‹ Le jeu de la mortChapitre 3 sur 40 · LE CIERGE · texte numérisé non relu

LE CIERGE

Yaume le pâtour (berger) avatt vingt-trois ou vingt quatre ans, juste l'âge qu'il fallait pour épouser les dix-huit ans d 0livetle. C'était un bon garçon, honnête, dévoué, sachant tresser aussi bien qu'un autre un chapeau de paille à cinq et même A sept brins, sachant graduar la corde d'un fouet, taiHer un sifflet et boire une pleine éçuellée.

Au physique, il n'était pas trop mal bâti, et sa ronde figure s'encadrait bonnement dans ses cheveux coupés à la Jean- Gilles.

Plus d'une fille de Vesvron avait pensé à lui. —Et pourtant, il avait raison de treûibler en suivant le regard qu'Olivette jetait au beau dormeur. *

Olivette avait la prétention d'être un peu plus qu'une paysanne, et par le fait son frais rifmois ne ressemblait guère aux fafces larges et hâtées de ses compagnes. Elle portait d'ailleurs des robes d'indienne l'été, des robes de mérinos lisse l'hiver, ce qui la mettait tant â fait au-dessus du commun.

Pour une personne distinguée comme l'était Olivette, Yaume était peut-être un peu bas placé sur les degrés de réchelle sociale. — Olivette aurait pu demander que son futur portât au moins la livrée.

Mais sa fantaisie n'allait point de ce c6té-Ià. Le valet de chambre de Jean Créhu, lequel avait un vieil habit gris à galons pelés, pour les jours où l'on allait à Vitré, ne séduisait en aucune façon la jolie fille. L'heureux mortel qui donnait de petits battements à son cœur, — nous disons petîtâ, parce que ', le cœur d'Olivette ne battait qu'à bon escient et pas beaucoup,

— cet heureux mortel n'avait ni galons rouges ni chapeau bordé. C'était Tiennet. *— le beau Tiennet Blône, — le dormeur qui

se faisait en ce moment un oreiller de ses grands cheveux noirs.

Âh ! si Tiennet avait voulu !.«.

Mais Tiennet avait, ma foi. b|en antçe chçse en t^^e !

En attendant le pauvre Yaume était Jaloux à fairç pitié.

Son œil tvait suivi PœU d'Olivette. ^ Et Dieu sait que ce n'était pas la premièrt fois que l'œil fripon de la soubrette allait où il n'avait que faire.

Pauvre Yaume ! cette t^ive brune et pâle, cette taille svelte

dans sa vlpeur, toute cette grâce juy*^ile du dormeur, Il Tappréciait, il Texagérait même/ — etctnàient de gros soupirs timides!...

Le dormeur, lui, n*avait point souci de ce qui se passait à la veillée : ses yeux fermés couciiaient leurs longs cils sur sa joue légèrement amaigrie, et autour de sa bouché entr^ouverte, il y avàii un vagué sourire.'

èes lèvres remuaient parfois',' mais sans pro(^uire aucun son. — ïl parlait sans doute à son rêve...

— Beau ou laid, dit Matbùrin Houin, qui était très laid, ça ne fait rien... On vit et on meurt, voilà.

Et le chœur, — le terrible chœur de la campagne bretonne, de répéter son éternel :

— Ça, c'est vrai, tout de même!

— N'empêche, reprit Maihtirin Houin, que la petite demoiselle va être riche comme une bossue !

— Âh damé 1 fît-on à lai ronde, — tout de même, ça. c'est vrai!

Olivette pinça ses lèvres pleines et rouges comme ^eux cerises'.

— On ne sait pas, murmura-t-elle, — on ne sait pas!

— Comment, on ne sait pas!...

— Hy a d'autres héritiers que mademoiselle Berthe...

— Sans doute, dit Pierre Mêchet, — ^. Lucien..'. M. Fargeau... mais... . '

— Oui, interrompit la vieille Renotte, tu as raison de dire mais, mon gars... On ne sait pas d'où elle vient, celle-là!... Et quand un homme comme Jean de la-Mer apporte dans sa maison un enfant, voyez-vous bien, on peut dire qu'il ne Ta pas ramassé sur la route pour l'amour du bon pieu. — Les grous sont cuits; attirez vos é(uellés.

Nous ne savons si c'est le voisinage du l^aine et de la Qasse- Normandie, terres classiques des restrictions mentales, mais Il est certain que les iiaysaris d'ïlle-et-Vilarne lâchent rarement leur dernier mot. lis soûs-entendent bien plus qu'ils n'expriment, et pour trouver ie fond de leur pensée, il faut sortir du sens précis de leurs paroles.

Personne ne demanda d'explication. — Les écuelles s'alignèrent sur la table. ~ Tout le monde avait compris que, dans la croyance de la vieille, Jean-de-Ia-Mer avait une fille.

Renotte avait-elle deviné juste? Jean-de-la-Mer tout seul aurait pu le dTre. ,

a IB lEU DE LA MORT

— En voilà une, 8*écria Taume qui avait besoin de se ven^^er par une comparaison, —en voilà une qui est douce et bonne censément comme les anges!... Si elle est riche, tant mieux!... si tous les autres sont pauvres pour quelle soit plus riche, tant mieux I... Les autres, ça m'est encore censément égal; mais mademoiselle Bertbel oh! mademoiselle Berthe!...

Il fallut une pleine cuillerée de bouillie de blé noir pour arrêter ce flux d'enthousiasme. — Personne ne protesta, du reste, autour de la cheminée. — Olivette seule laissa échapper un imperceptible mouvement d'épaules.

Dans un instant chacun fut occupé à mélanger ses grous, soit avec du beurre, soit avec du lait pesé.

— Tiennet ne mange pas, — dit Olivette, dont la voix prit une expression toute particulière pour prononcer ces simples mots.

Yaume oublia de soufQer sur sa cuillère pleine et se brûla cruellement.

— Bah! fit MathurinHouin, — Tiennet rêve : ça le nourrit... II rêve qu'il va sur la mer comme noire maître, et qu'il en rapporte assez d'argent pour acheter le château du Geuil avec la forêt, les moulins et l'étang de Bréhaim par-dessus le marché. — Ohéî Tiennet!

Tiennet tressaillit légèrement et ouvrit les yeux à demi. Tous les gars, excepté Yaume, éclatèrent de rire. ^ N'est-ce pas que tu rêvais? reprît Mathurin.

— O^i, répliqua Tiennet.

— De quoi rêvais-tu?

Tiennet n'hésita pas.

— D'Olivette, répondit-il.

— D'Olivette!... — Toi!... s'écria Yaume en se levant.

— £h bien!... après?... fit la coquette de village, qui était toute rouge de plaisir.

— Je rêvais, reprit tranquillement Tiennet, qu'Olivette donnait rendez-vous à M. Fargeau au grand chêne creux de la Mesliviêre.

Nottvel et plus bruyant éclat de rire des paysans.

Yaume se rassit en fermant les poings.

Mais ce qui fut plus étrange, ce fut l'eifet produit par ces paroles sur Olivette elle-même.

Elle devint extrêmement pàle^ et ses lèvres se prirent à trembler.

Yaume, ^i la regardait avM dos gouttes de sueur au front:

— Un rendez-vous à M. Fargeau ! murmura-t-il en posant sa main sur celle d'Olivette; — censément... Oh !...

La main de la jeune fille était glacée.

— Rassure-toi, pâtour, reprit encore Tiennet dont la voix calme et remarquablement harmonieuse avait comme un accent d'amertume; — ce n'était pas un rendez-vous d'amour.

Yaume sentit un frisson courir dans les doigts d'Olivette.

— Que vous ai-je fait, Tiennet 616ne ? murmura la jeune fille, dont les yeux étaient pleins de larmes.

Tiennet se prit à sourire doucement.

— Vous ne m'avez rien fait, ma pauvre Olivette, répliquat'il; ^ je dis mon rêve, voilà tout... Mais je n'ai pas rêvé que cela. Les gars I il y a un malheur dans la maison. J'ai vu le diable.

~ Le diable! répétèrent toutes les bouches béantes.

Un signe de croix fit le tour du cercle, et la vieille Renotte, toute païenne qu'on la supposait, glissa sa main ridée au fin fond de sa poche pour toucher furtivement un grain de son rosaire.

Tiennet avait prononcé ses dernières paroles avec une certaine emphase, mais, en voyant la détresse générale, ses grands yeux noirs prirent une expression railleuse, et un auditoire moins troublé aurait désormais deviné la moquerie sous sa solennité d'emprunt.

— Le diable en personne, mes gars, poursuivit-il; et vous ne savez pas?... Le diable ressemble à M. Fargeau.

— Oh!... fit-on, — si c'est possible!...

— Tu n'aimes pas M. Fargeau, Tiennet, dit Mathurin.

— Non. — Mais cela ne fait rien au diable... Jean-de-la- Mer est-il plus malade?

— Olivette dit qu'il est bien changé.

— J'en étais sûr! —Le diable avait une fiole et un verre... il faisait boire M. Jean Créhu...

— Mais c'est un signe, ça ! interrompit Pierre Mèchet; — et quand on pense à ce que disait tantôt Mérieul...

— Que disait Mérieul? demanda Tiennet.

— Mérieul disait que de l'autre côté de l'eau, hier soir, on a TU le cierge (t).

(1) Quand quelqu'un doit roonrir, on voit, la nnît, un cîcrgî <lff8eendre, la flammt en bas, et pénétrer dans la maison, pur la crui-

— Oh I oh!... fit Tiennet, non sans un certain accent sceptique.

Pierre Méçbet, gros gars robuste et plus épais que les grous qullavàl^ à pi^odfigièusés feorgées, ne fut fias scandiiliéé, parce (iull ne (iomprit point le sens de l'exclalriation dé Tiéniiet.

— Le ci^^gè eàt descendu, achëva-t-il, la flanime en bas, ei il est entré au' château par la dieminêe. "

— Alors, c'est une affaire arrangée, dit Tiennet sérieusement. •''•'•' ï ' " *

Puis, se reprenant tout à coup, il ajouta :

— Vous êtes tous des ânes... Je n'aî'Hèn rêvé... le fiable aurait honte dé **'ofccùper de vous! ' >

Il se renvei^sa de nouveau, choisa ses mains derrière la tête et ferma les yeux pour se Rendormir* ■

Olivette s'était glissée inaperçue derrière le lit à Rouble étage. — Elle avait" gaWé' toute sa pÀIeur. : > .

— Méhsieur Tierinet, mùrnfi'ùra-t-elle, répondez -moi bien bas comme Je vous parle .. Si ioiis n'avez rien rêvé; i)|edrquc/J dire que J'ai Un réndet-Vous aii chéhe cfeux de la MéstiViére 1?^ "

— Avec M. Fargeau, mademoiselle Oiiveiie?

— Oui... àvécM. Fargéâii: ' ' ' ' '

— Pourquoi, màdemoi^elleOlivette, donnez-vons des rendezvous à M. Fai'geau au chêfte creux de la flestivîèré? • '

Ceci fût prononce d'un ton Sec.

Olivette se tut.

Elle^éhercliait évidemnient un biais pour renouer l'entretien brisé et pour questionner êncoi*e, lorsqu'un brliit lointain se ft à l'intérieur du château. — On entendit comme un cri étouffé.

Tiennèt filône bondit sur ses pieds.

Il se tèrtait droit, les muscles tendus, l'oreille et le regard au guet, développant sans le savoir toute la richesse de sa merveilleuse stature. '

Toiit le mohde faisait silence et attendait.

Il n'y eut point de second cri. '

■— C'eàtla voiii dé Jeart-fle-là-Mer, dit Tiennet Blône.

Avant que personne pût fôpohdre, des p^s ^)récipités reten- ' tirent dans la chambre voisine et un gràntf jburie homnie, ïrêîe et pTèscJtré'chahivé'déjâ, montra sa tigare ëîfrayée à la porte de la cuisine.

sée si c'est un prôtre, par la porte si c^est une femme, par la che* minée si'c'est un homme et surtout si c'est le ïnaftre ^u logîs.

— M. Fargeau! murmura-t-on.

Et personne n'osait Tintef rogef .

A la vue du nouvel arrivant, Tiennet s'était reculé dans Tombre; il s^ppuyait à la éèlbtiiae 'ghossferettèttt' 6cti!i>t^^ de rén des lits. ■''■'■ ■• ' ' • •■•■■ :''-.. , .. ... .

M. Fargeau s'était arrêté sur le seuil.

— Mes bons àmîs, dit-11 avec h'êéitatîon, M. Créhu de la Saulays est biert malade, il nous fôndrait... pebl-ét^e... urf médecin. ' '' > ' ' ' ■ ■ - r .

— Peut-être]... répéta mentalement Tiennet Btône, dont le regard fixe éi A'oid'couVraït Fàrgeaû: ' ' '

Personne né répondit à l'appel de ce dernier. Ce silence, loin dfe'ie décoftce^lfer, parut lui plaire, car ses sourcils froncés se déltendiPem et sa vbix détint pltfe as^rée.

— Je sais bien qu'il y a des difficultés, reprit-il ; — la Duit est noire:.. Le bàttW a été énïpôrlê deTaulre côté dé la *Vesvre, et ce serait un hardi compagnon que celui qtii essaierait de traverser â cheVaî la prairie în^ôndéé..! * ^ '

-— Oui-fait ! dit Matburîh Houife ; — feodrait pas avoir froid aux yeux, monsieur FàrgeâU ! " • . , .

— Censément, appuya le pâtour Yaume, qui cberchait du regard Olivette et qui ne l'apértîevàit point: •

— Faudrait être en Hbbtte, murmurià Pierre Méchet. •- Ou bien innocent,..

— Ou bien fou 1

Mériéul,' Yv'on, Fancin, Renotte et autres opinèrent dans le même sens, après quoi tout le monde s'unit pour frapper éù cbœiir lâ-èonièlùsioi^ sacràtfi'enïellfe î • '' ' »•

'— Tout de même, ça c'est vrai !

Tic'fint^f ft.6iie écouliïit erne (Wsait mot. Fargeau avait autour (le la lèvVe comme un mfécbant îi'ounre. '

Olivette se pencha èti travers clu lit pour mettre sa bouche tout prèîi de r(>rdllé de Tiennet. '

— 'Enleiidez-vous, ûrononçfâ-t-elle bien bas, — pour traverser la plaihe iïionfféè â ebiHal, il fatul êtt^e Ivre '^\i fou... (t pourtant je connais quelqu'un qui l'a traversée à che\al la nuit dernière. ' " ' ' ' •

01?Veifë avait cru frapper un grand coup, mais le jeune gars

re borna à lever sur elle son regard perçant et b'ârtK Jusqu'à

Tetîronterie. — 01V\etle baîàsa les yeut, car elle se sentait

faible et vaincue. — Ce fut alors seulemeni et quancf elle ne

pouvait prà's le Voir, qiW Tienne tBtôtîe courba ta lèCe à «on tour.

Un Duag;:. de tristesse amère venait de passer sur son front.

M. Fargeau continuait d*un ton paterne :

— - Mes pauvres enfants, comment faire? M. Jean Créhu est pourtant bien malade I...

— Avec la pluie qui tombe depuis Faprès-dîner, répliqua Matburin Houin, — l'étang de Brébaim doit être dégelé... M'est avis que Téclusier aura pu ouvrir ses portes dès ce soir... Au petit jour, on pourra passer.

— Censément, dit Yaume, — quelle beure est-il? M. Fargeau lira sa montre.

— Deux heures après minuit, répondit-il.

— Eh bien! s'écria Yaume^ à six heures on partira censément.

—Deux heures! ajouta t-il à part lui; Olivette aura été censément jse coucher !

M Fargeau semblait tout à fait guéri de cette vague inquiétude que son visage exprimait naguère.

11 fit quelques pas à l'intérieur de la cuisine.

— Comme ça, mes bons amis, dit<il, personne ne veut se charger de la commission tout de suite?

Chacun regarda son voisin en disant :

— Dame !...

Et pas un ne bougea.

Pour la seconde fois, des pas se firent entendre dans le corridor,

— Eh bien! cria une voix franche et jeune au dehors, — eston parti, Fargeau ?

Les figures changèrent autour du foyer, tandis que le nom de M. Lucien courait de bouche en bouche. —Chaque physionomie semblait dire : Voilà l'afifaire qui va prendre une autre tournure, et bon gré, mal gré, il va falloir en découdre i

Et personne n'était bien rassuré, parce que dans cette nuit noire et sans lune, il y avait danger réel à traverser la prairie inondée.

Fargeau retourna vers la porte.

— J'ai fait ce que j'ai pu, répondit-il, mais ces bonnes gens ne veulent pas...

— Ils ne veulent pas ! répéta la voix du corridor, avec un accent de colère.

En même temps, une lumière plus vive que celle de la résine éclaira la porte, et le plus jeune des neveux de Jean-de-la-

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Mer, Lucien Crébu de la Saulays, passa le seuil, un fiambeau à la main.

C'était un gra ûeui et beau jeune homme, au visage doux et presque féminin. Il était moins grand que Fargeau ; mais sa taille, sans être remarquablement robuste, avait tant de souplesse et des proportions si heureuses, qu'il semblait porter en réalité la tête plus haut que son cousin.

En entrant, if rejeta en arrière les boucles de ses cheveux blonds, et parcourut du regard les rangs des domestiques et fermiers du Geuil.

^ Ils ne veulent pas ! dit-il encore, en élevant son flambeau, comme pour mieux voir les récalcitrants, — quand leur maître est en danger de mort 1...

— Oh ! — interrompit le doux Fai^eau, — j*aime à penser que tu vas beaucoup trop loin !...

Lucien se retourna vers lui et lui tendit la main.

— Mon pauvre Fargeau, dit-il, lu ne peux pas t'aecoutumer à cette idée; mais notre oncle est bien changé... et, depuis une heure, son mal augmente d'une façon si terrible...

Il s'interrompit pour reprendre d'un ton de commandement.

— Holà! Hérieul 1 selle mon cheval. — Puisqu'il n*y a pas un homme ici, j'irai moi-même*

— Vous, monsieur Lucien I s'écria-t-on de toutes parts. Tiennet quitta la position^qu'il avait gardée jusqu'alors auprès du lit à double étage et s'avança au centre du cercle.

— Reste, Mérieul, dit-il. — Il y a un homme ici... et j'aime à seller moi-même le cheval que je monte.

Fargeau avait involontairement froncé le sourcil, mais sa physionomie reprit tout de suite son expression bénigne.

Les paysans regardaient Tiennet, la bouche ouverte.

Olivette, toujours cachée, le contemplait avec admiration.

Tiennet avait la figure aussi calme que s'il se fût agi d'aller au bout de l'avenue.

— Yoilà qui est bien, mon jeune ami, lui dit Fargeau avec une chaleur affectée. — Voilà qui est très bien !

Et il ajouta plus bas en se penchant à son oreille :

— Vous irez chez le docteur Moriu, n'est-ce pas?..,— I^otre respectable oncle n'a confiance que dans le docteur Morin !

Tiennet s'inclina.

Lucien lui donna la main en disant :

— Merci, TIennet. — Si j'av^s su que tu étais là, Je t'aurais dit tout bonnement : Prends mon cheval et pars.

Tiennet serra la main qu'on lui tendaùt, et son oeil eut comme un éclair de fierté.

Lucien ajouta :

•^ Tu iras chez le docteur Méaulle.

— J'irai, monsieur Lucien.

— Et aussi vite que ton cheval pourra te porter !

— Si quelque ghcon ne lui défonce pas le poitrail, mon» sieur Lucien, je serai à Vitré dans trois quarts d'heure.

11 quitta la salle basse.

— Censément, dit Yaume, ^ le gars Tiennet pourrait bien ne pas revenir I '

(Mivettè pâlit dans sa cachette.

— Mes garçons, prononça gravement Mathurin Houin, — faut dire un Pater et un Af>e pour Tiennet Blône.

Il ôta son bonnet de laine et se leva.

La vieille Rènotte retourna sa chaise, -i- la seule qui fôt dans la cuisine, — et se mit à genoux. ' < ■

On rédta le Pater tiXAve avec lenteur.

Le vent et la pluie, redoublant de violence, faisaient un tapage d'ettferati dehors. ...

On entendit le pas d'un cheval dans la cour.

Tous les paysans se précipitèrent à la porte de la cour et virent Tiennet «n selle.. »

— M. Lucien lui donnait une dernière poignée de main.

— Boû voyage, gars Tiennet, crièrent-ils, — et que Bieu te bénisse ! ,

Olivette, profitant de ce mouvement, se glissa hors de sa cachette, monta en courant l'escalier de sa chambre, et tomba sur ses deui ^énoux, au pied de son lit.

— A demain, les vieux l cria Tiennet qui éperonna son chevaf.

En passant la porte de la cour, il entendit la voix de M. Fargeail, qui Tui disait tout bas par derrière i '

— Le docteur Morln, mon bon Tienni&t, — c*est chez le docteur Morin qu'il faut aller...

^ La iJorlè de la cô'ur se referma;' — on entendit un instant les pas du'bh'eval qui clapotaient dans la boue du chemin. — Puis le silence.

BEUTHB L AVEUGLE

De longs corridors humides et noirs où le vent s*engouffrait en pleurant, — des fenêtresaux châssis tremblants qui battaient, secoués par l'orage, — un mortel silence partout où le bruit de la veillée ne pouvait être entendu...

Malgré sa préoccupation, Olivette avait grand*peur en montant les escaliers du château pour regagner sa chambre.

Un instant, elle eut la pensée de s'arrêter sur le palier et d'attendre M. Fargean pour lui dire :

— On a surpris notre secret... Je ne veux plus aller au chêne creux de la Mestivière... -

Mais attendre dans cette nuit plaintive, parmi ces sons étranges! — Attendre toute seule au milieu des ténèbres, quand cet bomme se mourait là, tout près, -^ quand où avait vu le cierge!...

Olivette n'était pas une nature très poétique, et le merveilleux ne la gênait guère quand il faisait beau soleil sur la lande. — Mais c'était une fille de la Bretagne, après tout, — et cette lugubre nuit pesait sur l'âme comme un linceul glacé.

Elle n'attendit point M. Fargeau.

Curieuse qu'elle était, loin de jeter comme â l'ordinaire son regard furtif dans la chambre de M. Jean Gréhu, dout la porte entrebâillée laissait passer une étroite bande (Je lumière, elle hâta le pas en frissonnant et Qt par trois fois le signe de la croix

Car, sous peu, cette chambre allait être tendue d'un drap noir, semé de tristes larmes d'argent.

N'avait-on pas vu le cierge?...

Si Olivette eût été plus brave, elle aurai^ vu la cham^trede Jean-de-la-Mer, silencieuse et morne, éclairée paç mie seule lampe.

C'était une vaste pièce, boisée de cfiêne brun et ornée çâ et là de quelc^ues vieux portraits pendus comme au hasard contre les lambris.

T)è nôîrs soliveaux, soutenus par une maîtresse poutre qui fléchissait à son milieu, remplaçaient l^ plàfô^d et absorbaient dans leurs cavités les pâles rayons de la lampe. '

Pour niefubles il y avait le grand lit à colonnes de Jean Créhu dé la Sàulays, une chaise longue, un coffré sculpté ser^ vant de secrétaire et des planches recouvei^tes d^ cuir ^ùî s'a!!^

gnaient sur trois côtés de la chambre et supportaient une armée (le bouquins.

Jean >de- la-Mer était demi-couché sur sa chaise longue, — loin du foyer et près de la lampe.

A l'autre bout de la chambre, au coin de la cheminée, Berthe, l'aveugle, était assise, la tête appuyée contre le marbre, — immobile et muette.

Il n'y avait personne autre, dans la chambre.

Fargeau ei Lucien, les deux neveux de Jean-de-la-Mer, étaient, comme nous l'avons vu, descendus tous les deux à la cuisine.

Jean Créhu de la Saulays avait les deux yeux ouverts et fixes. Il regardait le vide.

II était très pâle et ses membres avaient un tremblement continu.

C'était un vieillard de haute taille, le front très élevé, mais étroit, la figure longue et maigre.

Ses cheveux qui restaient abondants, sa barbe touffue et ses sourcils, faisant saillie au-dessus de ses yeux éteints, étaient d'un blanc éclatant et uniforme.

il portait le pantalon de toile grise et la redingote en peau de chèvre.

La vieille Renotte était assurément mieux informée que nous sur la question de savoir si Jean-de-la-Mer avait été un Adonis dans sa jeunesse. Maintenant qu'il avait plus de quatre-vingts ans et qu^uue grave maladie le tenait cloué à sa chaise longue, lui, l'homme du mouvement et des violentes fatigues, on ne pouvait plus guère juger.

L'impression produite par la vue de ce grand corps étique et tout d'une pièce, par cette figure hâve, noyée en quelque sorte dans les masses blanches de la barbe, par ce regard morne qui semblait n'avoir plus de vie, était une sorte de superstitieuse terreur.

Jean-de-la Mer était effrayant à voir comme un fantôme.

La lampe quiorûlait près de lui éclairait vivement son visage et n'envoyait que de vagues lueurs aux traits de la jeune fille qui s'asseyait près du foyer.

Dans ces toiles de maîtres que le temps a noircies, le regard étonné distingue parfois et découvre â la longue de suaves beautés^ — des contours exquis, — de divines choses que le premier coup d'oeil n'avait point aperçues.

C'est comme une brume qui se dissipe avec lenteur, —

LI iËU DE LA MORT SI

comme m voile qui pea à peu se soulève et révèle à l'artiste, ému respectueusement, Fintime pensée du génie...

Il y a quelque chose de mystérieux et de timide, — de sacré, dirions-nous presque, car l'art vient du ciel, — et ces belles émotions dont nous parlons ne sont guère excitées que par les peintres de la croyance catholique.

Parce que le catholicisme, — cette arche merveilleuse qui relie l'homme à l'ange, — est la religion de l'art.

Majestueux temple où resplendit la poésie, autel béni qu'on encense avec l'amour!

Ces formes célestes qui percent le nuage épaissi par le temps,

— ces miracles devinés, — cette beauté dont la perception est déjà comme une conquête, impressionnent plus profondément, sinon plus vivement que la beauté en lumière» que les formes dont la perfection s'accuse «ux regards profanes du premier venu.

Ceci est un fait que la plume expliquerait comme tout autre fait. — Mais à quoi bon expliquer ce qui se sent, — et qu'ajoute, je vous prie, la plus habile dissertation au parfum d'une rose?

Là-bas, — dans ces demi-ténèbres, — ressortant sur le marbre noir de la haute cheminée, vous eussiez dit l'ange des toiles inspirées, - l'ange mystique qui prie, qui sourit ou qui pleure à la droite dçTàme...

Elle était belle, cette pauvre fifle à qui Dieu avait pris la lumière, belle comme la mélancolie des seize ans, belle comme ce premier et triste sourire d'amour qui étonne l'insouciance de la vierge.

Belle et jolie, car c'était une enfant. — Et dans sa nuit, la pauvre petite aveugle qui n'avait point de père et point de mère, elle souriait souvent, heureuse, confiante, consolée.

Hélas ! elle pleurait aussi, et c'était navrant de voir briller de grosses larmes dans ses yeux si beaux, si purs, si tendres,

— dans ces yeux qui ne vivaient pas !

Berthe avait dix-sept ans. Elle ne se souvenait point d'avoir vu jamais les rayons du soleil. —Quand Jean-de-la- Mer l'avait amenée avec lui, en 4843, elle était déjà aveugle.

Elle était grande et svelte jusqu'à paraître frêle; sa taille, toute gracieuse en sa faiblesse, cachait ses contours délicats sous une robe de laine sombre.

En ce moment où sa tête s'appuyait contre le marbre, ses grands cheveux noirs, que nul lien ne rattachait, tombaient en

boucles soyeuses et largement ombrées le long^de ses tempes, — jusque sur son sein.

Elle rêyadt. -7 U y avait autour de ses lèvres fraîches et caressantes un vague sourire. — Une larme, au contraire, tremblait au ioni de ses longs sourcils.

, Seç yepx» d'^n bleu çbscur et qui n'avaient point la fixité glacée, des yeux d'aveugle, semblaient penser...

Un silence complet régnait dans la cbambre. . .

Berlhe se prit à écouler. — Puis elfe étendit sa main blanche et ^nement modelée dans la direction d'une chaise qui était vide à côté d'elle. ,

r- Lucien! — nionsieor Lucien!... murmura-t^-elle bien bas.

Lucien n'avait garde de répondre.

— Il me sçmbje que j'ai dormi., pens^ Bérthe en se redressant pour dégager son front inondé de cheveux : — il doit être bien tard...

Pui3 elle appela encore à voix basse :

-T- Monsieur Lucien I , — monsieur Fargeau ! . , .

Personne ne répondit. — Les ye\ix de Jean-de-la-Mer restèrent immobiles et mornes comme s'il n'avait pas entendu.

Berthe frissonna légèrement. Elle se sentait seuje. L'idée lui vint quQ le malade dormait, puis l'idée qu'il était mort.

Elle mit ses deux mains sûr son front où la sueur froide venait.

— Monsieur!... monsieur!... ^ Mon oncle! monsieur Jean Créhu!,..

Le silence!

Berthe se laissa glisser sur ses genoux et joignit les mains ponr prier.

Mais avant que le premier mot de la prière fût prononcé, elle tressaillit: et s'arrêta, parce qu'une voix venait de s'élever enfin dans cette chambre muette.

Yoix étrange et changée, — que fierthe reconnaissait à peine. , ,

D'ordinaire, Jean Créhu avait cet organe vibrant et rude de l'homme qui a parlé longtemps au briiit delà tempête. — Aujourd'hui, c'était une voix courte, mais (aible, presque douce. ,— Que fais-tu là, Berthe? disait le vieillard; — et pourquoi es-tu seule?

— Dieu soit loué ! s'écria Berthe qui voyait ses craintes trompées.

La longue figure du vieillard eut un sourire funèbre^

Lk JEU DB LA MÔÀT 23

— Tu me croyais mort déjà, n'est-ce pas? murmùra-t-il; — j'ai quatre-vingt-deux ans,..

— Vous resterez longtemps encore avec nous, moû oncle, voulut dire la jeune fille.

Jean-de-la-Met Finterrompît.

— Fais sonner ma motitt^e, Berthe, reprit-il.

Berthe obéit. — La montre sonna deux heures après ihînùil.

— Ferme la porte, ajouta Jean-de-lâ-Mer; — mets le verrou,., ces deux neveux que j'ai nourris m'abandonnent...

— Oh ! monsieur ! . . . fit Berthe.

— Eh bien! quand ils m'abandonneraient? où serait femiil puisque je vais mourir!... Ils ne peuvent plus rien eSpéter de moi ; ils s'en vont... L'homme est ainsi fait, petite fille... il y a bien longtemps que je le sais.

Berthe, habituée à cette chambre connue, s'était dirigée vêts la porte sans tâtonnek'. — Là porte fut fermée.

— Viens ici, Berthe, poursuivit Jean-de-la-Mer dont la voix s'adoucit encore; — assieds-toi là... tout près de moi... et calp sons.

Berthe s'assit sur la chaise occuple naguère par Faîr&eau, le plus âgé des neveux de Jean Créhu. — Le vieillard lui i)rlt les mains, •* et Berthe eut un frisson àù contact de ceà doi^s glacés.

— Suis-je bien changé? demanda confidentiellement Jeande-Ia-Mer.

Puis se reprenant vivement, tl ajouta en souriant avec amertume :

— Fou que je suis! ... — En voyant ces beaux grands yeux bleus, j'oublie toujours qu'elle est aveugle...

Berthe avait baissé la tête.

Jean-de-la-Mer la contemplait efson regard avait repris un peu de vie.

— Oui... oui... pensa-t-il tout haut; — voilà le monde,— Fœuvre de celui qu'on appelle Dieu!... Dans ce fruit muret vermeil qu'on va porter à ses lèvres, il y a un ver impur... Et celte enfant qui ressemble aux anges est frappée d'un châtiment horrible... Elle qui n'a jamais péché!

Berthe devint plus pâle, — puis un incarnat vif envahit Isa joue tout ^ coup.

Était-ce qu'elle comprenait le sens profondément blasplrématoire des paroles du vieillard? — Était-ce que ce mot : elle fi'ajamaispéchiiomb^i sur sa conscience commeun reprocUe l

â4 * LE JEU DE LÀ MOUT

Elle garda le silence.

Jean-de-la-Mer coiUinuait.

— A rage où les autres jeunes filles s'épanouissent comme des fleurs dans le sourire et dans la joie, tu souffres, toi, ma pauvre Berthe... Tu n'aimes pas et tu n'es pas aimée...

Il lâcha la main de Berthe, et son regard, redevenu morne, se perdit de nouveau dans le vide.

II ne vit pas la paupière de Berthe battre, — lutter, — puis se fermer sur une larme qu'elle voulait cacher.

La larme glissa entre les cils, -— et roula lentement sur la joue.

Berthe ne disait rien.

— Sais-tu? reprit Jean-de-la-Mer, — une fois, j'ai voulu le tuer, Berthe, tant j'avais pitié de toi!... Tu avals un an .. La veille, j'avais vu tes grands yeux bleus me sourire, et sourire aussi joyeusement au beau soleil des tropiques qui se levait dans les vapeurs, — au loin, — sur l'Océan... Car tu n'étais pas aveugle, alors.

Berthe se redressa. — Vous eussiez dit que ses yeux brillants et inquiets avaient recouvré tout à coup la faculté de voir.

— Ce fut ce jour-là, poursuivit le vieillard, — que Die» te frappa, toi, pauvre innocente... Un orage vint... Tu jouais sur le gaillard d'arrière dans les bras de ta mère...

.— Ma mère! répéta Berthe.

— Une pauvre innocente aussi, ma fille, et que Dieu cruei frappa du même coup.. La foudre qui te prit la vue, Berthe, prit la vie de ta mère...

— Oh!... fit la jeune fille qui mit les deux mains sur son cœur.

— Elle était belle comme toi, jeune, heureuse plus que toi. — On la mit dans un linceul blanc avec un boulet de douze au cou... et son tombeau fut la mer... Toi, je te pris dans mes bras, Berthe, et quand le médecin de bord m'eût dit : Elle est aveugle pour toute sa vie, ^ je te suspendis un instant au-dessus du gouffre. — Le courage me manqua. — Pardonne-moi, pauvre fille!...

Berthe songeait à sa mère qui était morte, jeune, belle, heureuse...

C'était la première fois que Jean Créhu lui parlait de tout cela.

D'ordinaire, le vieillard était muet sur toutes les choses du passe.

LE JBU DE LA MOnt 35

— Mais tu crois en Dieu, toi, Berthe, reprit^l en donnant à sa voix une inflexion moqueuse.

— Oh! oui! interrompit la jeune fille qui joignit ses mains ardemment; — je crois en Dieu qui garde l'âme de ma mère... £n Dieu qui est Tespoir des faibles et la consolation des malheureux comme moi t

— Crois ce que tu voudras, ma fille, dit Jean-de-la-Mer qui fit un geste de fatigue et prit le volume des Ruines de Volnej qui était auprès de lui sur le guéridon.

Mais une expression de tristesse assombrit davantage encore sa physionomie, et ses épais sourcils blancs se froncèrent.

— Je ne puis plus lire, dit-il en déposant le livre ; — allons ! il paraît que je vais voir bientôt par moi-même ce qu'il y a de vrai dans la croyance des hommes... Fais sonner ma montre. Berthe.

La montre sonna trois heures.

— Le temps marche bien vite cette nuit, grommela Jean-dela-Mer.

Puis, comme s'il se fût raillé lui-même, il ajouta :

— Combien y a-t-il de demi-heures dans quatre-vingt-deux années?

Il renversa sa tête contre le coussin de sa chaise longue, et ramena ses bras sur sa poitrine.

Dans celte position, — avec la longue barbe neigeuse qui tombait jusqu'à ses mains jointes, il ressemblait à ces statues de hauts barons, — oubliées dans les chapelles, —qui se couchent, droites et raides, avec un léVrier aux pieds, sur le marbre incliné des vieilles tombes.

Au bout de quelques minutes, un bruit se fit à la porte.

Jean-de-la-Mer retrouva sa voix de commandement pour dire :

— N'entrez pas 1 je veux être seul.

— C'est moi, mon bien cher oncle, murmura Fargeau dans le corridor ; je reviendrai quand il vous plaira de me recevoir.

On entendit son pas s'éloigner.

£t Berthe, qui avait, «omme tous les aveugles, le sens de l'ouïe extrêmement sensible, entendit encore autre chose.

C'était le pas de Fargeau qui revenait bien doucement, — bien doucement.

Berthe devinait que le regard de Fargeau était à la serrure.

— Ma, fille, dit Jean-de-la-Mer, après un long silence, —

' u,y,L,z.uuy^8)Ogle

prends la clef de mon coffre qui est là, sur le guéridon, — et va l'ouvrir.

Comme la jeune fille obéissait, Jean-de-la-Mer la suivait des yeux et il y avait dans son regard une sorte de tendresse.

Le coffre fut ouvert.

— Sur le devant, il y a des papiers, poursuivit le vieillard,

— prends les deux premiers et apporte-les-moi.

Berthe obéit encore. — Elle apporta deux feuilles doubles de ce papier épais et rude sur lequel le fisc a coutume d'apposer ses deux timbres.

Ces papiers étaient deux testaments olographes, faits à des époques différentes. ;

L'un ne contenait que quelques lignes.

L'autre emplissait les quatre pages de son papier timbré d*une écriture fine et serrée.

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