NOTICE SUR LE MANUSCRIT
dans ce cas, Fauteur aura dû mettre plus tard sa relation au net et transcrire, à tête reposée, ses mémoires, diaprés des notes prises antérieurement, avec l'intention de les coordonner ensuite.
En effet, ce travail de rédaction a dû être fait en plusieurs fois : ainsi, par exemple, on lit, dans la relation des événements de Tannée 1590 (voir page 34), qu'une grange avait été abattue par ordre d'un sieur de Vérines, et que les habitants a avoient esté condamnez à la rebastir, et ce, en » ces années 1 5g5 et 1596. »
De plus, les derniers feuillets du registre viennent, jusqu'à un certain point, confirmer cette hypothèse : on y constate des solutions de continuité dans la narration, et cependant l'écriture est toujours aussi nette, et généralement sans rature.
Enfin, un dernier point qui a son importance : c'est que le récit semble s'être arrêté primitivement au feuillet 222e, après les mots: Ainsi-soit-il ! (v. p. 118) ; puis, après un intervalle de dix années résumées par l'auteur en quatre lignes , le narrateur reprend avec le même style et la même tranquillité, comme si aucun événement digne d'être mentionné ne se fût accompli pendant cette période.
isons maintenant, après cette description du manuscrit original, quelques mots de la méthode et des règles que nous avons suivies pour en faire la publication.
Dans le but de conserver à l'œuvre de notre chroniqueur son cachet original et sa physionomie toute spéciale, nous avons cherché à donner une transcription du texte aussi fidèle que possible; dans ces conditions, nous avons cru devoir conserver, autant du moins que faire se pouvait, l'orthographe de l'auteur du manuscrit, même avec les
irrégularités et les anomalies qui s'y trouvent (tant dans les mots usuels que dans les noms propres).
On sait, en effet, qu'à cette époque, l'orthographe dans les manuscrits, et même dans les imprimés, était essentiellement variable, fantaisiste, et défectueuse dans bien des cas ; il n'existait pas alors, comme aujourd'hui, une grammaire, une syntaxe et un dictionnaire de l'Académie, devant l'autorité desquels doivent se courber les plus grands et les plus savants de la terre !
Citons deux exemples des variations qui existaient dans l'orthographe : en faisant une réédition des Antiquités et singularités de la ville de Pontoise, livre imprimée Rouen en 1587, nous avons trouvé le même mot écrit et imprimé de trois manières diiîérentes. D'autre part, dans son célèbre Journal (manuscrit), Pierre de l'Estoile écrit, entre autres, le mot Roi, tantôt avec unjr, tantôt avec un i ; et ainsi de suite.
Nous avons maintenu Vi dans certains mots où notre chroniqueur l'emploie très-fréquemment, tels que: voiant, aiant, moien, etc. Nous avons aussi le plus souvent laissé subsister l'emploi de Vs au lieu de Vx, et celui du \ au lieu de Vs; exemples : les soldat^ ausquels, etc. Aussi, nous prions le lecteur de ne pas prendre pour des inadvertances ou des fautes d'impression certaines étrangetés de langage et d'orthographe propres à l'auteur du manuscrit, quoique nous ayons, çà et là, rectifié l'orthographe de certains mots et de quelques noms littéralement estropiés et par trop défigurés.
D'autre part, nous avons cru devoir supprimer en grande partie les mots dits et dites (écrits tantôt dittes, tantôt dictes) employés à profusion et avec une répétition tellement fréquente que la lecture en serait devenue réellement fastidieuse ; en voici un exemple :
« La vendicion de la diâe ville avoit efté faicle par les » dits preftre & caporal, d'autant que le did preftre avoit » efté depoftedé de la cure du dit Louvyers, à laquelle il » avoit esté remis après la diâe prife ; & ceux de la Ligue