‹ Le jeu de la mortChapitre 33 sur 40 · L'HISTOIRE D'UNE NUIT · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE D'UNE NUIT

GOUaSB EN FUGEB

M. Fargeau resta dans le jardin jusqu'au moment où l'aveugle franchit le seuil de l'hôtel Lointier.

Madame de Marans était toujours renversée sur le sol et privée de sentiment.

Mais M. Fargeau, nous le savons Men« n'avait point de vaine sensiblerie. Au lieu de la secourir^ il remonta le perron en se frottant les mains ei eu se disant :

— Us ne se trouveront jamais plus près l'un de l'autre... Oh! oh! oh! comme il lui palpait la figure... Et on dit encore que les aveugles ont du tact!... La cho^ certaine, c'est que ma lettre a fait son efifet!... Maintenant, procédons à une autre besogne.

C'était un homme bien laborieux.

Il se jeta dans sa voiture et dit au cocher :

— Pont-Neuf! devant la statue. — Au galop! La voiture partit.

Lucien avait regagné sa chambre.

Depuis le matin, il y avait comme une fièvre sous 5on bandeau, dans Torbite éteint de ses yeux. C'était le lendemain que l'appareil devait être enlevé, puis replacé pour la dernière fois. Lucien se prit à rêver la lumière; des lueurs d'espoir coururent dans sa nuit.

La vue recouvrée! oh! s'il pouvait voir, chercher I et si Dieu lui donnait cette joie avant de mourir, cette joie qui l'écrasait d'avance de revoir Berthe et de connaître son enfant!

Car Berthe allait être mère, quand il la perdit.

L'enfant devait avoir viegtans.

Que ce fût un fils ou que ce fût une fflle, quelle ivresse sans borne! Au prix de vingt ans passés dans la tristesse amère et morne, cette toie suprême n'était pas trop payée I...

Pauvre Lucien I II venait de toucher Berthe et de dire : Cest une femme qui dort!

Berthe évanouie et mourante!

Et, à supposer même que Dieu lui rendit la vue, serait-il encore temps?

N'y eût-il qu'un mois à attendre désormais, — n'y eût-il qu'une semaine, — n'y eût-il qu'un jour!...

Un jour! quand on est, comme Tétait Berthe, en équilibre sur le bord d'un abime !

Elle resta bien longtemps sur le sable, immobile et privée de sentiment. Quand elle s'éveilla, elle était dans les bras de Lucienne, qui pleurait et qui souriait.

~ Oh ! mère! disait la pauvre enfant en la couvrant de baisers, — mère chérie l je te croyais morte!...

— Où est Gabriel? demanda madame de Marans.

— Il n'est pas rentré, mère... Mais il faut vous solder... levais m'établi^ auprès de votre lit...

— Mon lit!... répéta Berthe qui secoua la tète.

Puis elle mit un baiser distrait sur le front de Lucienne en .disant :

— Je ne suis pas malade... c'est un accident...

Elle essaya de traverser le jardin. Lucienne était obligée de la soutenir»

La pauvre Lucienne pensait :

— C'est le commencement!... Clémence m'avait bien dit... Que faire, mon Dieu! que faire!...

Quand madame de Marans fut au salon, Lucienne l'assit dans une bergère et se mit à ses pieds.

— Mère, dit-elle bien doucement et comme si elle eût craint d'efifrayer ou d'offenser, ^ il y a des gens qui vous haïssent et qui veulent vous faire du mal...

— Aide-moi à m'habiller, interrompit Berthe qui la baisa encore comme on caresse un enfant, pour lui fermer la bouche.

— Vous ne voulez pas que je parle? murmura Lucienne. Berthe la regarda un instant et ses yeux se remplirent de

larmes.

— Je veux que tu pries, enfant, dit-elle tout bas avec lenteur; — que tu pries ardemment... Dieu t*écoutera, toi qui es un ange; demande pitié pour ton frère, Lucienne! pitié pour moi ! pitié pour toi !

— Nous sommes donc bien malheureux! balbutia la jeune fille.

— Oui, dit Berthe, dont Toeil était fixe et comme égaré; — bien malheureux!... ohl trop malheureux, mon Dieu!...

Le cocher de M. Fargeau s'arrêta sur le Pont-Neuf.

M. Fargeau descendit de voiture, prit une sacoche déposée sur le coussin, et renvoya son cocher.

Il resta sur le terre-plein jusqu'au moment où sa voiture dis^ parut dans la rue Dauphine. Dès qu'il cessa de la voir, il revint très vivement sur ses pas et gagna l'angle formé par lo pont et le quai des Grands-Augustins.

En cet endroit, où se tenait à Pâques le marché-foire dit de la Vallée, on voyait sept fiacres pareils et sans numéros, arrêtés le long du parapet.

M. Fargeau passa derrière et regarda dans chacun d'eux.

Dans chacun d'eux, il y avait un grand gaillard, le chapeau sur les yeux et la à pipe la bouche.

— Je suis en avance, à ce qu'il paraît, se dit M. Fargeau.

Il consulta sa montre qui lui donna deux heures moins le quart.

Il s'accouda sur le parapet et regarda le beau paysage formé par la Préfecture de Police et les pittoresques abords de la rue de Jérusalem.

Gomme deux heures sonnaient à Phorloge du Pàlais-de-Justice, Fargeau se retourna vivement au bruit de la portière de Tun des fiacres qui s'ouvrait. — Un vieux monsieur, emmitouflé dans une chaude douillette, et portant une sacoche sous le bras, venait d'y entrer. Fargeau avait reconnu Houël.

Les stores rouges du fiacre se baissèrent.

Presque aussitôt, Cousin-et-Ami, chargé d'une sacoche et tout de noir habillé, comme doit l'être un employé important des pompes funèbres, entra dans le second fiacre qui ferma aussi ses stores.

Dans le troisième, M. de Guérineul s'installa, non sans échanger avec Fargeau, son futur beau-père, un signe de tête amical. — Il avait une sacoche.

Le docteur Morin prit place dans le quatrième fiacre, avec sa canne à pomme de cuir, un numéro de V Union, ci- devant monarchique, et 1 inévitable sacoche.

Ensuite 0 lyre! change ton mode austère et adoucis tes

savants accords! Voici venir Menand jeune, poussant jusqu'à l'exagération les grâces et la beauté d'un ancien notaire !

Il arriva^ courbé sous le poids de deux sacoches, et donnant le bras à un petit jeune homme, leste et bien découplé, qui

D*étaU antre qoe madame la inftr(|«ige Oliva de (eaMjoyeux, sa femme.

En piiacipe, Menand jeune aurait dû monter dans un fiaere, et sa femme dans un autre. Mais, quoi de pkis touchant que l'amour conjugal? On leuri^mit de se réunir dans la mm^ voiture, sous la surveillanoe de Tun d» ces grands gaillards dont nous avons parlé déjà.

Enfio Fargeau dut faire son ascension 0090^ U^ autres.

Tous les stores étaient fermés, et Dieu saii ce c^ue devait sentir le fiacre qui possédait Menand jeune!

De l'autre côté du pont, sur lé trottoir étroit et mal mé qui longe le tortueux parapet du quai Voltaire, un menoiapt stationnait.

Ce mendiant t'était pas beau; il louchait.

En revanche, il avait quelques économies, car»aii gcan^étoonement de deux ou trois badauds, il sauta dan^ un mylord et s'y installa confortablement.

Les six voitures partirent au galop.

Le mendiant dit au cocher du mylord :

— Un louis si tu ne perds pas de vue cette noce-là!

— Ah I fit le cocher, c'est une noce?...

Il fouetta sa bête qui se lança de son mieux.

M. Fargeau était dans la sixième voiture de la noce.

Nous dirons ce qui se passa derrière les stores de cette voiture. Cela nous servira pour toutes.

Le grand gaillard à pipe et à chapeau rabattu tira de sa poche un foulard qu'il plia sur ses genoux en cravate. Fargeau tendit sa tête bien docilement et on lui banda les yeux.

Pas davantage.

Du reste, nulle parole échangée.

Les fiacres galopèrent de conserve jusqu'à la Croix-Bouge.

Tout le long de la route, les cochers regardaient de temps en temps derrière eux pour voir s'ils n'étaient point suivis.^ Le cabriolet du mendiant se tenait à distance.

A la Croix-Rouge tout se débanda soudain. L'un des fiacres prit la rue du Cherche-Midi, un second la rue de Sèvres, UQ troisième la rue de Grenelle, un quatrième la rue du Dragon. -^ Les deux autres rétrogradèrent par les rues du Four et du Yieux-Colombier.

Et tous de courir comme si le diable les emportait!

— Lequel suivre ? demanda le cocher du mylord, qui i^uta in jpttto : En voilà une drôle de noce!

uiyiiized by VjOOQIL

Le mendiant désigna du doigt la voiture de Fargeau, qui enfilait la rue de Sèvres.

A trois quarts d*heure de là, cinq des fiacres arrivèrent à peu près en même temps devant une maison isolée qui s'élevait au bout d'un terrain désert dans l'une de ces rues froides et mortes qui sont entre l'École-Militaire et Grenelle

Il n'y avait âme qui vive aux environs, — sinon un pauvre diable de mendiant qui louchait et qui était assis sur une pierre.

Les portières s'ouvrirent. — Le mendiant ne tourna seulement pas la tête de ce côté.

Fargeau, Guérineul, flouël, Morin et Cowsin-et-Ami descendirent, les yeux bandés. Chacun d'eux était gui Je par son gardien à chapeau rabattu.

On les fit entrer dans la maison isolée. Ils traversèrent une assez longue enfilade d'appartements, puis ils entendirent une porte se refermer sur eux.

— Mes petits enfants, dit une voix vieillotte et grotesquenient cassée, — vous pouvez Ôter vos bandeaux.

Les foulards furent dénoués.

Nos cinq amis se trouvèrent dans une chambre close de toutes parts et éclairée par des bougies, bien qu'on fût en plein jour.

Cela ne les étonna point. Ils étaient blasés sur ce mystère.

En face d'eux était le bon petit fantôme du souper des funérailles, Honoré le happe-monnaie.

Ses tides se choquèrent en un sourire agréable, et 11 dit bien poliment :

— Bonjour, bonjour, bonjour, mes chéris I Puis il ajouta en les comptant :

— Il m'en manque deux... Olivette et Menand jeune... Est-ce qu'on aurait fait un bon petit coup, mes garçailles?

Tous" nos gens de Vitré, de Yesvron et du Ceuil étaient là, 8âUf Menànd jeune et sa tendre Olivette, qui se portaient au mieux et devaient tromper l'espoir du happe-monnaie.

Or, faisons un peu nos comptes, à l'approche du terme assigné par notre auteur, Jean-de-la-Mer, en son vivant philosophe éclectique.

Nous avons ici Cousin-et-Ami, Houël, Guérineul, le docteur Morin, notre bon M. Fargeau et U président Honoré Créhu, fantôme en parchemin

Menand jeune et Olivette respirent.

Lucien vit ; Berthe n'est pas morte.

Tout nous porte à penser que Tienne! Blône n'a point vu «a dernière heure.

11 n'y a donc eu d'occis que Tex-Besnard, homme d'affaires, ]v quel n'est, point passé de vie à trépas par le fait de la tontine à outrance.

Et Romblon père, qui n'était pas membre de ladite tontine.

Voilà donc ce que c'est que le Jeu de la Mort!

Citoyens! ceci n'est point une digression. C'est notre drame lui-même qui éprouve le besoin de vous dire en quelques mots le fond de sa pensée.

11 est vrai, le Jeu de la Mort a été jusqu'à présent une sorte (le Congrès de la Paix> dont les membres n'ont pas subi lu moindre égratignure.

Tous les hommes s'étaient réunis un jour et s'étaient dit :

— La guerre est déclarée ! Nous nous entre-tuerons par tous les moyens possibles, par le fer, par le feu, par le poison, par la calomnie, parla délation, par le canon ou par l'épingle I

Peut-on partir d'un point plus tragique ?

Notez que le pacte fut signé devant un drap noir semé de larmes blanches, dans une chambre funèbre, au bruit des prières de l'agonie.

La mise en scène y était.— Une mise en scène superbe I

£t nos membres de la tontine mortelle étaient tous coquins sans foi ni loi, qui ne devaient point reculer devant le meurtre.

Que diable I après vingt ans, nous ne devrions seulement pas retrouver la queue d'un de ces drôles.

Pas du tout! Ils sont vieillis, cassés, fourbus, généralement laids, mais en bonne santé.

Cette terrible partie d'assassinat a fait l'effet d'un vernis hémostatique et conservateur. Chacun de nos hommes se sent de force à vivre encore cinquante ans, — excepté le bon petit fantôme qui espère compléter ses deux siècles.

Ils sont confits, ces joueurs de la Mort ; ils dureront des éternités!

Est*ce une mauvaise plaisanterie?

Quand des hommes, fils d'Adam, se réunissent et crient : Nous allons faire quelque chose, il n'y a jamais rien de fait.

Le proverbe qui dit : L'homme propose et Dieu dispose, vaut à lui seul toutes les philosophies.

Nous pourrions creuser l'axiome, mais ce serait braire

Éclairons plutôt cette longue métaphore que nous avons arrangée en roman, et montrons jusqu'à l'évidence que le jeu de la mort c'est tout bonnement le jeu de la vie, la vie humaine rendue à la sincérité de ses mille antagonismes, et par conséquent assurée contre une foule de catastrophes.

Car du moment qu'on est averti on se gare ; et nous préten« aons que nos joueurs de la Mort étaient beaucoup moins exposés que vous et moi.

Si Jean-de la-Mer, dans sa prévoyance diabolique, ne leur eût point assigné un terme de rigueur, après lequel ils n'étaient plus même admis au partage du gâteau, ils seraient tous décédés dans leur lit, avec des pistolets sous l'oreiller et une cuirasse par-dessus leur chemise.

Ils étalent sages, ces gens, et vingt ans d'inquiétudes les suaient tous rendus prudents comme des lièvres. Se préserver, voilà quelle était leur préoccupation unique. Us ne songeaient , plus du tout à attaquer.

Après ça, nos vitriâs pourront bien réparer le temps perdu et donner un coup de collier à la dernière heure.

lis ont tous bonne envie des quatre millions, allez 1 Laissons-les à leur affaire.

Après avoir jeté un rapide coup d'œil tout autour de la chambre éclairée par des bougies en plein midi, Fargeau, Houêl, Morin, Guérineul et Maudreuil tirèrent chacun de sa poche une paire de pistolets.

Puis chacun d'eux s'assit avec sa paire de pistolets devant soi.

Le petit fantôme, qui était sans armes, regardait ce manège et souriait comme on sourit en voyant des enfants jouer au soldat.

— Comme si on n'aurait pas pu vous faire votre petite affaire pendant que vous aviez les yeux bandés !grommela-t-il.* Ah! garçaillesl garçaillesl...

Il s'assit à son tour.

— Mais dites-moi donc, reprit-il, si Menand et Olivette sont finis.

— Je les ai vus monter dans leur fiacre, papa Honoré, ré« pondit Guérineul, et à moins que vous ne les ayez fait étrangler par un de vos muets...

— Incapable 1 incapable! incapable! s'écria vivement le vieillard; — je suis là pour tenir les enjeux... Je vous laisse la besogne, mes mignons... et vous êtes tous de grands vilains paresseux, da! n ' \

138 LB JBU DB U MdET

Il était enjoué I H était careftsatH, ce vieUx coquin!

— Eh bien ! repril-il, puisque nouft n'avons k pleurer ancuh de nos amis, il faut un peu parii^r de nos petites affaires, Aes cliéris... Après-demain, nous serons tous fonelos^ coinme cm dit... et nous n'avons plus que trente-six àeures pour jouer notre dernière partie... Attendre, c'est très bien.v. mais il y a «m terme à tout...

— Nom de bleut s'écria Guérineul, je vots ai toujours dit, moi, qu'il faudrait finir par où nous aurions dft commencer... des pistolets et des couteaux t... et puis au petit bonheur !

11 prit ses deux pistolets et les fit sonner sur la table. Tout le inondé tressaillit, excepté le ^ntémn.

— Ça peut se faire ! ça peut se faire, dit-il en adressant à Guérioeul un petit signe d'approbation; ^ mais voyons si tout le monde est du même avis.

Houêl, Fargeau et Morin gardèrent le silence.

Cousin-et-Ami réclama du geste l'attention générale.

-*- Me^ièurs, dit-il, délibérons et déHbérons vite, car l'absence de notre cohéritière Olivette nous sert... le trois savoir qu'elle a gardé dans s<m coiur...

— Ecoutez, nom de bleu 1 Maudreuil ! hiterrompH Guérineul, -^ ne débiMz pas trop la marquise, parce que les eoDveDances...

— La paix t ta paixl la paixl dit le président Honoré.

— Je crois savoir qu'elle a gardé, reprit Cousin-et-Ami, utt amour romanesque pour ce ^ars de Vesvron... Tiennet Blône.

— Bah ! fit Gaérineul d'un air fot, — t&diel

— Ah I ah 1 ah i... ricana \t bonhomme Honoré; ^ Tiennet Blône!... un beau brin de garçon... Après?

— Après? dit Gousin-et-Ami; — après?... Il bous reste deux jours pour arranger nos affaires... Oe Tiennet M^Ée el Berthe sont vivants tous les deux... C'est là le noBud... il ftiui le trancher I

fiAUtS ^ÀIÏS Dà tlfiNNBT BLÔNS

GeCousfn-et-Aini avait eu un l»eau ihonem uutrefbis a!u souper des funérailles. Un fndtant nous avions espéré qu'il s'èlèverait au-dessus du commun et prendrait une position un peu importante.

Mais du tout. Feu de paille. L'exaltation de l'homme q«i hérite l'avait grandi pour quelques heures^ puis 11 était re« tombé.

Bon employé des pompes funèbres, du reste, aimant le cimetière, plein de goût pour tout ce qui concerne les corbillards, ferré sur la première, la seconde et la troisième classe, l'esprit meublé d*os en croix, de larmes d'argent et de jolies épi- Uphes.

Dans son intérieur, les objets d'art consistaient en plusieurs vues du Père-Lachaise et en tableaux exécutés avec des cheveux, où des messieurs et des dames, agenouillés à l'ombre di s saules pleureurs, se mettaient des mouchoirs sous le nez et gravaient sur des mausolées des inscriptions ingénieuses.

Ces tabteaux étaient tdus animés par des chouettes, des chauves-souris et des sabliers ailés.

•^ Trancher le nœud ! s'écria Guérineul répondant à la motion de Cousin-et-Ami, — voilà vingt ans qu'on répétaîlle celle bourde-là ; proposez quelque chose l

— D'abord, reprit Cousin-et-Ami, est- on bien sûr que ce Tiennet Wône soit à Paris?

— Oui, oui, oui, ouil répliqua le fantôme, toujours gui comme pinson.

— Puisqu'il était hier chez la marquise! ajouta ïlouël.

— Eh bien, s'écria Cousin-et-Ami, — je vous le dis franchement, il n'y a pas à tortiller, puisque Berthe est encore eu vie... J'opine... et pourtant... Ma foi, écoulez donc, c'est un terrible homme que ce gars-là !

— Ponr ma part, dit Fargeau très résolument, je ne veux pas m'attaquer à lui.

Guérineul le regarda. En suivant Fargeau, il pensait jouer au fin.

— Ni moi non plus ! fit-il.

— Permettez, mes agneaux ! dit le fantôme , il ne s'agit pas du gars... il s'agit de notre petite cousine Berthe qui va hériter de quatre millions après-demain, y compris l'annuité que vous venez d'apporter comme de bons petits enfants...

Son regard qui avait, à ce moment, un rayon sarcastique, glissa vers le coin de la chambre où l'on avait déposé les sacoches. Tous les regards des assistants suivirent le sien et il V eut un gros soupir poussé en chœur.

Ces sacoches, c'était le plus pur de leur sang. C'était le revenu intact de li ur part d'héritage qu'ils apportaient ainsi pour la vingtième fois depuis vingt ans Depuis que la succession de Jean de-la-Mer était ouverte, ils n'avaient pas touché un sou, les ijialheureux ! ,,,^,,,,, ,^ oogle

Et cette atroce plaisanterie du vieux philosophe menaçait de finir au plus mal. Après s'être serré le ventre plus ou moins pendant vingt ans, les cohéritiers voyaient leurs épargnes prêtes à s*envoler.

Ils n'étaient pas là, croyez-le bien, sur un lit de roses. Jeande-Ia-Mer les avait mis en face les uns des autres, et au premier abord, ils avaient accepté la lutte assez gaîment. Mais îiomblon ayant escamoté la bataille définitive qui devait trancher le nœud derrière la roche de la Mestivière, ils s'étaient dégoûtés du péril pour l'avoir vu de trop près.

Ils s'étaient dit : Vingt ans! Pardieu 1 dans vingt ans, il passe bien de Teau sous les ponts. Laissons faire le temps.

Et le temps s'était moqué d'eux comme ce vieux singe de Jean Créhu.

Pauvres gens ! versons une larme sur leurs embarras.

— Je vous prie de croire, mon respectable ami et cousin, reprit Maudreuil en s'adressant au happe-monnaie Honoré, — que je parle avexî réflexion... D s'agit beaucoup de ce Tiennet Blône... Nous le retrouverons, soyez-en bien sûr, entre nous et notre cousine et amie...

— Savoir 1 dit le fantôme, — savoir, savoir, savoir, mon chou, savoir 1

— Notre cousin et ami Fargeau, reprit encore Maudreuil, — a voulu résoudre le problème en sens inverse... Il a pro-posé hier un arrangement à quelqu'un pour nous faire égorger tous.

— Comment I moi aussi 1 s'écria Guérineul.

— C'était avant notre entrevue, répliqua simplement Fargeau.

— Hé 1 hé ! hé I ricana le fantôme , en avons-nous fait de ces jolis projets!... Mais ce pauvre cousin Fargeau!... il ne se décourage pas, au moins!... C'est bien, mon bichet! c'est très bien!

Fargeau réfléchissait.

— Diable 1 se disait-il, — M. Baptiste m*a vendu... Heureusement que c'était une fausse attaque... Jouons serré : la partie est encore belle !

— Notre bon Fargeau a usé de son droit, dit le docteur Morin ; c'est l'argent qui lui manque comme à nous... Si ce vieux libéral de Jean Créhu ne nous avait pas coupé les vivres, notre alfaire serait faite depuis longtemps...

— Délibérons! déiibéroasl interrompit Houël; le temps presse.

uiyiiizeu uy ■v^j w v^ -^t i v-.

— Je sais où est Bertbe, dit Gousin-et-Ami.

— Moi aussi, s'écrièrent à la fois Houêl et Morin.

— Bayard de Baptiste ! pensa Fargeau.

— Le cousin Fargeau le sait parbleure mieux que vous! ajouta Guérineul.

— Penser à nous détruire réciproquement désormais, reprit Cousin-et-Ami, c'est bien grave!... Sans ce diable incamé de Tiennet, je dirais : occupons-nous exclusivement de Berlhe...

•7- Eh bien!... dit le fantôme.

il y avait de l'hésitation sur tous les visages, sauf celui de M. Fargeau, qui semblait assister à cette conférence en boninie désintéressé.

Evidemment, il avait d'autres cordes à son arc.

— Eh bien... répéta Cousin-et-Ami.

— Il n*y a pas de doute!... murmura Houël; — c'est épineux !... Souvenez-vous du souper des funérailles... ce Tiennet nous en fit voir de rudes !...

— J'ai vu mieux que cela! dit Maudreuil avec une certaine emphase.

— Quoi donc ?

— Je vous dis que c'est un diable!... Quand j'ai été k Londres pour étudier la question des obsèques anglaises, j'ai voulu voir un pugilat... Je rattachais cet exercice h l'art des gladiateurs que les anciens faisaient combattre autour des tombeaux... Il y avait un nommé Sv^ift qui était étonnant..

« Pendant que je regardais ce SwÛi battre tous ses concurrents, j'aperçus parmi les spectateurs une figure de connaissance... Notre Tiennet Blône, habillé en pure gentleman et suivant la lutte avec un binocle d'or.

« Je me procurai son adresse et j'allai chez Swift :

« — Peut-on tuer un homme d'un coup de poing ? lui deraandai-je.

« — Je crois bien, me répondit-il ; le coup de poing du poumon...

« — Voulez-vous me vendre un coup de poing du poumon cinq cents livres sterling ?

« Il fit quelques difficultés, puis il fut convenu qu'il écraserait le pied de notre Tiennet au sortir de son hôtel, qu'une bagarre s'ensuivrait, — puis le coup de poing du poumon.

« Ce Swift, sans exagérer, porterait Rombion-Ballon à bout de bras.

« Lelendemainjilattendlt Tiennet, qui s'appelait M. Hérieul.»

» Ah diable I... tfiterronipft-<m dans fasiistance.

— Il attendR Tfennet, reprit Consin-et-Ami, et hif planta loyalement sa botte sur le coude-pied.

« J'étais là, moi, peur voir si mon boxeur gagnait sps 42,000 fr., que j'avais pris. Je dois l'avouer, cliez le banquier de mon administration.

< Tiennet le repoussa rudement.

< Svrift se mit en garde.

< Il se fit aussitôt un cercle de curieux.

< Tiennet Jeta son ctiapean. A la première passe. Je le èrus mort. A la seconde, il satita de côté, mit ie cou de Swift sous son bras, le saisit par les hanches, fit un haut-Ie-corps, ^ et ramassa son chapeau.

< Swift avait été lancé eottome un b&toh qu'on fait todiDer en l'air. Il gisait à dix pas de là sur le pavé la tête fendue... •

— Tonnerre de Landemeaul s'écria Gtièrineul; j'aurais voulu être là par exemple... c'est le cbup des lutteurs du Midil...

— J'ai vu mieux que ça ! dit Morin à son tour.

— Ah bahl s*écria-t-on à la ronde.

— Je ne l'aime pas, moi, ce Tiennet, reprit lé docteur : c'est lui qui alla chercher cet âne bâté de MéauUe pour soigner Jean-de-la-Mer.

< J'étais à Alger, pour éviter la rencontré de nos amis, ici présents. Deux fois de suite J'entendis sifDer quelque chose & mon oreille, en me promenant derrière la ville.

« C'étaient des balles. Gomme J'avais entrevu le Tiennet, qui était officier de spahis, je lui attribuai ces attentions anonymes. J'avais grand tort, mais j'ignorais' que notre coush) Fargeau fût alors en Afrique... »

Fargeau salua. Le fantôme lui décerna tin bravo caressant et paternel.

— Voulant mettre fin à ces tentatives, poursuivit le docteur, je m'abouchai avec quelques Arabes des douars. Je suis prudent, moi ; je ne liardai pas sur le nombre, et d'ailleurs» en conscience, ces Arabes ne coûtent pas cher!

« Quelques livres de kouskoussou, du tabac et des dattes : cent francs ie tout. Moyennant ça, vous achetez une demidouzaine de coquins verdàtres, avec des coiffes blanches, qui feraient peur à la vieille servante dés brigands de 6il-Blas.

< Je pris donc six burnous. Le Tiennet chassait le lioD, comme Gérard, tout seul dans les sables.

LE lËO M LA Moirr 143

« Mes si$ eogeanceç se cachèrent au food (Fan wied desséché. Moi, je pris position entre les quatre mors d^un marabout, afin d'avoir au moins le spectacle pour mon argent:

f Tiennet, -- le lieutenant Mérieul, — passa bientôt à cbeval.

« PrrrranI — PanI Panf

K Six coups de flusH f

€ Des lambeaux de Tuniforme TolèreBl au t«)t. -^ TieniMt prit le galop et disparut dans un tourbillon de sable.

< Vous croyez que c'est toutr ^ mes Arabes partageaient cette opinion.

< Mais Tiennet sortit soudain du tourbiUoo de saUe. Il était blessé. Son biirneu» bianc avait des tacbes rouges.

< 11 tenait à la main un fusil double.

< Nous le vîmes se coucher le long du flâne de son cheval, de telle sorte que la selle et le garrot lui faissdent unremparty — $a jambe seule restait visible, sous le ventrC) à Fétrier.

< U passa comme le vent. Son fusil s'alluma deux fois. Deux de mes Arabes togxbèrent.

« Les quatre autres rechargeaient.

< Tiennet revint, essuya la décharge, qui tua son cheval raide, et tira ses deux coups, couché qu'il était à plat ventre.

c Deux Arabes de moins I

m Et avant que les autres eussent k temps de recharger, Il bondit comme un lion sur le sable. — Il n'avait que son couteau de chasse contre deux grands yatagans affilés comme des rasoirs.

< Son sang coulait.

« Les deux Arabes l'attendaient de pied ferme.

« Avez-vous vu la foudre tomber?...

« Je ne sais pas comment ça se fit, moi. Ce ne fût pas un combat. Les deux Arabes n'eurent seulemfent pas le temps de crier : Allah 1

c Us roulèrent, sanglants, au fond de l'oued, sur les eada^ vres de leurs quatre compagnons.

< Tiennet essuya son couteau/ souffla dans son fusil, embrassa son cheval mort et s'en alla en sifflant Tair de chex nous:

• Monsieur Bertrand dit à VAvifitâê, « An^tel « Arrête!... » ^ ,

lu LE JEU DE LA !kIORT

Le docteur se tut.

—-Nom de bleu! Abl nom de nom de npml fît Guénneul avec admiration ; dès là-bas, il donnait un peu cossument le coup du bélier!... Ah ! nom d'un chien ! nom d'un chien !...

— C'est joli! dit le fantôme; — bien gentil! bien gentil! Les autres se regardaient déconcertés.

Fargeau, qui n'avait pas encore parlé, toussa comme font tous les pédants avant Texorde, et prononça de sa voix discrète et flùtée :

— Tiennet Blône a fait mieux que cela.

— Pas possible ! s'écria Guérineul.

— Ecoutez et jugez :

ou LE FANTÔME SE MONTRE BIEN LÉGER

M. Fargeau toussa une secooide fois, prit une pose universitaire et commença ainsi :

— La forée et ce brutal entraînement que vous appelez le courage ne sont rien à mes yeux. Ce qui rend un homme redoutable, c'est l'adresse d'esprit. Quand l'adresse d'esprit se trouve réunie à la force et au courage, ma foi, il ne faut pas s'y frotter.

Avez-vous entendu parler du major Hans Bach, le mangeur de Hongrois?...

— Je l'ai vu à Vienne, répondit Cousin-et-Ami , quand je suis allé prendre des notes sur le système d'inhumation germanique... un terrible boucher!

— Un taureau-chacal I reprit M. Fargeau ; Hercule et Thersite. Quand le capitaine Philippe fut fait prisonnier sous Comorn...

— Qu'est-ce que c'est que le capitaine Philippe? demanda Guérineul.

— Tiennet Blône... Quand il fut fait prisonnier par les Autrichiens, on le mit dans la forteresse de Tarvis, d'où jamais captif ne s'évada.

a Tiennet avait beaucoup fatigué pendant la guerre. Gœrgey, son général, comptait sur lui et ne le ménageait pas. Il se reposa pendant huit jours. Le commandant de la forteresse était un brave homme,

« Au bout de huit jours, ce commandant fut changé et remplacé par le major Hans Bach, le mangeur de Hongrois

« Tiennet donna une poignée de main au gouverneur destitué et lui dit ; Commandant, vous étiez trop bon : vous me gêniez...

LE lEU DB LA MORT 145

Ce sera un plaisir an moins de faire la guerre à ce coquin de Hans Bach !

« — Prenez garde ! répliqua le commandant; à la moindre fredaine, Hans Bach vous cassera la tête... Portez-vous bien l

« Ils se séparèrent.

« Hans Bach vint voir son prisonnier. Il le trouva beaucoup trop bien logé, trop bien vêtu, trop bien nourri. Der Teufel / un Français au service de la Hongrie! abomination double! Hans Bach défendit qu'on le laissât sortir pour faire la promenide sur le rempart; il ordonna qu'on le mit tout en haut du donjon, vêtu d'une manière de sac de toile et nourri comme un chien.

« Tiennet lui dit : Merci, major ; comme cela, je m'en irai demain.

« Hans Bach sourit. II plaça un factionnaire dans le cachot, un factionnaire à la porte et deux sentinelles sous la fenêtre, dans le préau. — Tous les quarts d'heure, les deux sentinelles du préau devaient crier : Garde à vous ! auquel cri le factionnaire du cachot devait répondre en se montrant à la fenêtre.

« Toute la nuit on fit des rondes à n'en plus finir.

« Le lendemain , Hans Bach monta au donjon après le déjeuner.

« Il entra et referma derrière lui la porte du cachot.

« Le prisonnier était couché sur la paille dans son sac de toile; le factionnaire, après avoir présenté les armes, continuait sa promenade militaire.

« -* Ëbbien! capitaine ! dit Hans Bach, nous ne sommes pas encore parti?...

« Gomme le prisonnier ne répondait pas, Hans Bach se penclia; mais à ce moment une main d'acier le saisit à la gorge et le terrassa. C'était le factionnaire... Et le factionnaire était notre Tiennet Blône... »

— Ah! fichtre! interrompit Guérineul.

On écoutait autour de la table.

Fargeau poursuivit :

« Mon Dieu , oui... le prétendu prisonnier, couché dans son sac de toile, sur la paille, n'était autre que le soldat allemand, avec un bâillon gros comme la tête dans la bouche... Tiennei lui avait emprunté son costume sans lui en demander la permission, et il se pavanait de long en large, le mousquet sur l'épaule.

« Hans Bach n'avait garde de crier, car Tiennet Blône l'étraii-

146 U JfiO DE LA MORT

glait. — Sans lâcher la gorge, il s'assit commodément 8tt)r la poitrine du mangeur de Hongrois et lui enfonça de la paille à poignée dans la boucbe.fi en mettait, il en mettâH!

< Quand le msgor fut empaillé, Tiennet lui lia son foulard sur la bouche pour que le tout fftt bien solide. Après quoi il le déshabilla.

« 11 fit une seconde îoîs sa toilette auprès du major garrotté. Ce que te major prodigu.tit de blasphèmes intérieurs pendant cela, vous pouvei le deviner.

« Mais voici le conjbleî

< Le major portait d'incommensurables moustaches rousses. Tfennet les coupa proprement, les fixa sur un peu de poix arrachée aux fentes de la porte, et se les appropria sous les yeux de leur ancien propriétaire.

« Pauvre mfangeur de Hongrois !

« La toilette était ach. vée. Tiennet avait îe costume complet du major autrichien, depuis le shako-casquette jusqu'aux bottes molles, en passant par les moustaches rousses. Comme il allait prendre congé du commandant, les sentinelles crièrent: Garde à vousl dans le préau.

« C'était le quart d'heure qui finissait.

« Tiennet se mit à la ftmêtre et fit le salut militaire.

« Le^ sentinelles pensèrent.

< ^ En voilà en qui gardé un peu bien ses prisonniers, le major Hans Bach!...

« — Bonsoir, major! dît Tiennet avec politesse.

< Puis il sortit et ajouta sur la porte en grossissant sa voix : « -^ De la paille!... de la paille!... S. M. impériale est trop

bonne d'accorder de la paille à de pareils coquins !...

« Le factionnaire du corridor porta les armes.

« Tiennet, qui avait la canne de Hans Bach, corrigea un peu son mouvement et passa.

« 11 traversa les galeries , la saHe d'armes, les cours, les préaux, tout doucement, sans se presser. Le nouveau commandant n'était à la forteresse que depuis la veille; on n'était pas encore familier avec ses allures.

« Arrivé à l'écurie, il dit au palefrenier :

« — Qu'esi-c^ que tu as de bon, Fritz, en fait de coureur?

€ — Gracieux Seigneur, il y a lisola, un vrai tourbillon.

c — Voyons! selle-moi Lisola, que je gague un peu d'appè* lit pour mon second déjeuner!

LÉ Use M tA «okY 147

« Lisob fM "selKe. -^ Un loi»Ml^ è^étaH mdl «- Deux heures après, Tienoet avait fait douze lieues.

< On le cfaereba sur Ift route ^ fi^ngrie. il covrait ctai côté it Francfort.

< Quant ^tt Mnjor %nd Badi, 1« tnangetr ie Hongrois, 41 fut èèlivré à la gs^râe montante, (166empaillè,iKiigné, lotMOfié» elc. . . »

^ Et Tienne BI6n«? denafnda Hothi.

— Tiennet Blône n'était pas fâché de voir l'Allemagne... En t)assant à Wiesbaden, H dansa eottKte on perdo ec tit sauter trois f6!s la han(!pie,.. J 'oubliais de voos dire qu'il renvoya au major, dans un paquet cacheté, son uniform« et ses mousta* ches.

*^ Ah bien l ah bien i p» istemglt \ dit Guériwul , ^ en voilà des histoires!

Tout !e ttonde rèfièe^hfssadl. -^ €*élait à eet èomae-là qu'il fallait s'attaquer.

•^ C'est gentil, ^remonça le fantêne du foost des lèvres, — c'est bien gentil... mais...

Il s'interrompit. On entend le bruH see de si petite tabatière d'argent, il prit une. prise» et raseistance èteroua comme toujours.

•^; Mais qtroif demanda^-M.

Le fantôme secoua d'un air fat sa vieille figure d'ivoire Jauni.

— J'ai vu encore mieux que^f dit-il tvec one mystérieuse solennité.

^ Aiîoûs dohcl...

«* n t'y â pas d^allen» donc t répHqua ie ftmtôme es dignant de t'teil... ]*ai vu mieux ^e ^, inie«x qitt ça.». oui> oui, ouL.. Écoutez plutôt :

« A la coùrd^tn^n^eft fades, 4«e]e ne tonnerai pas Ipar discrétion... >

Tout le monde dressa l'oreille à ce début. On regarda le petit homme. Ses yeux avaient repris leur fixité fiiorne et sa barbe d'un blanc sale remuait toute «euie aux aouveoents de sa bouche.

«« Vous tous demandez, reprU-il, comment J'ai pa aller aux Indes, étant forcé de présider vos réumions taas les ans... je tous expliquerai ça à h fttté

« C'était une cour cossue, genre mog^ ; des diamants par' tout et des cachemires pour linge de<x)rp8. --i- £iéphauts et rhinocéros à boucfaeque-venx-tu.

LB leu DE LA MORT

Et des brames et des parias, enfin toutes les productions pays!

« Beaucoup d'Anglais qui vont là vendre leurs rasoirs... « Un Jour il arriva des Jungles un tigre de toute beauté. Nous allâmes le voir avec l'empereur, un bomme d'éducation et pas fier. Qu*aperçois-Je auprès du tigre? Le sieur Tiennet Blône, en costume de satrape et entouré de ricbes marchands de rasoirs.

« Ma surprise, Je vous Tavoue, fut égale à mon étonnement...»

— Ah çà! gronda Guérineul, — est-ce qu'il nous fait poser, le happe-monnaie?

— Chu-u-ut! fit le vieil Honoré, — vous allez voir!

« Les Anglais et Tiennet BlOne étaient en grande conférence.

« J'appris qu'ils réglaient entre eux les conditions d'un pari et d'un combat... »

— Parbleu! s'écria Guérineul, — Tiennet va se battre avec le tigre... ce n'est pas drôle du tout !

Le fantôme haussa les épaules.

— Mon mignonnet chéri, vous n'y êtes pas, dit-il ; — donnez-nous un peu la paixl 11 s'agissait en effet de battre le tigre... mais ceci n'est rien... après l'avoir battu, il fallait le manger.

— Tout entier, s'écria-t-on.

— Tout entier, comme j'ai l'honneur de vous le dire... Il y avait des millions d'engagés des deux côtés... L'empereur paria trente-six bayadères contre deux dou^ines de beaux mouchoirs de poche... Moi, je fis un franc cinquante pour le tigre.

« Le combat commença^ Tiennet Blône tua le tigre d'un coup de pied au bas des reins. Il se mit à le manger tout de suite.

< Ce fut vite fait... »

— Allons! allons! monsieur Honoré, dit Gousin-et-Ami, quand il s'agit de vie et de mort...

— Monsieur! déclama le fantôme d'un accent chevderesque, mourir n'est rien, c'est notre dernière heure!

— Puis, bravant le mécontentement général et prenant on sourire décidément goguenard, il ajouta :

— Quand il s'agirait de l'honneur même, de l'honneur, bien plus cher que la vie à toute âme généreuse, je ne pourrais vous dire autre chose, sinon que Tiennet Blône dévora le U-

gre... n le dévora, sac-à-papier! Je soutiendrai ça, vojrezvous, j usque sur Péchafaud 1 . . .

— 11 est ivre !... se disait-on autour de la table.

— Ivre ou fou !

Par le fait, c'était une cbose fort bizarre que de vo . ate momie plaisanter à la façon des commis-voyageurs 'i goguette.

— Non, non, non, mes amours, je ne suis pas ivre, poursuivit-il en secouant son crâne proprement disséqué, et nous verrons bien, avant qu'il soit deux jours, lequel de nous tous était le plus sage... Mais Tiennet avala le tigre : c'est de Tbistoire... Et j'aurais perdu mes trente sous, moi qui vous parle, s'il ne s'était pas arrêté devant les intestins...

Ça ne vous amuse pas, mes pauvres enfants, s'interrompit le fantôme, parce que vous n'êtes pas en train de vous amuser... Si vous étiez en train de vous'amuser^^ous ririez comme des bossus... oui, oui, oui... mais je vous raconte ça, moi, dans un but sérieux... car, que voulonsnnous ? faire du cbagriu à ce Tiennet filône, n'est-ce pas?... £b bien, voici la recette. Doonez'lui des intestins de tigre... Il les déteste.

— Est-ce fini? dit Cousin-et-Ami.

Le bonhomme éclata de rire tout seul au milieu de ces figures refrognées.

— Ah! ah! ahl ah! fit-il en coquettant, comme s'il eût obtenu un franc suci-^s de gaité, — il y a quatre-vingts ou quatre-vingt-dix ans, j'étais un satané farceur!... J'inventais des

. bêtises à mourir de rire 1... Mais ne vous fâchez pas, mes garçailles ; c'est fini, comme vous dites... Je n'ajoute plus qu'un mot qui va nous réconcilier joliment : votre grand drôle de Tiennet Blône ne boxera plus d'Anglais, ne fusillera plus d'A rabes et n'empaillera plus de major autrichien.

— Gomment!... s'écria-t-on autour de la table. Fargeau lui-même devint attentif.

— Je l'ai là sous clef votre Tiennet! acheva le vieillard. Tout le monde s'était levé.

•* Où çà? demanda Maudreuil.

— Dans la tirelire.

Les héritiers de Jean Gréhu se regardèrent. Ils hésitaient à croire, tant ce coup de fortune était au-dessus de leurs espérances.

— Et... dit Fargeau, — il est vivant?

— La cave est profonde, répondit le fantôme, — et la mai-

«I uiyiiizeu uy >^wv^-x i>^-

18Q . I^B lEU DE tA MORT

son isoIée.M n VÎ% pa$ d'a^nnes... Si le cœur vous eadU, prenez vos pistolets et descendez... MQi/|ç Qi*eD taye les mados.

RMOU-tOI»

Cette nouvelle, donnée par le fantôme, ét^it telîenient învrrisemblable et venait si mal après le conte i dormir debout qu'il avait pris la peine d*improviser, que tout le monde douta.

Tiennet Blôjte (tans la tirelire! quelle ^parencel comment y serait-il entré? Les cohéritiers se disaient, çbacun à part soi :

— Nous la cherchons depuis ^es années, nous, cette coquine de tirelire l et voilù nn homme qui tOQUbe 4es bardts du Dani^e et qui la trouve en un seul Jour I

— Mes meilleurs amis, (fit le (antOme avec sentiment, — ç9 vous étonne?... je Q*en suis pas surpris... mais croyez-én mon cœur... je ne me serais pas permis (settç Jolie histoire indienne.., cs^r elle estlolie^ au fond, cette lûst()ire-là... Je ne l'aurais pas risquée, dis*je, si je n avais en sous. la main de quoi me fair<} pardonner ce que, ma vervç peut avoir d'audaçieu? e^ d'un peii caustique... Sérieusement parlant, j'ai trouvé ce ^esm garçon endormi dans ma <^ye en faisant la ron(j[ç quotidienne qui m'est prescrite par nos statnts... Un instant, J'ai eu Tidée de lui couler une balle dan§ l'orçiHe. . .

— Et vous ne l'avez pas fait! s'écria Gousin-ei-Amî.

1— Mon bon enfant, ^e vous $5n ai réservé rh,Qpnenr, répliqua le fantôme.

Cousin-et-Ami rentra ses cornés.

— Il est là-dedans ciepuis hier soir, reprit If^ vieil Qonoré;

— il m'aura suivi comme autrefois papa Romilon, car îl n'y 1^ pas d'issue... Vers neuf heureç, ce matin, il s'est réveillé.., Bonté de Dieu! si vous saviez quelle vie il a fait dans soi) trou... J'ai cru que la maison allait tomber.., J'ai soulevé ua coin de la trappe.^ il se faisait de la lumière avec des bougies de briquet... mais ça ne dure pas longtemps.., ^e Tai vu prendre 4es sacoches dan^ le tas (jui est çons la trappe et le^ lancer contre la porte... Ahl la porte est bonne... Quand il a «a bien travaillé, il s'est reposé $ans doute, car voil^ déjà du temps qu'on ne l'entend plus... Yoyez-vous., mes bichonneaux, il y a deux manières : lé laisser l^ se mitonner tout s^ comme Iç RomblQP, pu le dépêcher â l'iinstf^nt ; l^a vpu§ regarde.

Fargeau se rassit.

Maudreuil, Hon^l et Iforin s'interrogeaient de rœjl.

Ll lEU DE LA HORT iM

— Ça a. Vair-vrai» tout ça, ôiX Guérîaeul ; le vieux n'oserait pas nous en tirer une de cette longueur*là!... Moi je dis : Roule ^ bpsscjj ssicrebleure ! J'ojnne pour casser le cars en deuj^ temps. « *»

— C'est peut-être le plus prudent, appuya Houët.

— Je si;[is de cet avis... murmura Morin,

— Moi a\\issi... dit Maudreuil.

Ces trois messieurs n'y allaient pas de très bon cœur, parce qu*il§ se dputalept bien qu'on allait leur dire :

— Alor§, çn avant!

— Et vous, cousin Fargeau? demanda le fantôme.

— Mpi, je m'en l^ve les mains, répliqua M. Fargea^, Le fantôme robservait en-dessous.

— \1 a son idée! pensait-il, — bien sur, il a ^op idée!... mais il y passera tout de même !

— Mes mignonnets, poursuiylt-il tout haut,— voicvce qi\e je propose..- le cousin Houël est cassé comme un \[eu% pot, le cousin Maudreuil n'a que l§ courage civil, e( le docteur ^o^ rîn est un peu plus pollron que moi qui fais honte aux lièvres... î^otrç cousin Guérineul, au contraire... ah! ah !.,. Toi;inerre de Landerneau! comme 11 clil,, voilà up br^ve ^arçpn,

celui-là l

— Bon! bon! grommela Guérineul, — je yous vois yenir, vous, l'ancêtre, sacrebleureî... C'es^t àmoile tour, pas vrai.,, Je n'aime pas beaucoup ce jeu-là, moi .. nom d*uii cbiçnl... tirer sur un homme dans une cave!...

— Écoutez! reprit le liappe-monnaie, — Je ya^s voî|s; c|pnner deux de mes petites garçailles...

11 appelait ainsi les grands drôlçs qui accompagnaient les héritiers dans les flaçre§ pour lç§ gar^çf f^\ ^e^r |)îm^eip les yeux.

Guérineul prit ses pistolets et les arm^l- -r Vpyons, Fargeau, dit-il, — faut-il marclier?

— Marcher, répliqua Fargeau avec une tranquillité qui cgpr traçia manifestement le fantôme.

— Diable! diable! diable !... fit ce dernier ; — il a déci^^'? ment son idée!

Par le fait, Fargeau mettait en cç moment la derp|èrç maip au plan de l'une de ces comédies subtiles et compliqué^^ quj étaient sa spécialité.

Ça se dessinait. Cétîut nové, serré, ?)r9i^\H| çom^pe qpç loiîe d*araignée.

Guérineul partit, le pistolet à la main, escorté par deux estaiiers armés.

— Nous allons entendre la chose, dit le fantôme, qui mit son menton sur ses deux ponces et prêta Foreille, attendant Texplo^ sion.

Morin, Houêl et Maudreuil se rapprochèrent de la trappe, l^argeau méditait comme si la partie qui se jouait là, si près de lui, ne l'eût en aucune façon regardé.

— Tu y passeras, mon mimi, pensait le fantôme, en le guettant sournoisement, — tu y passeras tout de même 1

— Mon bon monsieur Honoré, dit la voix de Gousin-et-AmI à son oreille, —je voudrais bien vous parler avant de partir.

Le fantôme fit un signe de consentement.

— Avant de partir, murmura la voix du docteur Morin à son autre oreille, j'aurais deux mots à vous dire.

Second signe de consentement.

— Peut-on vous causer un tout petit peu avant de partir? lui dit tout bas Houël en s>pprochant sous prétexte de lui demander une prise.

Troisième acceptation gracieuse, coquette, folichonne, conune savait les faire ce bon petit fantôme.

— Il est longtemps, le cousin? dit-il au bout de quelques minutes ; — je lui ai donné des aides, non pas pour le défendre, mais pour Tempêcher de rien emporter...

Il lira de son gousset une montre vitt iâse, large comme une soucoupe et couverte de mirodures.

Chacun se taisait. — L'explosion se faisait attendre.

— 11 est si fort!... dit enfin Morin.

— S'il étranglait Guérineul... ajouta Houel.

— Et s'il venait tomber sur nous comme une bombe! acheva Maudreuil.

Fargeau glissa un regard inquiet vers la porte.

En ce moment, on entendit des pas précipités dans le corridor.

Les quatre cohéritiers saisirent instinctivement leurs pistolets.

Ils croyaient voir déjà Tiennet Blône sur le seuil.

Mais ce n'était que Guérineul.

— Eh bien ! s'écria le fantôme.

Guérineul, qui était pâle, jeta sur la table, pour toute réponse, un petit papier où se voyaient trois ou quatre lignes écrites en lettres rouges.

— Oh ! oh! fit le fantôme, — écrit avec du sang! II lut à travers ses lunettes de fer :

« J*ai le portefeuille de Romblon; je sais où vous prendre tous; si un cheveu tombe de la tête de Berthe, vous aurez de mes nouvelles!

< TiENNBT Bl6nb. *

— C'était par terre, au milieu de la cave, dit Guérine^l ; — nous'avons cbercliê partout... pas d'issues!... Ce gars-là, c'est le diable!

Olivette et son époux Henand jeune venaient d'entrer. Olivette portait les pistolets.

Combien il était intéressant, Menand jeune, ému par le péril et peut-être par l'amour l

Par l'amour, puisqu'il venait de passer deux heures en têteà- tête avec celle qu'il avait choisie.

Par le péril, car les deux chevaux de son fiacre avaient pris fc mors aux dents, et s'étaient emportés derrière l'aqueduc d'Arcueil. — C'était là le motif du retard de Menand jeune et de son Olivette.

Nous l'avouons sans fausse modestie : cette création de Menand jeune nous a valu bien des compliments agréables. Quelques femmes ont poussé l'admiration jusqu'à l'inconvenance, et les anciens notaires nous ont fait frapper une médaille dorée par le procédé Ruolz.

Menand jeune restera dans le souvenir reconnaissant des peuples, comme les Orphelins du Hameau et le jeune Alexis de la Maisonnette dans les bois.

Il est seulement plus joli, plus espiègle, plus susceptible d'inspirer de dangereux caprices aux femmes.

Il s'assit auprès de ta porte et fit des boules de terre glaise pour sa sarbacane.

Heureux les hommes qui connaissent le prix du temps !

Olivette avait pris place parmi les héritiers.

On avait mis devant elle le billet de Tiennet Blône.

Ses sourcils étaient froncés violemment.

— Berthe ! pensait-elle, — Berthe! mon malheur!. ..Celle

qu'il aimait dès ce temps-là!...

S'il y a en ce bas-monde quelque chose de méchant, de cruel, d' impitoyable; c'est une ancienne servante devenue dame.

Un serpent à sonnettes n'a sous 1î| dent ((tJ^deVean de fienr d*oranger en comparaison des co^leuvr^ don( naiis p^loQS

Fargeau regçirdait la joHe msirqui^e, qyî était vraimeiit ji croquer sous son costume masculin, et i! souriait i ^es pçnsëe$,

Olivette était justement ce qu'il lui fallait pour entamer le premier acte de sa comédie.

Autrefois, Olivette avait déjà joué une pièce de l|ii im le chêne creux de I4 MestivièrcL..

En somme, il y avait là quatre personnages importants et bien tranchés. D'abord, le fantôme, qui avait ses raisons pour se croire sûr de son affaire, — c'est-à-dire d'envoyer, avant que trente-six heures fus$>^t éçouléep, taus SÇ3. çi^-^ériti^rs au Père-Lachaise.

En second lieu, Venant jeune, insouciant et léger, ^lon^e fantaisie» souriant comme le printemps, séduisant cooi9ie \m rose.

Troisièmement , Olivette qui ayjijt e^ pp Wipent 4a»S les vaines du 4el au lieu de sang.

Elle avait revu Tiennet. £11^ était furipuç^ d>iQOUr e( 4e jalousie. Il lui fallait Tiennet et la yepgaance.

Quatrièmement, M. Fargeau, possesseur d'un plap tQi^t ^i qui valait juste quatre millions» 4 son astiine,

Quant à Houêl, Morin, Gi^érineul. comparse^ ! Ils ne sentaient débordés en ce mpmept, et dêvinaiçnt vaguement qu'il y avait là des gens qui les tenaient. ifaf^^reiMl lui-même voy^t la partie désespérée...

Il regrettait à cette heure lesi vingt aOQèes perduçç I

La réunion n'avait plus de but.

On mit cependant quelques propositions spr^e tapis. Maadrenil ouvrit cet avis qui était assur^n)ent praticable d^ feindre raccomplissement de la condition testamentaire et departa^r sçus main, entre les pr^tendn^ pofts et les vivants.

Quoi de plus facile, puisqu'ils avaient tous changé de nom.

Mais le fantôme repoussa l^^n loin ce^te motion çt chacun put remarquer le courir^ de pn^pris qwi vint à (a lièvre 4® M. Fargeau. Olivette ne daignait n^^n^e pa§ écPMtçr,

Une bataille? C'était encore pû^^^il^ pt çk^W PP^vait ^ provoquer.

Mais quand on a reculé pendant vingt ansl..,.

Et puis le premier qui «aurait mis la main i^r s^ pi^tplets était si $(jir d'être accablé !.;•

m |Ep DP LA MORT |^

•^Iffes enfants chéris, dit le fantôme, la séance est ley^e.** nous ne nous reverrons qu*en enfer I

Il y avait du terril>le, beaucoup de terrible sous le grotesque 4e ce vieil bomme.

l^^udreuil, Guérineul, PquqI et ^Ofin eurçnt froid Jusqu*à la moelle des os.

S^ns ce consulter, i|s ^ongère^ittpu? 3l quelque coup de désespoir- Ces mots que le centenaire venait de prononcer tout doucement avec son sourire moitié joyeu)^, moitié fiiuèbre, c'éiaitleur arrêt. Us le savaient.

Unp çbose singulière, c'est que madame 1^ marquise Oliva de Peau^oyeux chpi^jt ce moipemt ppiir coqueltér avep 1^. Fargeau.

F^rgeau l'avait ^l^ordé^ galamn^ent et Ipi avait djt:

— fe nç Tjens pas vous parj^r toptinç et millions, belfp dame... Je sais que vous ne songez pas à cela.

-- Si fait, répliqua pijyelt^, — mai§ j'ai mon afTaîre.

— 4bl ab! yo^s ^u^sii... Ces dernières hei^rps pourront être fort intéressantes.... Maïs venons au f^it: T^ipaez-vou^ encore ?

— Comme pnçfoiif!

— Alors vous délestez Bertbe?

Les yeux d'Olivette brûlèrçpt.

— Fort bien, dit Fargeau ; — notîs allons nous entetj^rç.,. Je puis mettre votre rivale en^rç vps i||i^iqç,.y

— Kxpliquez-vous.

— Pas ici... P^ps ijne ^fiipî-ljçure je sep^J au )[.ux^p)|)ourg, derrière le carré des Rose^— pi^is-^epspérgr (jji^ yo,\is youdrez bienm'yrejpindre?

— Jy serai avant vous, dit Olivette.

Avant ^e partir, Guérineul, Morîn, HouÇl et Maudreull tentèrent up dernier effort auprès dç Û. Hji^npré.jils allèrent àlui^ les naïfs, et lui dirent chacun à Poreille :

-r Si yojus voulçz, no\is eiy^porteron^ ^ insii^ot çt nous partagerons. "'"""' ^""

Le fantôme les envoya paître avec ce laisser-aller plein de bonhomie qui faisait de ini un si aimable compagnon. Il p'ayait aucune enyie (|e partager, ce digne vieillard I Guérineul, Môrln, lïouël et Gousin-et-Am! montè|rentmélan-

1S6 LE JEU DE IWl MOfIt

coliquement dans leurs fiacres respectifs, et se laissèrent bander les yeux comme des victimes résignées.

Guérineul, jusqu'au dernier moment, avait espéré l'appui de Fargeau, son futur beau-père, et celui dOliva. Mais le rapprochement inattendu d'Oliva et de Fargeau lui était d'un bien triste présage.

C'est à peine s'il avait la force de jurer nom d'un chien! ou nom d'une pipel en songeant qu'OIiva n'avait même pas répondu à son sourire excessivement tendre. — Tout était fini^ même de ce côté.

— Sacrebleure! ces découragements, on les secoue. Guérineul se dit que s'il fallait y passer, nom de noml il y aurait du grabuge!

Pendant que tous les héritiers de Jean Créhu montaient en fiacre, le bon petit fantôme était à sa fenêtre et les regardait d*un air narquois.

— Bonsoir, mes mignonnets, disait-il en frottant ses mains qui faisaient tic tac comme des osselets bien secâ, — bonsoir I bonsoir! bonsoir!

Nous croyons même qu'il leur fit un pied de nez,

Mais, au moment où les fiacres partirent, sa figure se rembrunit notablement.

Il venait de voir un objet qui se mouvait dans le terrain voisin.

Il mit précipitamment ses lunettes. — L'objet était un mendiant qui courait à toutes jambes en suivant les fiacres de loin.

Le fantôme ferma sa fenêtre. Il ne souriait plus.

— Tieunet d'un côté, murmura-t-il, — ce coquin-là de Vautre. — il faut se hâter de faire sa petite affaire!.... oui, oui, oui!

Derrière le grand carré des Roses, dans le jardin du Luxembourg, il y a une large et belle allée que les bonnes d'enfanls et les militaires désertent pour encombrer l'esplanade ou pour aller s'asseoir en espalier le long des murs brCdants de la Pépinière.

Vers trois heures et demie de l'après-midi, une jeune femme dont la tête fine et hardie se cachait sous un nmntelet de soie sombre, tourna le carré des Roses et entra d'un pas pressé dans l'allée en question.

Son visage disparaissait presque derrière un voile noir chargé d'épaisses broderies.

Elle regarda des deux côtés de l'allée. Il n'y avait personne.

C'était Olivette qui arrivait la première au rendez-vous donné par M. Fargeau.

Olivette consulta la montre mignonne qui pendait à sa ceinture. Il y avait à peine une demi-heure que les fiacres avaient quitté la maison du fantôme.

Cette demi-heure lui avait suffi pour faire sa route, pour changer de toilette et pour se débarrasser de Menand jeune.

Elle était donc bien pressée!

Oui. — Et cela lui faisait peur. — Elle mit la main sur sa poitrine où son cœur battait avec violence.

Les vaudevilles et les proverbes ont eu beau le répéter. Cette chose banale est restée une chose vraie. Le premier amour ne meurt pas.

Il y a plus. Ce premier amour peut rester jeune, ardent, héroïque, au milieu de Tâme perdue. Le contact du mal est impuissant à le ternir. Il vit, vainqueur du temps, invulnérable à la contagion du crime, — comme ces belles fleurs d'azur que le voyageur Levaillant trouva dans la gueule empestée d'uu crocodile mort.

Olivette se promenait sous les hauts tilleuls de Taîlée. Ella tenait à la main le billet que Tiennet Blône avait écrit dans le souterrain avec son sang.

Elle était pâle sous son voile. Ses yeux brûlaient, creusés par la fièvre; ses mains étaient froides et tremblantes.

Elle eût poignardé Berthe, en ce moment, sanshésiUtion,ni

remords.

Ses lèvres remuaient machinalement et disaient :

Il l'aime! oh I comme il l'aime!

Des pas sonnèrent sur le sable.

Olivette reconnut l'allure discrète etscholastique de M. Fargeau. Elle s'élança vers lui.

—Vous l'avez vue? s'écria-t-elle en l'abordant ; — dites-moi tout de suite si elle est belle.

Fargeau salua selon toutes les règles de la politesse.

— Mais répondez donc! dit Olivette impérieusement.

^ Je suis aux ordres de madame la marquise, répliqua Farccau dont la voix eut peut-être un tout petit accent de raillerie en prononçant ce dernier mol; — madame la marquise a-t-elle entendu parler d'une cantatrice d'un théâtre très infime?... Mais, non; madame la marquise ne descend jamais si bas.

■y.uz^uuy^ôOgle

— Le théâtre de Diane? demanda Olivette dont la voix cbevrottaft.

— Précisénent.

r- Est-ce qu'elle ressemble à cette femme.,, ^'on dit li beîleP

— C'est elle.

Olivette appuya se^ deux pnains eontve sa poitrin». Farceau la regardait en soyrlani.

— Ab ! dit-il avec onction, — conome nous allons bien nous entendre, madame la mgfquise et moi.

Il y avait des chaises le long du treillage du grand carfé des Rosçs. Olivette chancelait. Fargeau la fit asseoir.

— Nous l'aimons dpnc terriblement 1 murmura-ttil, «^puisque nous nous occupons de lui en ce moment où il s*agit de quatn raiUionSf..

— Je vous ^\ dit, répliqua Olivette, -« qu^ je suis «Oreda rèiissir.,.

— Qn a SQp petit plan, à ce quil paraît, poursuivit paternel* lement Fargeau; c'est très bien... Moi, qui ne suis pas amûih reux , j'ai aussi le mien... je joue eartes sur tablt comme tout jours...

Olivette, malgré son émotion, ne pirt s^empèdi^r de sourire.

— Pour la réussite de ce plan» continua êboore M. f argaau. je pourrais mp pa^çer devons... mais j'avoH« que vù^ fai|i@| admirablement ipon affaire... Vous frapperez Bertl^e...

— 4il Ç^^r? si je peuxl interrompit Olivette ave^ vm ngl contenue.

— C'est bien ce qpe j'ai pensé... au cœur... et de la bopf manière... voyons! Laissez ce cbiffèn déparer et prête^mol toute votre attention... Vous savez que je ne lipappe que poralemgnt'parlant, moi... vous allez juger siieDOUp v<ms ^^^Yi^'*

« C'est pour ce soir... •

Mais, avant de laisser poursuivre M» Fj^g^i DQU^epnstiiterons riadiscrétion ûfa6tteè0 4^ «# je^uia àfi Jfk^r^^ii^t du Pont-Neuf.

Ce menifiaoi qi)i lOJ^imt?

î)epvi\§U9^ûé^(m 9^ l^i^e fi^tf^r ]^s j^ehfliants aqL^xem* b^ufgf Le p6tr^;, jpr/i?fijt9iif d^ ,ce(te amélioration sociale, avait suivi ]il. F^geau ju^u'aj^ carré des Roses. — Une fols là, il ^vait e^ls^dj^ |^ ^reili^ge ef s*émt glissié parmi les rosiers, sa mépris 4e(s loi^ ^ ré^f i^ç^s 0 .concernent ja police des jardins ppWJci.

Pendant que M. Fargeau parlait, le mendiant était tapi der- Hère un béiu rosier-buisson, touffu comme un if et placé à distance convenable.

11 entendait très bien toute h conversation.

Cétait un bomme actif que eo mendiant. Tout en écoutant il prenait des notes.

M. Fargeau fut bien un quart d'heure à eipllquer son affain» à la charmante marquise. " '

En achevant, il dit:

— Cela vous convient-il P

— C'est une fdée infernale 'mminura (Wlva comQie en se par lant à elle-même; —elle en mourra de honte t

— Ça, je vous en réponds! son fils est l'orgueil incanié. C'est un coup décisif que vous pojrtea à votre rivale... J'ajouterai que (63 choses sont d'avapc^ un peu préps^réç^,.. Le fil^ a déjà de mes nouvelles.

-- Vous été» un démon, fargeaul 4itOUYeUç qui semblait rêver.

-^Trop «^imaiblçl murmura Far^egM, qui §al\ia d'un air reconnaissant.

-^ U faut quiç VQUS m disiez pwrflUOi von^ y^u? êtes adressé à moi.

^ C'est tout 6imple«f • Voi, jevis fort retiré... Yous, vous avei Justement l'entourage qu'il faut pour rendre la fête coipplète.. Tous ces beauxmessieurs qui fréquentent vos salons... Toutes çe9 jeunes filles rieu«e^ 9t moqueuse^ . . Le sj|;nal partir» de votre loge..* Moi, je ma charge ()*fim^mer le jeune homme.

Oliva hésitait. Sa tète l'inçlii^ ^r la poitriqOf

-^ C'est làohel... lâc|iei ditnelie tout bas au bout de quel* ques insunts ; — c'est lâche comme tout ce qui vieal û^ vou9« Fargeau, Iftcfae comne le vol de la promesse de mariage!...

— Ah f fit M. Fargean en souriant : *- vous vo«s souvenea de cette petite hîstoirtP L'idée était assez originalBf.. mais nous n'ayons pas le loisir défaire delà critique rétrospective, madame la marquise... Tlemiet filOne esilibre... Demaiaii aura retnMivé cette belle des belles... la Lovely... demain, il sera trop tard*

(Mirette se redressa, l'espresslon de son visage Citait noatt breet résolue.

— A ce soir, dît-e!!e...

Une jeune fille qui semblait venir de loin, ctr ea démareM était Inégale et comme harassée, tournait en ce moment le coin

de raUée de rObsemtoIre. Elle aussi était voilée, et la rapidité de sa course collait son voile à sa figure.

Il y avait de M poussière à sa robe, do désordre dans sa mise et daps tous sesmouvements une sorte de fièvre.

Ce pouvait être une de ces pauvres fleurs flétries qui émaillent le pays latin...

Elle passa en courant devant le carré des roses.

M. Fargeau l'aperçut et demeura la bouche béante au milieu d'une phrase commencée.

— Clémence I . . . cria-t*il : — Clémence !

La jeune fille eut un tressaillement léger, mais elle continua sa course sans tourner la tête.

BOMBLON-RAISON

La jeune fille dont la vue avait excité chez M. Fargeau un si vif mouvement de surprise, se perdit bientôt parmi les arbres. Elle se dirigeait vers la grille de cet heureux théâtre où Ton mange des pommes et du flan dans les avant-scènes, le théâtre national de Bobino. —C'était bien la route la plus droite pour gagner la rue du Regard.

Fargeau fut sur le point de s'élancera sa poursuite, mais il se contint, parce qu'il pensa:

— Si c'est Clémence, je la retrouverai toujours à l'hôtel. Il lui restait d'ailleurs à compléter Texplication de son plan. C'était une de ces comédies â la Fargeau, comédies torturées, subtiles, envenimées, dont le creux du chêne de laMes> tivière nous a montré jadis un spécimen. Mais le talent de M. Fargeau avait grandi avec les années. Au chêne de la Mestivière, nous n'avons vu qu'un tout petit lever de rideau : il faisait maintenant de grandes pièces.

La scène, pour laquelle il avait besoin de madame la marquise Cliva de Beaujoyeux, n'était du vem que le prologue de cette grande pièce, qui devait se nouer et se dénouer entre Berthe et lui.

C'était combiné fort habilement. Il n'avait rien donné au hasard. Comme il n'avait ni aide ni confident, sauf pour ce prologue qu'Olivette elle-même trouvait diabolique, toutes les chances étaient en sa faveur. •

Olivette et Fargeau causèrent encore pendant une dizaine Je minutes. Fargeau en dit assez sur la position de Berthe pour que l'ancienne servante comprît la portée du coup qu'on allait frapper. 11 garda le reste.

Dans lecarré des Roses le mendiant écrivait sur son genou.

Olivette et Fargeau se séparèrent en se donnant rendez-vous pour le soir, au théâtre de Diane. — Olivette se chargea de convoquer les acteurs du prologue.

Le mendiant enjamba iabalustrade, plia son papier en forme de lettre et le cacheta. 11 ne mit point d'adresse.

— Je sais tout et je ne sais pas grand'cbose, grommela-tîl;— je n'ai pas la clef... C'est embrouillé comme l'écheveau des sorcières!...

— Si j'avais fait afiFaireavec cet homme-là, poursuivit-il en regardant de loin Fargeau qui entrait dans la rue Madame, — peut-être aurais-jeeu le gros lot... mais j'ai peur de lui... Dès qu'il sera tombé au fond de l'enfer, il trompera Saian. . J aime mieux Ballon.

Au coin des rues Madame et de Yaugîrard, il trouva un honnête Auvei guat, mollement assis sur ses crochets.

— Mon brave, dit-il en lui mettant dans la main un franc et la lettre sans adresse, — tu vas aller rue de l'Ancienne-Comédie, no. .., chez madame la marquise de Beaujoyeux.

L'Auvergnat le regardait avec des yeux énormes. Un mendiant qui donnait vingt sous pour une commission de cinq minutes de marche!

— Faudra rapporter la réponse? demanda- t-il.

— Tâ( he d'écouter ! interrompit le mendiant. — Chez la marquise, tu trouveras un gros monsieur qui a l'air riche comme un I uits. Tu lui diras : Romblon. Si l'on te répond Raison, tu donneras la lettre. — Sinon tu te mettras à la porte et tu attendras le gros monsieur...

— Je lui dirai quoi?

— Romi Ion.

— Romblon, Romblon, Romblon! répéta l'Auvergnat pour se bien mettre la chose, dans la tête, — et il me répondra?

— Raison.

— C'est-il de la politique ?

— Non.

L'Auvergnat partit. , ^w p

Le mendiant pressa le pas vers la rue du Regard où M. Fargeau venait de s'engager :

Tout en marchant, l'Auvergnat se disait : — Louche-t-il, ce gueux-là ! .. . c'est des manigances, bien sûr ! El il répétait :

— Romblon-Raison.. Romblon-Raison... Romblon Raison...

199( Lfe IIU DE LA MORT

Par une singulière coïncidence, il y avait danslarnede l'Ancienne-Comédfe en ce moment an sapei^e cavalier, velu selon les règles du dandysme le plus irrAproohable, qui arpentait le trottoir en répétant, lui aussi, entre ses dents :

— - Çomblon-Raison... RomUon-Raison... Romblon-Raison.

Ce beau cavalier était entré tout à l'heure chez madame la marquise et venait d'en ressortir, n'ayant trouvé personne.

L'Auvergnat franchit le seuil die la marquise*

Le beau cavalier s'arrêta devant la porte. U i^^ii profçndér ment.

L'Auvergnat redescendit et vint se planter de factioç sur le trottoir.— Il regarda son voisin le beau cavalier et se dit:

— Il a Tair un peu riche, celui-là !

Puis il ajouta :

— Si |e fais faction ici pendant deux heures, les vingt sous du gueux qui Ipuche, ça ne pèsera pas lourd... Voyons voir.

—Sans vous commander, bourgeois, di4-il tout haut, — cette lettre-là est peut-être bien pourvous... Attention... Ramblon...

— Raison! réplioua aussitôt Mazurke. Car c'était Mazurkç, ce superbe cavalier.

Ha^urke qui, tout en réfléchissant, répétait comnie un re^ frain ces mots étranges trouvés dans leportefeuilledu squelette:

— Romblon-Raison...

Lç co|;nmissionnaire lui tendit hi lettre, mais il se ravisa. ~T Q'es,t que... dit-il en se grattant Toreille; — <• le monsieur doit être trèç gros^ c|u'oq i^*a bien recommandé I — . r£\i ^eaucqup maigri ces jours-ci, répondit MazurlM.

— C'est donc ça I

— Donne!

Comme l'Auvergnat hésitait, Mazurke lui arracha la lettre et mi mit une pièce de cinq francs dans la main.

—îFjchtrrra! s'écria renfantderAuvergne; — ah Ibougrrri I... bougrrriî... Riche comme un puits... c'est çal..* c'est ça!..» N'y a pas de réponse pour le gueux qui louche ?

— Qui louche ?... répéta Mazurke ; -r- non... va ! L'Auvergnat se paya plusieurs canons et alla, le soir, entendre (e paiss^m le Vengeur aux Champs-Elysées.

Mazurke ouvrit la lettre.

Il reconnut tout de suite l'écriture de M. Baptiste, Phomma, ^\ixlqnettes bleues. ^

La lettre...— Mais avant de lire cette lettre, H fout bien vous «PBT^fl^r^ fiWmÇftt Mazurkç ét^i^ sorti de son trou.

LE JEU DE LA MORT f bJS

Ifazurke avait eu à passer une heure terrible, une de ces benres dont on se souvient toute sa via.

1} était tombé sur le sol froid de oetto cave» bri«4 de aœur ^tde corps, vaincu, perdu, phi» fûhlt dèaûrmalt quim eafaol ou qu'une femme.

La fbrce quHl ftvaflpro%»éi avec f^ dan» m lutlt e^Mri la porte de fer, cette farre élalt eamidélemem ép)ii«te.

1) gisait là sw le» piéees^d^or et d'argent ôparses. U m bougeait pas ; il ne pensait pas. La sueur se gkaçait à soa fiPMl morne.

Ces deux espoirs de ^ vie> Betth^ el Lucienne, M faM reposssait pour mourir sans souffrir.

Mais Berthe et Lucienne étaient là dans ces épaisses ttailMes». toutes deux belles, tantôt souriantes comme de raUlcu^ promesses, — tantôt éplorées et deman(hnt secours.

Secours! à ce mort dans sa tombe l

Mazurke s'accrochait à son atonie. 11 sentait qpue It réveil serait horrible.

Il ne voulait plus vivre. — It avait peur de ces sopr^mes convulsions où se tord le désesnoii^.

Oh i pauvre enfant t cette blonoe Lucienne qui i^Ilait l^aipev,. qui Taimait déjà, et qu'il adorait lai, à sa deimiére hetire%

Oh ! Berlhe I Berthe retrouvée ! sa sœur, sa famille, à lui qui avait tant de fois dit à Dieu en pleurant : le suis seul^ tout seul! je n'ai pas de famille 1 ayez pitié de moi I.».

Elles se sers^ient aimées, Berthe et Lucienne, sa femme el sa sœur...

Sa femme! sa sœurl... oh! le délire revenait!

Sa main crispée déchirait déjà sa poitrine.

H sauta sur ses pieds tout à coup. "Vous eusslei dit une secousse galvanique. Ses deux mains pressèrent «on fpout.

Un mot timide et tremblant tomba de ses lèvres :

— Peut-être...

Il venait de revoir dans Tombre ces deux rayons verdàtree, mobiles, vitreux.

Et comipe le vieil Honoré, il s'était dH : Là oh passe cet animal, un homme peut passer aussi, peut-être.

L'air respirable qui emplissait là cave annonçait une com^ na^nicatlon quelconque avec l'extérieur.

Le voilà fort. Voilà que sa poitrine s^élargit, vivifiée. Ses membres se tendent : c'est notre Mazurke qui casse les boxeurs anglais, qui lance les Italiens par les fenêtres, qvA tue les

uiyiiizBU by VjOOQIL

Arabes par demi-douzaines et empaille les majors allemands!

Vive-Dieu! il n*est pas encore libre, mais it n'est plus coacbé là comme on enfant découragé !

II fit un pas bien doucement, les rayons verts reculèrent. D avança de nouveau; le tigre domestique battait en retraite avec lenteur. Au bout de dix à douze pas, les rayons verts s'éteignirent tout à coup, et Mazurke entendit comme un frôlement sous les planches.

11 avait une dernière bougie.

Plus rien qu'une. «- Au petit bonbeur4 — Il l'alluma.

Et il chercha. Les trois quarts de la bougie brûlèrent. Mazurke ne voyait rien.

L'angoisse est, plus cruelle après un moment d'espoir.

Le cœur de Mazurke se serra.

Mais comme la bougie allait s'éteindre la flamme vacilla brusquement. Mazurke s'agenouilla. Un soufQe d'air humide et frais lui caressa le visage.

Il joignit les mains et remercia Dieu.

C'était la vie! — D'un geste rapide comme l'éclair, il déchira une page du portefeuille de Roftnblon père, et y traça les lignes menaçantes que Guérineul rapporta aux héritiers de Jean-dela-Mer.

Puis il sauta résolument dans le trou.

C'était par là qu'il avait pénétré dans la cave douze heures auparavant.

ÎJne sorte de puits étroit afi'ectant la figure d'un baromètre ordinaire, et dont la courbe aboutissait dans la cave.

La maison isolée, choisie par le vieil Honoré pour déposer les fonds de la tontine, était la maison historique du chevalier de C. — B.— , où Ton trouva un amas d'armes, sous l'empire, lors du procès Cadoudal.

Jamais on n'avait vu entrer diez le chevalier seulement un pistolet de poche.

Et pourtant sa cave contenait cinq cents fusils.

Le puits avait joué son rôle.

Depuis lors, l'herbe et le sable avaient recouvert la trappe. Personne, pas même notre ami le fantôme, ne connaissait l'existence du puits, dont l'orifice aboutissait derrière la maison, dans une cour abandonnée et défendue seulement par une grille de bois vermoulu.

Mazurke éprouva plus de difficultés à remonter qu'il n'en avait eu pour descendre. Comme il n'avait en aucune façon la

conscience du chemin parcoura la veille, il ne savait pas où il allait. La trappe supérieure s*4tâit refermée tant bien que mal après son passage. On n'y voyait guère plus dans le puits que dans la cave.

Mais au premier rayon du iour, faible et lointain, qui lui arriva par les fentes de la trappe, quel vif transport 1 Son cœur emplit joyeusement sa poitrine. 11 poussa un hourra comme aux heures de bataille, quand son cheval au galop le lançait, sabre au vent, dans les carrés autrichiens.

Plus de fatigue ! U monta ' *> '^.ontait, et bientôt sa tète souleva la trappe.

11 regarda le ciel avec des yeux affolés. U était libre ! Ah ! vive-Dieu ! gare aux joueurs de la mort.

Cependant tout n*était pas fini. Mazurke sortait de son trou dans un état pitoyable. Ses vêtements étaient souillés de glaise du haut en bas, ainsi que sa figure et ses mains. Il n'avait plus de chapeau. — Il était enfin dans cet état où l'on arrête un homme, de confiance et sur sa mauvaise mine.

A peine avait-il franchi la grille de bois qu'un long cri re^ tentit à l'autre extrémité de la rue. Mazurke était en train d'examiner les lieux pour s'y retrouvera l'occasion, il fut rudement dérangé dans son examen, — Le voilà! le voilà! criait- on; — arrêtez-le! Le premier mouvement d'un honnête homme est d'attendre de pied ferme, quand un quiproquo de cette sorte lui barre le chemin. Car c'était évidemment un quiproquo. U y avait là des soldats, des gardes nationaux et du peuple. On cherchait un voleur (et Dieu sait que le quartier est bon pour les battues de ce genre!); on voyait un homme sortir de terre; on criçiit : sus ! c'est la règle.

Mais le second mouvement de Mazurke fut de prendre ses janbes à son cou et de détaler à grande vitesse.

Il venait de songer en effet à sa position exceptionnelle. Il n'avait sur lui d'autres papiers que le portefeuille de papa Romblon, qui n'aurait pas été une recommandation bien puissante auprès de la justice.

En cavant au mieux, dépourvu qu'il était de passeport, le moins qu'il pouvait craindre, c'était une détention de quelques jours.

EtBerthelBerthel

U sauta d'uii bond dans le terrain où plus tard le mendiant vint ;5'étabHr, et prit chasse aux cris de deux ou trois cents bar.

daiHte^ ageifts et tottriôurous ^i te mirent à sa pcmrsoite.

Mais on n'a pas mérité le beatt nom de Masurke sans avoir des jambes à Tépreuve. Il dépista en quelques miniHes laineute humaine ^tà te |)oursuivait, et sattta dams ttiifiaere, m €Oin du quai d'Orsay, derrière ies Invalides.

Le fiacre prit h trot bien tran^uiHenient. dette ibis Mazurke était sauvé pour tout de bon, ^ mais du diable s'il eût pu retrouver la route Cftt'tl avait suivie à travei^les oiiantiers, les terrains el ieft dépôts de pierre detaiHe 4Ui diaprem la èonne ville du Gros- Caillou.

Le iHAÉrd l'iviit cMelié ià sur un iit d'or, deux miHions amoncelés; deux millions qui Venaient de^en père.

Le basard refermait deiVière iiii la porte diiirés^^

017 TAtÙElE PÂTÔUR ÊcUlt Ab LOUCSARD

ifoEiirke se it eonduire ofaez «m taitieiir et troqua, f^râee à quelques louis qui restaient dans sa poebe> son costume dé- «btrè, MvlUéi impo^<'^>'" ^^-w^ — ^^^utrem^tt oomplet de dandy.

AfÂ^ quoi il revint rue de rAneieime-Gomédie, détermifiè à voir la marquise Romblon, et tout ce monde mystérieux qu'il lui fallait combattre et briser»

il n'était pas sans se douter 4t oe qu*il devait à Romblon- Baflon.

La maison 4e madame to marquise de Beaujoyeux était vide. Maturice«ortit«t fit cent pas sur le trottoir. Ce fut 1& qu'il rencontra l'Auvergnat intelligent obargéde la missive du meniktùU

Mazurke, nous Tavons dit souvent, avait de Tenfantillage un feu f^us qu'il ne faut au fond du ^earactère. Vue des cboses qui l'avaient le plus frappé danscette cave, c'était la biianre «t ines^cable alHance de mets : lombkm ftaisoo^

B ^«t, répétant ee nom et ce «tôt» loroque l'AuvoDgaat toi ^ i BomèUm.

Il répondit Raison tout naturellement.

Et l'Auvergnat lui remit iaietire.

Mazurke traver«i fat me et entra dws le passage du Commerce pour la lire plus commodément.

Voici ce que disait la lettre :

« Vous avee dû recevoir ma dernière ce matin. Le Fargeao Iravallie c<»aime un diable. Ses mécaniques ont ooffli^ttemeot réussi cbez madame de Marans...» y ^ y ^wv.^.v

/-•;* 'lit*'' i"^ »!•' -y- 1^ ■<<?-■ ■^.

^ XaSaiiè de Bfertns f s'iaterroinfyHMasiirte; -^sa mêveU. Voilà qu'elle est mêlée à tont cela,maifitenatiil...

Il lut avec une avidité croissante :

c... ToQt est sens dessHS dessous. Le tts «st pris è la conseiiptioB, ce f«i fera découvrir la vérité. E« outrer dommeil a Jugé à prof)08 de chippet rargeal du rentplatçant et le dèptt de la Griècbe, madame de Marans est bel et bien perdae%.v>

^ Qu'est-ce qite to«t cela veatttire? pensaH Mazurke-, pris d'effroi.

La iet^ cdQtinoait :

k ».. Perdue d^ fond en conble) si«)l« n'apw ^o«i»iài)lufiËe flrifle francs te soir.*. ^

— Il faut que je les aie^ moi^ se dit Matorte. •

< Mais ce n*est pas tout» reprenait la lettre; Pai^eau a inventé une bien autre inécanl^ie^ une vmi«! On doit «tnirerle l^ttH docteur afU théâtre de Diane po^ lui bien montrer ce que c'est que sa tnère. It tous les babitués de la marquise seront là po«r flaire un scandale d'enfer... •

— Ge que c'est q^e sa mère! répétait Mttmrkë, q^ se pet^ dait dans un dédale inextricable de pensées : -^ G'e^ iHielque atroce guet-apensl Mais «< j'iNr à*i^ pu H minLé. fuô signifie cela?

II poursuivit :

< Vous sentez, la Griècbe criera comme une pie; les sifMs ffottt }e& train, et le petitfiabriel arrivera là an l»on moiielit...

« Il n'y a pas à dire, le Fârgeau est i6tonndnt pour avc^ comme çà des idées 1 L« deotemr Moid obI capable d'étoitfer sur le coup... •

Matmte se creusait la cervelle.

Dans cette famille qui était celle de LucienBe, il y avait donc aussi de grands maUieurs ntenaçaiitsl..'.

Il reconnut bien vite qu'il perdrait son temps à vouloir «on* der dès à présent ce mystère. D'alileurs la piirase qui suivait attira violemment son attention.

« Il est superflu ^ vous dire qae Farj^aii Ignore Taffaire de celte nuil, à moins qu'il ne l'ait apprise ea lA Heu dont je vais vous parler to«ft à rbeore. Le bsoard a voulu en eièt que le Hongrois ait M assommé Justement dans la cour de la fameuse maison, --> dontje puis désormais vous indiquer k position exacte. «

^ Boni se dit Hazurke, je suis fizâaa iietaisi Jes^iqOl Je dois mon aubaine de celte nuit. .y ,,.„ y ^ .. v.^ . ^

€ Ce qni me fait revenir au Hongrois, continuait la lettre, c'est que Fargeau a écrit sous ison nom au petit Gabriel pour réclamer une dette d*lionneur... »

Les bras de Mazurlie tombaient.

Jamais toile d'araignée n*avait eu tant de fils encbevêtrèst

« .... Il esi évident que ce Fargeau a tout un plan. Si vous voulez avoir les deux millions, il faut vous hâter et en inir dans les vingt-quatre heures.

< J*ai passé ma Journée entière à espionner, à guetter, à courir. Youséles tropjuste pournepas convenir que ma découverte mérite un bon prix. Gomme je ne veux pas que vous perdiez du temps à vous demander ce que cela vaut, je vous taxe à cinquante pauvres billets de mille francs comptant, si vous voulewavoir la fkmeuse adresse. >

La lettre finissait là. Il n*y avait point de signature.

MazuriLC demeura un instant comme abêti.

Plus il réfléchissait, plus la nuit se faisait dans son esprit.

Une seule idée était ludde, en lui, c'est que Lucienne était menacée d'un affreux malheur. Elle lui en devenait mille fois plus chère. La sauver à tout prix, voilà le plus pressé.

Mais comment?

Et par quel endiatnement de circonstances madame de MaransP...

Mais ces questions auraient pu Toccuper quinze jours dorant.

Une fols la vérité voulut se faire jour dans son cerveau. Il eut comme une intuition rapide et soudaine, il devina. — Mais le vrai peut quelquefois n'ètrç pas vraisemblable. G'est Boileau qui Ta dit.

La vérité ici était tellement romanesque, qu'il la repoussa.

Il consulta sa montre qui* marquait quatre heures et demie.

Il avait environ trois heures devant lui.

Dans ces- trois heures il fallait se procurer les douze ou quinze mille francs qui manquaient à la mère de Lucienne, o^ ganiser une contre-cabale, et trouver le moyen de fermer au docteur Gabriel les portes du théâtre de Diane.

Quinze mille francs! quand on songe que Mazurke avait couché cette nuit sur un lit de deux millions!

Mais il n'avait pas même songé à emplir ses poches de louis, tant il se croyait sur de retrouver le trésor tout entier.

Mazurke monta dans un remise en se disant i

-^ A Lucienne d'abord...

LE JEU DE LA MORT i69

11 y avait en lui bien de Tinquiétude, mais aussi bien de la joie. Protéger Lucienne! sauver la mère de Lucienne !

Quant à Berthe, eh bieni les heures de la nuit lui restaient pour serrer la gorge de Romblon ou de Baptiste. L*un ou l'autre saurait certainement où trouver Berthe, et Mazurke avait des recettes pour faire parler les coquins trop discrets.

n cria au cocher :

— A l'hôtel Bristol!

A l'hôtel Bristol, Yaume, l'ancien pâtour, était bien tristement vautré sur la causeuse de son maître, et fumait un cigare panatellas avec une profonde mélancolie.

Il attendait son maître depuis le matin.

Il s'était dit d'abord :

—Censé, je présuppose qu*il va réintégrer, comme l'on dit, à l'heure du déjeuner.

£t il avait commandé un de ces braves déjeuners substantiels et solides que Mazurke avalait chaque matin si gaillardement.

Le déjeuner servi, comme Mazurke ne revenait pas, Yaumo se mit à table et mangea encore mieux que n'eût fait Mazurke.

— Censément, pensa-t-il au dessert, comme pour excuser sa hardiesse, faliait-11 laisser tout ça se perdre?

Il poussa un gros soupir en allumant un des cigares de Mazurke.

Comme il avait un poids sur le cœur, il but coup sur coup trois ou quatre petits verres.

Hélas ! rien ne pouvait l'égayer le pauvre garçon!

— Ah damel ah dame! se disait-il: — où donc qu'il s'aura égaré M. Philippe!... Il avait pas mal bu du madère avec excès sans modération, cette nuit.... Les hommes qu'est pas naturellement pochards ne devraient jamais boire !

Il sifûa un bon verre de cognac et ajouta:

— La boisson, c'est des bêtises, censément censé révérence parler! L'ivrogne est au-dessous des animaux à quatre pattes, sauvages et sans raison.

£n foi de quoi, il se renversa sur la causeuse et regarda monter la fumée de son cigare.

Il s*ennuyait. L'idée ne lui venait même pas de chanter une de ces belles chansons vitriâses qui ébranlent les murailles et cassent les vitres.

Tout à coup, il se leva et courut au secrétaire de Mazurke. Il avait jeté, «a foi! soa^fôre.ent^é comme un gentleman. '

—Puisque Je l'ambitionne, dit-il, en saisissant une plume et du papier,— je dois enfin me le payer d'écrire ceoséfiieDt au îouchard!

Le feu de Finspiration était dans ses yetix.

U écrivit en gros bâtons écrasés, courant du greeier À la cave:

« Monsieur Baptiste,

« Ayant eu l'avantage de vous en communiquer le désir que J'avais d'y être fixé sur le socialiste, et sachant que vous en tenez une boutique d'informations dessus les objets perdus et douteux dont on les cherche, je viens vous prier par la présente incluse de m'y répondre clairement à la même question que je vous ai faite dans l'antichambre, avec promesse de vous payer comme il faut, quoique je sois en service, et par conséquence peu fortuné, étant bien sûr que si Ion le pouvait ton préférerait être bourgeois que d'être chez les autres.

« Dans cette attente je vous salue avec ma considération.

a Yàume. »

Il relut cette lettre attentivement et s'étonna de sa propre force.

— C'est censé ficelé à l'œuf, ça, dit-il, je présuppose que je vais enfin savoir ce que j'ambitionne d'être fixé.

Il cacheta la lettre et courut la mettre à la poste.

En cliemin, il rencontra deux messieurs qui causai^it politique.

L'un d'eux disait:

— Quand on aura mis tous les socialistes en prison... Yaume n'en put pas entendre davantage. Mais c'était un

trait de lumière.

Il revint à l'hôtel Bristol et commanda le diner pour quatre heures.

— Jésus ! Jésus ! se disait-il, au désespoir, puisqu'on les met tous en prison, et qu'il Test censément, bien sûr qu'on l'aura mis en prison! Jésus! Jésus 1

U s'arrangea dans une bergère, déchaussa ses gros pieds et les fourra, pour se distraire un peu, dans les pantoufles de Mazurke. — Socialiste sans le savoir!

— C'est pas l'embarras, reprit-il, — v'ià ce que c'est que de

se boire, pompette, comme Ton dit, et avec ivrognerie Je

vas toujours manger le dîner pour pas qu'il se refroidisse.

U mangea le diner,

. Au moment où il allumait le cigare digestif, Mazurke poussa la porte et entra comme une bombe.

Yaume n'eut que le temps de repousser les pantoufles.

— Ah dame! ah (tomel s'écria-t-il, je suis ben aise, monsieur Philippe !... Us ne vous ont donc pas mis en prison?

Mazurke ne répondit pas.

H ouvrit son secrétaire et en fouilla tous les tiroirs.

Les tiroirs étaient vides et Mazurke le savait bien d'avance.

— Vous avez égaré censé quoi donc? demanda Yaume,

— II me faut de Targent, répondit Mazurke. —Pas l'embarras!

—Tu en as?

—Que non fait!... Mais vos cinquante mille francs?...

— Volés t

— C'est-y possible!,., s'écria Yaume; — quoique censément vous le méritez pour excès de vin jaune et conduite inconsidérée, monsieur Philippe... Si je ne craignais pas de vous inconvénienter je vous remontrerais...

-Veux-tu bien te taire!...

— Ah ! dame, oui, je veux bieni

Mazurke s'était jeté sur un fauteuil. )1 se leva.

— Allons! dit-il — prends ton chapeau.

—Oui, monsieur Philippe.

—Nous allons aller te vendre.

— Me vendre? répéta Yaume; —censé... Vous plaisantez? -Non.

—Alors, T*là qu'est bon..., ça se peut.

—J'ai besoin d'argent, reprit Mazurke, absolument... J'ai bien réfléchi... Je n'ai trouvé que ce moyen-là de m'en procu rer... Tu es bien bâti...

— Ohl fit Yaume avec modestie, — assez tout de même, bien bâti, monsieur Philippe.

— Un marchand d'hommes t'achètera quinze cents francs. —Pas l'embarras!

—Je prendrai les quinze cents francs...

—Comme de juste!.., —J'irai au jeu... je gagnerai...

— Pardié oui!...

—Et je te rachèterai.

—Ah ! dame! merci, par exemple, pour cette idée-là, monsieur Philippe !

—Est-ce dit?

—Censément, je crois bien, puisque c^estvous qui le dites..» allons, en avant deux!

U flanqua son chapeau de livrée sur Toreille et partit comme un déterminé.

Mais avant de franchir le seuil, il se ravisa:

—Censé, dit-il, y a pourtant une chose... j*ai écrit au loucliard.

—A M. Baptiste, toi !

—Oui... pour une chose que ]*ambitionnais d'être fixé dess is... si le louchard me répond, vous m'enverrez la lettre au i\ giment, pas vrai ?

—Je te le promets, répondit Mazurke en riant.

—Comme ça, Je saurai enfin ce que c'est! A présent: peloton! pas accéléré (comme Ton dit) arrrche!...

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