‹ Le jeune Werther;Chapitre 5 sur 17 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

WERTHER, seul d'abord, et tourné vers la porte par laquelle Charlotte est sortie, ROBERT ensuite, un g arçon portant un sac de nuit et une valise.

robeut , au garçon } sans voir Werther.

Mets cela ici. (Le garçon porte les paquets dans un coin

au fond ), et fais placer dans le magasin les deux caisses de

thé et la caisse de quinquina qui viennent d'arriver, etpuis

tu préviendras ma petite femme de mon arrivée... ( Le

( i-4) garçon sort. ) Quel plaisir de revoir ma Charlotte ! de me retrouver dans mon ménage.

Werther , à part.

Voilà le papa 5 faisons la demande.

ROBERT

Mais où. diable est donc ma femme ? ( // se trouve nez à nez avec Werther. )

WERTHER

Permettez , vertueux vieillard. ( Il veut V embrasser. )

robert , le repoussant.

Qu'est-ce à dire , Monsieur.

werther , voulant V embrasser encore»

De grâce.

robert , le repoussant.

Un instant , que voulez-vous ?

werther , de même.

Ne repoussez pas les embrassemens d'un individu. . .

ROBERT

Enfin , qui êtes-vous?

WERTHER

Monsieur, je suis dansée moment la feuille tremblante, triste jouet des vents, et vous êtes l'astre bien ou malfaisant qui va la dessécher ou lui rendre le calme et l'équilibre.

robert , à part.

Cet homme-là a quelque chose d'extraordinaire.

werther, voulant encore l'embrasser.

Pour la dernière fois, souffrez que cette accolade...

ROBERT

Mais à quel titre ?

WERTHER , de même.

À titre de reconnaissance.

ROBERT

' Mais je n'ai jamais rien fait...

WERTHER

Non , mais vous allez faire.... Mon existence est dans

vos mains.

ROBERT

Votre existence, Monsieur!

WERTHER

Physique et morale.

ROBERT

Àh ça ! que vous est-il donc arrivé?

WERTHER

Apprenez qu'un poison subtil circule dans mes veines.

ROBERT

Un poison ? peste , que ne commenciez-vous par me dire cela ? je ne m'étonne plus de l'agitation dans laquelle je vous vois 5 je cours vous chercher un remède que j'ai fait moi-même.

werther , Y arrêtant.

Ah ! c'est justement ce que vous avez fait Vous-même qui cause mon mal.

ROBERT

Comment !auriez-vous pris quelque médicament en trop forte dose ?

WERTHER

Non , ce que j 'éprouve est...

ROBERT

Une colique d'estomac épouvantable, causée par quelque vin frelaté ?

WERTHER

Je ne bois que de Peau.

ROBERT

Ah! j'y suis, par quelques champignons vénéneux, peut-être ?

WERTHER

Les champignons sont absolument étrangers au mal qui me tue.

~ ROBERT

Je ne devine pas.

WERTHER

Vous le devinerez peut-être mieux quand je vous l'aurai dit.

ROBERT

C'est possible.

WERTHER

Air : Je reviens de La guerre , etc.

Une fille charmante,

ROBERT

Ouidà!

WERTHER

Surprit mon ame aimante.

ROBERT

Ah ! ah !

WERTHER

Je partis , mais malgré cela, Partout son image était là, . . .

Et. voilà.

ROBERT

Ali ! c'est l'amour.

WERTHER

Même air.

Cent fois plus épris d'elle , ROBERT.

Oui dà !

WERTHER

J'ai retrouvé ma belle.

ROBERT

Ah! ah!

WERTHER

Même flamme nous rebrûla ; Mais par malheur un père est là. . . . i Et voilà.

ROBERT

Ah ! j'avoue que ces pères sont quelquefois gênans.

WERTHER

Même air.

Mais il faudra qu'il cède ,

ROBERT

Ouidà!

WERTHER

Au feu qui me possède.

ROBERT

Ah ! ah î

WERTHER

Oui , sa fille m'appartiendra , Ou ma cervelle y sautera, Et voilà. . .

ROBERT

J'en suis bien fâché , mon cher Monsieur, mais la pharmacie n'a pas de remède à votre mal.

WERTHER

Aussi n'est-ce pas à la pharmacie que j'ai recours, mais à la sensibilité d'un père noble et généreux, qui sait que le ciel , en le faisant renaître dans une fille, lui a imposé l'obligation de la rendre heureuse, c'est-à-dire de faire son bonheur et d'unir son existence à celle de celui qui , jeté en quelque sorte par le hasard ou... par tout ce que vous voudrez , sur son passage , éprouve le besoin de. . .

ROBERT

Tout cela est fort bien ; mais au fait, où voulez-vous en venir ? car voilà deux heures que nous parlons sans nous entendre : de quelle fille voulez-vous parler ?

WERTHER

Il me semble que si j'aimais la fille d'un autre, ce n'est pas à vous que je viendrais la demander ; d'où vous pouvez conclure...

ROBERT

Que c'est la mienne , peut-être ?

WERTHER

Et qui donc?

ROBERT

Air ! Duo de la Fausse Magie, Quoi, (bis. ) vous aimeriez ma fille ? WERTHER.

Oui, ( bis. ) j'adore votre fille.

ROBERT

Vous ?

WERTHEF.

Moi.

Vous ?

Moi.

ROBERT

Aimer ma fille !

Je conviens qu'elle est gentille , Mais , parlons de bonne foi , Elle est bien jeune , je croi , Pour être mise en ménage.

WERTHER

On se marie à tout âge.

robert , riant.

L'extravagant personnage !

WERTHER

A tout âge.

ROBERT, à part , voulant sortir.

Ce malheureux a le transport.

WERTHER

Vous me quittez ? un mot encor.

ROBERT

Une affaire me re'clame j Et ma femme.

WERTHER

Votre femme !

Daignez couronner ma flamme, Ou je suis mort.

ROBERT, à part.

Ce malheureux, sur mon ame , A le transport.

J'ai des mœurs, de la naissance.

J'ai de l'ordre , de l'aisance , De l'acquit et des talens ; J'ai surtout de la constance.

ROBERT , à part.

Il a tout, hors du bon sens.

WERTHER

Ce n'est qu'en vous que j'espère , Si vous n'êtes mon beau-père, Vous serez mon assassin.

( i9) ROBERT , à part.

Le moyen de m'en de'faire i v

C'est de flatter sa chimère, Qu je l'ai jusqu'à demain.

WERTHER

Daignez m'entendre , Daignez me prendre Pour votre gendre.

ROBERT , riant, à part.

Un beau Leandre ( bis, ) IN'est pas plus tendre.

WERTHER

Je vous quitte pour me pendre Si je n'obtiens pas sa main.

ROBERT , éludant.

Je vois qu'il faudra me rendre :

Eh bien , revenez demain.

C'est me promettre sa main ; Ah ! mon bonheur est certain.

( Il sort. )

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