‹ Le jeune homme et la littérature [microforme]Chapitre 7 sur 13 · D TS · texte numérisé non relu

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la société. La littérature perfectionne,

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f multiplie les talents, et souvent fait jaillir l'étincelle sacrée. Par elle se sont formés |

les personnages les plus distingués du pays ; / c'est dans les collèges que les grands écrivains de l’heure actuelle ont commencé

( | | à prendre leur essor. S'ils ont porté un

\ ET LA LITTÉRATURE 33 e | jour avec tant d'éclat le sceptre de la parole i, publique, ils y ont préludé au collège dans È ces joutes modestes u ji À, TETE qu'une autre gloire et de plus grands combats ) Rappelaient à Villars mais qu'ils n’effaçaient pas. à La littérature classique leur a donné des ui règles ; la littérature leur à présenté ses mo- S- dèles et ouvert ses trésors de poésie et d'éloen quence ; la littérature les a exercés à la nt | composition et à l'analyse Ainsi leur esprit FS s’est développé, leur mémoire s’est enrichie, au leur imagination s'est mise à réfléchir toutes ns les splendeurs, leur cœur a brûlé des plus € beaux feux ; et ainsi s'est développé en eux Lir ce talent de la parole qui est comme le és fruit naturel, la synthèse lumineuse de tous S ; les dons réunis du cœur et de l'esprit. Ils S | sont devenus les rois de l'intelligence, les É | représentants de notre siècle aux yeux de n

l'avenir, les organes de la volonté divine

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ou de la pensée nationale dans nos assem-

blées législatives.

| pri Portons encore plus haut nos regards.

A: || 1 Non seulement la littérature polit le langage

et les manières ; ells adoucit les mœurs

| D) publiques, elle contribue singulièrement à | N la civilisation des peuples. Mais le simple À | énoncé de cette proposition pourrait provo- : h quer une objection dans quelques esprits. L/ Combien de jeunes gens, dira-t on, loin de . ) devenir meilleurs par la lecture des ouvra- 4 ges littéraires, se sont perdus et sont tombés pc dans les plus tristes écarts! A cela, Mes-

l dames et Messieurs,réponse courte et facile : | {| ces ouvrages qu'ils ont lus étaient mauvais, # sans doute, puisqu'ils inspiraient ou ensei- | gnaient le vice. Or, comme nous l'avons ) déjà dit, ceci n'est plus du domaine des 4] } Belles-Lettres. La littérature a pour objet le | / beau, comme la philosophie a pour objet le | | vrai, comme la religion a pour objet le divin.

Eh quoi! peut-on appeler beau et bon, un ouvrage où la laideur du vice transpire à chaque page ? Peut-on honorer du nom de Belles- Lettres, des productions honteuses qui ne sont que la prostitution du génie ?

Non, les abus littéraires ne sont pas de la littérature ; pas plus que les erreurs philosophiques ne sont de la philosophie; pas plus que le fanatisme ou le pharisaïsme religieux ne sont de la religion. AÀ ces sortes d'ouvrages la beauté principale manque : la beauté du sujet et des pensées.

Dès lors, le bon goût les réprouve.

C'est donc en sortant du vrai domaine de la littérature que la jeunesse quelquefois se perd par des lectures imprudentes ; par la lecture de ces publications perverses dont le titre seul est souvent une témérité, dont le fontispice illustré est déjà une insinuation trop claire; par la lecture de

ces livres perfides écrits avec un art satani-

k| 1} 36 LE JEUNE HOMME vf} hi que, où tout est combiné de manière à £ | | fasciner peu à peu l'imprudent qui y porte L | | les regards, de ces romans plus que frivoles a : l {| dont le scabreux des anecdotes et des | (1 intrigues ne peut que souiller l'imagination | h;| | et corrompre le cœur, au témoignage même 4 d'un des plus hardis champions du liberti- 4 nage qui a cor JEAN AQINES Robe : j Parlant de lui-même, voici ce qu'il a écrit : A quelque part :

Vi “ Je ne regarde aucun de mes livres sans x W “ frémir : au lieu d'instruire je corromps ; bi “au lieu de nourrir, j'empoisonnne ; mais la fl ‘“ passion m'égare et avec tous mes beaux | | | “ discours, je ne suis qu'un scélérat.” Tant DL: il est vrai que ceux-mêmes qui écrivent ces

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4 | tement à quoi s'en tenir et sur l'œuvre et 11} !

d7 / Mais qu'un jeune homme se livre à [l |

livres que nous signalons ici, savent parfai-

sur l'ouvrier.

l'étude des Belles-Lettres, des lettres vrai-

ment dignes de ce nom, il en retirera soudain les plus beaux fruits. Les lettres l'élèvent à de hautes pensées, portent son esprit à de sublimes contemplations, lui présentent les sages maximes des héros de la Grèce et de Rome, et les principes plus beaux encore des héros chrétiens : {es lettres lui impriment dans l’âme de nobles exemples, des sentiments profonds de conscience et d'honneur, embellissent à ses veux et rendent aimables la vérité, la vertu; les lettres épurent ce qu'il y a de grossier dans la nature humaine, tempèrent ce qu'il y a d'emporté dans ses désirs et de violent dans ses passions, mettent entre les hommes ces communications honnêtes et gracieuses qui font l’ornement de la société.

Un immense avantage, Mesdames et Messieurs, que la littérature aura toujours sur la morale et la philosophie, c’est qu'elle

ne se contente pas d'enseigner le bien, elle

Pr Nice ie Hi 38 LE JEUNE HOMME ot | | le revêt des couleurs du beau, elle l'orne fi des charmes du langage, elle l'inspire en ! | | le rendant aimable. Homère, disait Jeanh|: | | Baptiste Rousseau, adoucit nos mœurs par À ; f | | ses riantes images, tandis que Sénèque \ | JR (1 nous aigrit par le dureté de ses préceptes. } dl | N'est-ce pas la poésie, cette fleur printa- | ; nière de la littérature, qui la première a Æ h enseigné aux hommes les grandeurs de la ë { divinité, et qui, après avoir plané dans les k /} | réginns célestes revenait sur la terre pour | bi chanter et immortaliser la vertu des héros, | | È | pour inspirer l'amour de la patrie, pour cen- | 1 |] surer les vices en riant des travers de l'hu- : {| | manité ?

4 L'éloquence à son tour, ne travaille-t-elle L : à | pas au progrès de la civilisation en plaidant ; hardiment la cause des opprimés, en arra- | pi ) chant le masque des coupables, en faisant | \ / le panégyrique des personnages illustres et | | | en excitant l'émulation populaire par ses |

louanges accordées publiquement au mérite?

Et quand la littérature s'unit à la philosophie, à la politique, à la religion. pour faire mieux accepter les traditions des sages ; quand elle se joint à l’histoire pour -célébrer les hauts faits, les actions mémorables et les grands caractères des siècles passés, ne reveille-t-elle pas dans nos cœurs les plus nobles sentiments ? N'y allume-t-elle pas le feu sacré de l'enthousiasme en même temps qu'elle y ranime l'amour du juste, du bon, du beau, du vrai ?

Reconnaissons donc qu'après la religion, la littérature n'est pas une des moindres causes civilisatrices. Aussi les plus beaux siècles dont s’honore l’histoire de l'humanité ont été des siècles littéraires, tels que le siècle de Périclès, le siècle d'Auguste, le siècle de Léon X et de Louis XIV.

Vous venez de voir, Mesdames et Mes-

sieurs, ce que fait la littérature pour le per-

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