SUR LE JEU DES GAUCHERS
Faute d'habitude de tirer contre les gauchers qui en somme sont assez rares, un droitier peut être surpris par l'interyersion de lignes qui se produit alors, et par suite de laquelle le droitier trouve le « dedans des armes » dans l'engagement où il trouvait le « dehors », lorsqu'il tirait contre un autre droitier.
En d'autres termes, deux droitiers tirant ensemble sont généralement en-
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gagés dans la même ligne, tandis que , tirant contre un gaucher, un droitier qui prendra, par exemple, l'engagement de quarte, trouvera son adversaire engagé en sixte.
Il sera bon de faire assaut de temps à autre contre des gauchers, ne fût-ce que pour ne pas être surpris par cette interversion de lignes.
Quant à la manière de combattre les gauchers, les principes généraux de notre méthode restent les mêmes; il suffit d'y ajouter les observations suivantes.
Le premier soin du droitier, en tirant contre un gaucher, doit être de chercher par tous les moyens possibles à tenir l'engagement de quarte. Ce n'est pas seulement parce qu'il est mieux couvert
dans cette ligne, parce qu'il y pare et riposte plus facilement, et que son bras protège là une partie de la poitrine dans le cas où la parade serait trompée. C'est aussi parce que le gaucher se trouve alors dans un engagement défavorable pour lui/ l'engagement de sixte, qui lui est moins naturel, et où il a moins de facilité et de force qu'en quarte.
Voilà pour la mise en garde.
Quant aux attaques, on fera, d'une façon générale, en partant de l'engagement de quarte, tous les coups qu'on faisait sur un droitier en partant de l'engagement de sixte.
Pour les attaques au corps, le double battement tiré droit se fera en partant de rengagement de quarte. Le premier bat--
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temeni se fera en sixte, légèrement, en pointe volante; le second, plus violent, sera une sorte de froissé en quarte terminé par un coup droit.
Le croisé de seconde*, recomniandé au cours de nos leçons, serait moins pratique avec un gaucher qu'avec un droitier, parce qu'on se trouve moins couvert. Seulement, contre un gaucher on pourra employer le croisé en le terminant par un dégagé sur la partie la plus rapprochée, sans se fendre ou à demi.
D'autre part, le menacé en sixte suivi d'un liement en septime, pourra être employé contre un gaucher, foxce qu'on maîtrise mieux l'épée en septime contre un gaucher que contre un droitier. Il sera toutefois prudent, après un liement, de
OBSERVATIONS. Uo
ne pas tirer au corps, mais sur la partie
la plus rapprochée.
Pour le choix des parades, ce que nous avons dit déjà trouve encore son application en grande partie.
La parade de septime simple a plus d'autorité contre un gaucher que contre un droitier. On alternera donc assez souvent dans la ligne basse, entre cette parade et celle de seconde, et il sera d'autant plus utile d'avoir ce choix de parades dans la ligne basse, que les gauchers tirent souvent dessous.
Le contre de sixte pourra aussi être employé en tirant contre les gauchers, à condition de le terminer par un liement de septime, ou de le faire en pointe volante, pour faire ensuite un battc-
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ment violent en quarte et tirer au corps.
Ces sortes de doubles parades seront très utiles pour briser la ligne et pour préparer d'excellentes ripostes ou contre-ripostes.
Ajoutons que si le gaucher tient Tépée dans la ligne basse, il sera bon de chercher le fer avec des battements de septime ou de seconde , pour tirer ensuite surlapartie la plus rapprochée ou au corps, si le battement a été très vigoureux. Pour varier, on ne fera parfois ces battements que dans le but de les faire tromper, afin de se préparer une riposte ou une contre-riposte.
Les observations précédentes s'appliquent réciproquement, d'une façon générale, au jeu des gauchers contre les droitiers.
Leçons de terrain pour ceux qui, à la veille d'un
duel, n'ont jamais fait d'armes. — Ce qu'on peut
apprendre en plusieurs leçons. — Conseils à
. donner, la veille d'un duel, aux tireurs exercés
au fleuret et non au jeu d'épée.
Nous venons d'exposer le jeu d'épée dans son ensemble, tel que doivent Tétudier les tireurs déjà exercés au fleuret ou ayant du temps devant eux.
Examinons maintenant quelques cas particuliers où Ton est forcé de faire un choix dans le jeu d'épée, — et d'abord, prenons le cas le plus délicat, celui où le
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professeur a devant lui quelqu'un qui, à la veille d'un duel, n'a jamais ou presque jamais fait d'armes.
Que lui apprendre dans cette si courte préparation? Certes, on ne peut improviser un tireur d'emblée ; quelques leçons de terrain auront cependant une ^ande utilité. Elles pourront donner à un combattant novice les moyens d'avoir une contenance convenable sur le terrain, d'embarrasser son adversaire, de recevoir un coup moins dangereux s'il est touché, et parfois même de toucher un adversaire plus exercé, mais ne connaissant pas le jeu d'épée.
En deux ou trois leçons, on peut l'exercer utilement à se mettre en garde et à voir la distance à conserver; ce qui est
déjà très important. De plus on Thabitue à pointer droit devant lui, en faisant quelques attaques très simples. Enfin on l'exerce à régler sa marche, ce qui est si important sur le terrain. Voyons d'ailleurs en détail ce qu'on lui enseignera.
Il faut d'abord le mettre en garde, en lui faisant prendre la position où il est le moins gêné , quelle qu'elle soit , car on n'a pas le temps de rectifier cette position.
On lui recommandera cependant de tenir, autant que possible, le corps droit, d'aplomb, afin d'avoir plus de solidité et de liberté dans les mouvements. Si le corps était penché, le bras droit serait gêné et les jambes ne pourraient se mouvoir facilement. Se pencher en avant, ce
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serait trop risquer d'ailleurs d'être touché à la tête.
On recommandera également de tenir le bras droit raccourci, pour deux raisons : c'est d'abord pour que le bras puisse bien se développer en donnant le coup ; il a en effet plus de détente dans cette position. D'autre part, on empêche ainsi l'adversaire de s'emparer de l'épée, ou du moins, il s'en emçare plus difficilement.
On apprendra ensuite à tenir la pointe le plus possible dans la ligne, placée bien droite, afin de menacer directement la partie la plus avancée que présente l'adversaire et afin de pouvoir l'atteindre aussi vite que possible.
tJne fois la garde enseignée, on fait
CAS PARTICULIERS. ^o\
voir la distance à laquelle il faut se mettre en garde sur le terrain.
Cette distance est celle où les épées étant tenues bien en ligne, les pointes seules sont engagées et à peine.
En effet, si Ton engageait le combat de plus près, on donnerait trop de facilîté à l'adversaire pour s'emparer de l'épée et tirer au corps. Mieux vaut «donner moins de fer, en se tenant plus loin.
A la distancé indiquée, on est d'ailleurs assez près pour atteindre, au moyen d'une demi-fente, le bras de l'adversaire.
Et Ton ne peut être touché soi-même qu'au bras, même si l'adversaire se fend à fond.
C'est affaire aux tireurs forts de savoir se rapprocher, se loger.
La distance étant ainsi prise, on la fait remarquer avec soin.
Il est très important que le combattant inexpérimenté tâche de bien voir sa distance qu'on lui recommandera de conserver à peu près pendant tout le combat.
En rompant et en marchant surtout, il devra veiller à ne pas trop s'écarter d cette distance. Du reste, après lui avoia indiqué la garde et la dislance, on doi" Fexercer à régler sa marche.
En effet, avons-nous dit ailleurs, un duel, comme un combat, se passe en marches et contremarches; mais il faut marcher ou rompre à propos et sans exagération.
Un combattant novice surtout ne doit
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se porter en avant qn'ayec la plus grande prudence et en faisant de petits pas.
On l'exercera à régler cette marche en avant et à la varier de pas et de sauts en arrière pour éviter une attaque ou une riposte trop vive.
On lui fait remarquer en même temps que le pas ou le saut en arrière tient lieu d'une parade, et que c'est même le plus sûr moyen d'éviter le coup.
Au surplus, c'est à peu près la seule parade qu'on puisse apprendre dcms une ou quelques leçons. Il est donc doublement utile pour un tireur novice de s'exercer au pas ou au saut en arrière.
Ainsi préparé, mis en garde, placé à la distance voulue, exercé à marcher, à rompre, à sauter en arrière, il reste
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à lui enseigner quelques coups. Bien entendu, ils doivent être très simples. Ils consisteront en ceci :
Faire des battements dans toutes les lignes et pointer ensuite une, deux ou même trois fois, droit devant soi, sur la partie la plus rapprochée, sans se fendre, ou avec une demi-allonge, après quoi il faut aussitôt sauter en arrière.
Les battements ont pour but d'ébran- 1er l'adversaire, et d'écarter son épée de la ligne ; ils ont parfois l'avantage de pouvoir servir en même temps de parades.
Us sont donc d'une très grande utilité.
En faisant ces battements, ou en lançant un coup de pointe, il sera bon de faire souvent un appel du pied, afin d'avoir plus d'aplomb, plus de solidité sur le
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terrain et plus d'élan pour jeter le coup.
. On recommandera surtout de raccourcir immédiatement le bras après chaque coup et de tenir aussitôt la pointe droite dans la ligne. Il faut lancer, jeter le coup, aussi vite que possible, par un mouvement de détente brusque, et revenir aussitôt en garde.
Le combattant inexpérimenté doit faire tout Ip temps ce jeu, soit en marchant à petits pas, soit en rompant.
Si son adversaire ne lui donne pas d'épée, il devra guetter l'occasion et sur tous les mouvements pointer droit devant lui en alternant toujours entre un, deux ou trois coups de pointe. Tantôt, il ne lancera qu'un coup de pointe, tantôt il redoublera une ou même deux fois. Il est
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nécessaire d'alterner ainsi, pour mieux tromper l'adversaire ou du moins pour mieux gêner ses mouvements.
Si l'adversaire ne fait aucun mouvement en continuant à ne pas donner le fer , on lui fera des menacés dans la figure pour ramener l'épée dans la ligne et tirer alors au bras, en pointant, en lançant le coup, comme nous avons dit.
Tel est le jeu à faire ; il serait imprudent, dans une ou quelques leçons, d'enseigner un jeu plus compliqué.
11 importe, d'ailleurs, de ne pas trop fatiguer l'élève dans cette courte préparation.
On lui enseigne là le jeu qui l'expose le moins, grâce à la distance indiquée et aux battements qui chassent le fer
et peuvent ébranler l'adversaire. En même temps y ce jeu donne la tactique la plus simple, puisqu'il s'agit de coups élémentaires et visant la partie la plus rapprochée.
Les battements et les attaques simples sont déjà susceptibles d'arrêter souvent l'adversaire; le fait de pointer deux ou trois fois de suite sans se fendre, comme on l'enseigne dans cette leçon, contribue à gêner l'adversaire qui, menacé sur chaque mouvement de ces deux ou trois coups de pointe, se trouve forcé, sauf à ses risques et périls, de mettre beaucoup d'hésitation et d'incertitude dans ses attaques, s'il n'est fort tireur d'épée.
D'autres tactiques ont été conseillées pour la leçon de terrain.
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On a conseillé, notamment, de tenir le bras tendu en le raidissant.
Aucun jeu n'est aussi dangereux, en face d'un adversaire habile.
En effet, tendre le bras, c'est livrer son fer à l'adversaire, c'est lui donner un conducteur pour son épée, et c'est, en même temps qu'on avance, qu'on expose trop ïe bras, se priver soi-même de tous ses moyens. Dans cette position, on ne peut ni attaquer, ni parer, ni riposter.
Si fort qu'on raidisse alors le bras, Tadversaire peut chasser le fer au moyen du double battement terminé par une sorte de froissé en sixte, ou bien maîtriser Tépée en s 'emparant du faible de la lame avec le fort de la sienne, afin de l'écarter ensuite et de faire un croisé de seconde.
La tension continuelle du bras est donc une grande faute, d'autant plus que les combattants inexpérimentés qui raidissent ainsi le bras tendu, ont, de plus, l'habitude de pencher la tête en avant, en la couchant presque sur le bras, ce qui les expose à des coups dangereux.
Nous venons d'indiquer ce qu'on peut enseigner dans deux ou trois leçons de terrain.
Autre cas : Quelqu'un sur le point de se battre en duel sans avoir jamais fait d'armes, a un peu de temps devant lui, et peut prendre huit ou dix leçons d'épée avant d'aller sur le terrain. C'est déjà suffisant pour apprendre un jeu plus assuré
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et donnant beaucoup plus de chances. La garde sera mieux enseignée et, surtout, on aura le temps d'apprendre quelque peu à parer et à riposter.
On n'essaiera certes pas de mettre dans la main toutes les parades et ripostes, mais on fera étudier spécialement les parades de contre de quarte et de seconde, suivies de ripostes et de sauts en arrière.
Pour les attaques, le professeur se contentera, le plus souvent, d'enseigner les coups sur la partie la plus rapprochée. Si, cependant, l'élève a des dispositions, on l'exercera aux deux attaques au corps ^ déjà expliquées : le menacé croisé et le double battement tiré droit en sixte.
S'il arrive à les faire assez bien dans
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cette dizaine de leçons, on pourra lui conseiller de les essayer sur le terrain, mais une fois ou deux au plus et avec beaucoup de t)récaution.
Supposons maintenant un tireur exercé au fleuret, mais ne sachant pas faire le jeu d'épée, que faut-il lui enseigner à la veille d'un duel?
Si c'est un tireur de fleuret d'une force médiocre, nous rentrons à peu près dans le cas précédent.
S'agit-il d'un tireur fort au fleuret?
L'épée à la main, il pourra faire tous les coups de fleuret fen visant les extrémités, et, de plus, les deux attaques au corps par le menacé croisé et le double
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battement tiré droit en sixte. Parfois même, il pourra tirer au corps après un seul battement, s'il a été très vigoureux. •
D'autre part, il pourra faire un jeu de parade plus varié, tout en laissant de côté des parades comme la prime et la quinte.
Mais, surtout, il aura bien soin de se méfier des coups au bras dont le fleuret ne l'a pas appris à se garder, et de ne pas risquer des dégagés ou des une-deux à la poitrine, si bien qu'il exécute ces coups au fleuret.
Sans cette double précaution , il s'exposerait à de singulières surprises, même devant un adversaire moins fort.
Le jeu de parade et de riposte ou de
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contre-riposte sera, d'ailleurs, très facile pour lui.
Ajoutons qu'il devra s'exercer à sauter en arrière après les coups au corps.