‹ Le jeu de lʹépéeChapitre 14 sur 27 · SUR LE JEU D*UN TIREUR D'ÉPÉE FORT · texte numérisé non relu

SUR LE JEU D*UN TIREUR D'ÉPÉE FORT

1* Contre tm adversaire faible ou médiocre;

2* Contre un adversaire de force à peu pPès égale.

Savoir attendre, guetter une faute de ladversaire, la faire naître au besoin, tel est avant tout, avons-nous dit, le mérite du tireur fort.

Si faible que soit son adversaire, il ne se départira pas de sa prudence habituelle, observera attentivement tous ses mouvements, et ne fera pas d'attaque d'emblée au corps.

En revanche, il fera beaucoup d'attaques à demi pour amener l'adversaire à attaquer, à se livrer, afin de pouvoir luimême parer et riposter à bonne distance.

fera des parades, non seulement très simples, mais même lentes au besoin, contre un tireur inexpérimenté, car celuici fait souvent des mouvements trop larges, et en conséquence, il faut se méfier plutôt d'aller trop vite à la parade et de manquer le fer, que d'arriver trop tard.

De même, pour les ripostes, on saura ré-

gicr sa vitesse suivant celle de Tadversaire , du moins pour les ripostes composées.

Pour la riposte du tac au tac, on peut donner toute sa vitesse ; mais . il faut la régler pour les ripostes composées et laisser à l'adversaire le temps de faire un mouvement qui. le découvre. Sans cette précaution, on risquerait la remise ou l'on pourrait tomber dans le fer.

D'ailleurs, le tireur inexpérimenté est tout porté à faire des remises.

Pour les éviter, le tireur d'épée fort pourra au surplus employer le croisé ou le double battement qui chassent le fer de l'adversaire et permetlent d'aller plus sûrement au corps.

Les reprises d'attaque réussiront souvent au tireur fort, comme nous l'avons

déjà^ indiqué, et seront une des ressources les plus pratiques contre un tireur inexpérimenté qui s'arrête souvent après une phrase d'armes, en se tenajit moins sur ses gardes.

Supposons maintenant que les adversaires soient tous deux des tireurs d'épée de bonne force.

C'est alors que le jeu d'ëpée apparaît dans toute sa plénitude, dans toute sa force, avec son jeu sobre de mouve- «^

ments et très simple en apparence, mais *

en réalité très varié.

Entre deux tireurs d'épée forts, l'avantage sera à qui aura le plus de patience et de « tête », à qui saura le plus longtemps attendre avec sang-froid et se tenir

168 LE JEU DE l'ÉPÉE.

prêt à profiter de la moindre faute de son adversaire, en évitant pour luimême tout mouvement inutile.

Certes les adversaires ne peuvent se tenir tous deux sur l'expectative, d'une façon trop réservée et trop prolongée, il faut que l'un d'eux finisse par attaquer.

Mais il le fera avec la plus grande prudence, en procédant d'abord par fausses attaques, et en faisant des feintes, accompagnées à l'occasion par des mouvements de corps. Celles-ci surtout doivent être faites très prudemment.

De son côté, l'autre combattant se méfiera de ces différentes sortes de feintes et de fausses attaques. Parfois, au lieu d'y répondre, il se contentera de retirer le bras et refusera le fer; lorsqu'il y

OBSERVATIONS. iC9

répondra, ce seraen songeant bien qu'elles ont pour but d'amener une riposte ou une contre-riposte. Aussi aura-t-il soin de n'y répondre souvent qu'à demi, afin de pouvoir lui-même chercher la contreriposte. En même temps, les deux adversaires étudieront réciproquement leurs parades favorites, afin de les tromper.

D'autre part, ils se méfieront des phrases d'armes trop longues qui peuvent entraîner de l'imprévu, du hasard. Pour y couper court, un tireur d'épée fort brise la * ligne par le croisé ou le double battement, ou bien s'il se voit mal engagé, un peu désuni, il rompt le combat en sautant en arrière. A l'occasion, au contraire, il saura ne pas briser le combat, ne pas lâcher prise, mais continuer à parer et

riposter ou contre-riposter, — et s'il i paraît s'arrêter et se remettre en garde, :

ce sera pour faire très vite une reprise d'attaque. Les reprises d'attaque seront d'ailleurs une des grandes ressources pour un tireur d'épée fort s'il voit son adversaire un peu désuni par une phrase assez vive. Il doit s'en méfier pour luimême, se tenir sur ses gardes, et se tenir toujours prêt à parer, même si un saut en arrière Ta mis à une assez grande distance.

Les assauts de sabre, à la salle d'armes, sont moins soumis aux conventions que ceux de fleuret.

Tout compte au sabre, aussi bien les coups de manchette et les coups de figure que les coups au corps.

Mais il reste encore d'importantes différences entre Tescrime de la salle et l'escrime du terrain, non seulement à cause des conditions matérielles bien

i72 DCEL AU SABRE.

différentes où l'on se trouve, comme nous l'avons déjà expliqué pour Tépée, mais aussi par suite du danger qu'offriraient sur le terrain certains coups compliqués, usités à la salle d'armes.

Les mouvements larges de rescrime du sabre contribueraient à les rendre très dangereux. Il en résulterait des coups d'arrêt et des coups pour coups. Du reste les coups pour coups sont plus fréquents au sabre qu'au fleuret.

Pour ces diverses raisons, il fayt donc un jeu spécial de terrain pour le sabre comme pour Tépée.

Dans les deux cas, le principe essentiel reste le même : amener par tous les moyens possibles l'adversaire à se livrer, à s'offrir lui-même à portée de l'arme,

et ne pas se livrer soi-même, tel sera 1^ but général du tireur de sabre comme du tireur d'épée.

Il cherchera donc, avant tout, à se faire attaquer franchement, pour parer et riposter, ou contre-riposter au corps ou à la figure; après quoi, comme à l'épée, il sautera immédiatement en arrière.

En fait d'attaques, il ne fera guère que de fausses attaques sur la partie la plus rapprochée afin de faire partir l'adversaire, afin de l'amener à se fendre, à se livrer.

Ajoutons que, sur le terrain, les tireurs de sabre éviteront les feintes compliquées faites avec le tranchant, feintes qui découvrent trop. D'autre part, ils se serviront beaucoup plus de la pointe de leur arme

que dans les assauts de salle. A la salle, un tireur de sabre ne se sert guère de la pointe que pour les coups d'arrêt. Dans l'escrime de terrain, il devra, au contraire, à l'occasion, se servir de la pointe même comme attaque, et surtout comme riposte. Lorsqu'il ripostera avec le tranchant, il aura bien soin de riposter dans la ligne même où il aura paré. Par exemple, il aura soin de ne pas commettre la faute , de certains tireurs qui, après une parade de seconde ou de prime basse, ripostent par un coup de tranchant à Tépaule ou à la figure, au lieu de riposter directement par un coup de sabre au flanc ou au ventre. Us se découvrent ainsi et laissent toute commodité à l'adversaire pour remiser.

Mieux vaut donc riposter directement.

Par exception, il y a une riposte composée, en pointe volante, qui est souvent très pratique au sabre, c'est la riposte se terminant par le coup de manchette ; visant la partie la plus rapprochée, et se faisant à longue distance.

Le coup de manchette expose beaucoup moins que les coups au. corps.

En riposte ou en attaque, le coup de manchette est naturellement à recommander aux tireurs de sabre ayant affaire à forte partie.

Occupons-nous maintenant de plusieurs cas spéciaux, et d'abord de celui où le tireur de sabre a devant lui un tireur sachant faire uniquement de Fépée.

Que devront faire les deux adversaires?

Le tireur de sabre se méfiera des coups de pointe, les seuls que doive employer son adversaire. Tantôt il l'arrêtera par des coups de manchette, tantôt il parera et ripostera. Il provoquera au besoin ces coups de pointe par des feintes de sabre faites à demi, afin de pouvoir parer et riposter soit directement, soit en pointe volante parle coup de manchette.

Que devra faire le tireur d'épée, ne sachant pas faire de sabre?

S'il ne peut, avant de se battre, prendre qu'une ou quelques leçons, ou lui recommandera de se servir uniquement de la pointe de son arme.

Il se mettra en garde en tierce, la garde du sabre; mais sous aucun prétexte il

ne fera de coups de sabre proprement dits, c'est-à-dire de coups de tranchant.

Il attaquera, comme à Tépée, par des coups droits dégagés, des une- deux, mêlés de battements, et en visant la partie la plus rapprochée.

Il laissera certains coups de pointe, comme les doublés, qui ne seraient pas pratiques avec le sabre.

Souvent, il cherchera par un coup de pointe, à arrêter l'adversaire sur ses préparations, à faire des coups d'arrêt au bras, pendant que le tireur de sabre fait des feintes de coups de tranchant. Il se méfiera d'ailleurs que le tireur de sabre n'ait provoqué ces coups de pointe pour parer et riposter.

De son côté le tireur d'épée ne lancera

ils DUEL AU SABRE.

parfois son coup de poini,e que comme fausse attaque destinée à faire partir l'adversaire, afin de pouvoir lui-même parer et riposter ou contre-riposter au corps mais toujours par un coup de pointe.

Il ne parera que par (Jes simples. Les contres si utiles à l'épée ne se font pas au sabre, sauf par exception. En effet, ils y sont plus difficiles à exécuter et chassent moins le fer.

En fait de parades simples, le tireur d'épée parera quarte, tierce ou seconde.

S'il a quelques leçons devant lui, on pourra Texercer aux deux autres parades du sabre, la prime haute et la prime basse, mais en lui recommandant toujours de riposter avec la pointe.

En voulant riposter avec le tranchant,

il se découvrirait trop, faute d'habitude; puis il saurait mal donner le coup de tranchant, qui doit être accompagué d'un . petit mouvement glissant dusabre, comme pour couper. S'il était donné trop d'aplomb, le coup de sabre ne pénétrerait pas. Cela demande encore une habitude que n'a pas le tireur d'épée.

Supposons maintenant un combattant novice, inhabile aussi bien à l'épée qu'au sabre. Il est sur le point de se battre au sabre contre un adversaire exercé à cette arme. Que faut-il lui enseigner dans une ou quelques leçons? '

On lui fera prendre absolument la même leçon que s'il allait se battre à l'épée, sauf cette di£férence qu'on le mettra en garde en tierce, la garde du sabre.

On lui fera tenir le bras raccourci, la pointe droite, le corps plié sur les jambes, le bras gauche appuyé sur la hanche.

Puis on lui fera observer la distance.

Cela fait, on lui recommandera, sur tous les mouvements de l'adversaire, de lancer un, deux ou trois coups de pointe de suite, droit devant lui, sur la partie la plus rapprochée et sans se fendre, ou avec une demi-allonge : après quoi, il devra aussitôt sauter en arrière.

On Texercera ensuite à faire des battements de quarte ou de tierce, avant de lancer ses coups de pointe, dans le cas où l'adversaire ne ferait aucune préparation, aucun mouvement.

Les battements de quarte ou de tierce ^ écartant le fer de l'adversaire, peuvent

Î)UEL AU SABRE. ^ l6l

livrer passage à l'attaque, et, d'autre part, peuvent servir de parades. Ce sont d'ailleurs, avec les sauts en arrière, les seules parades qu'on puisse apprendre en une ou quelques leçons.

On exercera le combattant inexpérimenté à exécuter ces coups de pointe, précédés ou non de battements, en alternant entre un, deux ou trois coups jetés de suite, puis à faire ce jeu, soit en marchant, soit en rompant.

Avec une bonne vue et des dispositions, il suffit de quelques mois pour acquérir une bonne force au pistolet. Au point de vue spécial du duel, surtout du duel au commandement, une préparation moins longue est même suffisante.

Les règles de tir sont peu nombreuses et très simples.

Être bien d'aplomb, bien équilibré, le

corps droit, faisant lace à gauche, effacé sans être gêné, le pied droit à environ trente centimètres du pied gauche, la main gauche sur la hanche, la tête tournée droite vers le but.

Tenir la crosse du pistolet avec le pouce et les trois derniers doigts, l'index placé sur la détente, et engagé jusqu'à la deuxième phalange. La première phalange aurait moins de force pour appuyer progressivement sur la détente. Quant à placer, comme certains tireurs, le médius sur le pontet, en ne tenant la crosse qu 'avec le pouce, le petit doigt et le second doigt, c'est une habitude à ne pas conseiller, car elle rend moins délicate, moins sensible, l'action de l'index sur la détente.

Avant de porter le pistolet à hauteur de Vœil, on tient d'ordinaire l'arme abaissée, le bras tendu, obliquement. Il faut se garder de laisser le canon tomber dans la direction du pied, en cas de brusque départ de la détente.

Tout en tenant ainsi l'arme abaissée, on achève de la bien mettre dans la main, d'assurer la position du corps, et Ton voit rapidement si l'on est bien placé par rapport au but, si le bras en s'élevant pourra bien porter l'arme dans la ligne.

Au lieu de tenir le canon baissé avant le tir^ on s'exercera parfois à le tenir haut, le bras replié à hauteur du sein droit. Parfois, en effet, il arrive que sur le terrain telle est la position adoptée.

Cerlaîns tireurs connus préfèrent d ^Bleurs cette position pour s'exercer. A<a question a en somme peu d'importance.

Une fois le corps bien placé et le pistolet bien dans la main, on l'élcve, — ou on rabaisse suivant le cas, — à hauteur de Fœil, et l'on s'exerce à viser, en plaçant l'arme de telle façon que le rayon visuel, passant par le cran de la visière et le sommet du guidon, rencontre le but.

Pour avoir plus de force, d'acuité visuelle dans l'œil droit, l'œil qui vise d'ordinaire, on ferme l'œil gauche, et, d'autre part, afin de pouvoir profiter aussi vite que possible de la direction du regard, dès qu'elle est bien réglée, il faut, tout en visant, attaquer lentement la détente, progressivement, sans secousse, de telle

façon, qu'ayant déjà commencé à faiblir, elle cède presque insensiblement au moment voulu. En d'autres termes, il ne faut pas qu'il y ait d'à-coup, de brusquerie dans le départ. Il faut se laisser

presque surprendre par le départ graduellement amené, au moment où l'arme est bien dans la ligne. C'est à cette condition qu'il n'y aura pas d'écart de tir.

Il faut s'habituer à viser rapidement, afin de pouvoir, dans un duel, prévenir le feu de son adversaire. On s'exercera à tirer sur toutes sortes de cibles, mais de préférence sur ce que dans les tirs publics on appelle le bonhomme^ autrement dit la silhouette d'uif homme de taille et de grosseur moyennes.

Une remarque importante à ajouter.

c'est que, sur le terrain, les pistolets remis aux adversaires leur étant d'ordinaire inconnus, il faut se méfier d'avoir une arme à détente trop douce ou trop forte; donc il faudra n'attaquer la détente qu'une fois le canon élevé à la hauteur de la ceinture de l'adversaire, de peur d'être surpris par une détente trop douce et de tirer trop bas, mais, d'autre part, il faudra tenir la crosse un peu plus ferme que d'habitude, pour empêcher une déviation, en cas de détente trop forte.

Une fois familiarisé avec le tir au visé, on^ s'exerce au tir au commandement, le plus usité dans les duels.

Au commandement, il faut tirer pendant que le témoin directeur du combat

POUR LE DUEL AU PISTOLET. i89

commande jP(?z/ / Uriy.deux, trois l kydiai x,

le commandement de « Feu ! » c'est trop

tôt pour tirer; ce serait trop tard, après

le commandement de « Trois !» ^

Les commandements d' « Un, Deux, Trois, » sont d'ordinaire accompagnés et parfois remplacés par trois battements de main.

Voici les conseils qu'on peut donner pour le duel au commandement :

Les commandements se faisant très vite sur le terrain, on n'a guère le temps de viser un point donné.

En voulant le faire, on risquerait de tirer trop tard, autrement dit après le commandement « Trois ». D'ailleurs on s'exposerait ainsi à essuyer le premier le feu de l'adversaire, et en admettant qu'on

iOO CONSEILS

n'eût pas été touché, la détonation seule de son arme réussirait, du moins le plus souvent, à déranger la ligne de riiire qu'on commençait à prendre.

Mieux vaut, en somme, ne pas chercher à viser un point donné, dans le duel au commandement, à moins d'être très exercé et de savoir viser très rapidement.

Mieux vaut chercher uniquement, en général, à tirer dans la ligne et le plus vite possible, — dans la ligne^ c'est-àdire à hauteur moyenne, et bien droit dans la direction de l'adversaire.

Pour s'exercer à tirer ainsi, on se place comme il a été dit pour le visé, mais on tient la crosse plus ferme. En effet, comme il faut tirer vite, on ne peut presser la détente aussi graduelle-

POUR LE DUEL AU PISTOLET. i91

ment qu'au visé, et, par conséquent, il y a davantage à redouter un coup brusque 'du doigt au départ. En tenant plus ferme la crosse du pistolet, on pourra atténuer la déviation causée par le léger à-coup fréquent au commandement, sauf pour les très bons tireurs.

On tient d'ordinaire le pistolet bas, en attendant les commandements.

Une fois bien placé et après avoir répondu au chargeur qu'on était prêt, il faut, au commandement de « Feu ! » élever rapidement Tarme droit dans la ligne, mais ne commencer à presser la détente qu'au moment où l'arme est à peu près à la hauteur de ceinture comme nous l'avons déjà expliqué.

On s'exercera parfois à tenir l'arme

i9ï DUEL AU PISTOLET.

haute, en attendant les commandements, cette position étant parfois adoptée en dueL

Dans ce cas, on n'attaquera la détente qu'une fois l'arme à la hauteur de la poitrine de l'adversaire, et tenue bien droite, dans la ligne.

Page 1