‹ Le Jeune Henri, suivi de La colombe [microforme]Chapitre 17 sur 27 · CHAPITRE XIV Henri dans les bras de sa mère · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV Henri dans les bras de sa mère

Pendant que tous ces événements avaient lieu, la bunne et excellente comtesse vivait seule dans son château, livrée tout entière à sa douleur et à ses regrets. Elle avait été des premières à spprondre

, quoique tint timi-

Elle ne put proférer que ces deux mots: “ Mon mari! mon enfant ! ” et elle tomba entre les bras du comte,

épée

la nouvelle de la paix, Elle la reçut d’abord avec des transports de joie, espérant revoir prochainement son époux. Mais une réflexion subite empoi- *onna cette joie et fit couler ses larmes. ‘* Ah ! que je suis donc malheureuse ! s’écria-t-elle : la nou- ï velle qui excite une allégresse générale me cause d’inexprimables douleurs: la femme du moindre soldat se réjouit d'avance du prochain retour de son mari; et moi... je ne puis songer à l’arrivée du mien sans trembler d'effroi. Ah! s’il savait la désolation qui l'attend ici. Où prendrai-je le courage de lui faire un aussi épouvantable récit !, .. Hélas ! il n’y aura désormais pour nous deux ni joie ni bonheur sur la terre ! ”

Un jour elle se retira dans le berceau le plus sombre de son jardin ; elle y passa plusieurs heures à pleurer, à gémir, et puis à prier. Tout à coup elle entend quel\un accourir précipitämment: elle Mtourne lat’ ,et voit. Marguerite, qui, arrivant avec les av'::4 voyageurs, se dirigeait, par la gronde allée du jardin, vers le berceau. Le retour de Marguerite, et surtout son air joyeux, rendirent à la 2 comlesse un peu d'espérance ; cette fille lui semble vu envoyé du Ciel. ‘“ Ab! Madame! ma boune dame! ma chère mattresse, s’écria Marguerite en

ccourant hors d’haleine, je viens vous apporter de bonnes nouvelles, les nouvelles les plus heureuses... [Monsieur le jeune comte. votre cher Henri. ilest en vie... il vient... Vous allez bientôt l’embrasser.”

Marguerite allait tout expliquer, lorsque le père

mbroise entra dans le berceau. 11 s'était hâté de prendre les devants pour préparer la comtesse à la joie du retour de son fils. En homme prudent, il

sut arranger son récit et ses explications de manière à prévenir les effets d’une émotion trop subite. Néanmoins la comtesse était déjà hors d'elle-même quand on lui eut dit que DANS QUELQUES Jours elle aurait le bonheur d’embrasser non seulement son enfant chéri, mais aussi son époux bien-aimé. È

Elle combla le père Ambroise de témoignages d'estime et de reconnaissance, et elle invita ce digne vieillard à la suivre au château, où elle lui destinait, pour se remettre des fatigues du voyage, la même chamdre qu'elle avait jadis habitée auprès du berceau deson enfant.

En ouvrant la po:te de cet appartement, Ô surprise ! 6 bonbeuc 1 … elle voit le comte portant le petit Henri dans ses bras ; son époux vole à sa ren- | contre. Elle fut tellement saisie, qu'elle ne put proférer que ces deux mois: “ Mon maril mon enfant !.… ” et elle tomba dans les bras du counte. Elle pleura longtemps sans pouvoir recouvrer la parole ; elle arrosait des pleurs de la félicité le visage de son époux et de son fils.

4 Maintenant, dit-elle enfin après les. plus délicieuses étreintes, maintenant je puis mourir sans regret ; j'ai assez vécu, puisque j'ai goûté cet ineffable bonheur. Je tremblais d'aller au-devant de toi sans te présenter notre enfant, et voilà que c’est toi qui me le rapportes daus tes bras! O mon Dieu, tant que je vivrai je ne cesserai de vous remercier, et tant que je vivrai je ne me laisserai plus décourager par aucun malheur ; car je viens d’éprouver que votre bonté divine sait les réparer tous, et amensr tout à une heureuse fin.”

Aussitôt que les premierstransports furent un peu

nanière

subite.

même ns elle ent son né.

e digne estinait, , même rès du

Ô surrtant le

saren- !

| ne put :

il mon 1 comte.

uvrer la

les. plus urir sans cet inefnt de toi c’est toi n Dieu, mercier, 8 découéprouver

tous, et

ut un peu

calmés, Henri commeñça de faire à sa mère le récit de tout ce qui lui était arrivé depuis leur séparatiou; il y mit une si charmante vivacité, que sa mère en l'écoutant, ne pouvait s'empêcher, tantôt de pleurer,

Fntôt de sourire. 11 peignait surtout en traits chaleu- Mreux les sensations qu'il éprouva au moment où il ignages

entra dansle monde en passant par la fente d'un rocher ; mais avec plus de feu encore peignait-il ce qu'il sentità l'instant où il entendit parler de Dieu pour la première fois.

“En vérité, disait le comte, je voudrais presque avoir passé mon enfance dans une semblable situation. Nous sommes trop habitués à l'aspect des beautés de la nature, et l'habitude amortit les jouissances de l'âme. Ah ! si nous pouvions, comme Henri, voir les créations de Dieu tout à coup, et après être parvenus à l’âge de la raison, combien, à l'aspect subit de ce ciel magnifique, de cet univers

admirable, nous serions pénétrés d'admiration et de licité le

reconnaissanee! jamais ces émotions ne s'effaceraient de nos cœurs.

— Oui, ajouta la comtesse, et ce qu'éprouva notre Henri quand il sortit de sa demeure soutérraine, et qu'il se vit comme transporté sur celle terre que Dieu créa si belle, nous l’éprouverons avec plus d'émotion encore lorsque, arrachés à cette vie terrestre, nous serons transportés dans le ciel. Car, selon moi, comme les fleurs artificielles, les moutons en bois et les arbres en carton, et d’autres jouets que Henri trouva si beaux tant qu'il habita la

D caverne, n'étaient cependant qu'une très imparfait

imitation des produits de la nature; de- même aussi nous trouverons une différence non moins

grande entre les beautés et les jouissances de la terre, et les merveilles et les féliciés des cieux. D."\ le délicieux sentiment que nous éprouvons dans ce monde lorsque, après une longue et douloureuse séparation, nous revoyons les parenis ou les amis qui nous sont chers : cette joie déjà, dis-je, peut nous douner un avant-goût du bonheur que nous goûterons au ciel quand nous retrouverons dans l'éternité tous les êtres que nous avons tant aimés dans ce w:onde, et que la mort nous a

ravis.” 4

Page 1