EL LE JEUNE HOMME
rer avec Virgile, de chanter avec Horace, de parler philosophie avec Cicéron, de foudroyer les vices avec Perse et Juvénal.
Les Romains ont fait des conquêtes si mémorables des actions si éclatantes ! La littérature nous fait connaître la gloire et les ressorts de ce vaste empire ; elle nous fait assister à la naissance, au progrès, à la grandeur colossale de Rome; nous voyons le fier Romain donner des couronnes et recevoir les hommages des rois. Avec le cygne de Mantoue et après le bel éloge qu'il en a fait, saluons en passant cette terre d'Italie, si fertile en guerriers, en
génies, en caractères sublimes, héroïques.
Salve magna parens frugum, saturnia tellus,
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Et chez les nations d'aujourd'hui, comment savoir ce qui s'est passé avant nous ;
comment connaître l'esprit public, et les
bienfaiteurs et les grands hommes des différents temps ; comment apprécier la civilisation de chaque siècle, sans les ouvrages littéraires, les histoires, les drames et les poèmes de tout genre ?
Avant de disparaître de la scène du monde, les écrivains de génie consignent dans leurs écrits le souvenir des inctitutions qui ont abrité leur vie domestique ; ils mettent, si j'ose ainsi dire, l'empreinte de leur signature sur le règne d'un prince avant de lui dire adieu, et le conduisent par là à l’immortalité : Ainsi, —suivant la
gracieuse comparaison de Lamartine—
Ainsi le voyageur qui dans son court passage Se repose un instant à l'abri du vallon Sur l’arbre hospitalier dont il goûta l’ombrage
Avant que de partir aime à graver son nom.
Sans les mémoires du savant Alcuin,
qui nous aurait transmis le souvenir de
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Charlemagne ? Sans Joinville, qui saurait les merveilleux exploits de Saint-Louis ?
| Le règne de Louis-le-Grand nous ébloui- | | rait-il de tant de splendeurs, si autour de | ce trône ne brillaient les Bossuet, les Fé-
nélon, les Massillon, Buileau, Racine, Mo-
l | lière, LaFontaine, et toute cette pléiade | d'écrivains immortels, l'honneur du XVIIe { 1 siècle et de l'esprit humain ?
Et dans cette énumération des ouvrages
de l'esprit appartenant à différents âges et | à différents peuples, comment oublier le | Benjamin des nations, notre jeune pays, qui compte à peine trois siècles d’existence, mais chez qui la valeur aussi bien
dans les lettres que sur les champs de bataille ae
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comme dit le vieux Corneille.
Comme les grands peuples que je viens de
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nommer le Canada aussi a ses celébrités, ses illustrations littéraires ; car—pour em-
prunter encore les paroles d'un poète :—
Car notre forte race, à l’immortelle sève,
Sachant comme on combat sait aussi comme on rêve.
Sans illusion d'amour-propre, on peut, je crois, considérer les œuvres d’un Crémazie, d'un Ferland, d'un Garneau, comme un appoint précieux au trésor des lettres françaises. Dans l'enceinte parlementaire, nous avons eu des orateurs, champions intrépides de nos libertés politiques et religieuses qui se sont montrés les dignes cadets et les courageux émules des Berryer, des de Falloux et des Montalembert.
Que si des morts, je veux passer aux
vivants, la louange devient un peu plus
délicate. Mais cependant pour les choses
qui sont du domaine public, il n'y pas
lieu au scrupule de la discrétion. Or, nous
avons aujourd'hui des écrivains, des poètes, des orateurs dont la réputation est universelle et dont la gloire est solidement établie, non seulement au Canada, mais en France, cette héritière d'Athènes, où l'action de la critique est si judicieuse et si sévère. Nous pouvons réclamer comme patrimoine national la gloire d'un Fréchette, couronné par l’Académie, ce sénat de la
pensée française ; d'un Chapleau, aux for-
tunes de parole vraiment légendaires ;
d'un Laurier, surnommé par nos compatriotes anglais, ainsi qu'un Chrysostôme,
‘“ Silver tongued Laurier ” ; d’un Routhier, le plus délicat de tous, le plus lettré, le plus académicien.
Sans nos historiens, qui transmettraient à nos descendants, pures et intactes comme elles le sont, nos origines et toutes nos autres gloires nationales ? Sans ces mêmes
historiens qui nous tracent la suite des
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ET LA LITTÉRATURE 23 événements de notre histoire, pourrionsnous admirer, comme il nous est donné de le faire, les desseins de Dieu sur notre race aujourd'hui, il est vrai, encore peu nombreuse, si on la compare à d’autres grands peuples, mais appelée-—nous sommes bien autorisés à le croire—à répandre sur tout ce vaste continent américain, les lumières de l'Evangile et les bienfaits de la vraie foi ? — Et pour parler de nos poètes et de nos orateurs, ai-je besoin de dire quels nobles sentiments de patriotisme et de dévouement à tout ce qui est juste et saint on puise dans la lecture de leurs œuvres et
de leurs discours !
Qui ne sentirait vibrer dans sa poitrine toutes les fibres de son cœur patriotique et de son vif attachement à la mère-patrie, en lisant, par exemple, les strophes suivantes
où l'alliance de ce double sentiment se
trouve si bien exprimée par notre poète
Fr
national, Octave Crémazie :
Oui, la France vivra ; car tandis que l’Europe, Dans son linceul de mort lentement s'enveloppe,
Aux bords du Saint-Laurent le Canada-Français, Grandissant chaque jour, en honneur, en puissance, | ff. A reconquis ses droits par sa forte vaillance,
{ Er Et domine aujourd'hui, sous l’étendard anglais.
Et si la France un jour au tombeau descendue,
j Après mille combats noblement abattue,
Tombait sous le pouvoir d'un invincible bras, Qu'il se trouve du moins, dans sa douleur profonde,
Un Canadien-Français qui puisse dire au monde :—
= — pa era tteeenennetiléé purement
La France ne meurt pas.
Voici maintenant comment le même |
| poète s'adresse à ceux d'entre nous qui
| désertent leur pays pour s’en aller loin de | J Lé e - | leurs foyers dans la grande république qui | | nous avOIsINE :
il Loin de vos vieux parents, phalange dispersée, | O jeunes Canadiens, qu'une fièvre insensée | ” }l {| | \1 g 0 0 f
PAR CRU TRE PER ENS | | M the LE gd lost Sommes Lan es ne. n : - CRI ARMES penre ram: dre " : ed
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Entraîne loin de nous, aux régions de l'or, Avez-vous bien compris ce grand mot : la patrie ? Le ciel que vous quittez pour une folle envie,
Ce ciel du Canada, le verrez-vous encor ?
Oh ! pourquoi donc, quittant le pays de vos pères, Aller semer vos jours aux rives étrangères ?
Leur ciel est-il plus pur, leur avenir plus beau ?
Et peut-être, Ô douleur ! ces lointaines contrées, Dans vos illusions tant de fois désirées
Ne vous donnetont pas l’aumône d’un tombeau !
Loin de son lieu natal l’insensé qui s’exile, Traîne son existence à lui-même inutile.
Son cœur est sans amour, sa vie est sans plaisirs. Jamais pour consoler sa morne rêverie
Il n’a devant les yeux le ciel de sa patrie,
Et le sol sous ses pas n’a pas de souvenirs.
Au nom de vos aïeux, qui moururent pour elle, Au nom de votre Dieu, qui pour vous la fit belle, Restez dans la patrie où vous vîtes le jour, Gardez pour ses combats votre ardeur enivrante, Gardez pour ses besoins votre force puissante,
Pour ses saintes beautés gardez tout votre amour.
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