CHAPITRE V
Le complot déconvert.
- Bien certainement il avait échappé au danger d’un incendie ; mais ne pourrait-il pas avoir été assassiné ? .… ‘Que ne donnerais-je pas, disait Rosalinde, pour avoir des nouvelles de Falkenbourg! je ne croirais pas les acheter trop cher en les -Payant de tous mes diamants et de tous mes bijoux.
— Et moi, disait Emma, j’ÿ joindrai avec plaisir toutes mes petites épargnes.” 1
aïas souhaits ! inutile impatience ! 11 fallait bien \se résigner à attendre patiemment les nouvelles qui ve pouvaient tarder d'erriver. Voici au reste comment les choses s'étaient passées.
La veille, le chevalier Théobald et sa famille étaient tranquillement à souper. Le soleil parvenai‘ déjà sur son déclin, et les derniers rayons de cet astre, traversant les vitraux arrondis, éclairaient l’antique salle à manger, lorsqu'on vint annoncer les deux pèlerins. Le chevalier ordonna de les conduire.à la chambre destinée à loger les étrangers, et de les bien recevoir, ‘ Quand ils auront soupé, dit-il, je les ferai monter chez moi, pour qu'ils nous racontent ce qu’ils ont vu dans leur pèlerinage. Ayez soin de leur servir une bonne cruche de-vin pour les désaltérer ; cela les rendra plus eauseurs.” Après avoir reçu ces ordres, le domestique sortit, et Agnès se réjouissait d'avance des beaux récits qu'elle allait entendre. Hélas ! aucun des membres de cette estimabie famille ne soupçonnait l'efreux malheur dont ils étaient menacés.
Tandis qu'ils étaient encore à table causant avcc gaieté et abandon, Agnès s'écrie tout à coup : ** Eh! voilà ma petite colombe! ” En effet, c'était elle qu’on voyait voltigeant autour de la fenêtre, et frappant avec son bec contre les vitraux, comme pour demander qu’on la laissât entrer. Aguès se leva, ouvrit la fenêtre, et aussitôt la colombe vint se poser sur son épaule et lui fit mille caresses. “ Ah 1 voyez donc, maman, quel joli collier on lui a mis! et... Tiens, voilà un petit papier qu. pend à son collier: c'est une lettre! En vérité les jeunes personnes ont quelquefois de singulières idées.”
Le chevalier Théobold, examinant ce petit rouleau de papier, y vit ces mots: LISBZ vire. ‘* Allons, dit-il en souriant, le inest-ge presse.” 11 déroula donc le papier, parcourut quelques mots, pâlit, et s’écria : ‘‘ Juste Ciel !
— Qu’ést-ce donc ?” deinandèrent à la fois Ottilia et Agnès, également efrayées.
Théobald leur lut le billet, conçu en ces termes :
“Très noble chevalier, les deux pèlerins qui “ vont arriver ce soir chez vous sont deux brigands * faisant parlie de cette bande que vous avez dis- ‘“ persée. Le plus vieux se nomme Lupo; le plus ‘* jeune, Orso. Sous leurs habits de pèlerins ils por- ‘tent des cuirasses, et sont armés de poignards ;
‘ils veulent cette nuit même assassiner, vous, votre ‘famille et tous vos gens, piller votre château et ‘ le livrer aux flammes. Revêtus de vos habits de ‘“ chevalier, de votre chaîne d’or et de la croix de ‘* diamant, ils projettent de s'établir en pays étran- “ ger, et de s’y faire passer pour des seigneurs. ‘# Sept autres brigands, leurs complices, rôdent ‘* dans les environs pour y attendre le signal con- “venu: trois chandelles allumées posées sur la *< croisée de leur chambre. A ce signal ils accour- “ront, les faux pèlerins leur ouvriront la petite ‘ porte du jardin et les feront entrer. Dieu veuille “ que la colombe puisse arriver chez vous assez tôt ‘ pour que vous puissiez tous échapper au péril “qui vous menace! il a été impossible de vous ‘“faire parvenir un a/is par toute autre voie, les * bandits ayant détruit le pont du torrent. Envoyez-
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