‹ Le Jeune Henri, suivi de La colombe [microforme]Chapitre 20 sur 27 · CHAPITRE II La veuve et l'orpheline · texte numérisé non relu

CHAPITRE II La veuve et l'orpheline

Très satisfait du succès d’une expédition qu'il venait de diriger en personne contre une nombreuse bande de voleurs qui infestaient toute la contrée, Théobald racontait un soir comment il était parvenu à faire prisonniers plusieurs de ces brigands, à disperser les autres, et à rétablir la tranquillité publi. que. Ottilia et Agnès, assises auprès de lui et filant au rouet, lui prêtaient une oreille attetive. Déjà la soirée s’avançait ; on venait d'allumer les bougies, lorsqu'une grande et belle dame toute vêtue de noir entra dans le salon. Ses joues étaient pâles, et sa figure portait l'empreinte du chagrin. Elle tenait = Par la main une petite demoiselle pareillement en © deuil, Théobald, Oftilia et Agnès se levèrent pour saluer la dame étrangère, qui leur parla en ces termes, non sans répandre beaucoup de larmes :

‘< Dieu soit avec vous, noble chevalier! je viens implorer votre protection. Je suis Rosalinde de Hohenbourg, et cette enfant que vous voyez est ma fille Emma. Vous êtes peut-être déjà instruit de mes infortunes. Mon mari, le brave Adairie, est mort des blessures qu’il reçut dans la grande bataille livrée l’année dernière. Vous l'avez connu : li était brave, loyal et généreux, c'était le meilleur des époux et des pères; mais ses libéralités ne lui permirent pas de nous laisser beaucoup de richesses, et l'on veut encore nous ravir notre-modeste hé.

ritage. Deux chevaliers voisins avides me cauvent les plus vives inquiétudes : l’un, sous divers préter tes, veut m'enlever !:s champs et les prairies qui s'étendent jusqu'aux murs du château, et l’autre élève des prétentions sur les forêts de Hohenbourg. Ces deux puissants chevaliers se sont ligués contre moi. Hélas ! ces deux chevaliers étaient jadis amis de mon époux, aujourd’hui ils sont devenus mes implacables ennemis. Ce changement étrange est l’effet de la cupidité, qui a déjà fait commettre tant de crimes dans le monde. Mon Adalrie semblait le pressentir: en mourant, il prononça votre nom. ‘* Espère en Dieu, me disait-il, et, si l’on t’opprime, va trouver le brave chevalier Théobald; il saura défendre la femme et la fille de son ancien compagnon d'armes.” C'est pourquoi, noble seigneur, je viens implorer votre protection. Daignez justifier la confiance d’Adalric mourant. Hélas ! que deviendrai-je si je suis dépouillée de tous mes biens, et s’il ne me reste plus que les murs du château! Ces pierres ne pourront pas nous faire vivre, moi et mon Emma, et nous serons réduites à aller mendier notre pain de porte en porte... Ah! seigneur chevalier, si jamais, ce qu’à Dieu ne plaise, vous deviez avoir le sort de mon Adalric, si votre épouse et votre fille allaient tomber dans la peine où je me trouve, ne désireriez-vous pas qu'elles trouvassent la puissante protection que vous pouvez m'ac corder et que je vous demande ? ” :

La petite Emma, qui était à peu près du même âge qu’Agnès, s’approcha à son tour et dit en pleurant et les mains jointes : * Généreux chevalier, je v’ai plus de père, soyez notre protecteur et ne nous

Pas repousser les ‘chent un refuge auprès <ontente quand elle vit Pauvre animal |

selle et sa mère <ompassion qu'un des gri

helteur qu'à l'ordinai en lraiter ses Nouveaux hôtes ; Car, dans je vieux temps, tel

ke Ah. ti : QI :

était }' » les daïines Îes plus nobles surveillaient elles-mêmes leur cuisine.

En altendant le souper, Théobal& s'informa des prélextes que metlaient en avant les ennemis de Rosalinde. 11 reconnut b'en(ôt l'injustice de -leurs prétentions ; il promit de s'occuper dès le lendemain matin, el très activement, de ses intérêts, et la pria d'attendre son retour au château. Rosalinde le temerciaen pleurant de reconnaissance. Effectivement le lendemain, dès l'aube du jour, Théobald monta à cheval et partit avec les gens de sa suite, ï

Agnès lémoigua une grande joie de ce que la petite Emma allait passer quelques jours auprès d'elie. Elle la conduisit dans sa chambre et au jardin, et lui montra son armoire, ses fleurs et sa colombe. Ces deux enfants se lièrent bientôt de la plus tendre amitié, car Emma était aussi une petite fille d'un excellent caractère et parfaitement bien élevée. ‘

Quelques jours après, le chevalier Théobald revini. ‘ Bonne nouvelle ! s’écria-t-il en entrant dans la salle; tout est terminé: vos ennemis se sont désistés de leurs injustes prétentions. Ils auraient fait peu de cas de mes exhortations seules ; mais lorsque je menaçai celui d’entre eux qui vous molesterait de lui faire une guerre à outrance, ils préférèrent se tenir en repos. Aussi rassurez-vous, noble dame, et soyez parfaitement tranquille : personne ne vous troublera dans vos possessions.

— Ah ! s’écria ia dame transportée de joie et de reconnaissance, puisse le Ciel vous récompenser dignement de votre générosité, et protéger à jamais

‘:gous et votre famille ! *

Page 1