet, et ma nièce ierthe héritera non-seulement de mes biens, mais aussi des sommes accumulées, -- à la charge par elle de sertir, s'il ne Test pas encore, le legs attribué à madame Marioni r«atière. >

Le fantôme posa ses lunettes de fer sur la table, prit une prito qui fit étemnêr ses voisini, et troota au fond dé sa poche une écritoire avec sa ptlioto.

Il mit lÉ plnme et l'éeHtoife lu b^n millen de ta napt>e et poûs6fl auprès lé papier timbré portant adh^oit é toutes les èlauseé du testaments

>- Signêl, slgtièz, itgfiéz^ tnéé iftignéHfê) dft^il d*fm àif 6fi^ ga^afit et folâtre.

Personne ne bougea.

— Oh! tes vilains! lés vilains! les vilatnâi! reprit le fkntôihé avec caresse. — AlmeM-ilS donc mieux voir lès deut millions tomber à la demoiselle?

11 y eut un mouvement. On but : te rhum semblait amer : c'était désormais une médecine contre la peur qui venait.

Car, derrière toutes ces préparations si fi^oides, on sentait comme une odeur de sang.

Ce vieux Jean Gréhu étaittè diable ! — $on testament brûlait tous ceux qu'il touchait comme le feu de Tenfor I

LB IIU DB Ul MKf Ifl

€aMfi^-àM pHt le pivier tMbté^ le M a rtfeB» roiie main un peu tremblante.

C'était uœ acceptation p«rè et 9iimpl8, ftnrt inneeenté en la fanne^ des cenditioBs inscrites au testattient.

Hottêl fit comme Ck)Qsin-^t-'Ami) pitis €iiéFiBeid« pute Me^ nand jeune^ puis Morin^ pois Besoardi

Quand ce fut au tour de Fargeau, il dit :

-^ Yous 4ui êtes légiste, sâittre Besnard, qu'arrlrerali-il si nous refusions d'accepter les conditions imposées par le déftint P

— La suceesâiofi s*ouyrirâit immédiatement au profit de mademoiselle Bertbei

— Et si nademoiselte Berâie étatt morte ? Besnard se frappa le front.

-^ Déchirez ce papier f 8'écria4-tt ; «^ Bons sommes les BUttres...

Mais Fargeau signa tranquillement et rendit le papier timbré au fantôme, qui le fit disparaître InoontioeÉt dan» les pocbes de sa houppelande.

— • Que foites-tous?... balbutia Besnai'd étonnée

— Ce n*est pas la onzième partie des bieâs de la Saulayé qu'il me faut, pronon^ Fargeaa ail bout des lèVresi ^ c'est le tout !

Le fantôme fut si enchanté de eette belle parole qu'il allongea les os de èes bras à travers la tiû)le et caressa paternellement le fiienton de Fargeau.

Pais il se dressa tout d'ttne pièce et leva son Yerré :

— Au dernier Vivant ! dit^U d'uhe voii qui Vibra comme \xù coup de tam^tami

LB i£ti né tÀ koii

Ce toast : Au dernier vivant ! n*eut point l'effet Joyeux que semblait en attendre son auteur»

Il mit du froid dans toutes les veines.

Ali lieu de boire» chacun regarda son toisin, coffime pour calculer ses chances de survie.

Morin se disait : «-« SI seulement ils Voulaient tous devenir mes clients I

Maudreuil cëntem[^aU avee envie les larges éj^ules de 6ué» Hneul;

Besnard se demandait, enlbrghantMeBahdielme^ combien de temps l'oignon, le vieux chanvre et le cassis peuvent prolonger Texlsteiàoe d un Artichaut.

Mais point d'entbousiasme; un frisson général : on eût dit que le rhum s'était tourné en eau.

— Mauvais, mauvais, mauvais I mes bons petits amis, murmura le fantôme d'un ton de reproche; — ça ne va pas!... nous ne sommes pas à la hauteur... Passez-moi ce grand bol d'argent : je vais vous faire du punch, et je vous promets que ça vous réveillera.

Il s'entendait à faire le punch , ce vieux M. Honoré , le happe-monnaie.

Tout ce qui restait de flacons de rhum et d'eau-de-vie sur la table fut vidé dans le bol. Cousin-et-Ami prétendit même par la suite que le fantôme y avait versé autre chose que du rhum ou de Teau-de-vie.

Le contenu dune petite fiole qu'il avait tirée on ne sait d'où, et qu'il fit disparaître avec une adresse de prestidigitateur.

Mais Gousin-et-Ami a toujours passé pour un faiseur d'embarras.

Ce qui est certain, c'est que le punch était fameux, au dire du jeune M. de Guérineul.

Au second verre, tout le monde avait la tête haute et les yeux allumés.

Le fantôme jeta à la ronde un regard de satisfaction.

— Voilà qui est bien, bien, bien, bien, mes jolis mignons, dit-il; — nous sommes en état de parler raison... Ecoulezmoi gentiment! Tout ce qu'on vient de vous lire, c'est de la bagatelle 1... Vous sentez bien que M. Jean Gréhu ne comptait pas vous voir jeter' dans un trou vos revenus pendant cinquante ans... Je vais vous dire le fin mot, moi.

— Voyons le fin mot I cria l'assemblée avide , tout d'une voix.

— Nous sommes constitués en tontine, n'est-ce pas ? reprit le fantôme. Eh bien! quel est le but de tout membre d'une tontine? Vivre plus longtemps que ses associés... Est-ce clairP

-- C'est clair !

— Ce but des membres d'une tontine est supposé hors de la puissance de chacun. Rendons à la tontine sa sincérité ; — abaissons le but pour que chacun puisse y mettre le doigt..* Au lieu de laisser le hasard mener notre partie, prenons dos cartes, morbleu ! et jouons notre jeu !

On ne comprenait pas bien.

Fargeau tout seul avait un sourire aigu autour de la lèvre.

LB IEI} DE LA MORT tOl

— Buvez î reprit le fantôme.

Ce nétait que le troisième verre de cet excellent punch, et chacun voyait déjà valser les chandelles.

— L'enjeu est de deux millions !... reprit M. Honoré.

— Ah çà! interrompit Morin, — est-ce véritablement une partie de cartes que vous nous proposez ?

— J*en suis ! dit le vieux Houêl, qui n'était pas sans avoir appris , dans sa longue carrière, à faire sauter un peu la coupe.

— Moi aussi, tonnerre deLandemeau ! s'écria Guérineul;— mais j'aimerais mieux ça en vingt-quatre secs, au billard, la rouge bonne au même et pas de coups de bas !

— Ton ton ton ton ton ton I fit M. Honoré d'un air malin, — à d'autres, mes petites garçailles !... Au jeu dont je vous parle, voyez-vous bien, on ne paie pas volontiers ses dettes... C'est le jeu de la mort, mes vrais amis... Tout perdant doit coucher au cimetière!

Les fauteuils grincèrent sur le parquet. Chacun se recula de son voisin avec défiance. On comprenait.

Et la sueur froide perlait à tous les fronts.

— Buvez, mes agneaux ! reprit encore le fantôme ; tout est bon pour jouer ce jeu-là... Des fusils', des pistolets, une bonne grosse pierre dans la tempe, un petit coup de couteau entre les côtes... la calomnie bien entendue, la délation dirigée comme il faut... une poussée amicale au bord d'un précipice... — Tenez ! ajouta- t-il, quelques gouttes d'une chose que je sais bien dans un bol de punch comme celui-ci...

Les convives devinrent livides et regardèrent leurs verres avec horreur.

Le fantôme se prit à ricaner bonnement.

— N'ayez pas peuri dit-il en avalant un grand coup de punch ; — vous voyez bien que le jeu n'est pas commencé!

Il remplit les verres à la ronde.

Puis, comme s'il se fût agi de la chose la plus simple, il demanda en souriant :

— Est-ce convenu, mes bons petits chéris t

La réponse se fit attendre. — Mais ce punch était endiablé!

— Moi, je dis oui, pour ma part, prononça résolument Fargeau.

— Moi, je dis oui, nom de bleui cria Guérineul ; — pre-^ nonsles couteaux de table et gagnons notre vie I

— Oui, — oui, — oui ! répét4»HW *• 10*!^ 9^f^ Les Y«ix ^Iftteil tmi^rm H Ids vim^ folsupi/i^r Il y avait une profoade Malituii mf U iiup igm du fantônM.

Il ne 8*agit que de metti^e m tfrin les gêna. {iS feutApe i»vaU à modérer neintmant i'^r^iettr 4iaa e0wnye$, ^ voulaient jeuer tout de aoite kotJt% 4$h M9rh

Guérineid avait saisi bel et bien son couteau de table, pour §agner ês 94e ^ eovme U lëêt^ Um$M Jaun#, iVM^Qtrant ici le discemeiBept le ffaia èîMmH^ avAtt pris le ^OMtelas qui servait à découper, ^ tt# vrai «akr^ 4# my^m !

L'Àrtieiiaiii, méprieé par un vulgaire igf^Mfi, P^um vous <MHiser ptas d'ace ibis de la SJiHrpris» pour fi^cellaace ^e ses

La baganne ièliit cepeaëait lawiim», ^ pieraorn» ne «emr blait disposé à reculer.

Ce qu*il y avait dana ê0 e^q^in de fmoh, llenaBd J'apotiiicaire, le frère aioè de MettiHl jeuoi , aiprait pu vi^ufs le dire, car c'était chez ce Menand que M. Honoré, le b^|i^-iQOQ0aie, achetait ses friaadis«$^

Noa^eiriettfiBt nos Uomme$ til»ie^% iviea, mais ï^ avaient le :diable m coips* Leç c<MAeai» de table bnjlaieàt dans toate^ les BniM. pncore «ne «niui^, /et ce fostîn aUeit finir coowe «ne partie 4e pUdair «clique*

^YoUàiebota petâU «nfantol ir«iMtt le &«ttaie! — Nû^s «vona ie temps de noiis y mettre, mes i;ar€ailkiS... Clous pouvons bien causttr tranquillemeBt ce aoir... Ôematn, il fera jour.

^ Bofifaonme ! dit Ouénneul, -^ Aoj, on Vepverra au diable avec une chiquenaude ! . . .

— Savoir, savoir, «asoirl... mmnmra le yieiUard m adreslant 4 «Gnénaiieul un petîtaigae delète patemal; -*- le laoreao est i^lart 4«e la idpène... n*esHve |»aa, monaieHr ^fmymiiP et la vipère tue îe taureau... le vois là de boAs gi^i^^s qui £oat mieia armés ^pie vona, montiaur de fittérnieul... Voilà un Besnard qui doit avoir plus d'un tour dans son aae.*. K le docteur Morin Amel... Âh ! mws liroia, SMm rirons» nous rirons 1

U remît aon menton mprafiadaiixpoaQe8,.et aes jÊSOi s'éteignirent. '

^^9 «Mendant , pourmâvltrél, ^ régions n^ Ms, «es agneaux^etnelMivnîdtta: i^ voua ^lestoua tomba* aous la

LB iB€ M LA MbWt

(abie... Si ¥<Nistt'e«er^«i, iioi» IftfMi irèfe itfiireett^ * Poun^Hol çaP 4eœaiiéa Favgeaa*

— Autant vaut commencer tout 4é «vile 1 di^ Ceuato-et- Ami.

•p- Ita lout f «wttoiit mwt^ à «(MU eccu]^ 4es ai>M&t8.

— C'est vni, «^«6l wai f 8*4erift4*<m À la Y0B4le.«.

— Lee absente <Mit toujours €ort f reprit le fanième, fui n'était ))as à TaM 4u noC pmr rire ; -«- quand nous «iux)B6 fait leur itfaire, nous novs oecu^ovft des a6tre^... Qu'est-ce que c'est que ce Tîertnet B16ne ?

— Un gaps de seUe ans, répondit Fëirgea^.

— Qui n^e&t pas éloigoè d^ se croire le th m^nH d« éèfuRl, ajouta CousïTl-e^Am^.

^ Et qui donne truqueusnt te coup du bélier I acheva 6uéritieul avec un accent de sincère admiration. --Peut-OD commencer (>ar luif demauda lo faattae.

— Je crois i>ien ! s'écria Morin , —c'est lai quia été diercher cet àne bâté de Mèaiilie !

— Bumt fli Guéria£ul, — lefi R<mibTon ï^rsadroBt okaud pour cette affaire-là,

, — Ça regarde Ja succession, dit Cousin-ct-Ani.

•^ fil oti la ttemdn^Uêm, «« TieMMt^ 4ena&da sbook le HeUlard.

-w H «st ^râ ce aotf , rèfMadit F^ngea», powr allor prèfoiiir non coo^ Lucien è Vitié.

Il y «Ht «m peut sHenee, après ^ptoi dousbi-^t^Anii feprlt :

— Hoss jcwons tons le mtee Jeu, que 4iablel... dans les circonstances ob nous somnes, t'assosskiat f^ardsonnon... Messieurs, Je suis un ^a&t honne^..

^ Et moi donc!... Interrompit €iièftae«l. —Et moi!

— EtJBOil

— Nous sommes tous de calants lionnesl poursuivit €ou« sin-et-Ami ; — c'est le teslamrat 4e noire vénéré ami etfousin qui nous pousse dans cette voie..» «ioi, Je nf^n lave les mains.

L'AKidiant ragarda les siennes. •— CeKe métaphore usuelle et ilUlque avait (ouionvs ehoqué «es 4ii^iMles.

— Quant à la troisième personne absente, eontÎHua M. de Maudreuil, son mari que voilà (U montrak Menand jeune qui i^sait la râie) «lous apportera sa ^sîgnatare... Voulez-vous que nous fassions appeler les ^eux «essieups |tond)lenP

204 LE lEU DB LA MORT

Toujours poli, ce Coosia*et-Âmi, les messieurs Romblon !

— Les Romblon ! dit Fargeau avec répugnance ; -~ ils ont une si détestable réputation I

Guérineul éclata de rire.

— Nom de bleure ! s*écria-t-il, après la partie, Faîteau, je vous empaUlerai !... vous valez ça ! parole sacrée!

La discussion s'établit sur la question de savoir s'il fallait, oui ou n^nV avoir recours aux talents de Romblon père et fils.

Nous avons déjà beaucoup parlé de ces Romblon, mais on ne les a pas encore vus à l'œuvre.

II faut un peu de patience. Le métier des Romblon n'était pas de ceux qui occupent un bomme tous les jours. Sous peu, nous verrous bien ce qu'ils savaient faire.

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