‹ Le jeunesse de Victor HugoChapitre 3 sur 5 · VI. p · texte numérisé non relu

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LES ÉLÉMENTS DES OT^E^ ET BAblAffES

Nous voilà bien loin des premières odes de Hugo. Reprenons son œuvre poétique à l'endroit où nous l'avons laissée, et tachons d'en déterminer les divers éléments.

L'année 1820 fut, pour Victor Hugo, l'année des manifestations royalistes éclatantes. Il donna, en février, au lendemain de l'attentat de Louvel, VOde sur la mort du duc de Berry, et en octobre, VOde sur la naissance du duc de Bordeaux, Ces pièces de circonstance ont été, à leur apparition, fort admirées; on ne les relit guère, et peut-être cela vaut-il mieux? La rhétorique en est bien refroidie. Mais il en est de cette poésie un peu morne comme de cette falaise aride et nue, dont parle quelque part le poète anglais^ Robert Browning; c'est l'image de la désolation, et de l'ennui : un papillon s'y abat tout-à-coup; il agite son éventail «rouge et bleu» et tout le paysage s'illumine. N'est-ce pas l'effet de ces pièces vieillies et presque mortes de Hugo ? On les parcourt d'un œil distrait ; mais une image ouvre ses ailes toufc-à-coup, et ce que l'on croyait éteint semble revivre.

C*est pendant cette année 1820 que se forma la liaison, bientôt intime, qui unit Victor Hugo et Alfred de Vigny. Je trouve le plus ancien témoignage de cette liaison dans ui^e lettre inédite, la première sau

l'écrivain très-grand qu'était Chateaubriand; Jl s'attachait passioDoément à reproduire ses attitudes politiques. On a dit et répété plus d'une fois que le C(Muerua(«H* toéraire s'était mis à la suite du Cmiservaleur, comme une chaloupe à la remorque d'un vaisseau. Quand le Conservateur UUéraire disparait, Victor Hugo suit Chateaubriand à la Société des Bonnes-Lettres. Il n'a pas tenu à Chateaubriand que Victor Hugo û'entriit dans la diplomatie, et ne devînt un fonctionnaire de la Restauration: en 1822, l'ambassadeur à Londres offrait au poète une place do secrétaire auprès de lui;Xes Lettres à la fiancée nous appreuiicnt Jiue c'est pour ne pas s'éloigner d'Adèle Foucher que Victor Hugo refusa.

- Dans l'année 1821, VictorHugo écrivit en tout neuf pièce? 4û vers, c'est-à-i^ire raoius d'une par mois,

Nous n'avons plus à nous demander comment un jeune homme, habile entre tous dans l'art de faire les vers, en produisait si peu (1). Les raisons nous en sont connues : de décembre 1819 à mars 1821, Victor Hugo est accaparé par la bt^.sogne du journal; tout en y prodiguant les articles de critique, il y écrit, sous sa première forme, le roman de Bug-Jargai. Du mois de mai à la fin d'octobre 1821, il abat quinze chapitres de Han d'Islande, Chemin faisant il travaille à une tragédie. Le 1*' février 1822, il reçoit la visite de Soumet qui vient lui proposer de tirer une comédie de « l'admirable roman» de Kenilworth; le 16 février ,il en a déjà terminé les deux premiers actes. On le voit, dès cette époque de jeunesi^^e, Victor Hugo est le puissant, l'infatigable travailleur qu'il est resté toute sa vie.

Loin de nuire au poète, tout ce labeur fortifie ses moyens. De 1821 à 1822 notamment, il semble qu'après la fieur, comme l'on dit, le fruit se noue. Chose curieuse : dans les trois premiers mois de Tannée 1822, pas un vers. C'est cette période d'anxiété où Victor Hugo court les bureaux des ministères pour obtenir la délivrance des deux pensions « qui lui sont dues ». Point de brevet, point de mariage ! Saitil d'ailleurs si son père consentira? Mais le 13 mars, le consentement du général Hugo produit chez son fils une sorte d'ivresse, et, dès le mois d'avril, le flot de poésie monte et déborde avec la joie; et voici,

(I) Six ou sept pièces en 182.), neuf en i82i, une douzaine au plus l'année suivante.

Le premier recueil de vers de Victor Hugo, Odes et Poésies diverses, fut mis en vente au mois de juin 1822. La presse loua l'ouvrage; les journaux d'opposition * ■> libérale en parlèrent avec mépris. Voici comment s'exprime un des rédacteurs de \' Album, poète aussi (1): « Quand M. Hugo veut s'élever, il tombe dans le bas etdansle trivial; quand il veut être profond, il est inintelligible, » Si l'auteur dos Odes était ainsi traité, c'est qu'en sa qualité do membre de la société ultramoûarchique des Bonnes-Letires, il devait être odieux à des journalistes qui, pour la moindre marque d'opposition au trône ou à l'autel, couraient le risque du procès et de la prison. Mais quelle que soit la part qu'il faille faire à la passion politique dans ces verdicts littéraires si rigoureux, il faut se rendre compte . aussi du degré de nouveauté qu'avait pour les hommes de 1822 une poésiequenousjugcons aujourd'hui, p^r rapporta cequi a suivi, médiocremcntaudacieuse. Rappelons-nous que la belle formule de la préface des Odes : « La poésie c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout» semblait à un des bons critiques de ce temps, le critique du Moniteur, du pur galimatias.

Ce premier volume, imprimé, comme disait l'auteur qui dut réditer à ses frais (1), « avec des têtes de clous sur du papier à chandelle », marque une époque^ans la jeunesse de Hugo; c'est la fin deTad^ lescence. A partir de ce moment, les poésies rendent un son plus plein. C'est la même vorx, mais plus grave. Le poète va se faire de son rôle nue idée de plus en plus haute, et dès Taimée 1823, il se définira lui-même comme on sait :

Le poète inspiré lorsque h terre ignore

Res'iemble à ces grands monts que la nouvelle aurore

Dore avdiff Idôtà son réveil,

Et qui, longtemps vainqueurs de l'ombré,

Gurdent jusque dans la nuil sombre

Le dernier rayon de soleil.

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