‹ Le Jeu et l'AdministrationChapitre 4 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

De nos jours, la majorité du publie à tendance à croire que PEtat, de plus en plus, s'occupe de choses dont il ferait mieux de ne pas s'inquiéter, et cette marche lente vers une socialisation générale, n'est pas faite pour tranquilliser nombre de gens.

Cependant, il est facile de voir, en lisant l’histoire et sans entrer bien avant dans les détails, que si l'Etat s'éccupe de plus en plus de fonctions qui semblaient autrefois exclusivement privées, il est de moins en moins tracassier.

Autrefois, l'Etat ne sS'occupait pas de bienfaisance, mais il édictait des règlements sévères sur le luxe; l'Etat n'obligeait pas les individus à s'instruire, mais il les forçait à acheter des quantités de sel supérieures au besoin de leur consommation.

Cette croyance générale S'appuye d'ailleurs sur des faits réels; l'Etat de nos jours à fait entrer dans ses attributions des fonctions dont il ne S'occupait guère autrefois.

L'Etat qui, jadis, n'avait que des fonctions de poli

ce intérieure, de protection extérieure et de justice,

NE re

s'est progressivement cecupé de travaux publics, de commerce, d'industrie, de bienfaisance, d'instruction, d'hygiène, d'art; certains S'en réjouissent, d'autres s'en plaignent, mais il est une question qui, de tout temps, a paru aux yeux de la majorité des hommes d'ordre, rentrer essentiellement dans les fonctions de l'Etat, c'est cette partie spéciale de la police qui s'occupe de la moralité publique.

Il est certaines passions humaines si fortes, souvent si dangereuses, qu'il a paru indispensable à la société de placer en face de ces passions et de ces vices, des prohibitions plus ou moins sévères.

Le Jeu est une de ces passions.

€ La passion du Jeu, dit M. Marcel Regnier dans son rapport si documenté, est inhérente à Ia nature humaine et de tout temps les législateurs se sont efforcés d'en réprimer les funestes éffets ».

Mais il faut que ces freins, apportés aux passions de la nature humaine, soient assez souples et même assez cachés pour avoir un effet salutaire car, ajoute le rapport: (Il est permis d'affirmer que les tentatives du législateur ont été rarement couronnées de succès tant il est vrai que l'adage quid leges sine moribus est d'une application universelle.

On pe saurait escompter à l'égard des joueurs l'effet des mesures impératives et coercitives qui iraient radicalement à l'encontre de leur passion et ne trouveraient pas dans leur disposition d'esprit et dans leur

caractère un terrain favorable. des mesures rigoureu-

ses contre le Jeu et les joueurs entraînent fatalement Ja fraude ou la non application de la loi; elles donnent de moins bons résultats que des mesures d'apparence plus ancdines, mais aussi plus efficaces, tendant à protéger préventivement contre la passion du Jeu, les faibles et les incapables tout en laissant aux adultes et aux gens sains d'esprit leur libre arbitre et la responsabilité de leurs actes ».

Il est en effet préférable de prévenir le mal pour ne pas avoir à le punir.

En un mot, il faut faire une bonne loi; mais on retombe alors dans ce cercle vicieux, les lois ne sont botines que si les mœurs sont honnêtes, Ni, dans des matitres aussi délicates que celles des passions et des vices humains, l'effort de tant de siècles n'a pu aboutir à un bon résultat, ne peut-on pas penser qu'il vaudrait mieux prendre bravement son parti de l'état de choses existant, accepter la nature humaine telle qu'elle est, avec ses qualités et ses tares et tirer profit de ses tares mêmes?

L'Eglise, à la chute de l'Empire, après avoir inutilement proscrit les Jeux, essaya d'en tirer parti; il fut permis de jouer pour l'amour de Dieu, c'est-à-dire pour la réparation des églises et des monastères, Des loteries organisées en vue de subvenir à ces besoins, furent auterisées par le Clergé.

L'Etat moderne ne pourrait-il pas réglementer le Jeu, c'est-à-dire établir des maisons spéciales, comme

celle de Monte-Carlo, où l'en donnerait à jouer au pu-

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blic sous certaines conditions d'entrée? en un mot l'Etat ne pourrait-il établir à son profit le monopole des Jeux dans les cercles et les casinos comme il l’a établi sur les champs de courses avec le pari-mutuel?

Le produit du monopole qui s'élèverait à une trentaine de millions, servirait utilement à boucher certains trous du budget. Mais c'est là une question que nous

examinerons dans la troisième partie.

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