‹ Le jeu de la mortChapitre 8 sur 40 · SUR LE CRUCIFIX · texte numérisé non relu

SUR LE CRUCIFIX

Tiennet garda un instant le silence.

I^dame Marîon l'examinait toujours avidement.

A son tour elle voulait savoir...

— Je sais bien des choses, répondit enfin Tiennet, — sur M. Jean Gréhu comme sur tout le monde ; tout ce qu'on veut cacher, je le dépiste, parce qu'il me semble toujours que mon secret à moi est mêlé au secret des autres, et que je vais découvrir enfin une trace, un indice... Mais non... rien ! jamais rien !... Derrière chaque voile que j^ soulève, j'aperçois un mystère où je suis étranger... Du bien parfois, souvent iu mal... jamais ce que je cherche^ ce qu'il me faut, ce que je poursuivrai jusqu'au dernier jour de ma vie!.. .

— Est-il drôle ce petit gars-là I s'écria la rentière.

Et, certes, l'exclamation contrastait énergiquement avec la tristesse peinte sur le visage de Tiennet Blône.

Mais madame Marion avait besoin d'une transition, et tout sert de transition aux femmes.

— J'ai idée, reprit-elle en mettant tout ce qu'elle avait de diplomatie à jouer l'indifférence, — j'ai idée que vous avez entendu le vieux Jean Gréhu parler de moi?...

— Non, répondit Tiennet.

La rentière fut contente, — mais piquée.

— Ah!... fit-elle sur un ton qui laissait percer à la fols ces deux sentiments.

Puis, prenant son parti rondement :

— Eh bieni mon garçon, ajouta-t-elle, —• chacun a ses affaires et je pense que vous n'avez plus rien à me dire.

Tiennettressaillit à ce simple avertissement auquel uii plus expérimenté que lui aurait dû s'attendre.

— Vous me chassezi... murmura-t-il.

— Ma foi! répliqua la rentière, — vous êtes entré sans dire gare, mon petit homme... Nous avons causé comme de bons amis... À présent, je ne vois pas trop ce que vous feriez chez moi...

— Ah!... répéta Tiennet qui baissait les yeux et dont les sourcils étaient froncés ; — vous me chassez !

~ Allons ! allons ! mon mignon ! s'écria gatment madame Marlon, — nous connaissons les jeunes gars, Dieu merci... J*aime les beaux âls, moi, et vous êtes un joli brin d'homme, ma parole!... Séparons-nous comme il faut, et puisque vous allez faire un long voyage.

Elle mit la main à la poche de son tablier mi-soie et en retira deux écus de cent sous.

• — Prenez -moi ça ! continua-t-elle, — et buvez à ma santé.

Les deux pièces de cinq francs glissèrent entre les doigts de Tiennet et roulèrent sur le carreau.

Il se redressa.

Son regard dur et froid heurta celui de la rentière, qui pâlit cette fois tout de bon.

— Eh bien! eh bien!... voulut-elle dire

— Taisez-vous I interrompit Tiennet.

Madame Marion se tut, subjuguée.

Tiennet reprit en lui saisissant le bras et en la regardant toujours en face:

— Ce que vous faites est affreux car vous êtes ma mère!

Mous sommes bien obligés de le dire, cette scène, dont le

fond était grave jusqu'au tragique, avait du grotesque à la surface.

Certains se seraient attendris ; — d'autres n'auraient pu s*empêcher de rire.

Il y avait d'un côté l'enfant robuste et fler, mais il y avait de l'autre la grosse petite femme rouge avec son peignoir rose...

Impossible de faire du lyrisme avec madame Marion, rentière!

Que voulez-vous? De la main qui lui restait libre, elle but un quatrième coup de micamo, — car ce vocable vitri&s nous poursuit, et si nous ne l'avions pas écrit, nous en eussions fait une maladie, ~et une fois avalé ce quatrième coup de mû camo, elle cria d'une voix retentissante :

-~ À la garde! à la garde !

H&tons-nous d'afûrmer que ce cri étrange n'était point pro*

voqaé par un commencement d'ivresse. — Qnatre coups de micamo, pour madame Marion, rentière, c'était peu.

Mais contre les soudaines et grandes calamités, on invoque le premier saint venu. Madame Marion invoquait la garde.

Mon Dieu ! mettez-vous un instant à sa place. Celte femme entre deux âges était heureuse. Elle avait des rentes, juste ce qu'il fallait pour manger et boire à sa gourmandise, et voilà qu'un grand garçon de fils lui tombait sur le crâne!

— A la garde!

Un fils I — c'est-à-dire un être qui allait changer son aisance en gène, qui allait dévorer ses épargnes, — prendre une part de sa pensée, réveiller cette douce somnolence où elle végétait si délicieusement.

— A la garde!

Un fils! un intrus! une bouche de plus à table! un granit corps à vêtir! un coquin de fils ! — un embarras, une charge, — une tulle!

—A la garde! à la garde!

La garde n'était pas là pour répondre.

Madame Marion se ravisa.

Elle cria, haussant d'une quinte son diapason déjà suraigu.

— Rosalie! Rosalie!

Le hasard voulut que Rosalie eût justement profité de rentrée de Tiennet pour aller dire deux mots à un fendeur de bois, «-seul homme qui eût jamais témoigné à Rosalie le désir de causer avec elle.

De sorte que Rosalie ne répondit pas plus que la garde. Madame Marion, épouvantée de ce silence, perdait la tète et répétait d'une voix entrecoupée:

— Au secours! au voleur!... au secours!

En un moment, elle voulut s'élancer vers la porte ; mais Tiennet était debout devant elle, pâle, sombre, résolu. Il n'avait rien dit tout le temps qu'elle avait crié. Quand elle se tut, épuisée, il reprit :

— Oui, vous êtes ma mère... Et qu'ai-je fait à Dieu pour que TOUS soyez ma mère 1

Ce qu'il y avait de désespoir profond dans cette parole, madame Marion ne le comprit point.

— Écoutez, dit encore Tiennet, dont le front d'enfant avait une tristesse calme et toute virile,— je ne vous reverrai jamais... Jie mentez pas... Etes-vous ma mère?

— Noul —non! — non! répliqua par trois fois madame

Marion avec une violence croissante ; —je suis une femmeseole.. Je n*ai pas d'enfants... Sortez de chez moi!

Il y eut comme un éclair d'espoir dans le regard du jeune nomme*

Mais réclair s'éteignit. — Il ne croyait pas.

Et comme il eût voulu croire au prix de sa vie, il interrogeait encore.

La rentière répondait toujours.

— Non! —non, — non!...

La scène se prolongeait et Témotion de Tiennet devenait poignante au point de faire fléchir ses reins et de mettre k sa joue une pâleur mortelle.

Les fatigues de la nuit et tout ce quMl avait éprouvé depuis la veille pesaient en ce moment suf lui d'un poids trop lourd.

Il sentait que cette faiblesse qui l'avait terrassé au Grand- Café de rindustrie allait reprendre le dessus.

D'un pas rapide quoique chancelant, il se dirigea vers le Itt de la rentière et saisit dj^ns la ruelle le crucifix d'ébène.

— Ne mentez pasi Oh! ne mentez pas! prononçâ-4-il d'une voix éteinte, tandis que deux grosses larmes coulaient sur la livide pâleur de sa joue.

Il leva le crucifix et ajouta:

— A|i nom de Dieu mort sur la croix, jurez que vous n'êtes pas ma mère !

— Je le jure ! je le jure! dit précipitamment madame Mario». Le crucifix s'échappa des mains de Tiennet qui tomba su?

ces genoux.

Parmi ses sanglots convulsifs une dernière parole s'échappa, — parole de désespoir et d'angoisse inexprimable.

«^ Elle ment !... dit- il; — oh I elle meirt, mon Dieu, je suis maudit!...

Ses doigts raidis touchèrent son front où ruisselait une sueur glacée. — Ses yeux se fermèrent. — Sa t^e se renversa.

Madame Marion s'élança, pais trop tard, pour empêcher son crâne de toucher le sol.

La rentière s*assit sur le carreau et mit la tète deTie&net sur se^ genouç.

file regardait ce pâle visage sans mot dire.

Au bout de quelques secondes, elle attira le front de l'enf^t jusqu'à sa bouche et baisa lon^ement ses grands clieveux epars...

Madame Marion pleurait. — U y avait maintenant sur son visage quelque chose d'humain. — Peut-être était-ce un de ces attendrissements nerveux qui prennent les femmes à la gorge et qui ne descendent point jusqu'au cœur.

En contemplant le pauvre Tienuet qui ne respirait plus, elle se laissa aller à Témotion sans résistance et de franc jeu.

Vous direz : Perinne pe la voyait- Qu'avait-elle à crajndre?

Rien, — c'est vrai ; — mais nous voulons penser qu'elle ne raisonnait point en ce moment.

Elle regardait Tiennet. Il y avait de Torgueil dans sop regard, et ses doigts frémissaient eu passant dan$ la luxueuse chevelure du jeunç homme.

— Il est heau !... murmura-t-elle sans songer à le secourir; ~il est bien beau I et comme il lui ressemble!...

Une minute ce passa.

Madame Marion posa doucement la tète de Tiennet çur un * coussin, et s'en alla vers son armoire, arsenal si bien fourni de toutes armes contre l'odorat !

Elle choisit, au milieu de trol3 ou quatre douzaines de fia • cons, un flacon de sels et revint vers Tiennet Blône, qui était toujours évanoui.

Bien entendu, les larmes de la rentière étaient séchée$.

Ce n'était pas une pleurnicheuse que cette femme-Jà I

Elle déboucha le flacon de sels.

— Ça va le repiquer tout de suite, dit-elle, et, après tout, si le vieux Jean faisait quelque chose pour cet enfant-là... Et pour sa mère... Eh bien I on pourrait arranger la chose...

Madame Marion ne s'était point trompée. 4 peine Torifice du flacon toucha-t-il les narines de Tiennet que la cure fut opérée. Le jeune paysan, qui n'avait jamais respiré ces effluves violentes, releva la tête comme s'il eût subi un choc galvanique.

Ses yeux se rouvrirent, et il regarda tout autour de lui avec ètonnement.

— Eh bien ! dit madame Marion qui souriait, — poipment nous trouvons-nous, mon petit honune ?

Tiennet ne répondit point.

Il y avait de l'horreur dans le coup d'oeil gu'i) jeta sur la rentière.

Preuve évidente que la mémoire lui était revenue.

Il se leva sans mot dire. Ses jambes tremblaient sous l^ poids de son corps. Néanmoins, il se dirigea vers la porte.

uiy.uzeuuy^OOgle

96 LB iEV DE U MORT

^ C'est comme ça qu*oa s'en va?... reprit madame Harion en se donnant un air aimable.

Tiennet poursuirait sa roule et gardait le silence.

— Allons 1 reprit la rentière, je vois que nous sommes fâchés... N'importe 1... je ne veux pas vous quitter comme ça, mon petit homme... je suis bonne personne... tout le monde vous le dira... et je vais vous le prouver.

Tiennet avait la mnin sur le bouton de la porte. Il tourna le bouton, mais il laissa la porte fermée, parce que madame Marion poursuivait :

— Je vais vous le prouver en vous donnant le moyen de savoir le nom de votre mère.

Tiennet revint aussitôt sur ses pas.

— Ecoutez-moi, Tiennet Blône, poursuivit la rentière qui prit un ton sérieux et presque solennel, — je voudrais faire quelque chose pour vous... ne me jugez pas... vous trouverez des femmes plus méchantes que moi en votre vie...

Elle s'arrêta un instant comme pour attendre une réponse; mais comme Tiennet se taisait, elle continua presque aussitôt,

— Rappelez bien vos souvenirs... Je vais vous parler d'une chose qui est passée depuis longtemps. — U y a dix ou onze ans, alors que vous étiez tout petit Anfant, une dame vint vous voir chez Toussaint Blône...

— Oui!.'., interrompit Tiennet.

Et il ajouta en regardant la rentière en face :

— Je jurerais que c'était vous!

— Vous pourriez ne pas vous tromper, mon garçon... mais peu importe... ce n'est pas de cela qu'il s*agit... En ce moment, je cherche un moyen devons obliger sans me compromettre... car je dépends de quelqu'un dans mon aisance... et ce quelqu*un-là ne plaisante pas! — Vous souvenez-vous, Tiennet?... Cette dame dont nous parlons, que ce soit moi ou une autre, vous donna un joli petit livre de prières.

— Je m'en souviens.

— Ce livre, l'avez- vous gardé?

— Oui.

— Vous savez où il est?

— Oui.

— Où est-il?

— Au château de Ceuil, dans ma chambre, au chevet de mon

Madame Marion sembla réfléchir.

Lfi JEU DK LA MORT 97

— Voyez-vous, reprit-elle, — j*aiine mieux que vous appreniez cela hors de ma présence qu*en ma présence... parce que... parce que vous me feriez encore des questions, et que je n'y répondrais pas. — C'est égal : j'ai commencé, je finirai... Les enfants déchirent parfois des feuillets des livres qu'on leur donne. Le vôtre est-il bien entier?

Tiennet frémissait d'impatience. Néanmoins il répondit avec un calme apparent :

— Il est bien entier, madame.

—Aucune feuille ne manque? demanda encore la rentière. ' —Aucune.

— Pas même la feuille blanche qui est avant le titre ?

— Pas même celle-là.

— Eh bien r Tiennet, reprit madame Marion, — sur cette feuille blanche, il y a un nom tracé... L'avez-vous lu?

— Non, répondit le jeune homme.

La rentière respira. — Elle avaikun moyen de donner le renseignement et d'éviter les questions qui en pouvaient être la conséquence.

— Ce nom-là, poursuivit-elle, est celui de l'homme qui |)eut vous instruire mieux que moi... — C'est tout ce que j'ai à vous dire.

— Merci, fit Tiennet qui se dirigea de nouveau vers la porte.

— Un mot encore, reprit madame Marion, au moment où il allait sortir, — comptez-vous suivre H. Berthelleminot de Beaurepas?

— Peut-être, répliqua Tiennet; — en tout cas, vous ne me reverrez jamais 1

11 passa le seuil et disparut.

Madame Marion resta un instant les yeux fixés sur la porte entr'ouverte.

— Joli garçon! murmura-t-elle^ —joli garçon t.. . C'est dommage... mais bah ! qui sait! Avec ce que je lui ai dit, le voilù peut-être sur le chemin de la fortune !...

LA mSTIVlàBB

n était environ deux^ures après midi.

Nous revenons à cet endroit du cours de la Yesvre, que nous avons traversé la nuit dernière, et non loin duquel le pauvre Argent se laissa mourir.

Nous sommes à la Mestivière,

La K^stivière était un eadroU partienlièrement pr(^ice aux reudez-vous, de quelque nature qu'Us fussent.

Commç nous l'avons déjà dit, c'était une sorte de pr^Boatoire, surplombant le cours de la Yesvre, dont les pani avaient miné sa base, kn sommet, il y avait une plateforme irrégoli^ et assez large pour que les troupeaux du château nussent y prendre leur pâture quand l'eau couvrait la prairie.

La forêt du Geuil entourait la plate forme de trois côtés; le quatrième donnait sur la Yesvre, qu'il dominait à une liauteur de cent vjngt à cent trente pieds.

On y avait établi une balustrade grossière, formée de ronces et de paliç, parcç que la petite demoiselle Berthe, l'aveugle, venait parfois jusque-là, le long des aUé«6 de la forêt.

Pour en finir avec la Mestivière» il nous suittratt maintenant de dire que c'était un site souverainement pittoresque, et qu'on y découvrait, comme d'un balcon naturel, le plus beau paysage . de riJle-et-Yllaine.

Le chêne creui^ de la Uestivière; dont nous avons déjà prononcé le nom, et qui joue un rôle honorable dans noUr^ récit, d'une jgrosseur monstrueuse et presque aussi célèbre dans le pays que le ^mw chêne de la Prèval^ye, auprès de Aenoes, était brisé à son sommet, et couronné depuis un siècle pemêtre. Il n'avait plus que l'écorce; mais cette écorce, épaisse comme un mur» alimentait des branches aussi grosses chacune qu'un arbre d^ bonne venue, et vigoureuses, et touffuesi et fournissant pleine récolte de glands.

Lft cavité du ^b^pe d^ laMestiyic^e potfvàit contenir une tabler avec plusieurs personnes à l'aise. —Outre la cavité principale, il y avait, à l'intérieur comme à J'extéciçur, une quantité dc^ trpus plu^ ou moins proibnds et larges» partout oti une branche avait essayé de pousser autrefois.

Placé comme il l'était^ et dominant tous les alentours, c'ci*! été la plus merveilleuse guérite du monde.

A rheure où nous grimpons sur le promontoire en revppaut de Vitré, le chêne creux de la Mestivière servait justemeiH de poste d'observation.

La sentinelle qui l'occupait n'était point armée en guerre cl n'avait pas une tournure ixjk^ beUi<i«euse; néanmoins sur ces traits (Rangés par la colère, on pouvait Hre des projets de bataille.

La sentinelle était notre bon ami Taume, le pfttour du Ceuil, prétendu de mademoiselle Oliyelle.

Pendant que ses vacbes paissaient l'herbe courte et la camomille sauvage qui tapissait le tertre de la Mestivière, Yaume, assis au fond de la cbambre naturelle, formée par la^ cavité du chêne, collait son œil à un trou, et regardait de toute son âme dans la direction de Vitré, — censément.

Il y avait longtemps que Yâume était là. Ses vaches avâieii! le ventre plein. Il ne semblait point songer à la retraite.

La cloche du château avait dû sonner le dîner à midi commr à l'ordinaire. Yaume n'avait pas dtné ; mais son ^omac ne disait rien, tant son pauvre cœur parlait haut.

Yaume avait bien du chagrin !

Au point du jour il était venu là, malgré la pluie. — D'heur< en heure il avait vu la plaine inondée se vider graduellement, jusqu'à ce que la Vesvre, arrivée à n'avoir plus que trois ou quatre fois sa largeur habituelle, se prît à couler comme un torrent blanchâtre sur le vert sombre de la prairie.

Gela lui importait peu. Ce n'était pas pour cela que son regard dévorait la plaine.

Ce pauvre Yaume! ses yeux et son nez étaient rouges, de froid un peu, et beaucoup, parce qu'il avait tant pleuré!...

Ah! Olivette! Olivette!

Vers neuf heures du matin, il avait aperçu un point noir qui se mouvait sur la route de Vitré, au-delà de l'inondation encore considérable à ce moment. Sa poitrine avait battu. — Le point noir grandissait, grandissait.

C'était bien un homme, — un homme à cheval.

Yaume avait jeté un coup d'œil farouche vers un coin de l'arbre où il avait caché deux beaux bâtons de houx.

De vrais bâtons qui donnaient envie de se faire casser la têtel

L'homme à cheval s'était mis dans un bateau.

Mais plus il approchait, plus Yaume perdait espoir.

Ce n'était que le docteur Méaulle, le pauvre cher homme, qui venait donner des remèdes à Jean-de-Ia Mer.

Le docteur Méaulle aborda au pied de la Mestivière, monta le sentier tournant et traversa le tertre.

En passant, comme il voyait les vaches paître, de belles ci bonnes vaches, renommées dans tout le canton, il cria :

— Ohé! lepâtour!

, Sans doute il voulait demander des nouvelles de M. Jean Créhu.

Mais Vaume se dit :

— Puisqu'il va le voir, il va savoir.

Et il resta caché dans le creux de son arbre, attendant mieux.

Le docteur Méaulle s*en alla.

Yaume regardait toujours la route de Vitré.

Vers onze heures et demie, un autre point noir se montra.

Vont-ils danser, les bAtons de houx vert?

Pas encore ! — C'était le docteur Morin après le docteur Méaulle.

Passe le docteur Morin. — Nous dirons seulement qu'il allait comme si le diable eût été à ses trousses.

Vaume n*en regardait que mieux par le trou de son arbre.

A midi, troisième point noir, — Besnard, l'homme d'affaires.

A midi et demi, Menand jeune, le notaire, mangeant .à belles dents la corde de son fouet.

A une heure, deux points noirs à la fois, le vieux Houël avec Gousin-et-Ami, de son nom M. de Maudreuil.

Yaume pensa :

— Voilà censément bien des corbeaux pour une seule charogne I

A deux heures moins le quart, enfin, une carriole, et dans la carriole les deux Romblon avec le jeune M. de Guérineul, -* nom de nom de nom !

La carriole resta en bas, les trois voyageurs montèrent.

— De belles vaches! dit papa Romblon.

— Oui-fait!;., appuya Fifi, — regarde voir, papa, la gûre! On regarda la gare (blanche et noire, —pie).

Guérineul dit :

— La gare vaut vingt-deux pistoles comme Dieu est Dieu, nom d*un chien!

Et Ton passa.

Yaume jeta vers la gare un coup d'œil mélancolique.

— Oui, oui, murmura-t-il, — c'est la cocotte à mademoiselle Berthe... qui sait à qui elle sera demain?

Mais ces pensées philosophiques ne pouvaient le détourner de sa surveillance.

Il remit son œil au trou de la guérite.

Cette fois il n'attendit pas longtemps.

Un homme à pied courait sur la route de la ville. Il était bien loin encore, mais le sang monta aux yeux d'Yaume, qui ouvrit sa bouche toute grande pour respirer à pleins poumons.

Les Romblon et Guérineul avaient mis du côté de la Mesti«

LE JEU DE Lfi MORT 101

fière la dernière barque. L'homme 6ta ses habits, les )ia en paquet sur sa tète, et entra dans le courant sans hésiter..

— OiH, oui ! grommela Yaume entre ses dents serrée», tu najjes bien, mon gars Tienne!, — mais moi. je tape bien!

Tiennet traversa la Yesvre en une douzaine de brassées, et remit ses vêtements à la hâte.

Yaume souriait et se disait :

— Tu as Tair pressé, mon gars Tiennet! mais faudra s'arrêter un petit peu! ah! dame, oui!... censément!

Il prit les deqx bâtons de houx, sortit de son arbre et alla se metire au beau milieu de la route du Ceuil, entre les roches.

C'était un agneau que ce Yaume, — mais il avait déjà fendu le crâne d'un grand charbonnier du Boûexis, parée que ce charbonnier avait regardé Olivette sous le nez à Vassemàlée.

Dans rille et-Yilaine, une assemblée est ce que nous appelons une fête à Pantin ou à Meudon, une kermesse en Flandre, un pardon en Basse-Bretagne.

Tiennet parut bientôt en haut de la falaise.

Il ne se doutait de rien, et pourtant sa marche s'était ralentie, soit par le fait de la fatigue, soit qu'il lui fût venu en tête une de ces pensées qui courbent le front et amollissent les muscles.

Yaume souriait à le voir s'avancer, pensif, et la tête inclinée.

Tiennet n'avait pas encore aperçu le pâtour.

ifs n'étaient plus pourtant qu'à quelques pas l'un de l'autre.

Impossible devoir un contraste plus frappant que celui qu'offraient ces deux jeunes hommes.

Ils avaient tous les deux la bonle et la franchise peintes sur le visage, mais c'était en cela seulement qu'ils pouvaient se rapprocher. — Pour le reste, tout en eux était dissemblable.

Bien que Tiennet fût de quatre à cinq ans inférieur en âge, il avait la tête au-dessus du pâtour. Sa taille était élancée et gracieuse sous sa veste de paysan. Le soleil étincelait dans les soyeux anneaux de sa chevelure noire. Sa flgure intelligente était pâle et blanche comme celle d'un enfant des villes.

Le pâtour, au contraire, avait une taille courte et ramassée, des épaules énormes, une face rouge qui souriait toujours, et autour de laquelle se jouaient des cheveux blonds comme de la filasse.

Il y avait, certes, entre eux une différence aussi évidente qu'entre un cheval de race et un bidet du pays.

yGÔOgl

i02 LE )ÉU hE LA MORT

Mais qui ne sait que le bidet porte Aei fardeaux quï éreiiite^ raient le cheval de raceP Taume Jeta un des bâtons de hottx aux piedâ de Tiéhnet. Celui-ci releva les yeux et vit le pàtour en gardé. 11 ramassa tranquilleineiit le bâton.

— Qu'as-tu centre moi, mon gars Yaume P deihâhda-t-ii.

— Crache dans tes mains, et gare à toi ! répondit le pâtour avec rudesse, — nous causerons censément après, ai ça t'a~ muse!

Tiennet voulut répliquer; mais le bâton dé Yâume, empoigné à deux mains, décrivit deux où trois berctes irapides, et se rabattit sur sa tête avec une Violence terrible.

Yaume était le meilleur bâton â cinq lieues à la ronde.

Tiennet passa sous le cotip, sauta en arrière, et se mit en garde.

i>BUX BATONS DE HOUX

Une fière bataille! les bâtons allaient que c'était un charme! Point de cesse ni de trêve î on tapait toujours, toujours!

YaUme, qui était un maltk^e^ travaillait dans les règles de l'art. 11 coupait droit et à revers, piquant le coup d'estomac et le coup d'oreille, rompant pour mouliner, marchant pour pointer.

Tiennet BWne, toujours froid et pâle, se tenait sur la défensive et parait comme il pouvait.

A voir non front qui semblait en ce thohient plus blême, ceitains auraient cru qu'il avait peur. , .

Mais ceux-là n'auraient eu qu'à regarder son grand œil noir, brillant et calme...

Tout en frappant, Yaume disait:

— Bon 1 bon ! — Ma foi jurée! ça finira, nlon Tiennet!.., 6b dit censément que tu es sorcier. . Bon!... nous allons voir ça... Bon, bon!... toi qui sais tout, sais-tu parer celui-tâP...

Celui-là, c'était un coup d'oreille, laticëborlzonlàlemeht après une feinte à la fauche (coup de jarrets), mais lancé s) raide qu'il eût sans coiilredit brisé le crâne de Tiennet comme ude bouteille vide.

Tiennet ne se souciait pas beaucoup de se défendre selon la rigueur des principes. Il était robuste, adroit, brave comme un lion, mais peut-être avait-il trop négligé la gaie science du bâton. — Toujours est il qu'il évita le fameux coup d'breîllç en sautant un peu de cOlè.

— Failli merle 1 dit Yaume avec mépris et sans trêve le moins du monde, fallait jeter ton bois de biais... comme ça... et tu me cassais censément la patte... Regarde plutôt.

il avait joint Texemple au précepte et son bàton^ tournant du haut en bas, avait menacé Taisselie de Tiennet. — Tiennet sauti de côté encore une fois.

— La belle finesse ! s'écria Yaume qui entrait décidément èi fureur; — sauter comme un cabri !... à droite... à gauche., non, non, tu n'es pas sorcier, mon gars Tiennet... et je vasbie; t'empêcher de sauter tout à l'heure.

Ceci annonçait un effroyable coup de jarret qui ne se fit pa\ attendre; mais Tiennet bondit à plus de deux pieds au-dessus du bâton, et Yaume le retrouva en face de lui, debout et tranquille comme devant.

Tout le corps du pàtour était inondé de sueur.

Il n'avait pas encore touché Tiennet Blône une seule fois.

Le seul avantage qu'il eût obtenu par l'incomparable supériorité de son jeu, c'avait été de gagner sans cesse du terrain, Tiennet étant forcé de rompre toujours.

Ce résultat n'était point méprisable, attendu que le tertre aboutissait à un précipice de cent cinquante pieds de haut.

Une fois Tiennet acculé, c'était un homme perdu, — à moins qu*en effet il ne fût «orcier ou qu'il n'eût des ailes.

Yaume se gardait bien de laisser voir son but, mais tous ses efforts tendaient désormais à acculer Tiennet.

Tiennet semblait ne point songer à ce péril, non plus qu'à aucun autre.

Ils avaient franchi, — Yaume avançant, Tiennet reculant, — plus des trois quarts de la plate-forme.

Yaume commençait à sourire dans sa barbe. — Ah ! les filles courent censément après toi, mon beau gars Tiennet! disait-il comme pour exciter sa rancune au moment de frapper le grand coup; — ah ! tu prends les fiancées des amis... attrape ça... et ça !... Tu as beau sauter, tu n'es pas sorcier... et demain lu ne sauteras plusl...

. Un dernier bond mit Tiennet à deux pas de la balustrade.

Les yeux du pâtour lui sortaient de la tète; ses joues eu feu séchaient la sueur au passage. — Sa fureur, arrivée au paroxysme, le rendait féroce.

C'était un mouton enragé. — Point de quartier à espérer de lui.

Il leva son bûton. — Celte fois, il failaii que Tiennet reçût le

choc de pied ferme, car un saut de deux pas seulement l'eût précipité dans la Yesvre.

Mais Tiennet était bon là. — Il s'avisa d'un coup qui n'est pas dans la Tès;\e du bâton.

Un joli coup qui eût émerveillé Fancin, Mérieul, Yvon et les autres; — un coup qui eût mérité les suffrages de Matburin Houin lui-même, le Nestor de Vesvron.

Nous Tavons déjà vu ce coup, au Grand- Estaminet de Tindustrie, nous l'avons vu appliqué à la canne docte de M. Morin, médecin royaliste.

Au moment où Yaume attaquait Tiennet, celui-ci lâcba son arme, qui tomba à ses pieds, et attrapa au vol le gourdin du pâtour. — Une brusque secousse fit lâcher prise à ce dernier. — Le bâton tourna entre les mains de Tiennet comme la roue dune voiture lancée au galop, et partit par la tangente pour aller choir dans la Yesvre, au lieu et place du même Tiennet.

Yaume, un instant stupéfait, se baissa d'instinct pour ramasser l'autre bâton. Tiennet l'avait prévenu. — Les deux têtes se choquèrent avec violence.

Deux bonnes tètes de Bretagne, deux pots de fer 1

Tiennet se releva, son bâton à la main. ^ Yaume s'en alla tomber à dix pas, étourdi, perdu, les yeux pleins de sang.

— Sorcier!... grommela-t-il en se relevant pour fuir; — on me l'avait bien dit!... sorcier!... sorcier 1...

Tiennet souriait sans rancune ni mépris.

— Reste là, dit-il, — tu sais bien que je ne te ferai pas de mal.

— Je sais bien!... répétale pâtour, qui n'avait pas l'air trop rassuré.

Néanmoins il s'arrêta, ne jugeant pas à propos de désobéir. Tiennet le joignit.

— Prends ton bâton, dit-il, nigaud que tu es!

Yaume ouvrit de grands yeux. Cela le touchait au cœur.

— Ahl fit-il avec regret, —il n'y a pas beaucoup de gars comme toi, Tiennet filône.... Pourquoi Olivette est-elle entre nous deux?...

— Olivette!... prononça Tiennet avec dédain.

— Ne mens pas! interrompit Yaume, — avant-hier encore on t'a vu censément dans le corridor, à plus de minuit, devant la porte de sa chambre.

— Qui t'a dit cela?

— Pierre Mêchet.

— Pierre Mêchet n'a pas menti, mon pauvre Yaume..... seulement, quand je cours les corridors, — à plus de minuit, — je ne pense guère à Olivette.

— A qui penses-tu? demanda le pàlour.

Tiennet ne répondit point et un nuage de tristesse passa sur son front.

— Et quand tu causes avec Olivette, reprit Yaume dont les sourcils se fronçaient malgré ki, — quand tu causes tout seul, derrière le château, — la nuit, est-ce que tu ne penses pas à elle?

— Non, répliqua Tiennet qui rêvait.

Yaume serra son bâton entre ses doigts.

— Tiens î s'écria-t-il, — demainou après, ça recommencera... Puisque tu avais gagné la partie, tu aurais mieux fait de me casser censément la tête tout de suite!

En parlant, ils avaient remonté le tertre et ils se trouvaient sur Tune dos deux roches qui flanquaient l'ouverture de la route du Ceuil.

— Mets-toi là, dit Tiennet.

D se retourna pour jeter un coup d'œil vers le soleil qui s'inclinait déjà vers Vouest, puis il reprit :

— Je vais quitter le pays, Yaume.

— Vraiment! s'écria celui-ci avec un véritable transport de joie.

Mais c'était un brave cœur que le petit Yaume. Son premier mouvement fut à la jalousie satisfaite ; son second mouvement fut au regret: un regret sincère, car il aimait Tiennet au fond, et la pensée de l'exil est la plus amère de toutes pour les enfants* de la bonne Bretagne. |

— Oh! fit-il en changeant de ton, tu vas t'en aller, toi. Tien-' net Blône!... Et pour quoi ça? *

— Le sais-je? murmura notre jeune homme; — je ne suis '(yas heureux, mon pauvre Yaume... à Iheure où je te parle,

mon sort est jugé... je devrais courir, courir bien vite pour lire cette page où est écrite ma destinée...

fiah! Tiennet pouvait continuer sur ce ton pendant deux heu^ res. Yaume ne comprenait plus.

— C'est vrai, dit-il, tu sais lire, toi! —Ah dame! si tu voulais tu deviendrais censément, censé vicaire !

- Je devrais courir, courir, répéta Tiennet donVle visago tait comme inspiré, —car on arrive trop tard parfois... et la

106 Ll iBU DK U MORT

vie est longue pour regretter et se repentir... Mais 11 y é id dos gens que j'aime... et pui8(|ue je ne pourrai plus veiner, j ' veux au moins qu'il leur reste après nloi un défenseur. Écout •moi bien, pâtour, et retiens chacune de mes paroles, comme tu retiens les paroles de U prière.... Tu aimes mademoiselle Bi rthe, n'est-ce pas?

-^ Si j'aime la petite demoiselle I s'écria Yaume. — Oh ! dame oui!... et fièrement tout de même!... obi tiebsl il n'jr a |>.s d'ange comme ça dans le ciei. — Faut pas mentir! ma foi dame! je me ferais tuer un million de milliasses de fois pour lui faire tant seulement plaisir un petit peu!

— II ne faut pas te faire tuer, mon gai^, répliqiia Tietinet en* souriant, •— il faut vivre, car elle aura besoin de toi...

Yaume était tout oreilles.

— Quand j'ai parlé à Olivette, reprit Tiennet, soit la nuit, soit le jour, ce n'étaitpas pour Olivette... car, OliveUe, jelaméprise. . .

— Oh!... interrompit Yaume, — ne me dis pas ça, à moi, mon bonhomme 1

— Tais-toil... prononça Tiennet avec autorité, — je la méprise... et je la haïrais si elle en valait la peine C'était pour

mademoiselle Berthe.

— Ohl.... fit encore Yaume, mais cette ibis sans trop de colère, parce que la curiosité l'emportait

— Olivette peutfaire beaucoup de mal!... poursuivit Tiennet, ^ elle n'a pas de cœur et le diable lui a enseigné ce qu'igndrent nos jeunes filles... Tu l'aimes bien, toi, Yaume... Tu l'aimes comme un fou... Eh bien I au lieu de Tépouser, tu lui écraseras la tète entre deux pierres...

Yaume recula, pris d'horreur*

Puis, sans savoir, il mit sa main sur sa poitrine, et, avec cet accent que trouvent parfois nos gars et qui fait treâsanter le cœur, il dit:

— Ça, c'est vrai, — si elle veut faire du chagrin ^ \à petiic

demoiselle Berthe! Eh bien! je me périrai après, donc!

—C'est tout.

Tiennet lui serra la main.

— Je te connaissais, Yaume, dit-il. J'ai deux t^istolets qui étaient au père Blône ... je te les laisserai.

Yaume tapa sur son bàtbn, et cela voulait dire : -« Vdilà qui vaut tous les pistolets dti monde! Mais il se souvint â propos qoe son bâton n'avait pas eu de succès dans la lutte récente.

Tiennet continuait :

— Moi aussi, J*aime mademoiselle Berthe... Je ne sais pas si c*est pour elle ou pour M. Lucien. Mais je l'aime... Ob ! Je voudrais rester ici! Mais diacun a derrière soi un bras qui Je pousse... VoisUi, Taume, M. Lucien Créhji est un brave et bon coeur.... Un jour, moi aussi, j'ai été pris de désespoir...' Jetais seul dans la maison de mon père mort.... et je T^ais d'apprendre un secret qui me faisait bomm^ moi, l'enfant de la veille... M. Lucien vint me cbercber; il m^ donna la main... il m'embrassa comme si j'avais ^é sùn frère... -^ Oui, je m'en souviens et je m'en souviendrai toujours: il m'embrassa. — Z^ lendemain, il suivit le corps du bonhomme Toussaint Blône qu'on portait au cimetière... tout seul avec moi et en me tenant par la maio... — P&tour, écoute-moi!. . Quand le vieux Jeande4a4ier va être mort, il se passera d'étranges choses au cbâteau du Geuil.*. La petite demoiselle Berthe aura peut-être toute la fortune...

Taume frappa ses mains l'une contre l'autre et lança ton chapeau en Tair.

•^ Peut-être n'aura-t elle rien au monde, acheva Tiennet ; ^ reste tranquille et iaisse-moi parler... Tu as entendu dire parfois que je sais bien des choses...

— Oh! ouil

— Cela est vrai... Tous les secrets qui se cachent dans ce grand chftteau dont les cheminées rouges fument là-bas derrière les arbres, je les connais, hormis un seul... le seul que je voudrais savoir... Je ne suis pas sorcier, mon pauvre Yaume... Mais te souviens-tu, quand Jean-de-la-Mer laissa tomber son anneau d'or dans l'étang de Brehaimun jour qu'il était à la pèche?... Pour retrouver l'anneau d'or, on sonda l'étang depuis la'Vesvre jusqu'au bondon... Et que de choses on découvrit, n'est'cepas! des fers de charrue, un casque, la chaîne d'argent d'un sénéchal, des pièces de monnaie du temps d^s huguenots!..» Mais la bague de Jean Créhu, impossible de la

rr))êcher! — C'est mon histoire à moi, mon homme Ce

que je ne cherchais pas, je l'ai trouvé... ce que je cherche m échappe et m'échappera peut-être toujours !...

Tiennet aurait passé huit jours consécutifs à expliquer catégoriquement sa situation, que Yaume ne l'aurait peut-être pas bien comprise. Mais, à l'aide de cette comoaraison, ce fut une affaire faite.

Seulement, Taume ne savait pas ce que cherchait Tiennet avec tant de passion, sans le pouvoir trouver.

108 LE iECI DE LA MORT

— Ah dame!... flt-il; — oh! oh !..• oui, bien!... mais mais., c'est comme ça?. ...

Puis il ajouta avec un rire d*esprit fort:

— Un sorcier, toi?... pas de moitié!... 41 n*y a que censé les nicdouilles qui croient censément aux sorciers. — Va toujours! '

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