‹ Le JournalChapitre 4 sur 13 · I.K JOUUNAI · texte numérisé non relu

I.K JOUUNAI

pant, emballé, la jumelle en sautoir, l'ulster bouflanl aux manches, autour de bras en ailes de pigeon. Les soirs de première, dès six heures, l'habit! Des mois de mille balles. Un couvert à son chiffre au ilîner du cercle. Les garçons de café tutoyés. Deux maîtresses dans le corps du ballet de l'Opéra. De toutes les fêtes. Reçu chez les marquises tin de siècle. Un amour déjeune honmie. C'est lui qui envoie des baisers à la petite ouvrière. Et il se fera romancier naturaliste, (juand il aura encore un peu vu !

(( Est-ce qu'on a beaucoup assassiné cette nuit ?

— Ne m'en parlez pas. Je suis moulu. Le juge d'instruction ne desserrait j)as les dents. Voyons, toujours des cachotteries? lui ai-je dit. Et de ûl en aiguille....

• — ■ Pas d'interview ?

— Si ! j'ai été dans des banlieues impossibles, au bout du monde, chez Machin, ])Our sa nouvelle pièce. »

Machin, c'est Sardou, à moins que ce ne soit Alexandre Dumas. Quand Victor Hugo n'avait pas encore fait le voyage du Panthéon, il le désignait ainsi : « le vieux qui habite l'avenue de son nom ». La fréquentation des dieux tue le respect.

Mais si ce jeune élégant est une force, l'autre reporter, celui qui opère dans la politique, est souvent une puissance. Rien ne lui échappe; il est l'œil qui voit tout, l'oreille qui entend tout. Les ministres ont beau entourer leurs délibé-

l'AIilS VIVANT

râlions il"iiii mystère iiu'ils jugent inipénélnible : un niiart d'heure après le conseil, il aj)|)orte, télégraphie ou téléphone à son journal tout ce cpii s'est passé dans le cabinet.

Avait- il d'avance perfore les murs au moyen d'une vrille indiscrète ? S'était -il insinué dans la cheminée, à l'exemple du ramoneur légendaire que les boursiers malins, à l'affût des nouvelles, entretiennent à l'Elysée, au prix des plus grands sacrifices ? Pas le moins du monde. Les ministres, même quand ils ont des prétentions à l'immortalité de riiistoirc, ont leurs petites faiblesses, comme les simples mortels : notre gaillard connaît à fond toutes ces faiblesses-là, et il en ^^^^n joue connne Paganini jouait du violon. Ail! (piel virtuose et comme il sait toucher la bonne corde !

« Voyons, monsieur le ministre, ne me direz -vous rien ? La situation est cependant assez tendue. Ce n'est un secret ])our personne que •'!!!,- ' *'V^ ^ votre collègue de la guerre tire t -'O;/ toute la couverture de son cote.

Allez -vous le laisser fiiire 7 Vos ennemis n'y comptent guère : c'est du moins ce fpi'on chuchotait hier dans les couloirs. Tenez, je parie

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