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réfii^ner à ne plus paraître dbvant lui. La malheurettse avait tcnit gprdu en un jour ; elle avait, du même ooup, perdu son mari et son fils. Supprimez le Dieu des affligés, ôtez & cette infortunée le Dieu qui relève et console, le Dieu bon qui compte nos larmes : je yooB le demande, que lui restait-il ?
J'ai vu là ce que j^vent la foi et la rêsi?
gnation chrétiennes. Dans les grandes crises de la vie, la philosopkie n'est d'aucun secours ; la religion seule nous ensdgne à soufiErir. Qu'est-ce d'ailleurs que la force et le courage qui ne nous viennent pas du ciel?
Une question de tempérament; le chêne résiste, et Parbuste est brisé. Madame de Valgrand se soumit et pria sur les ruines de son bonheur. Au plus fort de son désebpoir,
il ne lui échappa pas une insulté à la Providence ; elle garda toujours l'attitude d'une sainte, d'une martyre. E116 savait qu'Olivier ne s'était pas tué en tombant, comme je l'a- * vais raconté. Elle avait tout compris, tout deviné. Elle enferma cet horrible secret dans son cœur, et jamais il n'en fut question entre nous; seulement, au sentiment d'adorable pitié qu'elle éprouvait pour son mari, au redoublement de sa tendresse, à la façon tout angélique dont elle s'humiliait, pour ainsi dire, devant le malheur du pauvre insensé, je voyais bien qu'elle savait tout.
Quand Gaston, broyé par la fatigue, succombait enfin au sommeil, elle se glissait dans sa chambre, s'agenouillait à son chevet, et, pendant qu'il dormait; elle lui par-
lait à -voix basse. Elle répandait ainsi, dans le silence de la nuit, les trésors d'amour et de douleur dont son finie était pleine. Il lui semblait qu'op se réveillant, Gaston, rendu à la raisoQ^ allait l'attirer dans ses bras, s'attendrir, pleurer avec elle. Vain espoir ! La folie le ressaisissait à son réveil, et l'infortunée, forcée de s'éloigner, disparaissait comme une ombre plaintive.
n s'agissait de prendre un parti. J'avais appelé le docteur Fouré, de Nantes. Vous le connaissez ; vous n'ignorez pas que les plus aimablqs qualités de l'esprit et du cœur s'unissent, chez ce doux vieillard, à la science la plus éprouvée. Il ne s'entend pas seulemont à guérir Ips maladies du corps ; il est aussi le médecin des âmes, et j'en sais plus
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d'ime qui lui doit la santé. Madame de Val»
graad avait en lui une confiance absolue i â oeupsûrll en était d^gne» Aj^iès que^uea jom» d'examen et dexéflexionaj il me prit à ^part et me dit :
— Je ne crois pas que le cerveau de oe malheureux jeune homme se relève jamais du eoup qu'il a reçu. U faudrait un miracle j la science n'en fait pas* La folie qui s'appuie sur la raisoi^ estpresque toujours incurable. G'ert comme l'erreur qui découle d'une vérité ; la conclusion a heau ^tre absurdci si les prémisses sont justesj elles la prot^eat et lui font conuneunxeuipartinexpugnabla.
Cependant^ nous devons tout tenter en vue d'une guérison, même impossible. M. de Valgrand ne peut pas rester ici. La présence
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de sa femme, la vue des lieux longtemps témoins do son bonheur entretiennent son exaltation, Pirritent et l'exaspèrent. Qu'il parte, qu'il s'éloigne. Dès qu'il se sentira à l'abri des poursuites qu^ croit avoir â redouter, son délire se calmera. Je réponds qu'une fois hors de France, sa folie, aujourd'hui furieuse, prendra un caractère tout pacifique, à la condition pourtant qu'on ne le contrarie pas. Pour le reste, laissons faire au temps, c'est le remède que nous conseillons, lorsque nous n*en avons pas d'autres.
Tel était Tavis du docteur : c'était aussi le mien. Je le soumis à madame de Valgrand, qui ne diercha pas à le combattre. ^
— Mais, dit-ello en pleurant, puisque c'est moi qu'il fuit, je ne puis pas partir
VK OJ.ÏVIER
' avec lui... Qui donc l'accompagnera ?
. — Moi, madame, lui répondis-je.
Le lendemain, par une nuit sans lune et sans étoiles, une chaise de poste attendait à
la porte du parc. J'entraînai Gaston ; je Ta* vais sans peine décidé à me suivre. J'étais^ censé avoir pris toutes les mesures qu'indiquait la prudence pour assurer son évasion.
La nuit était sombre ; ses serviteiirs dor- I ma^nt ; sa femme ne se doutait de rien.
Nous sortîmes à pas de loup. Arrivé à la ' grille, il se jeta dans la voiture. J'allais y monter à mon tour, quand je reconnus daps l'ombre madame de Valgrand. Elle saîât ma main, et, malgré moi, la porta à sa bouche. Un instant après, les chevaux partaient au galop.
Quel voyage, mon ami ! Tâchez de vousen faire une idée. Nous avions pris la route • 'dltalie. Ainsi que l'avait prédit le docteur, dès que nous eûmes passé la frontière, la folie de Gaston était devenue plus douce et plus traitable. Il n'y avait, à vrai dire, qu'un point de son cerveau qui fût attaqué ; tout le reste était net et sain. Il parlait sur toutes choses avec un bon sens ordinaire ; mais il suffisait de prononcer le nom de sa femme pour détraquer sa raison. Nous allions de
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ville en ville, moi, essayant de le (Jistraire, lui, traînant partout la désolation de son âme ; car, si parfois sa démence semblait ^dormir, «. mémoire, plus implacable, ne lui laissait ni trêve ni répit. Ainsi, de quelque côté qu'il se tournât, le malheureux ne réussisjsait qu'à changer de tortures. Cependant, je tenais religieusement la pro* meaee que j'avaif faite^ en partant, à la comtesse et au docteur. Je leur écrivais, je les mettais au courant de tout. De leur cofté, ils me répondaient assidûment. Deux moîk après notre départ, je reçus à Gênes une lettre de madame de Valgrand., Le croirez^ vous ? cette lettre se terminait par un cri d'espérance. Ce fut poitr moi ce qu'est, pour le naufragé près de sombrer, la voilo ines-
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pérée qu'il .voit blanchir i l'horizon. Le docteur avait ajouté quelques lignes, qui confirmaient l'heureuse nouvelle et m'enjoignaient de la cacher avec soin à Gaston.
Quelques mois plus tard, je recevais à Florence deux lettres par le même courrier, l'une de la comtesse et l'autre du docteur.
La première était un hymjne de pieuse reconnaissance ; je la lus à genoux et je la mouillai de mes pleurs. Là seconde renfermait mes instructions pour Tavenir.
— Rien n'est désespéré, tout peut se réparer^ ajputait le vieillard après m'avoir montré le but vers lequel nous allions» maiTdher ; seulement, n'oubliez pas que M. de Valgrand doit tout ignorer^ et que le succès de la campagne dépend de votre discrétion.
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Des mois, des années s'étaient écouliés sans apporter aucun changement dans l'état de notre pauvre ami. Nous avions parcouru presque toute l'Europe, nous avions visité l'Orient ; sa folie l'avait suivi partout. Jus* qu'au pied du mont Olympe, jusque sur les bords de la mer Morte, partout il avait vu des agents secrets de sa femme. A peine avions-nous planté notre tente, qu'il fallait la lever aussitôt.
— Mais, lui demandais-je parfois, corninent t'expliques^tu que ta femme, une créature si douce, si dévouée,, veuille ta mort, et te poursuive avec un tel acharnement?
— Comment je me l'explique ! s'écriaitntl; mais tu es donc fou, Mario ! XJneteère p^-
donne-t-elle au meurtri^ de son fils ? Est-ce que je ne suis pas le meurtrier de son enfant?
Et c'étaient alors des colères et des emportements sans nom, des révoltes inOuïes contre DieUy d'incroyables blasphèmes contre la ProvidencOi pendant qu'elle agissait pour lui.
Je mentirais, je me ferais meilleur que je ne suis^ si je vous disais, mon ami, que je ne tne sentis jamais défaillir soi|s le poids * de la tâche que j'avais acceptée ; plus d'une fois je pensai en être écrasé. Le dévouement qui consistait à soigner les lépreux paraît doux et facile lorsqu'on a \ép\x dans l'intimité d'un fou. Il y avait des instants où je
m'interrogeais avec anxiété, où le me de-
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msiaAàfi tà je n'étais pas fou moi-même, ainsi que l'affinnait Gaston» Aujourd'hui même, je ne suis pas bien sûr que la foliene 8(Àt pas à la longue uno maladie contagieuse. Ijbs lettres qui m'anivaient db la patrie soutenaient mes forces^ relevaient mon. courage. Oelks du bon docteu respiraient la confiance. Quoique toujours voilées par la douleur, celles de la jeune comtesse étaient comme ces ciels d'orages où le soleil brille à travers les nuées : le sourire s'y mêlait aux larmes, et de niufs enchantements éclataient ^ et là sous la tristesse des regrets. Trois ans s'étaient écoulés depuis notre départ ; encore un an, et nous touchions à l'épreuve suprême ; encore im an et peut-être Gaston était sauvé !
Moins agitée que celles quîTavaient précédée, cette dernière année ne devait pas être moins rude. Nous avions fini par nous installer dan« tin petit village d'Aïlemagnel T>epuîs quelque temps, Gaston était tombé dans un état de prostration moins gênant,
mais plus alarmant que les fureurs de la démence. Il restait des jours, des semaines entières sans prononcer une parole. Si j*essayais de le tirer de la torpeur où je le voyais enseveli, il me regardait d'un œil éteint et me souriait d'un air hébété. A tout ce que je lui disais, il répondait invariablement :
Olivier est mort, c'est moi qui l'ai tué ! Le nom de sa femme le faisait encore tressaillir ; mais, la folie n'agissant plus que sur des facultés épuisées, il retombait presque^ aus»
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sitôt dans sa morne immobilité. Indifférent à toutes chOfiies, il ignorait et ne s'inquiétait pas de savoir où je l'avais conduit : tous les lieux lui étaient bons, pourvu qu'il ne fût pas en France. Justement effrayé, j'avais écrit au docteur pour le supplier d'abr%er un si long martyre ; le docteur impitoyable m'avait répondu : Attendez.
Enfin le grand jour était proche, il y avait quatre ans que nous avions quitté la France.
Un soir, j'annonçai brusquement à Gaston que nous allions partir.
— Pourquoi partir ? dit-il ; nous sommes bien ici, restons-y.
— Il n'y a pas à hésiter, répliquai-je.
Notre retraite est découverte encore une fois ;
f ai vu rôder dans le village des hommes
de mine suspecte. Il y va de ton salut.
Chose étrange ! ce malheureux tenait à la